Kaboom

C’est étonnant de constater comme Gregg Araki est redécouvert à l’occasion de ce film. Redécouvert par une nouvelle génération de gays et lesbiennes, puisque son « Kaboom » est un OVNI queer et barré par excellence. On y retrouve un peu de la sexualité sulfureuse d’un Shortbus, la narration ultra-acidulée (voire sous acide tout court) d’un Hedwig, du même John Cameron Mitchell, et une bonne pincée de Twin Peaks pour la schizophrénie du tout. Mais surtout pour moi ce film est un simple et direct remake de « Nowhere » d’Araki himself. Du coup, j’ai eu beaucoup de mal à me détacher de ce film pour « rentrer » dans celui-ci.

Outre cela, là où je voyais dans « Nowhere » une fable contemporaine queer et déjantée mais aussi une peinture au vitriol de la société adolescente et violente de l’époque (le film avait été taxé de « Bervely Hills » sous acide à l’époque), « Kaboom » m’a paru un assemblage hétéroclite plus gratuit et moins « intéressant ». Bien sûr, le film est drôle accrocheur, et follement ubuesque avec des personnages oufs et superbes, une polysexualité qui s’exacerbe à chaque plan, mais il reste au final ce n’importe quoi qui ne porte pas beaucoup du « sens » que j’avais aimé dans ses précédentes oeuvres.

L’histoire c’est celle de Smith qui est un étudiant gay qui tripe sur son colocataire hétéro teubé : Thor. Il traîne avec sa meilleure copine lesbienne Stella, qui est LE personnage hilarant du film et dont les réparties sont autant de bons mots queer à mort à retenir. Il fait un rêve récurrent d’une fille rousse qui se fait assassiner, et voilà qu’après une soirée où il se défonce, il pense réellement vivre ce meurtre. Ne sachant plus trop quoi croire, il décide d’enquêter pour retrouver cette fille. Tout bascule alors, et les évènements se font de plus en plus étranges, à la fois loufoques et inquiétants. Entre son amie qui se tape une sorcière, Smith qui couche avec une fille, et un complot mondial qui s’ourdit tranquillement, il n’est pas au bout de ses surprises…

Je relativise un peu mes propos précédents, et surtout je me mets moi-même en question, parce que je crois que « Nowhere » est trop culte pour moi pour que je sois vraiment objectif. En effet, même si les procédés et les codes sont proches, je pense que le propos d’Araki est très différent pour Kaboom, notamment dans son rapport avec Lynch (même si le cancrelat de Nowhere est aussi kafkaïen que lynchien à mon avis). En outre, Nowhere est LE film de mes 20 ans (21 plus exactement), et j’imagine que Kaboom me parle moins qu’à la génération vingtenaire actuelle (et elle n’accrocherait peut-être pas du tout avec ce vieux film de 1997).

Et je ne boude pas mon plaisir quant à l’excellence renouvelée d’Araki à filmer ces jeunes adultes (spécialement les mecs évidemment) qui s’envoient en l’air, mention spéciale d’ailleurs au magnifique Thomas Dekker (qui jouait le sexually confused ou meilleur pote cryptogay de Claire dans Heroes), et aussi la bande-son toujours aussi péchue et efficace. On retrouve aussi une multiplicité de personnages secondaires tous plus barrés les uns que les autres, et ce mélange toxique et attirant de violence, de sexe, sur fonds de couleurs criardes et de société qui va à cent à l’heure en écrasant tout sur son passage. Je me suis aussi dit que ce film démarre peut-être une nouvelle trilogie comme celle qui avait vu les films Totally F***ed Up (1993), The Doom Generation (1995) et Nowhere (1997)…

C’était drôle de constater qu’Araki a respecté le nom de son héros de toujours : Smith. Et que même si celui n’est plus joué par James Duval, ce dernier (un peu vieilli il faut l’avouer) a bien un rôle de « Messie » dans Kaboom. En revanche, on avait une pléiade de comédiens connus hallucinante dans Nowhere pour les rôles les plus importants à ceux de figuration fugace : Chiara Mastroianni, Christina Applegate, Ryan Phillippe, Heather Graham, Mena Suvari, Denise Richards, Jaason Simmons (une pauvre star « d’Alerte à Malibu »), Charlotte Rae (Madame Garett dans « Arnold et Willy »), Rose McGowan, Traci Lords (célèbre actrice de porno US des années 90) et Shannen Doherty.

Quand j’avais écrit un post à propos de Nowhere, j’avais aussi passé le film au crible en réalisant ce diaporama. On y retrouve James Duval au zénith de sa beauté, et l’imagerie, les gimmicks et l’univers familier d’Araki.


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Ce qui m’avait beaucoup fait triper à l’époque : le nom des cours auxquels les étudiants participaient au lycée… (Bon ok j’arrête de parler de Nowhere !!!)

Kaboom

9 Commentaires

  1. J’ai carrément trippé devant Kaboom. Effectivement c’est sans doute l’équivalent de Nowhere pour les djeun’s d’aujourd’hui. Araki arrive vraiment à capter l’air du temps.

  2. Je viens de le voir et j’ai grave halluciné! Du gros nawak mais je dois dire que le côté homo-érotique m’a bien tenu quand même hihihi :rigole:

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