Orgueil, poursuite et décapitation (comédie hystérique et familiale) de Marion Aubert au théâtre du Rond-Point

Orgueil, poursuite et décapitation (comédie hystérique et familiale) de Marion Aubert au théâtre du Rond-Point

J’avais connu Marion Aubert lorsqu’elle était passée à l’émission de radio à laquelle je participais il y a quelques années, elle nous présentait alors « Les aventures de Nathalie Nicole Nicole« . J’avais eu tout de suite envie de voir cette pièce, et j’avais été emballé par cette oeuvre d’une incroyable force, poésie, beauté littéraire et irrésistible folie douce. Ecoutez donc l’émission de l’époque pour entendre Marion Aubert en parler elle-même…

Il s’agit là d’une nouvelle pièce et toujours au théâtre du Rond-Point. On est dans un univers radicalement différent et en même temps familier lorsqu’on a justement vu un peu de l’oeuvre de l’auteur. Mais cette fois-ci, le matériau presque pur qui a servi à Marion Aubert c’est Marion Aubert. Ca pourrait carrément s’appeler « Dans la tête de Marion Aubert ». Elle dessine en 11 saynètes, avec quelques fils rouges mais pas trop, une série de portraits de famille hauts en couleurs. Portraits de famille mais aussi professionnels ou amicaux, je crois qu’elle ne fait pas beaucoup d’impasses. Pas toujours reluisants ces portraits et parfois carrément déplacés, souvent drôles, carrément épiques et truculents, on suit avec bonheur une belle troupe de comédiens et comédiennes (dont l’excellente jeune femme qui jouait Michel Chef Chef dans la précédente pièce, ainsi que Marion Aubert herself) qui incarnent avec un plaisir non dissimulés les « Chonchons » qui peuplent son existence.

Il n’y a pas vraiment d’histoire, ni queue ni tête parfois, mais je n’ai étrangement pas du tout été dérangé par cette absence de repère ou de fil narratif. On est comme dans un bouquin de nouvelles avec un joli talent pour poser en quelques répliques un cadre, une situation ou simplement une idée, ou même l’ébauche d’un souvenir, et rapidement la pièce prend des airs de « Short Cuts » avec des personnages récurrents et des échos familiers.

Comme toujours chez Marion Aubert (dixit le gars qui n’a vu que deux pièces… Huhuhu.) on profite d’un texte ciselé à merveille, avec de très belles répliques et surtout des monologues pour chacun des comédiens qui m’ont bien marqué. On se retrouve facilement dans ses interrogations et ses mises en scène de la vie familiale ou professionnelle, tout en ayant ce formidable (et la plupart du temps extrêmement comique) miroir grossissant et déformant par lequel elle a fait passé ses réminiscences. On a ainsi l’impression d’une certaine catharsis pour l’auteur, en même temps que d’un vrai plaisir de théâtre et de théâtreux, et même au final l’aveu d’un produit mal fini et pas toujours bien ficelé, mais bien authentique et sincère. Il n’y a pas à dire ce sont des qualités qui font mouche sur les planches.

Plus formellement, l’occupation de l’espace est excellente, et un peu comme dans Nathalie Nicole Nicole qui bénéficiait aussi d’un décor impressionnant, là c’est encore plus étonnant. Il s’agit d’un ensemble modulaire avec une face blanche assez neutre, et l’envers occupé d’un bout de décor très marqué (plutôt seventies). Les comédiens déplacent carrément tout le décor et composent, décomposent et recomposent à l’envi les différentes scènes de la pièce. Cela donne beaucoup de rythme et de punch aux transitions, et permet des circulations de personnes très originales et diversifiées. On a un salon, une chambre, tout un appartement ou un mur blanc et lisse selon les occasions et les besoins de l’héroïne et son projet.

C’est un vrai théâtre contemporain et ambitieux mais rendu accessible à tous et antipédant au possible par la magie du verbe et de la mise en scène, et je suis terriblement admiratif de cette artiste pour cela.

Orgueil, poursuite et décapitation (comédie hystérique et familiale) de Marion Aubert au théâtre du Rond-Point

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