Foresti Party à Bercy

Foresti Party à Bercy

Je suis un grand fan de Florence Foresti depuis son premier spectacle, et dès lors j’ai vraiment tout aimé d’elle. Ce spectacle m’a toutefois plongé dans l’embarras, en effet je l’ai autant aimé que trouvé relativement incomplet et surtout « cachant la misère ». Je suis complètement capable d’en reconnaître les qualités, formelles et de fond, que de le critiquer, et je le reconnais : surtout par regret de ce que je n’y ai pas trouvé.

D’abord en surface alors, et à l’instinct, je ne boude pas mon plaisir, il s’agissait d’un show à la mesure de cette incroyable performeuse et d’une salle comme Bercy. On sent que Foresti a concocté un mélange détonnant avec tout ce qu’elle sait faire et qui renvoie à toutes ses facettes et cordes. L’humour est évidemment mis à toutes les sauces, mais ça danse, ça éclate, ça jaillit, ça saute dans tous les sens. La production ainsi mise en place est complètement dingue et le tout a été réalisé au cordeau, ce qui est rarissime pour un spectacle français. Scéniquement, au niveau des effets lumineux, sonores, des chorégraphies, des décors ou des aménagements, je pense que c’est presque au niveau d’un concert de Madonna ou Mylène (un peu moins varié certes, et plus « humble »).

On ne s’ennuie pas une seconde car le rythme est très enlevé, et on a une belle variation de supports et d’enchainements. Entre les sketchs à proprement parler, on a des invités humoristes mais aussi des tours de chant, chorégraphies, acrobaties et vidéos qui sont autant d’occasions de rire ou sourire. Les deux heures passent vraiment rapidement, et le professionnalisme déployé fait vraiment plaisir à voir.

Mais elle le dit tout de go et fort honnêtement pendant le spectacle : depuis qu’elle est heureuse, elle ne peut plus écrire comme elle le faisait avant. L’artiste crée de ses malheurs et de ceux de ses contemporains. Elle nous replonge ainsi dans certains de ses anciens sketchs et évoque les copines au téléphone qui parlent des heures de leurs galères. On trouvait donc parfaitement cela et ses formidables qualités d’auteure dans son premier spectacle. Il est devenu d’ailleurs un standard du genre, dont l’avion de Barbie est la pierre angulaire.

Ensuite, on avait vu Florence Foresti exploser et se révéler une géniale artiste capable de parodier à la volée Madonna, Isabelle Adjani ou d’endosser quelques personnages clefs (chez Ruquier) qui sont restés dans les annales (Brigitte, Anne-So de la Coquillette ou encore Catherine Barma). J’avais eu peur pour « Mother Fucker » pour les mêmes raisons et doutes liés à la capacité de création « sans contraintes », et quelle surprise ! Le spectacle faisait part des mêmes doutes, mais s’en emparait pour les transcender dans un show qui faisait déjà apparaître la meneuse de revue tout en continuant à nous faire mourir de rire avec ses bons mots. Le dosage me convenait parfaitement, et j’avais été abasourdi de cette maturité. Foresti avait réussi à autant me faire rire avec sa vie de trentenaire maman parisienne, alors que son premier spectacle était très différent.

J’ai donné au début une vision un peu idéale et « à première vue » du show de Bercy. J’y ai aussi vu un patchwork parfois très décousu, avec des éléments un peu « faciles » pour cacher une production originale assez pauvre au final. En fait, on y trouve des chorégraphies, des numéros d’acrobatie ou de chant qui m’ont fait penser à ce gros prélude un peu étrange du « Circus » de Britney qui m’avait tant déçu. C’est très bien, mais ce n’est pas non plus le cirque Eloize hein… Donc moi ça me fait plus penser à des intermèdes chez Patrick Sébastien le samedi soir… Mais globalement c’est sympa hein, ça tient la route, mais c’est juste que je ne venais pas voir des trucs comme ça ce soir-là, et je m’en serais passé avec plaisir.

Ensuite, les vidéos sont principalement des reprises des personnages que l’on connaît bien (Madonna, Lady Gaga, Adjani), en plus de nouvelles interprétations splendides (Cotilard, Shakira etc.). Encore une fois, j’ai adoré et j’ai beaucoup ri. Les vidéos sont excellentes mais relativement « faciles », et on ne va pas voir un spectacle vivant pour voir des vidéos. Il y en a un certains nombres, et j’insiste sur le fait que c’est sans doute ce qui m’a le plus fait rire, et encore une fois la parodie ne me fait jamais autant rire que des textes inédits. Mention spéciale pour le « Bref » à la sauce Foresti qui provoque un déluge de rire, sur le coup exactement ce que j’attendais.

La partie vraiment sketch ou stand-up de Florence Foresti apparaît donc assez minime surtout lorsqu’on en isole ce qui est de l’ordre de la reprise, du prolongement ou du « remix » des spectacles passés. Les versions remixées des anciens sketchs (l’avion de Barbie, la petite fille, les jeux avec les chorégraphies) font toujours plaisir car c’est un rappel pour les fans, mais c’est très et trop facile pour elle. D’ailleurs elle en vient souvent à se caricaturer elle-même, et je trouve que c’est un peu « tôt » pour cela. Du coup l’effet de surprise est assez minime tant on connaît à l’avance les ressorts de ses expressions et calembours, et que l’on a déjà vu tel ou tel personnage avant. Je ne noircis pas non plus le tableau, parce que j’ai tout de même apprécié cela, et j’ai aussi vu comme des clins d’œil certains rappels, mais en somme la partie purement originale se réduit à une portion congrue.

La « Vie 2.0 » est le seul sketch vraiment nouveau selon moi. Et évidemment ce que j’ai préféré de cette soirée. Elle fait le décompte des choses qui seront résolues lorsque nous atteindrons cette fameuse vie 2.0, et donc fait mouche sur tout un tas de situations assez drôles et que tout le monde connaît. Là encore, j’ai trouvé que c’était bien écrit, bien troussé et cela collait complètement à son style. Après, je peux comprendre qu’elle veuille peut-être passer à autre chose, et que la direction artistique de son show était cet « autre chose ». D’ailleurs je me serais peut-être plaint de la voir radoter si elle avait conservé son style des débuts. Mais elle avait selon moi tellement bien négocié son virage dans le spectacle précédent, que j’ai vraiment eu la sensation de la voir évoluer là sur une route sinueuse de montagne.

Le pire reste ce que je n’ai pas aimé. Parce que tout ce dont j’ai parlé précédemment, malgré mes remontrances, ça m’a fait relativement rigoler (huhu). Vraiment ce qui craint ce sont ses « guests ». La nana qui chante est talentueuse et très bien, et Kyan Khojandi fait un clin d’œil à « Bref » mais qui ne sert vraiment pas à grand-chose… Le pire ce sont les gars du Palmashow, là je n’ai pas compris. Les mecs ne sont pas mauvais je pense, mais le texte… C’était bizarre. C’est en écho avec un autre truc que je n’ai pas bien compris de la part de Foresti. Avant elle évoque le fait que les nanas s’habillent aujourd’hui comme des putes (qu’elles prononcent « flûtes » ce qui est un truc qui marche bien). On ne comprend pas vraiment si c’est du second degré ou si elle est sérieuse dans sa diatribe. Il y a un côté réac que je n’ai pas su cerner entre caricature ou vraie frustration ? Jusqu’au bout elle va donc condamner la mode et les fashionistas mais c’est plus agressif que drôle, et du coup ça m’a troublé.

De même donc avec ses invités, ils font un étrange sketch. Elle explique que les situations aujourd’hui sont inversées entre les hommes et les femmes (ah bon, vraiment ?). On voit alors les deux gars à la cuisine qui sont ultra-féminisés (mais dans de la caricature de femme à la maison que je ne souhaite à personne), et les femmes au salon qui se comportent comme des beaufs. Ce n’est pas drôle, parfois même dérangeant, c’est de la caricature caricaturée caricaturale c’est-à-dire qu’on ne sait pas du tout quel est le message. Impossible de rire donc, tant c’est confus et brouillé, mais surtout pas drôle, pas drôle du tout.

D’ailleurs Bercy pour un humoriste, ce n’est pas idéal. Comme on ne voit pas son visage (et j’étais en première catégorie) on regarde sans arrêt les écrans géants, et on finit par (avoir mal au cou) se dire que l’option cinéma était sans doute la meilleure. Parce que les numéros de danse, pole-dance ont beau être sympathiques, ce n’est pas non plus le Cirque Eloize (je l’ai déjà dit mais je les aime beaucoup).

Je sais le caractère un peu spécieux d’une critique en « verre à moitié vide », et je suis allé voir un spectacle à la direction artistique bien claire et définie. Et donc j’hésite entre applaudir cette artiste qui utilise sa notoriété et son talent pour essayer de continuer à nous faire plaisir, mais également être désolé d’une carrière déjà terminée alors que l’on aurait envie du contraire. C’est peut-être aussi cette nouvelle et exponentielle contraction du temps dans tous les domaines. On a l’impression que Lady Gaga est sur scène depuis 15 ans, Lana Del Rey a déjà annoncé la fin de sa carrière, et on sait ce qu’on risque à diffuser une nouvelle qui date un peu sur le net : « this is so last week ».

Je me dis aussi que comme je vois que ça a plu à la Terre entière, alors c’est juste que cette nouvelle Foresti ne me convient juste plus (autant). Je peux comprendre aussi qu’elle ne veuille plus s’épancher dans ses sketchs, et qu’elle est dans une autre période de sa vie. Je comprends aussi qu’elle hésite à creuser dans sa vie de « maman boboïsée starisée voisine de Mélissa Theuriau » ce qui ne la rend clairement plus assez proche de madame tout le monde pour faire rire sur les mêmes bases qu’avant. Elle excelle clairement dans la parodie, et les vidéos qui étaient diffusées valent leur pesant de cacahouètes, c’est juste que ça ne me suffit pas (et je veux du LIVE pour ce genre de truc). Elle m’avait tellement épaté au Palace que je m’attendais à être extatique pour Bercy.

Pas vraiment. Mais n’empêche c’était tout de même très bien. Arf.

Foresti Party à Bercy

10 Commentaires

  1. Hmmm, je te comprends Matoo… Je n’ai pas vu le spectacle mais juste le teaser vidéo et j’ai eu comme un sentiment de réchauffé (avec le retour de ses personnages d’On n’est pas couchés qu’on est certes ravis de revoir mais qui ont comme un goût de déjà vu). On peut y voir l’extrait d’un sketch au sujet de sa fille qui se brûle ou encore de Florence Foresti qui simule des problèmes de santé pour être transportée par des pompiers. Ça m’a fait rire, j’avoue (faut dire que Florence Foresti est un peu comme Omar Sy : quand on voit ses mimiques, même avec un sketch moyen, elle réussit à nous décrocher un sourire voire un rire un peu trop facilement !) mais j’ai quand même le sentiment qu’au niveau de l’écriture, on ne retrouve pas la révolution qu’il y a eu entre le spectacle de 2004 et Mother Fucker. En même temps, elle est tellement bonne, qu’elle nous rend sacrément exigeant. Du coup, je comprends que tu ne sois pas tout à fait à l’aise pour la critiquer puisque tu crois en son talent, que tu auras probablement hâte de voir la suite (et si en plus, tout le monde est unanime pour dire que c’est génial, il faut lutter un peu pour donner un avis différent !).

    Quand tu dis « être désolé d’une carrière déjà terminée alors que l’on aurait envie du contraire », je te rejoins car j’ai lu que Florence Foresti se trouvait déjà trop veille (elle n’a que 38 ans, je crois !) et qu’elle ne se voyait plus faire des tournées dans toute la France et au-delà comme avant… Cela m’attriste un peu…

    J’espère qu’elle continuera à nous ravir et qu’elle saura se renouveler tout en étant à l’aise dans cet exercice car c’est une sacrée pression qu’elle doit avoir sur les épaules ! Pas évident d’être l’humoriste préférée des français !

  2. Ce qui me frustrerait le plus, c’est le gigantisme de la salle qui noie un peu trop la scène. Regarder un spectacle sur un écran est vraiment trop triste alors que l’acteur est juste en dessous.
    J’aime vraiment tes critiques, jamais méchantes et très personnelles, merci.

  3. Je rejoins beaucoup ton analyse.

    Personnellement j’étais écroulé de rire pendant ses imitations et ses sketchs (flûte !), au point parfois d’en pleurer ! Par contre j’étais mal à l’aise lorsque ses invités ont essayé de nous faire rire… Le sketch (assez long) avec le PalmaShow j’ai trouvé ça vraiment nul.

    Les passages à la « Cabaret » étaient sympathiques, mais je n’étais pas venu pour voir ça, et ça m’a aussi mis mal à l’aise. Je me suis même dit au tout début « Oh merde… j’espère que ça ne va pas être ça tout le long… ».

    D’ailleurs j’ai du mal à comprendre pourquoi TOUS les humoristes se sentent obligés de pousser la chansonette sur scène. Vous n’êtes pas chanteur, et on n’est pas venu pour ça !!

    Donc, la partie pure Foresti était excellente, le reste peu intéressant.
    De môn coté je suis content de l’avoir vu au cinéma car en effet on pouvait vraiment bien la voir ;-)

    PS : le correcteur orthographique de Firefox ne fonctionne pas quand j’écris dans ta zone de commentaires… bizarre ?!

  4. Arff oui tu as raison, en général le premier et le dernier paragraphe sont largement suffisants. :tirelangue:
    J’utilise le reste simplement pour périphraser et être certain de bien être compris, avec les arguments, les exemples, les doutes etc. :pompom:

  5. Pour ma part, à l’heure des tweets de 140 caractères, je milite pour la protection des billets de blog un peu développés ! Donc il faut continuer comme ça ! :) Mais ce n’est que mon avis ^^

  6. Mais quelle drôle d’idée de se produire à Bercy ! Quel dommage. Je me souviens de ses débuts, c’est ce genre de soirée que j’attends et non pas un show avec des vidéos…
    Tres bien ton billet, c’est un plaisir de te lire, de vraies phrases, des paragraphes… Et des arguments dedans ! Merci Matoo.

    (j’aime bien aussi Julie Ferrier, j’aimerais bien la revoir sur scène)

  7. Moi perso, j’avais longtemps hésité avant de prendre des billets pour aller la voir au cinéma qui diffusait sa prestation en direct. J’ai finalement décidé d’y aller avec mon homme en pensant que, comme pour certains spectacles ou films, je partais avec un mauvais a priori. C’est bien ce qui s’était passé avec le film Mamma Mia ^^.
    Sauf qu’avec ce dernier, je suis sorti de la séance avec la méga banane, l’envie de danser et de fredonner toute la soirée les différents titres. J’avais d’ailleurs commandé le soir même la BO ! C’est dire comment j’avais aimé !
    Mais là, ce fut totalement différent. Comme pour toi Matoo, les vidéos d’imitations m’ont plu. Mais j’ai trouvé que ça servait à boucher du « vide » entre deux tableaux. Pas que ça m’ait déplu, non ! Mais j’aurais préféré voir autre chose et éviter de me dire à la fin que j’aurais préféré rester chez moi… Oui je n’ai pas honte de le dire : je trouve que malgré la qualité de son spectacle, j’ai eu quelques regrets à avoir été la voir en direct. J’ai eu beaucoup de mal à adhérer à certains sketchs (particulièrement celui des deux couples avec le Palma Show). Et c’est ce qui m’a laissé ce goût d’inachevé en sortant du cinéma. Maintenant la version Bref m’a bien fait rire. Et les prestations de Florence Foresti ont été très bonnes et bien orchestrées mais je ne peux pas m’empêcher de me dire que si j’avais acheté le DVD, ça aurait été la même chose. Mais cet avis n’engage que moi ^^.

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