Le Songe d’une Nuit d’Été (William Shakespeare) au théâtre de la Porte Saint-Martin

Le Songe d'une Nuit d’Été (William Shakespeare) au théâtre de la Porte Saint-Martin

J’avais vu il y a dix ans je crois une version très classique et très juste du Songe d’une Nuit d’Été, mais c’est surtout en 2007 que j’ai eu la chance d’assister à une représentation marquante à la MC 93. Cette version repensée et mise en scène par Jean-Michel Rabeux m’avait conquis par son originalité, sa modernité et en même temps sa fidélité au texte et à son esprit. On ne peut pas dire la même chose de ce spectacle-ci…

Mais je ne vais pas non plus mentir ou fanfaronner, j’ai passé un excellent moment, ne me suis pas ennuyé une seconde, et j’ai trouvé que c’était un divertissement de qualité au global. Néanmoins, il y a pas mal de petites choses désagréables et certaines carrément maladroites qui ont gâché cet excellent potentiel de départ. A la base, je partais avec un à priori positif sur les stars de la pièce : Lorànt Deutsch et Mélanie Doutey. Le premier était très compétent dans le rôle qui colle assez bien avec sa fantaisie naturelle, mais je l’ai trouvé très très fatigué lors de la représentation. La seconde était plutôt inégale, mais ça allait, parfois avec de brillante saillie et une belle présence, et parfois un peu trop effacée. Le souci le plus manifeste était à mon avis dans la mise en scène, ou du moins l’occupation spatiale des comédiens. En effet, à maintes reprises, on a des acteurs et actrices qui assistent à des tirades sans bouger, avec les mains derrière le dos, et j’ai toujours du mal avec de telles situations statiques au théâtre.

En revanche les décors sont excellents, les costumes extraordinaires et la transposition dans les sixties particulièrement réussie. D’ailleurs il s’agit plutôt d’une direction artistique globale qui teinte tout le spectacle et nous donne à voir des parties de danse et de chant des plus psychédéliques et rythmées (avec des danseuses plutôt jolies et douées qui prennent une belle part à la mise en scène, en tant que nymphes de la forêt). Les costumes à la Courrèges sont géniaux et on a envie de voler toutes les robes et les bottes des filles !!! L’ambiance globale est très proche des affiches et de l’inspiration évidente « Chapeaux melons et bottes de cuir ». Donc de ce point de vue là : belle réussite.

Je salue aussi le meilleur comédien qui est sans conteste Nicolas Briançon qui interprète Oberon, mais il est aussi le metteur en scène et il a participé à l’adaptation. Il est vraiment au-dessus du lot. Les deux ennemis Thibaut Lacour (Lysandre) et Davy Sardou (Démétrius) se débrouillent bien, mais avec quelques flottements et couacs…

Comme dans la plupart des pièces de Shakespeare, on y trouve aussi quelques comédiens dans la bouffonnerie pure, et qui sont vraiment là pour faire rire grassement. Dans cette pièce, il s’agit d’une drôle de mise en abîme puisque ce sont des comédiens qui répètent dans la forêt enchantée et qui doivent jouer une tragédie, Pyrame et Thisbé. Seulement ce sont des comédiens croulant et cacochymes qui jouent tous les rôles (femme, homme, lion et même un mur avec une fente !!!). Les comédiens qui jouent les comédiens sont en plus très connus, et ils sont assez drôles dans ces interludes. Mais là où ils ont poussé le bouchon un peu loin (Maurice), c’est que ça vire à la fin au mauvais théâtre de boulevard. Ils en font des (38) tonnes, et c’est lourd, archi-lourd, très long et peu intéressant. Aux rires du public pourtant, on a l’impression que ça fonctionne bien.

C’était peut-être aussi le souci de monter un tel « show » avec des têtes d’affiche et même la quasi-totalité de la distribution qu’on reconnaît de téléfilms divers et variés. Cela donne une pièce qui se cherche et a du mal à se positionner, qui surnage entre de jolies qualités formelles et quelques éclairs de bon théâtre, mais souvent la tête sous l’eau de maladresses et de lourdeurs. Une des qualités est certainement de donner un spectacle populaire et accessible, pas prise de tête ou intello, mais son revers est bien sûr de sombrer un peu trop dans le boulevard à mon goût, ce qui en l’absolu me convient, mais quand c’est mélangé, j’ai plus de mal.

Le Songe d'une Nuit d’Été (William Shakespeare) au théâtre de la Porte Saint-Martin

3 Commentaires

  1. Quelle déception devant ce mélange des genres réellement
    inextricable !…..Quant à la « lourdeur » du « théatre bouffon »
    à la fin de la pièce n’en parlons pas !…
    Reste, comme côté positif, les danses très bien exécutées.

    Et toi, Shakespeare…..aurais-tu apprécié cette folie psychédélique ?……

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