ÉCRIRE LA RÉVOLUTION : 1784-1795 – Les lettres à Pauline de Gaston de Lévis

ÉCRIRE LA RÉVOLUTION : 1784-1795 - Les lettres à Pauline de Gaston de Lévis

Encore un bouquin dont j’ai entendu parler un samedi par Valérie Expert sur France Info en prenant mon bain !! Ils en faisaient un tel foin et j’ai pensé que c’était le type de bouquin qui pouvait me plaire. Oh sa mère, sa race, comme ça m’a plu !!!! On y trouve, un peu à la manière du recueil des correspondaces d’Isabelle Bourbon-Parme, une impressionnante série de 236 lettres de Gaston de Lévis à son épouse, Pauline, entre 1784 et 1795 (bon ok là je viens juste de paraphraser le titre du bouquin, arff).

Quand on lit d’ailleurs la vie de Gaston de Lévis, on se dit qu’il a vécu à cette époque où la France et la société française ont été remués et secoués comme jamais. Comment nous figurer ce qu’ont pu être les existences de ces personnages qui ont connu la Monarchie Absolue, la Révolution, la République, l’Empire, la Restauration de 1780 à 1830, en 50 ans !!! (Et j’en passe avec la Seconde République et le Second Empire à partir de 1851… 1871 pour le début de la IIIème République, c’était hier !!) Bref, je m’égare. Nous sommes entre 1784 et 1795, et en cette dizaine d’années c’est déjà des pans entiers de l’histoire de France qui sont ainsi illustrés. On pourrait penser que lire des lettres peut être un peu chiant à la longue, mais c’est sans compter cette époque où la relation épistolaire était un art, et Gaston de Lévis n’a pas volé son siège à l’Académie Française. En effet, ne sont parvenues que les missives de Gaston, mais aucune de Pauline, dont on peut seulement deviner le tempérament ou la teneur des conversations par ce que lui répond Gaston. Ce qui est passionnant dans cette correspondance c’est que c’est vraiment comme de lire un roman, tant c’est bien écrit et agréable à parcourir, mais la lecture en est d’autant plus délectable lorsqu’on sait que ce sont de véritables courriers, évoquant de vraies histoires de gens qui ont existé. Et outre cela, leurs vies à cette époque étaient particulièrement tumultueuses et passionnées !! Par dessus-tout cette somme épistolaire est un témoignage édifiant et poignant d’un amour assez dingue de Gaston à Pauline. Il le lui dit et redit avec une passion et des mots qui m’ont bouleversé !

Ce que j’ignorais en ouvrant le bouquin et que j’ai vite compris avec une immense surprise, c’est que je les connaissais assez bien ces deux là… Car Pauline n’est autre que Pauline D’Ennery… Eh oui (enfin juste pour moi hein), Ennery qui est un village à deux pas de… Oui vous l’aurez deviné, à deux pas d’Osny !!!! Pauline et Gaston, ce sont eux qui ont rénové ce château d’Ennery que je connais si bien !!! Rha là là là ! Et dans ses lettres, Gaston de Lévis évoque les nobles d’Osny qu’étaient les Lameth dont j’ai évoqué l’obélisque dans un de mes posts fétiches. Ils avaient des possessions sur Livilliers, Epiais, Grisy, Vallangoujard, Theuville, Nesles la Vallée et Pontoise. Lire tous ces noms de ville au détour d’une lettre de 1790, cela me touche forcément plus.

La trame de ce « roman » consiste en la simple publication des lettres dans l’ordre chronologique, avec une passionnante introduction qui est essentielle pour comprendre le contexte historique et mettre en lumière certains évènements qui vont émailler les courriers. Ensuite, on est plongé dans cette écriture fleurie et superbe du 18ème siècle, et on commence par des considérations très monarchiques très « ancien régime », avec un jeune Gaston qui a tout juste 20 ans et vient se de marier avec son encore plus jeune et inexpérimentée épouse Pauline (elle a 13 ans !!!). Toute cette première partie (le bouquin regroupe les lettres par grandes périodes plutôt thématiques au final, même si chronologiques) consiste en les récits circonstanciés et journaux de Gaston à l’étranger (il part notamment en Prusse, car il doit attendre que Pauline vieillisse un peu avant de consommer leur union). Il voyage en tant que militaire, et c’est très drôle de lire son regard sur l’étranger à cette époque. Il revient en France, et on est encore dans des rapprochements de cour, notamment avec Monsieur…

Dès les prémices de la Révolution, on sent Gaston de Lévis très intéressé par les nouveautés que pourraient apporter des réformes pour le pays. Clairement il est pro-révolutionnaire au début, et change d’avis lorsque les horreurs débutent. Gaston reste monarchiste et rêvait d’un système à l’anglaise, il reste très chauvin et attaché à la France, jusqu’à ce que sa famille, ses amis et la royauté soient passés par les armes ou la guillotine. Alors il rejoint aussi les régiments anti-révolutionnaires au-delà des frontières. On le suit surtout avant, alors qu’il envoie Pauline dans les Flandres, en Hollande et puis à Londres, faisant des allers-retours pour ne pas être considéré comme un de ces nobles fuyards (dont on confisquait les biens…). Il a ainsi conservé le maximum, et le plus longtemps possible, de ses ressources et celles de sa famille et belle-famille. La vision de l’homme dans ces tourmentes est extraordinairement éclairée, et on ne peut que saluer l’intelligence et le parcours de ce noble aux idées hors-normes.

Chaque épisode raconte des faits en filigrane, mais il s’agit avant tout de lettres d’amour envers Pauline. Amour avec parfois engueulades terribles dues à beaucoup de jalousie. Il se plaint parce que Pauline n’écrit pas assez, ou pas assez tendrement. On comprend aussi que quelques tromperies réciproques (heureuse époque d’une certaine égalité des sexes…) ont parfois grévé leur relation, mais on lit une telle avalanche de sentiments et avec une sincérité qui touche droit au coeur.

En finissant le bouquin je me disais « merde mais s’il avait su qu’on aurait mis ses lettres dans un livre comme cela… ». Ah ah. En tout cas, j’ai pris un plaisir fou à lire cela, et la qualité littéraire de cette correspondance est simplement bluffante.

ÉCRIRE LA RÉVOLUTION : 1784-1795 - Les lettres à Pauline de Gaston de Lévis

3 Commentaires

  1. Merci infiniment pour cette belle lecture « critique »… Mais n’est-ce pas que cette correspondance est extraordinaire ?

    Cordialement,

    La Louve

  2. Bravo pour cette excellente critique ! Le « Oh sa mère, sa race, comme ça m’a plu !!!! » liminaire m’a fait pleurer de rire, mais c’est également fort judicieux : ça ne dépare pas avec le bouquin !!

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Petite opération antispam à résoudre : * Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.

:bye: 
:good: 
:negative:  
:scratch: 
:wacko:  
:yahoo: 
B-) 
:heart: 
:rose:   
:-) 
:whistle: 
:yes: 
:cry: 
:mail:   
:-(     
:unsure:  
;-)  
 
Partages