Fuck the moon

Je lis à droite et à gauche des reproches pour la levée de boucliers de la droite tradi à propos de la diffusion dans les écoles primaires d’un film qui évoque l’homosexualité « Le baiser de la lune ». Je trouve que c’est une bonne idée de sensibiliser les petits minots comme cela, et cela aurait en effet des vertus positives pour à la fois lutter contre l’homophobie (et le mal-être des homos en devenir).

En revanche, si je trouve l’idée bonne, j’ai du mal à comprendre le film en question. Et je me fais l’avocat du diable, mais je me demande vraiment pourquoi on ne fait pas les choses plus simplement et directement. La bande-annonce de ce film montre une sorte de conte avec des bestioles et un graphisme très « arty ». Rien que ces quelques minutes m’ont paru d’une incroyable confusion, et l’usage de labyrinthiques métaphores pour seulement parler de deux garçons qui s’aiment me semble assez étrange. Parce que montrer à des gamins une histoire d’amour entre deux poissons ne servira pas à grand-chose (Quels pervers ces poiscailles alors !!) selon moi, sauf si c’est ensuite l’occasion d’une discussion pour relier cela à nos réalités.

Du coup, je trouverais plus simple et pas choquant que cela soit juste l’occasion d’une leçon en forme de cours d’éducation civique (ça existe encore ça ?) qui expliquerait que notre société est variée, et qu’il y a aussi des homos qui en font partie. Un peu comme il me paraîtrait normal et sain que l’on explique à nos bambins que le racisme c’est mal, et qu’il faut se respecter les uns les autres, et que nous sommes dans un pays républicain, laïc et démocrate, eh bien aussi que l’on peut s’aimer entre hommes et femmes, que ça donne des bébés, mais que c’est aussi possible entre hommes et entre femmes (et ça donne des comédies musicales, des drames lyriques, des artistes capillaires, des fans de Madonna et de Mylène Farmer, des conductrices de poids-lourds, des championnes de tennis et des responsables de syndicats patronaux, et tant d’autres choses…).

C’est dommage que l’Etat ne puisse pas ainsi s’affirmer et professer que l’homosexualité est une orientation sexuelle comme une autre, et qu’il n’y a aucun jugement de valeur à ce propos, ce n’est ni mieux, ni moins bien, et que l’on reconnaît à chacun le droit de vivre sa sexualité tant qu’on est heureux et épanoui. On peut tomber amoureux d’un garçon ou d’une fille, c’est comme ça ! Et cela me paraît aussi évident à expliquer que de dire que l’antisémitisme, le racisme ou l’homophobie sont à proscrire.

J’avais été présenté aux neveux et nièces de M. avec sincérité, et les gamins prennent cela pour argent comptant. Même si cela peut les surprendre, on peut leur expliquer cela avec tellement de candeur et de bons sentiments, qu’il n’y a au final vraiment rien de gênant. Mon petit cousin quand il me voit me demande si A. va venir, car il sait que Matoo, il a un copain et pas une copine.

Mais pour cela, il faudrait aussi que les hétéros ne désirent pas tous secrètement que leurs enfants ne deviennent surtout pas homos. Comme si c’était un drame ou bien un échec, et souvent une honte. Et aussi qu’on ne mette pas en place aussi jeune tout notre arsenal de non-dit et notre incapacité à parler aux enfants de choses aussi basiques pourtant. Je suppose donc que le film et le conte sont une manière de faire passer la pilule avec notre hypocrisie bien connue… Pfff.

Donc ok pour l’idée sous-jacente de ce film, mais alors quant à la méthode, vraiment j’aurais vu un truc un peu plus franc du collier. Nan mais, on leur parle juste d’amoureux et d’amoureuse, et ça suffit… D’autant plus qu’à cet âge là (CM1 et CM2), ils risquent même d’en savoir déjà pas mal sur la question.

15 Commentaires

  1. Je pense qu’ils sont encore trop jeunes à cet âge là pour être sensibilisés à l’école, d’autant plus que normalement, c’est le rôle des parents de répondre à ce genre de questions.
    En parlant au collège, à l’occasion d’un cours d’éducation civique, ça me parait plus approprié… Encore faut il que le professeur en charge ne soit pas un peu homophobe sur les bords.

    Enfin c’est un débat qui fait couler beaucoup d’encre. Mais je crois qu’on est tous plus ou moins d’accord pour dire que sur la forme, c’est bidon, mais l’idée sous jacente est plutôt bonne…

    ;)

  2. Bah je sais pas pour vous, mais moi en CM1 j’avais jamais entendu parlé de l’homosexualité autrement que via les « sale pédé », et pourtant je savais bien que je l’étais… Ce film m’aurait certainement permis de comprendre que j’étais pas malade ou pervers, ça aurait changé pas mal de trucs…

    Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des parents ouverts d’esprit, et on sait tous à quel point cette culpabilité d’être différent peut être destructrice si elle n’est pas mise sur le tapis…

  3. J’ai trouvé le film un peu compliqué aussi (et moche)
    Ceci dit, il faut absolument persévérer dans cette voie. Oui, à l’école primaire au même titre qu’on leur apprend les différentes couleurs de peaux. D’autant plus que le milieu associatif qui accueille les petiots dans les centres de loisirs ne sont pas non plus sensibilisés sur ce questionnement.
    Non, les parents n’ont pas systématiquement peur que leurs enfants soient homos (Han c’est mal), ils peuvent tout simplement avoir peur pour la vie de leur progéniture qui ne sera pas aussi simple que ça dans notre société hétéro-normée.

  4. Pas d’accord avec kindgay : il n’est jamais trop tôt et il n’y a jamais de mauvais endroit pour acquérir la notion du respect de l’autre et des différences.
    @ Matoo : « on peut s’aimer entre hommes et femmes, que ça donne des bébés, mais que c’est aussi possible entre hommes et entre femmes (et ça donne des comédies musicales, des drames lyriques, des artistes capillaires, des fans de Madonna et de Mylène Farmer, des conductrices de poids-lourds, des championnes de tennis et des responsables de syndicats patronaux, et tant d’autres choses…).»
    Heureusement que tu as ajouté « et tant d’autres choses » sinon ça sentait un rien le stéréotype ;-))

  5. Cette polémique me laisse perplexe…
    Graphiquement, les extraits que j’ai pu voir sont somptueux et m’ont vraiment plu. Ok, je ne suis plus un gamin de 8 ans… mais je trouve le dessin joli, c’est déjà un mérite. Peut être qu’effectivement le discours se perd dans des circonvolutions inutiles au lieu d’aller plus directement au but et de présenter les choses plus simplement. C’est vrai…

    Le point qui m’avait interpellé dans ce débat, c’est l’âge des gamins. Si j’ai bien compris, il s’agit de primaires, qui n’ont pas encore conscience de tout ce que le fait d’aimer une personne du même sexe peut signifier. Les reproches fait pas les « anti » sont que ce film promeut l’homosexualité, comme s’il s’agissait d’une oeuvre prosélite, ce dont je doute.

    Sur le fond, l’idée de sensibiliser les mômes non pas à la possibilité d’une sexualité alternative, mais bien à la diversité qui les entoures, est bonne : oui il y a des blancs, des noirs, des jaunes, des grands, des gros, des hommes qui aiment des femmes mais d’autres qui aiment des garçons comme certaines filles préfèrent leurs semblables ; on ne peut que féliciter ceux qui ont eu cette initiative. C’est en banalisant l’homosexualité que l’on parviendra enfin à être acceptés sans tracas.

    Le recours à un film d’animation ne me paraît pas du tout bidon. Rappelons-nous les contes de notre enfance que nos parents nous lisaient assis sur le rebord du lit, ou de certains dessins animés que nous avons pu voir étant plus jeunes et qui paraissent peut être un peu cucu aujourd’hui, empreints de morale, parfois de bon sentiment, mais qui avaient le mérite d’attirer indirectement notre attention sur tel ou tel danger dont il faut se méfier, sur les vertus qu’il est bon de pratiquer. Les contes de Perrault (avant que Grimm les affadisse) en sont farcis, les dessins animés de notre enfance aussi (revoyez donc un épisode des Schtroumpfs ou de Inspecteur Gadget !). Le coté irréel d’un dessin animé bien réalisé peut s’avérer nettement plus percutant que le discours maladroit d’un adulte peu à l’aise qui saccagera le message.

  6. Plutôt d’accord avec Matoo, d’ailleurs je trouve ce dessin animé plutôt moche et ringard (enfin, ce qu’on en voit dans la bande-annonce). Et quant à l’innocence des enfants, on s’en fait peut-être une idée à la « Les Triplés » de Madame Figaro (très catho-bourgeois du XVIème arrondissement)

    Et le mot le plus recherché par les enfants de moins de 7 ans est… Porn !
    http://www.gizmodo.fr/2009/12/19/et-le-mot-le-plus-recherche-par-les-enfants-de-moins-de-7-ans-est-porn.html

  7. @ Eric : Ce que j’entendais par trop jeune, c’est le fait qu’à cet âge là, l’enfant se construit, construit sa personnalité. L’école, c’est d’abord le lieu pour apprendre le respect de l’autre et de ses différences, et ainsi d’apprendre la tolérance.
    Mais il est trop tôt pour aborder la question de la sexualité au moment où ils se demandent encore pourquoi il y a des noirs, des blancs, des enfants handicapés… La sexualité, ça vient plus tard, au collège…

    Je pense qu’il manque l’avis d’un pédopsychiatre dans cette affaire… Je pense que ces professionnels sont peut être les mieux habilités à répondre à cette question.

  8. Ton post est tres juste mais releve d’une hypocrisie plus generale de nos societes. Nous ne savons plus nommer les choses par leur nom tellement le politically correct a pris de place dans les medias et par voie de consequence dans une bonne partie de l’opinion. On appelle les aveugles des mal voyants, les gros, des gens ayant une surcharge ponderale, les nains des gens de taille petite,ou encore plus ridicule les gens noirs de peau des gens de couleur ! L’homosexuel ne peut donc etre defini simplement en tant que tel.

  9. Pour ma part, je n’ai pas vu le film, donc je ne me prononce pas, même si je comprends ce que tu veux dire en critiquant le côté inutilement métaphorique du truc. Toujours est-il qu’à parler plus « crûment » ou à présenter un film avec des vraies personnes dedans, par exemple, on aurait essuyé une levée de bouclier bien plus forte que celle que l’on connaît actuellement (levée de bouclier qui, au passage, ne doit rien au fait que Christine Boutin et consort trouvent le procédé trop « métaphorique »)…

    Alors certes, montrer des poissons pour expliquer une réalité humaine est une manoeuvre rhétorique un peu subtile pour des enfants (quoique…) et un peu hypocrite, du coup, mais c’est mieux que rien, non ? En anticipant un minimum la réaction (très prévisible) de la droite conservatrice, ce film était probablement l’idée la plus susceptible de fonctionner.

  10. Pas d’accord avec Kingday. J’ai plusieurs fois parlé avec mes élèves (CE2 et CM2) d’homosexualité et ce n’est ni trop tôt ni si compliqué… Pourquoi attendre le collège et que bon nombre d’entre eux ait déjà l’esprit embrouillé voire déformé par les relents homophobes qui traînent ?
    Pas vu le film mais effectivement je trouve regrettable qu’il se perde dans les métaphores. Il me semble que ça accrédite implicitement l’idée que l’homosexualité est quelque chose dont on ne parle qu’à mots couverts.
    Bises

  11. Je pense au contraire que le CE1/CE2 ca n’est pas trop tot. En fait, commencer des la maternelle me semble des plus normal. Bien sur on ne parle pas de sexualite. On parle simplement d’histoire d’amour possible. A cet age, le concept d’amour est deja relativement flou. On a zoe notre amoureuse le lundi apres-midi, on veut se marier pour la vie, le mercredi passe par la, et le jeudi on l’a completement oubliee pour romain parce qu’il a le dernier jouet a la mode.

    Serieusement, mes neveux de 2 et 4 ans m’ont toujours connu avec mon copain, (mon amoureux) et ca ne pose aucun probleme ou meme de question. Nous sommes un couple comme les autres, nous sommes les tontons.

    Le coup des poissons est peut etre un peu tordue. On aurait pu refaire le coup des princes et des princesses, qui s’apparient differement que dans Perrault.

    Pour l’aspect sexuel, ca vient plus tard (au college pour moi, mais peut etre qu’ils sont plus precoces maintenant). L’homosexualite peut y etre abordee en meme temps que la (hetero)sexualite en general.

  12. Je suis père de famille et je serai un peu réticent à ce qu’on montre ce film à mes enfants. Pas par homophobie, la parrain de ma fille ainée est homo. Autant je pense indispensable de leur apprendre très jeunes que deux hommes ou deux femmes peuvent s’aimer. Les enfants intègrent très bien ces « faits ». Mais faire passer un film dédié à ce sujet, je trouve ça malsain. Pourquoi ne pas plutôt faire un film sur la diversité de l’amour ? Comment manifeste-t-on son amour dans les autres cultures ? L’amour, ce n’est pas toujours facile et il faudra apprendre à gérer les conflits, frictions et autres. Là, j’applaudirais. Mais un film entier sur l’homosexualité en primaire, je sais pas, je suis dubitatif. Et si un père de famille « homophile » (je déteste ce terme) est dubitatif, on ne peut pas reprocher à la majorité des gens d’être réticents.

  13. Si j’en juge par les réactions, ou plutôt les absences de réaction, des jeunes enfants qui côtoient le couple que je forme avec G…..( et même le trio très tendre que nous formons avec J.) , c’est quand même le sentiment amoureux, la vie quotidienne sans complication qui emportent l’adhésion auprès des jeunes.Voir des personnes s’aimer, ( avec les aléas de toute relation humaine), c’est rassurant, c’est «  » » normal «  » ». Mieux qu’un film.

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