Les Œuvres de miséricorde (Mathieu Riboulet)

Les Œuvres de miséricorde (Mathieu Riboulet)

J’ai lu quelques papiers sur les prix littéraires de la rentrée dernière et j’ai été interpellé par la facette « gay » qui transparaissait de celui-ci. Et j’étais, je l’avoue, assez dubitatif et curieux de lire un bouquin qui mêlait si ouvertement des principes catholiques de chez catholiques, avec une aventure gay entre un allemand et un français histoire d’exorciser notre tumultueux passé commun… Eh bien tout cela est bel et bien abordé, et ce qui lie le tout c’est un truc intello mais INTELLO DE OUF DE SA MÈRE !! Et contre toute attente, ce n’est pas mal du tout !!!

Alors d’abord quelques infos pratiques :

Ces sept œuvres de miséricorde, énumérées par saint Matthieu, sont d’ordre corporel: « Nourrir l’affamé, abreuver l’assoiffé, accueillir l’étranger, vêtir les malheureux, soigner les malades, et visiter les prisonniers »; «ensevelir les morts » a été ajouté par l’Église vers le xiiie siècle. […]

Il s’y ajoute sept œuvres spirituelles : « je conseille celui qui est perdu, je reprends et j’enseigne à l’ignorant, je console le malheureux, je pardonne le pécheur, je supporte et je prie pour les humbles.»

[Merci Wikipédia]

Bon, ça en gros c’est pour la forme et la trame du bouquin. Et le fond c’est une interrogation sur les rapports entre France et Allemagne qui tente d’autopsier les raisons de trois guerres récentes (1870, 1914 et 1939) qui nous ont tant « rapproché » aujourd’hui. Ce qui est plus étrange, mais pourquoi pas, c’est qu’il choisit un amant allemand, Andreas, et tente de lire en lui, et dans leurs rapports intimes (dans toutes les acceptions), les empreintes de nos histoires respectives et mêlées. Je crois du coup qu’il a essayé de prendre ce chemin de la miséricorde dans la compréhension, le pardon et l’abandon (?) en utilisant cette relation amoureuse (très cul tout de même j’ai l’impression) comme vecteur.

J’évoquais la forme avec ces fameuses œuvres, et elles émaillent le bouquin sous forme de chapitres comme autant de thématiques. On y trouve surtout l’évocation d’un tableau célèbre du Caravage (qui représente et symbolise justement ces Œuvres de miséricorde), et d’autres références pas toujours très limpides pour moi. Mais ce que je reconnais à Mathieu Riboulet et à son bouquin c’est que c’est vraiment très très très bien écrit, et super agréable à lire. La langue et le style sont vraiment d’un bon niveau et ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un français aussi beau, aussi bien dans le rythme des phrases, ou bien l’usage avancé de l’idiome, que dans ses descriptions et sa manière d’écrire la sensualité.

Il y a un côté Pasolini et Fassbinder dans les ambiances et les tonalités du roman, et je n’ai pas été étonné de lire qu’il s’agissait de références assumées pour l’auteur. Mais le bouquin est trop intello pour moi, je ne pense pas avoir saisi la moitié des allusions et j’avoue que j’attends autre chose d’un roman. Là on est tout de même à cheval avec l’essai, le voyage initiatique et philosophique et le nawak complet. Hu hu hu. De même, j’accepte sa quête de sens profond mais le lien entre les Œuvres de miséricorde, son mec allemand et la rédemption du tout ne m’ont pas au final super convaincu.

Mais bon, le bouquin ne m’est pas tombé des mains, je suis allé au bout et j’ai pris un vrai plaisir de lecture. Il y a quelque chose tout de même…

Les Œuvres de miséricorde (Mathieu Riboulet)

2 Commentaires

  1. Il y a quelque chose de détestable dans ce livre de Riboulet et c’était encore pire dans le précédent L’amant des morts (qui avait à voir avec le sida) c’est le coté rédemption par la douleur, ce qui est très chrétien d’où votre heureux rapprochement avec Pasolini qui est très bien vu, idem pour Fassbinder, ce qui tout aussi juste et moins connu. Le choix de graviter autour d’un tableau du Caravage est certes cohérent avec tout cela mais induit une vision de l’existence épouvantable.

  2. Il est vrai que la lecture de cet essai/roman/récit n’est pas déplaisante, inintéressante, mais il reste que le style n’est en rien innovant. De plus, c’est relativement regrettable que pour donner de la valeur, du relief et de la puissance à ce qui est dit, il est devenu nécessaire de s’accrocher à des événements historiques. Faisons abstraction des guerres, du Caravage, notamment, et de ce livre il ne reste plus grand chose.

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