Vertical Road (Akram Khan Company) au théâtre de la Ville

Grosse claque pour ce premier spectacle de danse vraiment contemporain que j’expérimentais grâce à l’invitation de ce cher Arthurchou. En effet, à part mon fétiche « In the upper Room » que j’avais vu au théâtre du Châtelet, je n’avais jamais vraiment essayé de ballet moderne. Voilà une bien belle et représentative bande-annonce qui permet de se rendre compte du style chorégraphique et musical.

Je trouve qu’on se retrouve assez correctement dans l’ambiance et l’atmosphère que j’ai ressenti lors de la représentation. Et donc un spectacle complet et d’une énergie insoupçonnée, d’une beauté transcendante, et à la musique et la gestuelle comme autant de pulsations d’un coeur qui bat la chamade. « Vertical Road » est une création d’Akram Khan qui est apparemment une pointure dans le domaine (ignoble béotien que je suis). J’ai vraiment adoré ce moment qu’il nous a offert, et je pense avoir apprécié cela avec toute la candeur de ma respectueuse ignorance de l’Art de ce monsieur. Comme d’habitude, j’essaie de raconter cela en me raccrochant à mes valeurs et connaissances, mais surtout à mon ressenti.

La danse pour moi est complètement liée au ressenti, et à l’interprétation plus sensorielle et instinctive qu’intellectualisée. Et là c’est vraiment à 100% dans ce registre. Et même peut-être un peu « trop », c’est-à-dire qu’au final on se retrouve au coeur d’une performance bluffante et d’un déluge acrobatique d’athlètes hors pair, mais on perd un peu le fil d’une narration ou d’une vision allégorique… Enfin il n’y avait peut-être pas non plus un sens caché à cela, mais simplement un exercice esthétique… Bref, je pense que j’ai peut-être raté le coche concernant le « récit » et la traduction de cette chorégraphie en faits, sentiments et idées.

Car ça commence très fort, avec ce premier danseur derrière un rideau semi-opaque, et ensuite ces danseurs et danseuses couverts d’une poussière blanchâtre et qui s’éveillent, et qui à chaque geste et claquement dans l’air font jaillir une écume pulvérulente de leurs habits (cf la vidéo). Et cette musique également syncrétique qui nous emmène sur les 5 continents et à travers les époques, d’un rythme originel et humain à des palpitations plus électroniques, accompagnées de flashs stroboscopiques qui font perdre toute notion de temps et d’espace. Au milieu du spectacle, c’en est presque trop de cette excitation sensorielle qui ne laisse pas l’hypothalamus en paix une seconde. Je comparerais presque cela à une sensation orgasmique tellement c’est paroxystique (si si).

On sent les influences diverses et variées, de traditions anciennes comme le kathak indien dont le chorégraphe est spécialiste, mais aussi de Pina Bausch (en tout cas ayant vu le film « Pina » il y a deux semaines, j’ai été frappé par certaines similitudes), et globalement entre musique et danse, un joli melting-pot qui rend hommage au métissage de la troupe.

Il y a ces moments très intenses et spectaculaires, tout droit sortis d’un « Tigre et Dragon », et d’autant plus avec les effets des coups sur la poussière, ce qui est très proche des films de kung-fu hongkongais qui utilisaient le même procédé pour mettre les chorégraphies en valeur. Evidemment, avec la grâce et cette touche « artistique » qu’ont ces athlètes, cela donne un effet extraordinaire de gens qui volent et virevoltent avec une déconcertante aisance. Ce que j’ai préféré, c’est quelque chose de beaucoup plus simple : à certains moments c’est un type qui dirige à distance les autres un peu comme s’il tenait les fils d’une marionnette, et c’est tout à fait impressionnant et magnifique (et flippant). Il y a aussi de manière similaire deux danseurs avec l’un qui fait littéralement danser l’autre en l’accompagnant et le modelant de ses gestes (en touchant cette fois, voire avec une certaine pugnacité).

La tournée est apparemment un triomphe bien mérité, et je me sens très chanceux d’avoir pu assister à ce spectacle incroyable. Je regrette de ne pas être un peu (beaucoup) plus érudit dans le domaine, cela m’aurait sans doute permis de mieux appréhender certaines choses. En fait j’adorerais y retourner justement pour être un peu plus attentif à d’autres aspects, et évoluer encore dans mes sensations. Vraiment c’est une expérience à part qui est inoubliable.

Vertical Road (Akram Khan Company) au théâtre de la Ville

5 Commentaires

  1. Je n’avais pas réussi à croiser Tutur à la sortie, mais je n’avais pas loupé le spectacle …
    Cela faisait longtemps que je n’étais pas sorti d’un vrai show à la Ville avec le souffle coupé. La danse, ici, est parfaite, créative, inventive, efficace, réservée autant qu’expressive … J’en avais perdu mes mots, et je n’ai jamais réussi à trouver comment restituer à mes 2 lecteurs et demi les impressions que ce petit chef d’oeuvre m’avait inspirées…
    You rule, Matoo !

  2. Aaah suis content de lire ton commentaire Charlie, you rule too!!! :D
    (C’est pas parce que tu ne trouvais pas tes mots qu’il ne fallait rien me dire, tsss)

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