La Vérité (Théâtre Montparnasse) et Les Conjoints (Théâtre Tristan Bernard)

La Vérité (Théâtre Montparnasse)

J’ai vu ces deux pièces à une semaine d’intervalle (par le plus grand des hasards) et je me sens obligé d’en parler en même temps tant elles vont ensemble. Les deux pièces sont écrites par deux auteurs connus, même si celui de la Vérité, Florian Zeller, est une petite star chez les bobos, tandis que l’autre, celui des Conjoints, Eric Assous, est plus connu pour ses comédies sur le thème des histoires de couples. Les deux textes ont ceci en commun d’avoir une thématique largement empruntée au Boulevard, mais sans en être. C’est à dire que l’on est pas dans les portes qui claquent, les amants dans les placards et les quiproquos téléphonés. En revanche, ce sont deux pièces qui parlent exclusivement de relations de couples bien établies, du mensonges et des faux-semblants attachés aux mariages qui durent. Aussi on sent bien en filigrane une amusante peinture, parfois au vitriol, de nos moeurs actuelles, et des morales en trompe l’oeil qui prêtent à sourire.

Les deux pièces ont leur lot de comédiens vedettes avec Pierre Arditi, Fanny Cottençon pour La Vérité, et Jean-Luc Moreau, Anne Loiret pour Les Conjoints. Les deux spectacles sont en plus à la mode, et ont pour autre point commun d’attirer des femmes de 45/55 ans et leurs maris. Pierre Arditi et Jean-Luc Moreau étant les « George Clooney » de la soirée, on se rend parfaitement compte à quel point la gente féminine est là pour eux, et on entendrait presque des soupirs lorsqu’ils fanfaronnent ainsi sur scène.

La Vérité surtout comme son nom l’indique traite du mensonge sous toutes ses coutures. Pierre Arditi est marié et Fanny Cottençon aussi, d’ailleurs au meilleur ami de ce dernier, mais ils sont amants. Elle en a assez de vivre ainsi, mais il lui ment comme il respire, et dès les premières minutes on comprend qu’il est spécialiste dans la dissimulation et l’invention d’histoire à chaque minute de conversation. D’ailleurs Arditi est extraordinaire et fait montre d’un sacré talent pour endosser un rôle pareil. Evidemment il cabotine un peu, mais je reconnais qu’il fallait un monstre pareil pour incarner avec autant de justesse et de drolatique finesse un personnage aussi sympathiquement détestable. Non seulement scène après scène, il s’enfonce dans des mensonges de plus en plus rocambolesques, imbriqués et surréalistes, mais on découvre peu à peu que personne n’est dupe. Et rapidement, on commence à voir poindre les personnalités des autres comédiens. De victimes innocentes et manipulées, on finit évidemment par réaliser que tel est pris qui croyait prendre, et que la Vérité est une notion vraiment vraiment relative.

Les Conjoints est un peu moins intello (ce n’est pas Zeller à la plume…), mais j’ai trouvé finalement le ton et le dénouement plus enlevés et une vision globale un brin plus perspicace et énième degré. On est dans une histoire un peu plus pimentée et « boulevard » sur le coup. Jean-Luc Moreau est un loser qui vient de gagner au loto, et dont le meilleur ami est marié à une femme qu’il désire. On sent d’ailleurs que c’est un peu réciproque, même si la femme, fantastique Anne Loiret (la femme de Bacri dans « Le goût des autres »), est solidaire avec l’ex de Jean-Luc Moreau qu’il vient de laisser tomber pour une jeunette. D’ailleurs le couple, assez étrangement assorti, est invité à dîner chez ces amis, alors que cela ne plait pas du tout à Anne Loiret. La pièce se compose de scènes avec flash-backs et flash-forwards qui nous montrent la situation avant que Jean-Luc Moreau ne gagne, et petit à petit l’évolution de la situation. Il est aussi largement question de tromperie, de meilleurs amis et de jolis pieds de nez à la bourgeoise bienséance. Vraiment Anne Loiret remporte tous les suffrages tant son texte est ciselé à merveille et interprété tout aussi bien. Jean-Luc Moreau était quant à lui assez décevant même si « correct », il paraissait là en service minimum, assez blasé, genre je suis là, je joue, je repars.

D’un point de vue très bobo intello, on pourrait dire que voilà deux pièces qui prennent le contre-pied des thèmes classiques du boulevard et se réinventent dans des images rohmeriennes qui blablabla… En réalité, j’ai bien aimé les deux même si comme je l’ai souligné, la première est plus intello et allégorique, mais aussi plus aride et monolithique, tandis que la seconde plus proche des comédies de (ce) genre. Ce qui m’a totalement décontenancé, c’est le public !! En effet, je ne suis pas du tout dans la cible de ces pièces, et les salles étaient blindées de couples hétéros de l’âge de mes parents qui pouvaient s’identifier à 100% avec ce qui se passait sur scène. Et j’ai eu beaucoup de mal avec des rires à gorges déployées de toutes les desperate housewives du coin. Elles paraissaient vraiment se taper le cul par terre, et cela m’a laissé pantois. J’ai bien compris qu’elles étaient des fanatiques de Pierre Arditi et Jean-Luc Moreau, mais les pièces ne me paraissaient pas drôles à ce point, elles m’ont plutôt fait sourire d’ironie ou ricaner à quelques bons mots ou chutes malicieuses. Du coup, je me dis qu’une part de cette hystérie vient peut-être bien de ces situations théâtrales auxquelles elles ne s’identifiaient que trop par rapport à leurs propres expériences conjugales…

En tout cas, l’attitude du public m’a un peu renfrogné dans mon appréciation des pièces, tant je me sentais en décalage avec mes sourires timides qui étaient largement couverts par les esclaffements bruyant de mes aînés. Malgré tout, il s’agit de deux moments très divertissants et agréables, diablement ciblés baby-boomers parisiens, dont les conclusions sont particulièrement cocasses et inattendues, et les morales sympathiquement irrévérencieuses (mais pas trop).

La Vérité (Théâtre Montparnasse) Les Conjoints (Théâtre Tristan Bernard)

3 Commentaires

  1. Bonjour,
    Cherchant des infos sur la pièce « la vérité » je suis tombée sur votre blog… Ne connaissant pas du tout le théâtre montparnasse pourriez vous m’indiquer si l’on voit bien lorsqu’on est situé au balcon? Merci d’avance si vous prenez le temps de me répondre sinon merci quand même pour m’avoir lu;)

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