Maladeuh, complètement maladeuuuuh !

Parfois je me dis que les choses ont tout de même bien changé pour nous les pédés. Bah ouai, je vis avec mon chérichou depuis un an, nous allons sur nos trois ans de relation et chacun connaît les parents de l’autre (qui nous apprécient beaucoup, il ne manque plus qu’on les fasse se rencontrer !!). Je crois que presque tout le monde est au courant au boulot, alors que j’ai commencé ce job il y a trois semaines, et je ne fais aucun effort ni pour le cacher, ni pour le célébrer, c’est juste moi quoi.

Et puis, je lis ce genre d’histoire et je n’arrive pas à y croire. Comment un garçon qui va à une soirée chez une amie peut se retrouve en porte-à-faux ainsi avec des homophobes. D’autres garçons qui en viennent à l’insulter, le frapper et le séquestrer… Mein gott, c’est tout bonnement surréaliste. Mais ce n’est que le reflet d’une réalité bien prégnante et cela nous rappelle qu’à tout moment on peut faire une mauvaise rencontre.

Et puis, je reprends un peu mes propres arguments. On a tellement tendance à oublier les choses qui nous dérangent. Comme ma mère qui n’a jamais parlé de mon homosexualité à ses collègues de peur de paraître certainement une mauvaise mère, ou d’entendre cancaner à son sujet. Ou encore mon père qui joue à l’autruche depuis toutes ces années qu’il sait pour moi. Et ces libelles anti-folles qui m’horripilent, et contre lesquelles je lutte de toutes mes forces. J’aime mes parents et je les sais tolérants et cools, mais eux-mêmes ne sont pas exempts de cette attitude de non-dit sociétale et des pires préjugés (en me prenant évidemment comme étalon de bienséance et d’acceptabilité).

Cela fait longtemps que ça dure, et parfois les époques se suivent et se ressemblent. Il y a par exemple cette étonnante traduction d’une célèbre scène de « Dynastie » lors du coming-out du premier pédé de série TV. On a simplement traduit un « I’m gay. » par « Je suis malade. ». Et l’autre FAP qui lui lance sincèrement : « Tu es malade. » Rhoooo ça ne veut rien dire du tout !! Et à ce sujet, un ami me rappelait que : « Dans le même genre et il n’y a pas si longtemps, dans Buffy saison 3 (épisode 16, Doppelgangland) la version vampirique de Willow débarque d’une dimension parallèle, et elle est lesbienne. (1 an avant que le personnage ne fasse son coming out) Là où en VO la vraie Willow dit and I think I’m a lesbian, la VF est doublé en et j’ai des moeurs douteuses.

Aujourd’hui je lisais d’intéressantes conversations touiteures sur l’outing, avec des pour et des contre, mais aussi sur le fait d’assumer ou pas son homosexualité au boulot. J’ai rarement passé plus de quelques mois sans l’exprimer d’une manière ou d’une autre, mais c’est surtout parce que je ne peux pas faire autrement. Ma manière de parler, ma gestuelle et tout mon être exsude la pédésexualité. C’est comme ça, et c’est juste moi. Du coup, si on essaie de ne rien en dire, ou bien de se faire passer pour un hétéro, c’est bien pire que si on l’assume simplement. Je n’ai plus du tout hésité lorsque j’ai eu ces premiers retours, il y a plus de dix ans maintenant, de personnes qui m’ont dit avoir changé d’avis (si tant est qu’on puisse le dire ainsi…) sur les homos après m’avoir connu. Et tout cela sans forcément donner la « bonne image » que j’exècre tant. Non simplement en étant bien dans ses baskets, et en étant moi avec mes qualités et mes défauts. Et lorsque tout cela ne parle finalement que d’amour, de bien-être et d’acceptation de soi (après avoir passé l’épisode du gel et de qui fait la femme évidemment), votre interlocuteur peut difficilement vous trouver hors-norme.

Encore dans mon dernier job, mon boss m’a avoué que c’était la première fois qu’il bossait avec un homo, et qu’il trouvait que j’étais un homme avec beaucoup de qualités. Il bafouillait un peu en disant cela, et il réalisait en même temps que ça ne voulait pas dire grand-chose, et pourtant c’était un compliment qu’il me faisait. Il réalisait que c’était comme de bosser avec un hétéro (avec langage plus soutenu, de meilleures manières à table et un soupçon de culture), mais ne pouvait pas décemment me le dire comme cela. Hé hé hé.

Bien sûr dans le cas de notre Gaugau national, on comprend sa discrétion et la nécessité de ne pas faire savoir son orientation sexuelle. Mais cela me rappelle les fois trop fréquentes où je me refuse de tenir la main de A., ou simplement de montrer une once d’affection car… ça peut être dangereux. Alors imaginez pour un prof de ZEP…

On est vraiment dans une drôle de transition, on voit plutôt se dessiner comme une cassure de plus en plus énorme et dangereuse. On trouve d’un côté une société qui évolue, une jeunesse plus tolérante et gay-friendly, et de l’autre ces mêmes homophobes, peut-être même plus sectaires et radicaux qu’avant, mettant en proue leurs valeurs morales ou religieuses, ou plus simplement leur crasse bêtise.

Plus que jamais, il faut être militant, et à tous les niveaux. Il faut être visible, et dans toute notre pluralité. C’est ça la véritable avancée, et je pense que c’est ce mouvement infinitésimal de notre simple point de vue, de proche en proche, petit à petit, qui a finalement le plus d’ampleur. Ce n’est évidemment pas toujours possible, et il faut savoir à quel point ne pas se mettre en péril, ou en accepter clairement les risques. J’en ai pris pas mal, et je me suis déjà cassé la gueule, mais le bilan est largement positif.

Pectus est quod disertos facit. (C’est le coeur qui fait les éloquents.)

PS : Lady Gaga et Elton John qui se donnent en spectacle. Si c’est pas queer ça alors !!!

12 Commentaires

  1. « exsude la pédésexualité »… c’est une jolie expression avec une belle allitération/assonance !

    (j’en profite d’ailleurs pour signaler qu’effectivement, s’il fallait voter, je voterais POUR les mitochondries. Les mitochondries, quoique l’on en pense, c’est bien.)

  2. Très bon post,

    outre la visibilité et la pluralité je pense que chaque gay a un rôle à jouer dans l’inconscient collectif. Et je pense, si je peux me permettre, que c’est ça qui c’est passé chez ton ancien chef (qui peut être pensait « un PD c’est un dépravé », et là ton chef a peut être compris…qu’un gay c’est un gars comme lui mais qui aime un autre gars, que ce n’était qu’une question de sexualité et non pas de valeurs).

    Certes comme tu dis il y a une cassure entre deux mondes qui se radicalisent. Mais ne nous enfermons pas là dedans?

    Nous avons bien une journée des gay (gay-pride)…tout comme la journée du Handicap…ou des femmes battues, ne nous enfermons nous pas dans notre propre stigmatisation? Ce n’est qu’un choix sexuel, et pourtant il est mit au même niveau qu’une journée du Handicap. Y’a les J.O gay…en même temps y’a les paralympiques…
    Faire des encarts, n’est-il pas un moyen de s’exclure au lieu de s’intégrer dans cette société?

    Je bosse dans une entité qu’on appèle La Grande Muette et pourtant, je ne subis aucune discrimination.
    J’ai mon avancement comme les autres, (et sans coucher lol).
    Je n’arrive pas tous les matins avec mon boa rose (pas tous lol), et pourtant qd j’ai du boulot qui se rajoute je dis simplement « Ok, mais je dois prévenir J. de mon retard ».
    Mes collègues sont au courant et nos conversations ne sont pas différentes les unes des autres.

    Il me semble que c’est dans l’adhésion, la similarité et les similitudes que les gens s’identifient et respectent l’autre (après que certaines personnes plus sages respectent via la différence tant mieux). Mais c’est comme celà, que les gens ne vous voit plus comme une étiquette cataloguée, mais comme un Autre, un Autre aussi « valable » qu’eux.
    Et si la grande muette est souvent critiquée il y a une phrase qui se dit chez nous : « Ici y’a pas de PD, y’a que des hommes qui aiment des hommes ». Et là est toute la différence entre une étiquette et des valeurs.

    Autrement au pire…Je sors :) :croa:

  3. Qui fait la femme ?
    Tu crois vraiment que c’est une question que les gens se posent ? J’en rencontre beaucoup au boulot, des pédés qui viennent chercher un appart, et jamais, mais jamais je ne m’étais posé la question. C’est malin, maintenant je penserai à ton billet, pfff !

  4. ‘lut matoo ! Content de te retrouver.
    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi quand tu dis : « On trouve d’un côté une société qui évolue, une jeunesse plus tolérante et gay-friendly ». Ca n’est vrai que pour une partie de la jeunesse. Tu vois, je suis prof. et j’ai remarqué qu’il y a aussi une radicalisation homophobe chez les jeunes qui va de pair avec une montée du radicalisme religieux et que, dans mon lycée de banlieue, c’est loin d’être une part minoritaire. En fait, plus tu es intolérant, plus t’es actif et plus tu gueules et finalement ce sont les autres élèves qui n’osent plus défendre leur position. C’est triste, mais c’est comme ça…

  5. Je suis prof aussi, mais contrairement à « gayboy », je travaille dans un établissement facile, en banlieue d’une grande ville de province, où je trouve que les élèves sont plutôt gay-friendly, et c’est un sujet qui me semble avoir évolué très favorablement par rapport à mes débuts de carrière (faut dire que c’était il y a 25 ans :shock: !)
    Chose nouvelle, dans les classes de collège, on commence à voir aussi des parents gays qui se présentent comme tels, par exemple le père d’une de mes élèves, après son divorce, est allé vivre avec son compagnon. Ce père ayant présenté les choses clairement, il a amené les profs de la classe à considérer la situation comme naturelle (puisque nous même on a des frères, soeurs, copines, cousines, collègues dont on connaît l’homosexualité).
    Donc, il me semble que quand on n’évolue pas en milieu « hostile », faire valoir sa différence est en effet une façon de faire évoluer les esprits.

  6. Je ne sais pas si c’était le but, mais je trouve ton billet étrangement émouvant.
    Oui les choses ont bien changé dans le bon sens. Mais même lorsque la tolérance atteindra la complétude, lorsque plus un jeune homme ne craindra de vivre ce genre de fait divers (et je veux croire que ces temps sont proches) il restera un but à atteindre : modifier plus avant les représentations de cette société si hétéronormée.
    Instit’, j’y suis particulièrement sensible. Je vois bien que pour la plupart des enfants, l’homosexualité n’est plus un tabou, ni mal considérée, ni choquante, et je m’en réjouis ! Mais dans le même temps j’ai l’impression que leur conception du couple reste basiquement un homme+une femme. Et comment pourrait-il en être autrement quand la quasi-totalité des représentations qu’ils en ont est ainsi.

    Quant à prendre mon exemple, eh bien je suis hétéro, mais une hétéro bien souvent troublée par une rencontre féminine ou une actrice (jolie Rose Byrne…), par quelque chose qui irait au-delà de l’intérêt esthétique. Je suis persuadée que dans une société qui ne serait pas hétéronormée, je serai bi. Mais je ne peux pas dépasser ma propre construction dans un environnement, même mental, totalement « classique » et hétérosexuel.

    Bon ce n’est peut-être pas fascinant ce que je raconte, et c’est sûrement trop long, mais c’était en quelque sorte pour te complimenter sur ton excellent post ! :)
    (Tes histoires de traductions de série m’ont horrifiée).
    Amicalement

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