La Dame à la Licorne (Tracy Chevalier)

J’avais lu (et vu) la « Jeune Fille à la Perle » de cette même auteure, et on retrouve là ni plus ni moins le même procédé. En effet, nous sommes à la fin du 15ème siècle et Jean Le Viste commande une série de tapisserie pour agrémenter une salle à manger, et pour marquer son évolution dans la noblesse de l’époque. Ces 6 tapisseries figurent à chaque fois dames et licorne, et illustrent un sens. Elles furent cédées à travers les siècles et finirent à l’abandon, rongées par la vermine, jusqu’à ce que Prosper Mérimée les redécouvre en 1841, apparemment largement poussé par George Sand. Elles sont à présent un des trésors du musée de Cluny, et le témoignage du talent incroyable des lissiers bruxellois de cette période.

Tracy Chevalier a alors imaginé tout un roman autour de ces tapisseries : qui fut l’auteur des cartons (qui servent de modèles ensuite aux tisseurs), qui les a tissé, pourquoi ces motifs et personnages, etc. On est vraiment dans un cadre très proche de la « Jeune Fille à la Perle » avec des chapitres dont les narrateurs sont à chaque fois des protagonistes différents.

Elle imagine donc que l’auteur des cartons est un célèbre miniaturiste de la cour de Charles VIII : Nicolas des Innocents. Ce dernier n’est qu’un fieffé coureur de jupons qui tente de séduire la fille des Le Viste, mais c’est la mère, Geneviève de Nanterre, qui tire les ficelles et réussit à convaincre le peintre de représenter des licornes plutôt qu’une scène de bataille (idée première de Jean Le Viste). Nicolas des Innocents suit aussi le déroulé de la conception des tapisseries en se rendant dans l’atelier à Bruxelles. Là il tombe amoureux de la fille aveugle du tapissier, et s’ensuit une étrange aventure…

Vraiment ce roman n’a rien de transcendant mais il est tout à fait plaisant à lire, et gentiment distrayant avec ses sources bien documentées qui permettent un sympathique voyage dans le temps et les mœurs médiévaux. De plus, l’écrivain a tramé une histoire assez passionnelle et tumultueuse qui mêle aventures amoureuses, découvertes culturelles (notamment sur le métier des lissiers et les modes de confection de l’époque) et suspense dans la production finale de la tapisserie dont la date de livraison était quasi-impossible à honorer. Cela se lit bien et on sent que l’approche n’est pas idiote, tout en étant complètement romanesque.

La Dame à la Licorne (Tracy Chevalier)

6 Commentaires

  1. L’une des richesses d’un roman est de nous transporter dans l’univers de l’auteur, si possible une époque ou un lieu dépaysant du nôtre. Il semble à te lire que Tracy Chevalier y parvienne.

  2. Du même auteur, je te conseille Falling Angels (je ne sais pas s’il a été traduit en français – ce qui est, de ma part, une manière assez prétentieuse de te faire savoir que je lis l’anglais couramment !) sur les tombes du Père Lachaise.

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