Leviathan au Grand Palais de Anish Kapoor (dans le cadre de Monumenta 2011)

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - panorama

Monumenta est un rendez-vous annuel du Ministère de la Culture qui offre cet incroyable espace de la Nef du Grand Palais à un artiste pour créer une oeuvre d’art contemporain qui puisse parler au plus grand nombre. Là c’est Anish Kapoor qui est invité et qui a décidé d’investir en « grand » ce gigantesque volume. L’oeuvre est donc monumentale et bien en phase avec l’optique du projet, mais je n’ai pas non plus été totalement conquis par l’installation-sculpture.

Tout cela se visite très rapidement, et la file a beau être longue, l’attente ne l’est pas. On peut ensuite aisément circuler sous la verrière puis dans l’oeuvre elle-même. Mais je crois que le plus facile est de jeter un coup d’oeil au machin présenté en lui-même.

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - panorama

Cela ressemble donc à un truc énooooorme et d’une couleur rouge foncé, ou lie-de-vin, qui a l’air d’être léger comme une baudruche ou plutôt un ballon de basket-ball. On en voit les coutures d’ailleurs, et la brillance globale de l’objet lui donne un aspect ludique et organique à la fois. Vraiment ce qui surprend et intrigue c’est proprement le gigantisme de la chose, et on se met rapidement à imaginer les procédés pour faire rentrer un truc pareil, pour le gonfler et le faire tenir !!

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - vers la sortie

On a donc affaire à un immense béhémot (d’ailleurs le titre de l’oeuvre est Léviathan) avec trois lobes et une partie non fermée par laquelle on peut pénétrer pour y découvrir l’envers du décor et une toute autre oeuvre. La taille est étonnante car elle emplit toutes les dimensions d’un volume si énorme qu’on n’imagine pas qu’on puisse ainsi l’occuper autant en surface qu’en hauteur, et le côté jouet avec les gens qui apparaissent si petits à côté, est à la fois drôle et inquiétant. Drôle parce que ça pourrait aussi faire penser à ces représentations géantes d’animaux en baudruche de Jeff Koons, et inquiétant dans son aspect monstrueux, comme un « blob » en puissance dont l’aspect organique rouge-sang et poche d’air le rend vivant, vibrant et palpitant.

On en fait le tour, et on voit les gens se prendre en photo avec, des enfants jouer autour un peu, petits et grands tout aussi circonspects… Hé hé hé. On a en fait rarement assez de recul pour embrasser l’ensemble de la sculpture, et je n’arrête pas d’élaborer des hypothèses sur sa construction, son élaboration et surtout son installation dans cette Nef géante qui m’apparaît d’un seul coup une très modeste serre pour accueillir le Léviathan !

Il faut refaire la queue pour entrer dans l’objet, et découvrir alors que la peau est relativement translucide. Quand le soleil paraît, on voit parfaitement en transparence le squelette de métal de la grande Nef. Sinon, rien de très notable sinon le fait de bien voir les lobes de l’intérieur, avec les nervures et coutures encore plus apparentes, et face à soir un lobe dont on voit parfaitement la conformation.

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - à l'intérieur en face

Tandis que si on jette un coup d’oeil à droite ou à gauche, on ne voit pas la partie vraiment finale du lobe, et on pourrait croire qu’une route s’ouvre sur un couloir infini.

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - à l'intérieur sur un des côtés

On a d’autant plus cette impression organique de l’intérieur, avec ce souffle tiède et enveloppant dont on sait qu’il entretient la « vie » de l’installation, mais aussi cette couleur bien plus sanguine et charnelle, avec des effets de couleur, d’ombre et de lumière, et de subtiles variations liées au conditions extérieures. A cela, on ajoute aussi l’espace confiné et propice aux échos et toute sorte d’illusions sonores.

Vous voyez comme j’en parle, j’ai vraiment bien aimé le fait que cette oeuvre me procure beaucoup de questionnements et me pousse à explorer mon ressenti, ma curiosité et certaines analogies. Mais j’ai été un peu déçu de ne pas y avoir perçu quelque chose de plus percutant, de plus décoiffant de plus… transcendant. J’aurais aimé une expérience plus aboutie et plus scénarisée peut-être, même si ce n’était pas non plus un voyage à l’intérieur du Gargantua de Mirapolis (ok là c’est une référence pour les valdoisiens de plus de 30 ans).

En fait, j’ai tout de suite pensé que j’allais avoir affaire à une installation analogue à celles d’Olafur Eliasson, dont j’ai eu la chance d’expérimenter le Weather Project à Londres (New Tate Modern) en 2003. Il s’agissait aussi d’occuper un immense espace avec une oeuvre universelle et touchant tous les publics. Or ce soleil dans un musée avait captivé les visiteurs comme aucun commissaire n’avait pu l’anticiper, il fallait voir les gens être attiré comme des insectes vers la lumière, avec cette brume fantomatique, et l’envie de s’allonger sur le sol pour voir son reflet plus haut. Je me souviens être resté une bonne demi-heure à errer au sein de cette oeuvre grandiose et d’une troublante beauté.

Pour Leviathan d’Anish Kapoor, j’admire la conception d’un objet pareil, et je suis charmé par la multiplicité des visages de l’oeuvre : gigantesque, rebondie, vivante et organique, extérieure et intérieure. Mais je n’ai pas été bluffé comme j’avais pensé pouvoir l’être, et au final c’était sympa mais c’est tout. Certes, il y a beaucoup de moyens, une « énorme » idée mais pas menée au bout, ou bien je manque de références et d’accompagnement pédagogique peut-être. En tout cas, c’est à voir bien évidemment, mais seulement « à voir ».

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