Les voix de l’asphalte (Philip K. Dick)

Les voix de l'asphalte (Philip K. Dick)

Il est toujours extrêmement tentant de se jeter sur un bouquin d’un de ses auteurs favoris, alors qu’il est mort en 1982, et que le livre en question est inédit !! Même si c’était un roman refusé par l’éditeur à l’époque, même si ce n’est pas de la SF alors que c’est aussi ce qu’on attend (et aime) chez cet écrivain, on est forcément curieux. Et Philip K. Dick est un putain d’auteur pour moi, un de ces auteurs qui comptent dans ma « vie » littéraire.

Mais là je dois avouer une relative déception à la lecture de ce gros roman. J’en comprends pourtant bien le contexte, Philip K. Dick a envie d’écrire un texte plus long et abouti que d’habitude, un texte sans SF ou du moins pas dans les formes qu’il a exploité jusque là. Moi qui ai toujours regretté qu’il ait écrit tant de nouvelles, et qu’il nous laissait parfois trop vite dans des univers qu’on aurait voulu explorer plus avant, eh bien là ce n’est pas le cas. Mais pas de pot (pour moi), le manque de fibre SF a été fatal, et surtout mon désintérêt bien prosaïque pour ses protagonistes et l’intrigue…

Petit problème donc, malgré de vraies qualités littéraires et une écriture toute dickienne très plaisante, ainsi que la récurrence de thèmes fétiches tels la religion, l’intolérance et ce mal-aise existentiel qui vire à la paranoïa du gars qui « a tout pour plaire » en apparence. Mais le souci, c’est qu’après avoir compris l’intrigue de base, j’ai trouvé que l’auteur nous enlisait dans des considérations un peu fumeuses et surtout répétitives.

C’est l’histoire d’un gars, Stuart, qui a une vie tout à fait banale et sympathique avec une gentille femme, un gentil job en tant que vendeur de télé, une gentille ambition etc. Mais il sait que tout cela n’est pas pour lui tout en ne sachant pas quelle décision prendre, et puis il y a l’incursion dans sa vie de ce prophète d’un nouveau mouvement religieux, Theodore Beckheim, qui change la donne. Stuart est intrigué par la société des Gardiens de Jésus et ses préceptes. Mais tout cela est plutôt l’occasion d’une descente en flammes de l’American Way Of Life à coups de crédits pour entrer avec ses deux sabots dans la sacrosainte société de consommation. (Mais merde, ça fait pas 478 pages !!)

Donc j’étais content d’avoir un K. Dick qui se pose pour fouiller ses personnages, mais je n’arrive pas à le suivre sur le coup, je le trouve aussi confus que son protagoniste principal, et cette curieuse symétrie entre l’écriture et le héros hésitant et parano, m’a rapidement fait lâcher le bouquin. Je me suis fais violence pour terminer mais sans plaisir aucun (à part ce petit truc grisant quand on termine n’importe quel roman, mais j’essaie de m’en distancier là).

Les voix de l'asphalte (Philip K. Dick)

4 Commentaires

  1. J’adore Philip K. Dick, depuis mes 14 ans (j’en ai le double maintenant ^_^) et j’ai lu pas mal de ses livres. J’ai découvert celui-ci il y a deux ans et il est devenu un de mes favoris de l’auteur depuis. Je me suis beaucoup retrouvée dans son personnage paumé qui n’arrive pas à comprendre sa vie et à se retrouver en elle, et même si le délire pré-American Psycho ne m’a pas convaincue, tout le reste m’a énormément plu. C’est une sorte d’écho fantomatique à « Revolutionary Road » pour moi, l’histoire d’un homme qui n’est pas adapté à son époque et qui veut sortir de sa vie (mais sans savoir quel rêve poursuivre pour autant). Et donc je suis très heureuse que l’éditeur ait eu envie d’aller à l’encontre de la volonté de Dick (je suis terriblement égoïste sur ce coup-là). Mais je me rends bien compte que si le personnage ne parle pas au lecteur, le style parfois un peu plus lourd (mais avec quelques moments de grâce) d’un Dick qui se cherche peut ne pas plaire.
    Au cas où, j’en parle là: http://leslecturesdecachou.over-blog.com/article-34333750.html

  2. Ce roman non SF me parait assez proche, par les sujets qu’il aborde, de Confessions d’un barjo. J’avoue ne pas avoir énormément aimé ce livre-là non plus…
    C’est malheureusement le seul livre que j’ai découvert de lui jusqu’à présent. Peut-être faudrait-il que je tente un détour par l’un de ses vrais romans SF. Ubik, peut-être? A moins que Matoo, visiblement connaisseur, ait une meilleure suggestion? :)

  3. Olivier> Oui ce genre de publication post-mortem est dans la majorité des cas, de l’exploitation pure et les éditions sont souvent prêts à publier la moindre merde jamais écrite pas un auteur. La différence là c’est que K. Dick était attaché à ce livre qu’il lui tenait grandement à coeur (et qu’il n’a pas été écrit en fin de carrière mais en 52 !!). En plus, les critiques sont globalement bonnes. :redface:

    Cachou> J’ai lu pas mal de critiques qui sont similaires à ce que tu as ressenti, donc je pense que c’est moi qui ai sans doute raté le coche. Merci !! :salut:

    Reka> Oh Ubik est en effet vraiment top et représentatif du très bon K. Dick, mais pour tester en prenant pas trop de « risque », ça doit être pas mal de lire un recueil de nouvelles aussi !
    (J’ai parlé de tout ça ici en tout cas, mais j’en avais lu d’autres avant !)

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Petite opération antispam à résoudre : * Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.

:bye: 
:good: 
:negative:  
:scratch: 
:wacko:  
:yahoo: 
B-) 
:heart: 
:rose:   
:-) 
:whistle: 
:yes: 
:cry: 
:mail:   
:-(     
:unsure:  
;-)  
 
Partages