Les derniers jours de Stefan Zweig (Laurent Seksik)

Les derniers jours de Stefan Zweig (Laurent Seksik)

Le titre est tout à fait explicite puisque Laurent Seksik a bien écrit un roman qui raconte l’existence de Stefan Zweig et son épouse alors qu’ils émigrent au Brésil, et que quelques mois plus tard ils se donnent la mort. Ces derniers jours représentent en fait les six mois que le couple a passé dans la ville de Pétropolis.

Après avoir vu une pièce de théâtre qui mettait déjà en scène le couple Zweig, cela m’a fait tout drôle de les « revoir » dans le bouquin. Du coup je ne pouvais pas m’empêcher de me les figurer tels que je les avais vu sur scène. Le bouquin est la tragique et funeste conclusion d’une longue errance, et d’une encore plus grande désillusion de Zweig. Cela finira donc complètement par l’emporter, et sa femme avec. J’avais déjà eu l’intuition dans la pièce, et là encore plus, que Lotte était vraiment très impressionable et impressionnée par son mari, mais du coup j’ai trouvé presque injuste le suicide du couple. On sent qu’elle a simplement suivi son mari, et qu’elle l’aurait suivi où qu’il aille. Cet amour qu’elle nourrit pour l’écrivain est extraordinaire, et je le trouve assez brillamment rendu par Laurent Seksik.

Globalement, le roman est bien écrit et sa plume rend bien hommage à l’immense Zweig. J’ai été intéressé par entrer dans l’intimité du couple, et dans le détail des turpitudes qui ont plongé l’auteur autrichien dans une telle langueur suicidaire. Mais il était un tel humaniste, un tel homme de principe, qu’il ne pouvait plus vivre dans un monde comme cela. Et quand on pense à ce qu’était le monde en 1942, on ne peut que le comprendre. S’il avait pu voir l’étendue réelle des horreurs de la guerre, j’imagine les affres supplémentaires dans lesquelles cela aurait pu le plonger. Son exil au Brésil, même s’il avait été très bien reçu, et qu’il avait conscience du privilège d’être là, était une souffrance pour le fier autrichien qu’il demeurait. Jusqu’au bout, il regrette d’avoir quitté son pays et sa culture.

On en apprend aussi plus sur Lotte, mais c’est à l’image de sa personnalité plutôt discrète et effacée. J’ai été touché par sa sincérité, et la manière dont elle ne se considérait pas comme autant « légitime » que l’ex épouse de Zweig. On aurait pu penser à cause de sa jeunesse qu’elle était une arriviste ou une pimbêche qui pavane, mais c’est tout le contraire. Elle doute de ses capacités intellectuelles, et elle voue un véritable culte à son mari. Encore une fois, je trouve incroyable qu’elle commette un suicide plus pour « suivre » son mari qu’autre chose.

Le roman a quelques passages un peu longuets et qui m’ont saoulé, pourtant il ne comporte pas beaucoup de pages, et j’ai peiné à plusieurs reprises. Mais globalement j’ai passé un bon moment. J’étais surtout content de retrouver ce cher Stefan Zweig dont l’oeuvre et le personnage me fascinent tant. J’ai une terrible admiration pour ce type, et le roman a malgré ses petits défauts bien valider cela.

Les derniers jours de Stefan Zweig (Laurent Seksik)

3 Commentaires

  1. A défaut de connaitre l’oeuvre de Stefan Zweig je pourrais déjà découvrir sa vie… Je peux très bien comprendre que l’on se donne corps et âme à quelqu’un que l’on admire pour peu que l’on ne soit pas soutenu par ses proches et amis. Je pense à Jane la compagne de Modigliani par exemple qui s’est défénestrée peu après la mort de son amant.

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