La classe de neige (Emmanuel Carrère)

La classe de neige - Emmanuel Carrère

J’ai avoué à une copine que je n’avais jamais lu Emmanuel Carrère, et elle a trouvé que c’était un tel crime qu’elle m’a acheté sur le champs trois de ses romans. Je les ai donc lu, et j’avoue être extrêmement heureux d’avoir comblé cette lacune. L’auteur est vraiment très talentueux, et je n’ai pas du tout boudé mon plaisir. Ce roman-ci notamment est marquant parce qu’il est aussi court et anodin en apparence qu’il révèle un monde entier de bouleversements.

Le bouquin fait 140 pages et se dévore en deux coups de cuillère à pot, son écriture est précise et ciselée. Sa simplicité cache une construction bien sagace et un véritable piège psychologique pour le lecteur. On suit l’histoire d’un garçon d’une petite dizaine d’années qui se prénomme Nicolas. Son école part en classe de neige, mais son père refuse qu’il prenne le car, il a trop peur qu’il puisse arriver quoi que ce soit à l’enfant. Mais non seulement Nicolas arrive après les autres, en plus il oublie de prendre ses affaires et laisse son père repartir avec sa valise dans le coffre. Déjà qu’il n’est pas vraiment le petit écolier populaire, et qu’il craint l’opprobre de ses camarades, mais là on se doute que ça va vraiment être la catastrophe. On suit ainsi cette petite narration anodine mais à l’atmosphère assez lourde. Emmanuel Carrère distille en effet des éléments un peu étranges, et dessine à l’enfant une personnalité à part. Il y a parfois du Grand Meaulnes dans ce récit de la préadolescence, avec ses fragilités et ses fantasmes.

Nicolas a tendance à inventer des choses et mentir un peu, il se fait prendre sous l’aile de ses profs et joue les grands malades pour ne pas avoir à skier ou fréquenter ses camarades. Il se lie aussi d’une curieuse amitié avec le gros dur de la classe, qu’il embobine dans ses histoires nimbées de mythomanie. L’ambiance est lourde et moite, il neige, on imagine cette classe de neige avec la chaleur de l’intérieur, les odeurs, les gamins qui chahutent, les fringues qui sèchent etc. Vraiment j’ai adoré la maîtrise du style et du verbe qui permet d’instaurer tout ce décor et ces sensations de manière délicate et sans qu’on en voit les fils.

On apprend aussi qu’un enfant a disparu dans la région, et les adultes sont d’autant plus prudents avec les enfants. Nicolas continue son petit séjour, et son jeu avec son pote, on y découvre aussi de plus en plus ses peurs, désirs et tout un tas de choses qui font redouter un drôle de retournement. Et en fait, non, ça n’a rien à voir. Et ce « twist » est d’une redoutable et méphistophélique habileté, parce qu’on pouvait lire entre les lignes dès le début, parce que rien n’est dit jusqu’à la fin mais que la vérité s’impose d’elle-même.

Brillant petit opus qui m’a révélé un sacré talent d’écriture et de conteur pour Emmanuel Carrère. Un petit roman parfait qui a eu le prix Femina ce qui ne m’étonne vraiment pas.

La classe de neige - Emmanuel Carrère

5 Commentaires

  1. Je l’avais commencé puis je l’ai abandonné en cours de route. Sûrement à tort car mon :coeur: m’en a fait le même commentaire que toi. Faudra que je m’y recolle à l’occasion :)

  2. Et quels étaient les deux autres ?

    Je ne sais pas s’il y avait dans le lot « la moustache », mais moi c’est celui qui m’a le plus scotché !

    Tu pourras voir aussi les adaptations au ciné ! ;-)

  3. J’avais jamais lu de Carrère avant qu’on m’offre Limonov à Noël, qui m’a carrément scotché !
    La classe de Neige, je ne connaissais que par la superbe adaptation ciné

  4. Je me souviens de ce livre à sa sortie ; une sublime horreur de perfection littéraire. Un crescendo génial du début à la fin.
    @ Romain : reprends le !

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