Le coeur régulier (Olivier Adam)

Le coeur régulier (Olivier Adam)

Je commence à bien connaître Olivier Adam (enfin ce n’est que le quatrième roman que je lis), et c’est un de ces auteurs avec une patte, un univers et un style bien reconnaissables. C’est aussi un de ces auteurs à succès, vraiment populaires et « bankables », sans faire partie non plus du haut du panier avec les Gavalda, Nothomb ou Lévy (Alléluia !). Et c’est sans doute l’auteur que je cite quand on me demande des auteurs que j’aime, et que je veux sortir un truc un peu connu et qui me parle sincèrement.

Là encore avec « Le coeur régulier » pas de surprise, c’est un roman de bonne facture, avec tous les gimmicks de l’écrivain plus ou moins disséminés, une histoire touchante, et un soupçon d’exotisme. C’est malgré pour ce dernier point que j’émettrais un bémol, car là où le bât blesse à mon avis c’est dans des descriptions un peu alambiquées et précieuses pour décrire un Japon de carte postale (même si j’ai pu constater que ces émotions existent bel et bien).

Le roman a pour héroïne centrale Sarah, femme à la petite quarantaine, mère de famille, avec un bon job, un mari carriériste, et une vie planplan de banlieue réglée comme du papier à musique, qui ne vient pas de ce milieu petit bourgeois à la base. La mort accidentelle de son frère, Nathan, la laisse dans un horrible traumatisme dont elle ne se sort pas. Ils étaient très proches, mais lui un peu bohème et fragile, loseur et dépressif, a fini par s’éloigner de sa soeur rangée et alpaguée par son nouveau milieu. Nathan est parti au Japon, a essayé de se suicider et a été sauvé in extremis par un type, Natsume, dont c’est l’activité de retraité (les falaises sont réputées pour leur potentiel d’attraction des suicidés). Il est ensuite revenu et a mené une vie plus saine et presque équilibré. Sarah veut comprendre ce qui s’est passé, et elle part au Japon pour tenter de retrouver ce Natsume.

Le livre n’est pas tant sur cette aventure au Japon que sur une compréhension plus globale des rapports fraternels. En cela, il mixe plusieurs niveaux narratifs avec la seule voix de Sarah. Il y a sa propre vie et ses travers, son expérience au Japon, et aussi le récit de la relation frère-soeur. Tout cela s’entremêle harmonieusement, et Olivier Adam brode une histoire assez conforme à ses thématiques. En effet, de nouveau on voit le spectre du conformisme petit-bourgeois banlieusard de droite, et tous ces prolos qui s’extraient de leur milieu par le même procédé. Mais on retrouve aussi le frère perdu et les liens affectifs familiaux qui sont là très bien imagés, mis en exergue même si parfois un peu emphatiques.

Je reproche donc un petit peu des descriptions qui frôlent l’amphigouri, quand il s’agit de parler de ces falaises nippones, de la couleur du ciel ou de la mer. Olivier Adam va un peu trop loin, à mon avis, dans la métaphore poétique, malgré quelques très bons choix de mots et de figures oniriques. En revanche, ce que j’ai aimé c’est que la fin est relativement inattendue. Cela ne se termine pas en résolution magique comme dans un thriller, ou en une apothéose lyrique et romanesque, on est plus dans le vrai, le concret et le tristement réaliste. Sans déflorer le plus important, disons que ce retour à la réalité m’a rendu le bouquin entier comme un voyage initiatique et cathartique qui a enfin ouvert les yeux de Sarah. Le personnage n’en devient que plus touchant et riche parce qu’il a lui aussi sa fragilité, ses imperfections, et que lorsqu’elle réalise qu’elle ne voyait pas si bien les choses que cela, alors un autre pan de son existence peut se révéler.

Comme toujours, c’est assez « banal » dans les faits et les mécanismes en jeu, mais l’auteur est incroyablement bon pour ciseler les personnalités, distiller les émotions et être particulièrement saillant et perspicace dans sa dissection de nos psychés. Encore une fois, il évoque des sentiments de base, mais il réussit à mettre des mots et à illustrer des concepts qui nous dépassent et qu’on a souvent du mal à appréhender, dans lesquels on est englué et embourbé. Et à la fin, les choses paraissent plus claires, plus nettes, et on se sent délivré d’une gangue qui empêchait d’avancer.

Le coeur régulier (Olivier Adam)

1 Commentaire

  1. J’aime bien cet auteur et j’ai lu ce roman
    et à bien des reprises, son style « simple », épuré, en devenait agaçant, fabriqué.
    Ces allers-retours entre le Japon et Paris m’ont un peu perdu -ou bien je n’étais pas très concentré- et pour être honnête, je ne me rappelle plus de la fin. Ca finit comment, hein ?

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