Melancholia

Melancholia

Voilà un film qui avait eu très bonne presse à Cannes, et on lisait même qu’il aurait eu la Palme s’il n’y avait pas eu le tristement célèbre dérapage de Lars Von Triers. Je n’ai pas vu le film qui avait eu la Palme, Tree of life, mais apparemment on peut vraiment connecter les deux oeuvres, même si j’ai globalement eu de mes proches des échos semblables : Melancholia serait la version über-moins chiante et regardable de Tree of life. Moi du coup, je n’ai pas pu faire de lien, et j’ai déjà trouvé quelques longueurs entêtantes dans Melancholia donc je n’ose imaginer l’autre film… En revanche, j’ai beaucoup aimé, et c’est un des rares films d’auteur, de prime abord plutôt intimiste et introspectif, dont les qualités photographiques et visuelles formelles font qu’il est particulièrement appréciable de le découvrir sur grand écran.

Le film se focalise sur deux soeurs et est séparé en deux parties bien distinctes, selon qu’on évoque plus l’une ou l’autre. Le premier chapitre nous parle de Justine/Kirsten Dunst, qui se marie dans la somptueuse bâtisse de sa soeur Claire/Charlotte Gainsbourg (qui doit tenir avec son mari une sorte de château pour les séminaires). Il s’agit d’un mariage au faste énorme avec tout le décorum imaginable, une kyrielle d’invités… Bref c’est le mariage de princesse avec une Kirsten Dunst qu’on voit rapidement se révéler instable. Dépressive ou bipolaire ou juste chiante, Justine pique une crise de nerf tous les quarts d’heure et rend chèvre sa frangine qui a tout organisé. On découvre par la même l’opposition très manichéenne entre la blonde Justine délurée, cyclothymique, créative (pub c’est son job), sur le fil, et la brune Claire qui est sérieuse, réfléchie, posée et control-freak. Le second et ultime chapitre est à propos de cette dernière, la seule différence entre les deux moments c’est qu’on a appris qu’une planète (appelée Melancholia) allait croiser la Terre de très près, mais sans aucun danger de collision. Claire est complètement bouleversée et flippée par cette nouvelle, malgré son mari (Kiefer Sutherland) qui tente de la rassurer à l’aide de ses connaissances en astronomie. Les soeurs s’opposent encore puisque Justine est au contraire parfaitement stoïque et calme…

Sur l’ensemble du film, je salue vraiment l’aspect formel car j’ai trouvé que c’était hyper bien filmé du début à la fin, et il faut dire que Lars Von Triers a bien ce talent là. Mais là en plus, les aspects fantastiques sont traités avec une certaine fantaisie qui ne grèvent pas du tout ni le récit ni son effet sur le spectateur. L’autre chose ce sont les comédiens qui sont géniaux. J’ai adoré les deux actrices, Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg, mais Kiefer Sutherland et Alexander Skarsgård (Eric Northman de True Blood prouve qu’il est un vrai comédien) ne sont pas en reste non plus. On retrouve aussi le père de ce dernier (Stellan Skarsgård) qui était une des figures centrales de Breaking the waves, ainsi qu’une excellente et drôlissime Charlotte Rampling (mais elle est rarement mauvaise).

Justine et Claire sont impeccablement jouées, mais on peut comparer comme cela les jeux de Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg. Même si elles interprètent des femmes aux tempéraments différents, il est très marrant de les voir s’échanger les « humeurs » entre les deux parties. Et du coup on se rend bien compte que Kirsten Dunst joue terriblement à l’américaine, avec une manière très Actors studio, et que parfois son jeu frise un peu l’Expressionnisme. Charlotte Gainsbourg est beaucoup plus « française » en comparaison, et j’ai trouvé qu’elle était plus crédible et plus « fine ». Même quand elle pète les plombs, bah j’y croyais plus et le ton était beaucoup moins hollywoodien. Finalement ces détails servent bien le film puisqu’elles restent dans des registres adaptés à leurs rôles (Justine plus haute en couleur, et Claire plus réservée).

La première partie est vraiment plus faible par rapport à la seconde, mais c’est sans doute parce qu’elle dure un peu longtemps, et qu’elle se situe avant l’arrivée de Melancholia. On voit le temps passer car on comprend vite les différents personnages, la situation et les enjeux, mais finalement la seconde partie efface tout cela d’un geste, et on se demande un peu la raison de s’appesantir autant sur ce mariage raté. La seconde au contraire est tout en finesse, en non-dits et en métaphores, et j’imagine qu’à ce niveau ce film peut faire couler beaucoup beaucoup d’encre. J’ai aussi trouvé qu’il y avait quelques longueurs pour ce chapitre, mais le style fantomatique des plans à l’arrivée de la planète et les attitudes des protagonistes rattrapent bien une action au ralenti.

On retrouve pas mal des gimmicks de Lars Von Triers mais aussi, j’ai l’impression, de nouvelles choses. Au final, le film dépouillé de ses artifices propose une narration assez simple, et j’ai bien aimé le fait que cette perturbation énorme (on parle tout de même d’une planète qui croise la Terre !!) viennent ainsi autant nourrir une intrigue relativement aride. Le film mérite d’être découvert au cinéma pour ses belles images, une fin notamment impressionnante et « vibrante », mais aussi pour chercher en soi la signification de cette histoire, et de la métaphore distillée par cette curieuse et ordinaire (oxymore) sororité.

Melancholia

13 Commentaires

  1. Beau post, comme toujours. Je suis étonné que tu n’abordes pas davantage la métaphore Melancholia qui est le centre de l’histoire et qui selon moi explique aussi les deux parties, et les dons de voyance de Justine. Tu veux garder ton interprétation perso?

  2. La partie sur Justine présente plutôt la mélancolie, mais au niveau médical/psychiatrique, non ? D’où le lien entre ces deux chapitres … 5enfin, d’après moi).

  3. L’attitude de Justine dans la première partie s’explique par le fait qu’elle sait ce qui va se passer à propos de Melancholia (d’ailleurs, il y a 876 haricots dans le pot). Du coup, « à quoi bon ? » . C’est plus profond que « je fais ma chiante, je suis dépressive et bipolaire ».
    au premier visionnage, j’avais aussi trouvé cette partie un peu lente et pas trop raccrochée au sujet. Mais j’ai bien envie d’y retourner du coup.

  4. perso j’ai beaucoup aimé cette première partie, mais ce qui l’enfonce c’est le fait qu’on a l’impression de voir deux films distincts. Comme s’il voulait re-faire un Festen like et qu’il l’a placé dans son Melancholia sans réelle connexion, car Melancholia est citée dans un pov dialogue. Alors après on comprend effectivement son comportement, mais tout ça pour ça ?

    Le réal c’est super bien débrouillé à nous montrer des gens normaux face à une situation qui les dépasse, pourquoi n’aurait-il pas pu faire ça sur 1h30 plutôt qu’un film de 2h dont 1 inutile ?

    Ca va choquer, mais c’était pareil pour Transformers 3 :p Toute la première heure c’est une comédie d’action très sympa, tu comprends pas trop les enjeux car le scénar se veut compliqué, tout ça pour t’amener à 1h de bataille dans une ville qui n’a pratiquement aucun lien avec la partie précédente. Et suodainement tu te dis « Mais à quoi ça a servi l’heure précédente ? RENDEZ-MOI CETTE HEURE DE MA VIE »

  5. Raka> J’arrive pas à croire que tu cites en comparaison Transformers 3… :shock: :protection:

    Huhuhu.

    Sinon je vous conseille le post et les commentaires de Nicolas : http://nicolinux.fr/2011/08/09/melancholia-trier/
    Y’a plein d’hypothèses intéressantes sur les significations du film.

    Harry > Bah oui y’a non seulement le fait que je n’ai aucune certitude, et que j’avais beaucoup de difficulté à expliquer mon ressenti. Donc j’ai supprimé tout ce que j’avais écrit de l’ordre de l’explication des métaphores du film. J’ai bien aimé lire du coup toutes les possibles lectures du film dans le post que je viens de citer, ou chez Le Yéti : http://www.kub3.fr/cinema/2011/08/critique-melancholia-38792/

  6. je n’ai pas vu Melancholia parce que le cinéma de LVT ne m’intéresse plus (pour rester poli) depuis « Dancer in the dark » !
    en revanche, j’ai une passion pour les films de Malick, et « the Tree of life » fut pour moi un véritable choc émotionel. Je ne m’y suis pas ennuyé du tout, même si je me suis demandé si le premier quart d’heure n’était pas de trop (ou trop long), mais le premier quart d’heure seulement… C’est un des films que je retiendrai cette année !

  7. Ah oui, je ne suis pas d’accord avec la premiere critique, beaucoup plus avec le Yeti. Pour moi la fin du monde n’est pas le thème du film. Il traite de la dépression (que LVT traversait alors qu’il écrivait le film).
    Ensuite dans mes supositions, il montre les deux manières de la gérer : l’acceptation ou le déni (les deux parties). Et comme c’est du LVT, la dépression l’emporte toujours (à moins qu’il croit à la réincarnation après la dépression, mmm ?).

  8. Tout à fait d’accord avec Harry. Pour moi aussi, il s’agit avant tout d’un film sur la dépression. Et comment cet état, souvent incompréhensible pour l’entourage, ne serait peut-être qu’une forme de lucidité, voire de sérénité face au caractère inéluctable de la mort. C’est finalement la soeur la plus « équilibrée » qui a le plus de mal à appréhender la mort.
    Et sinon, comme le cinéma scandinave, c’est un peu mon dada, je me dois de corriger une petite erreur : Stellan Skarsgård ne joue pas du tout dans « Festen », mais dans « Breaking the Waves ». Mais bon, tout ça, c’est des films de Danois qui tremblotent de la caméra…

  9. Ce film est magnifique et ce n’est pas seulement parce que la distribution est extraordinaire : je pensais m’ennuyer pendant le film et finalement j’ai été bouleversée, et comme happée par l’histoire, le côté magnétique de cette planète. J’en suis ressortie toute retournée et en tête ces images magnifique et l’angoisse du « si un jour ça arrivait ? »

  10. Melancholia de Lars von Trier

    Menuet fatal

    Le traitement de la fin du monde par Lars von Trier ne laisse pas indifférent. S’éloignant des blockbusters, il traite le sujet en lui donnant le goût d’une fable poétique et dramatique.
    Après une introduction exhalant un romantisme teinté de morbide, l’humeur de notre héroïne, Kirsten Dunst, se délite au fur et à mesure que la menace se précise. Elle tente bien de donner le change devant les invités de son propre mariage mais finalement la dépression la submerge. Le couple naissant n’y résiste pas et le flot de sa douleur emporte le bonheur convenu. La dépression est la plus forte comme cette planète, Melancholia, qui exécute un dangereux pas de deux avec la terre.
    Mais la terre n’est pas la seule victime, la raison aussi sort vaincue de ce menuet. Le gendre, scientifique aux certitudes bien campées, et qui incarne ici la raison, fini par être vaincu dans cette danse lascive entre les planètes. L’intuition de sa belle-sœur est bien plus clairvoyante que les certitudes du monde scientifique. Il est vrai que le réalisateur fait dire à l’héroïne qu’il n’y a rien attendre de la vie car « ici tout est mauvais ».
    Le film est subtilement rythmé par un montage prenant le partie d’une caméra alternant des plans fixes ou à l’épaule, suggérant la quiétude ou la menace.
    Dans ce monde ou les faux semblants alternent avec le désespoir, le malheur comme le bonheur bégaient. Le refuge se trouve alors dans le règne du monde animal, incarné par des chevaux, qui a l’approche du dénouement final s’apaisent, et dans la nature – apparemment paisible – mais tout aussi inquiétante. On peut évidemment être gêné par le nihilisme apocalyptique de l’auteur. Ame sensible s’abstenir.
    L’attitude de la mariée, « insensée » aux yeux de notre scientifique, préfigure en fait le destin de tous. En nous confrontant à l’expérience d’une mort certaine, il fait appel à notre humanité, et nous invite à livrer les clés de la vie.
    Mais pour Lars von Trier, il semble qu’elle n’ait pas d’issue, au final : le manoir est un linceul d’où personne ne peut s’échapper (ni à cheval ni en voiture). Malgré quelques sursauts, la fatalité d’un destin tragique domine. Et dans le plan final, à la beauté cruelle et frappante, il finit d’achever sa démonstration d’un cinéma dans la pleine puissance de ses moyens et dans le constat désabusé du monde. Beau film à la beauté vénéneuse.

    Melancholia
    Date de sortie cinéma : 10 août 2011
    Réalisé par Lars von Trier
    Avec John Hurt, Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg
    Long-métrage français, danois, suédois, allemand.
    Genre : Science-fiction, Drame
    Durée : 02h10min
    Prix d’interprétation féminine : Festival de Cannes 2011
    Synopsis : À l’occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la soeur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre…

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