Avenue Q au théâtre Bobino

Avenue Q au théâtre Bobino

J’avais hâte de voir cette comédie musicale à Paris quand j’avais lu qu’elle allait être produite, mais j’étais persuadé que ce serait une version originale. Il paraissait impossible de traduire un tel spectacle d’humour et de dérision, et dotée de références si anglo-saxonnes. Mais force est de constater que ça fonctionne, et même très très bien, grâce à un Bruno Gaccio qui a su traduire et adapter à la perfection le show. Après c’est un copier-coller de la production, avec en plus des chanteurs/animateurs de marionnettes d’un talent bluffant !!

J’ai lu une kyrielle de commentaires dithyrambiques, et eu d’autres échos beaucoup plus refroidis. Certains louant l’originalité et l’irrévérence, d’autres au contraire qui ne sont pas rentrés dans le spectacle et qui ont trouvé cela trop grossier et facile. Je fais partie moi des enthousiastes un peu critiques, puisque j’ai vraiment beaucoup beaucoup aimé, mais que j’ai en effet repéré quelques ombres au tableau.

Nous sommes à New York dans les quartiers peu reluisants de Brooklyn, et Princeton débarque sans le sou pour s’installer. Il trouve dans l’avenue Q un groupe de gens sympas, et prend une chambre chez Willy d’Arnold et Willy qui souffre d’être toujours pris pour Arnold. Le quartier est très vivant, habité par des humains et des « monstres » dont Kate Monster. Princeton et cette dernière ne tarde d’ailleurs pas à craquer l’un pour l’autre, mais leur histoire d’amour est plutôt semée d’embûches !! La comédie musicale a la particularité d’être composée de personnages qui sont des marionnettes du genre « Muppets show » ou « 1, rue Sésame ». Elles sont animées par les chanteurs et si l’on met quelques minutes à s’habituer, on oublie ensuite complètement le stratagème.

Bon, le fond et la forme évidemment… Déjà la forme, à part des animations sur écrans LCD un peu pourries et un écran qui clignotait (pas très « show à l’américaine » selon moi), c’était parfait. Y’a pas à dire, c’est une production d’un excellent niveau et qui ne souffre pas des habituels défauts gaulois. Donc chapeau pour le décor (celui de la pièce d’origine clairement), les effets visuels, mais aussi globalement l’interprétation musicale live (donc avec un orchestre habilement dissimulé) et les chanteurs ou chanteuses. Sur ce dernier coup c’est complètement bluffant puisque les artistes endossent chacun deux rôles (avec pour certains de notables et superbes grands-écarts vocaux) et qu’ils sont à la fois très bons chanteurs et manipulateurs de muppets. Tous poussent la chansonnette avec justesse et une puissance qui impressionnent vraiment, tout en ne faisant qu’un avec le personnage qu’ils animent du bout de leurs bras. Superbe performance !! Il y a une chorégraphie impressionnante dans la manipulation du muppet qui fait que l’on voit plutôt le personnage ou plutôt le chanteur, et que les mouvements imprimés aux marionnettes sont ultra-expressifs. L’occupation de l’espace scénique est aussi plutôt chouette, avec un rythme haletant dans la première partie, beaucoup moins pour la seconde.

Vraiment la forme, pas grand chose à reprocher, c’est du beau boulot. Sur le fond aussi, on ne peut que saluer l’adaptation de Bruno Gaccio qui a vraiment créé un texte fidèle à l’original mais qui possède ses propres références françaises qui font mouche. J’ai aimé aussi que certaines chansons cultes de la comédie musicale gardent leur piquant. J’étais un peu circonspect sur l’usage du « pédé » pour « gay » mais dans le contexte de la chanson et du spectacle c’est exactement le mot qu’il fallait. Nous sommes moins politiquement corrects que les américains, et ça sonnait vraiment mieux. De même la traduction « internet is for porn » en « internet c’est pour le CUL » fonctionne à merveille et même mieux qu’en anglais j’ai l’impression. Il faut dire que les interprétations du Trekkie Monster sont à mourir de rire, et que la salle répond en écho avec beaucoup d’hilarité.

Le spectacle joue avec une irrévérence qui parfois apparaît comme facile et un peu vulgaire, mais qui a très bien fonctionné pour moi. Comme ce sont des marionnettes, ils en profitent pour leur faire faire ou dire des horreurs, et ça passe beaucoup plus facilement que si c’était des comédiens. Et ça va loin avec des scènes de cul dignes d’un vrai porno !!! (je double-clique avec ma bite, je mets du lubrifiant, un doit dans ton cul etc.) J’ai ri de bon coeur sur les chansons les plus anticonformistes et marrantes-choquantes, même si certainement plus édifiantes pour de (faussement) sages américains que pour de cyniques français. Il y a la chanson sur le racisme qui explique avec une hilarante décomplexion qu’on est tous un (ti ti) peu raciste, celle aussi où l’un des personnages explique à l’autre dans le placard qu’il l’aimerait même pédé, la première où Princeton explique que ça craint d’être lui (mais je préfère le « it sucks to be me » en anglais sur le coup) et encore « internet c’est pour le cul ». Les « amis pourris » sont aussi deux personnages irrésistibles dont j’aurais aimé qu’ils soient plus présents !!!

Donc qu’est-ce que je n’ai pas aimé puisque j’ai l’air de tout trouver si bien. Eh bien, en dehors de ces moments paroxystiques où la sauce prend bien, j’ai trouvé que le scénario global était un peu faiblard. Finalement l’histoire tient en deux lignes et demi, et il y a un énorme souci de différence de rythme entre la première et la seconde partie. Je ne sais pas si c’est à cause de l’entracte, qui fait tomber un peu l’ambiance et qui ensuite ne bénéficie plus de l’effet de surprise, mais je me suis un peu fait chier sur la fin. On sait exactement ce qui va se passer et comment… Ensuite, on reste finalement dans des choses assez sages et des ressorts de cul plutôt faciles comme certains l’ont reproché. Ce n’est pas faux. On est loin de South Park, et la comédie musicale « The Book of Mormon » est un sacré brûlot à côté d’Avenue Q.

Malgré ces quelques petites critiques, je suis globalement emballé par le spectacle et j’y ai passé un excellent moment. Je ne pensais pas qu’on avait d’aussi bons « performers » en France et c’est très positif pour qu’on puisse enfin avoir des artistes taillés pour la comédie musicale (ce qui n’est pas évident). Je retiens quelques chansons cultes qui passent particulièrement bien en français, et cette première partie aussi drôle qu’enlevée, surprenante et follement barrée.

L’avis des copines ci-dessous.
Ceux qui ont adoré : Zep, William.
Bien aimé avec quelques réticences : Fabisounours, Yagg, Laurent.
Pas vraiment : Rick et Pick.

Avenue Q au théâtre Bobino

5 Commentaires

  1. Mon mari et moi sommes allé voir cette comédie le 31 mars on a adoré… et quand la troupe passera en tournée (et oui on vient de province) on ira c’est sur la voir…

    Je n’ai pas senti ce côté « mou » après l’entracte même si c’est vrai que l’histoire en elle même est très simple et tiens en deux lignes.

    On a été totalement scotché par le jeu des interprètes et je me demande encore comment Gaetan Borg, qui donne vie à Preston et à Rod, fait pour faire au début sa roulade sur le côté en tenant sa marionnette, chanter et le tout en ne s’appuyant que sur une main.

    Notre préférence à tous les deux est allé aussi vers les Oursons Amis Pourris, c’est horrible bêtes et mauvaise conscience mais si adorable à voir…

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