It gets better

J’ai découvert cette vidéo chez Édouard tout à l’heure :

Ce charmant élu texan (il va se trouver beaucoup de gens pour le consoler ce petit chou adorable et sensible) prend son courage à deux mains et explique son désarroi face aux récents suicides d’ados gays (ou supposés). Il nous fait un joli coming-out en direct, mais il évoque surtout son cas personnel avec beaucoup d’émotion, et il est difficile de ne pas y succomber à son tour. Ce qu’il raconte est une parmi la kyrielle d’histoires banales des pédés du monde entier, mais c’est vrai qu’aujourd’hui certains se suicident sur le chemin. « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort. » (Merci Nietzschou) Et je pense que traverser l’épreuve de l’adolescence en tant que pédé valide bien cet adage, mais il faut penser à ceux qui sont trop fragiles et ne ressortent pas indemnes de l’épreuve, ou pire en meurent.

J’ai assez souvent durant les 7 années écoulées (putain !!!) évoqué le fait d’avoir moi-même été bien dépressif et suicidaire à la pré-adolescence, avant de réaliser à quel point j’étais indispensable au bien-être de l’Humanité entière (un bon pédé narcissique quoi). En effet, comment le genre humain pourrait-il se passer aujourd’hui d’un esprit aussi brillant et génial ? Hein comment, je vous le demande ?

Trêve de balivernes, je me rends compte que j’ai parlé de ça à pas mal de mes amis, mais que mes parents ou ma famille eux ignorent complètement ces épisodes sombres de ma jeunesse. J’étais calme et réservé, assez efféminé, et un vrai cliché gay en somme : je détestais le sport (je n’ai pas changé), je n’avais que des copines, j’aimais jouer à la corde, la marelle et l’élastique, j’étais très proche de ma môman (bon je n’ai pas changé du tout !!), etc. D’ailleurs je me remémore mes premiers émois pour un petit copain en maternelle à l’âge de 5 ans. Huhuhu.

Alors j’ai simplement subi de la part de mon frangin et des gens à l’école, des années de brimades et de quolibets, tous plus charmants les uns que les autres. J’ai la chance d’avoir des souvenirs très précis de ces instants terribles, et d’avoir, autant que faire se peut, pleinement conscience de ces moments charnières qui m’ont détruit et construit à la fois. Mais ces années pour un enfant puis un pré-ado puis un adolescent sont autant de millénaires, et un gouffre psychologique qui paraît insondable et inextricable.

Je me rappelle bien de ces « envies de disparaître », je traduisais ensuite cela par des visions de suicide mais c’était plutôt « je ferais tout pour que ça s’arrête » le vrai leitmotiv. En général ces délires morbides ne duraient que quelques semaines par an, et surtout en fin de primaire jusqu’au début du collège, et je n’ai malgré tout jamais été proche de passer à l’acte. Mais j’étais assez désespéré et peu confiant en l’avenir pour y avoir pensé n fois, et scénarisé la chose autant, et si j’avais été plus fragile et perspicace, j’aurais peut-être pu satisfaire cette envie de disparaître.

Il faut dire que nous parlons là des années 1985-1990, et que je me croyais bel et bien seul au monde. Il n’y avait pas beaucoup d’exemples dans les séries ou les films, ou alors entre « La cage aux folles » et « Délivrance »… Deux films qui m’ont traumatisé chacun à leur manière. C’est d’ailleurs très ironique avec un oncle pédé dont je n’ignorais rien de la situation, mais les non-dits sont capables de faire passer le plus rose des éléphants au milieu d’une pièce pour la chose la plus standard qui soit.

Mais c’est vrai que ça s’améliore, ouai ouai it gets better comme on dit chez nous en Amérique. Avoir résisté à ces adversités m’a certainement rendu plus fort. En tout cas, je suis ravi d’être le gars que je suis aujourd’hui, et je ne voudrais rien changer, aussi pédale-tapiole-queery que je sois (et compte bien rester, get used to it!!). Donc oui ça s’améliore avec le temps, mais ça m’aurait bien aidé qu’un élu texan, fils de cowboy, me le dise à l’époque. Donc vive Internet, rien que pour ce que ça donne comme fenêtre sur le monde aux d’jeunes !! (Et ça m’aurait évité d’avoir eu à cambrioler mon oncle pour pirater ses pornos !!)

J’ai dernièrement lu des informations assez inquiétantes des USA, et comme elles se matérialisent en France dans un laps de temps de plus en plus court, j’ai assez peur de cette homophobie latente et de ses reflux nauséabonds dans notre société. Donc soyons plus que jamais vigilants. It gets better ouai, mais don’t get stupid.

PS: Avant-hier était le douzième anniversaire de la mort de Matthew Shepard. Il était de 1976, comme moi.

25 Commentaires

  1. il y a le site, « it gets better », (http://www.youtube.com/user/itgetsbetterproject pour les vidéos, et http://itgetsbetter.org/default.aspx pour les infos) où des tas de gays, parents et amis de gays, partagent leur histoire et la façon dont ils sont heureux aujourd’hui, fiers de leur vie, aimés de leurs proches. Ils racontent la façon dont rien de tout ça ne semblait pouvoir se produire s’ils repensent à ce qu’à été leur enfance et leur adolescence. Je trouve ces vidéos formidables, j’aurais vraiment aimé y avoir accès quand j’étais enfant et ado, pour les mêmes raisons que celles que tu évoques. Pas seulement pour y voir des gays d’ailleurs, mais aussi des trop grands, trop petits, trop gros, trop maigres, trop foncés, trop clairs, les handicapés et les autres. J’aurais bien voulu voir des messages d’espoir qui disent qu’on peut survivre à ces années là, qu’il y a de verts pâturages derrière ce désert, de l’espoir de vie normale pour ceux qu’on désigne comme des monstres.

  2. Vraiment très émouvant. Facile d’imaginer comme il a dû ramer, dans son Etat. En espérant que toute cette campagne du Trevor Project aidera quelques ados à se confier, à se sentir mieux, ou au moins à prendre patience.

  3. Tu as parfaitement raison, la vigilance s’impose. Sarkozy cherche des raisons de cliver les français. Les américains se servent abondamment des questions liées à l’homosexualité pour cela, et l’extrême droite reprend du poil de la bête partout, et sans doute pour longtemps. Arrivera bien un moment où en France aussi la question des droits de gays se posera, après les immigrés, les jeunes de banlieue, et les Roms. Vigilance et solidarité, il ne faut rien laisser passer !

  4. Bonsoir mattoo,

    Merci pour ton post.trés beau post. Dans tes propos, je retrouve ce que beaucoup de nous avons vécu, et ce que j’ai vécu, cette envie de disparaitre.

  5. Rien n’a changé, même si on veut nous faire croire que si. Il existe une frange de jeunes homos vulnérables qui continuent à en prendre plein la gueule. L’ennui, c’est qu’ils n’ont pas à espérer trouver du soutien au sein de leur propre communauté qui s’intéresse davantage à de vrais sujets, genre « Les gays bronzent-ils mieux que les hétéros ? » ou « Lady Gaga : phénomène ou supercherie ? »

  6. Comme pour toi, la seule image de l’homosexualité a longtemps été pour moi celle véhiculée par La Cage Aux Folles. Puis il y a eu Canal+ et Arte qui ont contribué à me renvoyer une image plus positive de ce que je ressentais profondément en moi ( je me souviens de Parting Glances (Clin d’Oeil sur un Adieu), The Wedding Banquet (Garçon d’Honneur) ou Zero Patience qui ont eu pour moi une importance toute particulière). Il y aura eu aussi le départ de ma campagne profonde et beaucoup plus tard mon année passée à Manchester. 
    J’aime beaucoup le projet « It gets better ». Pour ceux qui comprennent bien l’anglais, voir les vidéos de Tyler Oakley, Stylenxs, Sister Unity ( dont je suis un fan absolu) et celle particulièrement poignante mais que je ne retrouve plus où le vlogger racontait comment (avant son coming-out) un de ses plus proches amis a été emprisonné pour un meurtre homophobe…  Sinon, connais-tu l’émission « That’s Gay » de Bryan Safi (visible sur iTune ou Youtube)?  Je pense que ça te plaira.

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