Tableaux d’une exposition (Patrick Gale)

Tableaux d'une exposition (Patrick Gale)

Lorsqu’en 2004 j’avais fermé « Chronique d’un Eté » de Patrick Gale, je savais que j’allais recroiser cet auteur qui était entré ainsi dans mon panthéon en grande pompe. Il m’a fallu 7 ans pour tomber par hasard sur ce roman sur les étals d’une librairie, et je n’ai pas hésité une seconde alors.

Le titre seul m’a fait penser tout de suite à Moussorgski et ses fameuses dix pièces pour piano. Je les avait découvertes par le plus grand des hasards alors que j’avais 14 ans et que mes parents avaient reçu avec une platine CD un pack de disques de classique gratuits. Restés dans la poussière des années, la curiosité m’a un jour poussé à les écouter avant de les jeter. Et finalement, je les ai encore avec moi, et ce sont les seuls CD que j’ai gardé. Parmi cet autodécouverte de la « Grande » musique (comme disait ma grand-mère) j’avais été fasciné par Moussorgski et ses « tableaux d’une exposition« , dans lesquels chaque pièce illustre son ressenti d’un tableau d’un ami peintre.

Musique d'Or

J’ai eu l’agréable surprise de constater une vraie parenté avec le roman, même si je n’ai trouvé nulle part sur le web ce rapprochement (donc j’hallucine peut-être en direct, huhu). En effet, le roman de Patrick Gale se compose de chapitres dont les débuts sont des pages d’un catalogue d’exposition des peintures de l’héroïne, Rachel Kelly. Ainsi, chaque texte illustre à sa manière, exactement comme Moussorgski, un des tableaux de Rachel Kelly, et son Art est tellement indisociable de sa personnalité et de son histoire, que l’on pénètre ainsi dans l’intimité de sa famille.

Tout commence par une adolescente paumée et enceinte de son prof de fac qui rencontre Antony, un autre étudiant qui se passionne immédiatement pour elle. Elle est désespérée, et Antony décide de quitter la fac, et de l’emmener dans sa famille, à Penzance, en Cornouaille anglaise. Là ils emménagent dans la maison de famille, et elle a l’enfant qui devient comme cela le leur. Comme je l’ai dit chaque chapitre est une oeuvre, et il y a une forte résonance entre la description du commissaire d’exposition et le récit qui s’en suit. On apprend par touches, à la fois sur l’oeuvre artistique mais aussi sur des épisodes de la vie des protagonistes de cette famille. Car Rachel et Antony ont élevé Garfield, et on eut trois autres enfants tous les deux, Hedley, Morwenna et Petroc. Garfield est un peu l’enfant parfait mais qui n’arrive pas à avoir d’enfant avec son épouse, Hedley est un homo épanoui en apparence, Morwenna aussi fragile et artiste que sa mère, et complètement en rébellion contre sa famille, et le mystérieux Pétroc est mort on ne sait comment il y a des années…

Ces personnages sont autant d’évocations picturales et de récits qui constituent peu à peu la trame du roman. J’ai beaucoup pensé à l’excellent Chronique d’un Eté du même auteur, mais aussi aux bouquins que j’aime tant de Michael Cunningham et surtout son « De chair et de sang ». En effet, on est vraiment dans le roman psychologique familial par excellence, avec une mère artiste bien maniaco-dépressive qui fuit les médocs, et des enfants marqués par ses crises, autant qu’une bonne couche de névroses transgénérationnelles (Rachel Kelly est née au Canada, mais on ne sait rien sur elle, ni si c’est vraiment son nom et pourquoi elle s’est retrouvée en Angleterre…). Patrick Gale a surtout une écriture qui me parle comme rarement, et je suis capable de le lire sans me lasser sur des centaines de pages. C’est le genre d’auteur dont le style me parle totalement, et j’aurais pu me délecter de sa fresque familiale pour encore 500 pages supplémentaires. De plus l’ambiance toute britannique et ces paysages cornouaillais de fin du monde m’ont beaucoup plu, et donné envie de visiter cette région de Penzance (ils ont même un Mont Saint Michel : le St Michael’s Mount).

Evidemment on finit par découvrir quelques secrets fascinants, mais comme d’habitude on en a plus appris en parcourant le chemin qu’en atteignant la fin… Huhuhu. Ah là là, c’est tellement ma came ce type de roman… Bien écrit, aux névroses familiales bien imbriquées et alambiquées, sans pathos outrancier ou mièvrerie déplacée, mais avec une acuité qui donne à la fois beaucoup de plaisir et permet aussi d’en apprendre un peu sur soi au passage. J’ai aussi rarement lu de descriptions qui rendent aussi bien la peinture et ses couleurs, textures, émotions etc.

Tableaux d'une exposition (Patrick Gale)

3 Commentaires

  1. Arf c’est celui que je voulais t’offrir pour ton anniv cette année (si si, souviens toi, je suis arrivé avec des cadeaux pour deux personnes sur trois… Bah le troisième c’était toi :tresgene:
    En tout cas je suis très content qu’il t’ait plu, mois aussi je l’ai beaucoup aimé, tout comme j’ai pu adorer Chroniques d’un été (Rough music en v.o.) que j’ai offert à Arthur…

  2. A l’époque de mon billet sur ce roman, un commentaire avait fait un rapprochement judicieux entre ce roman et le témoignage de Gérard Garouste, « L’intranquille ». Bien que différent dans sa forme, je pense que c’est un témoignage qui pourrait te plaire également.

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