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J’écoutais tout à l’heure dans le métro le dernier épisode du génial podcast Radiolab.

Things ou l’attachement des gens aux choses, ou d’ailleurs aussi le détachement aux choses d’autres gens. Ces histoires de personnes qui relient des émotions et des souvenirs à des objets bien tangibles me sont particulièrement familières puisque je suis du genre à conserver une panoplie de mnémotrucs de toute ma vie. Pourtant je suis également du genre à jeter et me débarrasser de mes affaires sans émotion, mais j’ai des totems, des reliques, des amulettes et des grigris qui sont de petites choses insignifiantes mais des choses qui évoquent des périodes (joyeuses ou tristes d’ailleurs), des personnes ou des émotions.

Dans un de mes tiroirs, il y a ce petit bout de bois auquel je pensais. Un morceau de bois trouvé par mon amie Marie-Aude sur une plage de galets de Dieppe une fin d’année scolaire de 1984. Il nous faisait penser au bas d’un corps avec les deux jambes croisées.

Bout de bois usé par la mer

Une des histoires du podcast était à propos d’un homme qui se remémorait un épisode de son enfance et particulièrement ses huit ans. Et je me suis dit oh mais j’avais cet âge là moi aussi, du coup c’est fou c’était il y a VINGT ANS !! Et là il m’a fallu quelques secondes pour réaliser que 1984 et 8 ans bah ça faisait plutôt donc un souvenir vieux de TRENTE ANS !!! Eh ouai 38 ans, ça y est !! Hé hé hé.

Marie-Aude m’avait aussi donné ce caillou poli par les flots, que j’aime aussi énormément, et qui est dans un autre tiroir à malices. Je me souviens lui avoir dit que je garderai cela en signe d’amitié aussi longtemps que possible. A l’époque on ne savait pas si on aurait une amitié aussi durable. Force est de constater que nous sommes restés côte à côte (même classe, même table) pendant presque 10 ans, du CP à la troisième ! A la fin on était devenu une sorte de phénomène, les profs n’osaient pas nous séparer de peur de nous traumatiser (je sais que certains militaient pour cette rupture, mais au final personne ne voulait prendre la responsabilité d’une expérience aussi incertaine).

Caillou poli par la mer - Plage de Dieppe

Je n’ai plus autant de petits colifichets fétiches (j’aime les allitérations vous savez) comme cela, mais de temps à autre, j’enrichis tout de même ma collection. Je pense que le plus récent doit être cette mini boite à musique achetée à un concert de Diterzi. Souvenir de ce magnifique concert, de la soirée avec mon chérichou, et ces quelques notes qui sonnent et tintent spécialement à mes oreilles et mon coeur.

Il y a des trucs tellement mais tellement cryptiques, mais TELLEMENT moi !! Je pense à ces vieilles choses anodines du passé qui me fascinent, comme cette règle à calculer de Gaz de France que mon père a retrouvé dans une (très) ancienne armoire à son boulot (j’ai une certaine passion pour les règles à calculer et les abaques de toutes sortes).

Règle à Calculer Gaz de France

J’ai aussi cet agenda (vierge) et ce plan de Paris (et métro) de 1946 qui appartenaient à ma grande-tante et qui me la rappellent aussi.

Agenda et plan de Paris de 1946

Cette mezouzah aussi achetée avec Diego lors de notre périple en Israël est un cher souvenir qui célèbre pour moi l’amitié si précieuse pour mon Diegito.

Mezouzah

Et puis sinon j’ai aussi ma petite mallette à souvenirs…

Mallette à souvenirs

Mallette à souvenirs

C’est un truc que j’ai rempli au lycée, je me souviens. Ma chambre était blindée de ces petites choses de l’enfance et l’adolescence, et je me suis dit que j’allais commencer à jeter plein de trucs, plein de souvenirs. Du coup, j’ai passé ma chambre au tamis, et j’ai récupéré les trucs qui me parlaient le plus… Et pendant le lycée, j’ai ajouté des choses spécialement attachées à des personnes ou des soirées qui m’avaient marquées. N’IMPORTE QUOI !!! Le truc d’ado quoi… Des coquilles de pistache, des paquets de clopes vides, et je me rappelle super bien de tous les détails liés à ces peccadilles.

Mallette à souvenirs

J’ai ainsi sauvé mes cahiers d’écriture du CP, un Mickey et un Pif poche, des médailles de tennis et judo, une boite de bonbons que ma grand-mère m’avait donné et qui sentait bon l’anis et tant d’autres choses !!!

Et un des trucs les plus importants, ça doit être cette serviette orange à carreaux. C’était je crois pour mon quatrième anniversaire, et mon oncle demandait à ma mère ce qu’il pouvait m’acheter pour me faire plaisir. Ma mère m’a interrogé et j’ai répondu « je voudrais un baluchon » ! Eh oui, j’étais fasciné par Nestor le Pingouin à l’époque et surtout par son baluchon. JE VOULAIS UN BALUCHON. mon oncle m’a pris au mot et m’a confectionné un baluchon avec une branche de noisetier du jardin qu’il avait gravé au couteau à mon nom, et ma tante avait fait un baluchon avec la serviette qui contenait des bonbons et des conneries.

Eh bien c’est un des plus beaux souvenirs de ma vie. J’ai été heureux comme jamais, presque autant que cette fois où je me suis promené en ville avec mes oreilles de Mickey ! J’ai porté mon baluchon avec beaucoup de fierté et de prestance. Huhuhu.

Je conserve aussi mes lettres de colonie de vacances, mes journaux intimes et quelques autres conneries du même acabit. Après je ne pense pas non plus que je pleurerais si je perdais tout cela. Pour la simple et bonne raison que j’oublie régulièrement que j’ai ces trucs là, et que je les redécouvre au hasard de la recherche d’une enveloppe ou d’une agrafeuse dans un tiroir.

J’ai aussi conservé quelques objets chargés d’un affect bien plus négatif, et je ne m’explique pas pourquoi. Souvenir d’humiliation, de souffrance ou de mépris de moi-même, j’ai aussi ces breloques totémiques maléfiques dans les recoins de ma valisette. Comme quoi, j’ai très tôt été instinctivement attiré par Marc-Aurèle…

Ces 38 ans sont un peu effacés par le mariage qui approche, dans trois semaines nous y seront presque !! Ce qui est étrange c’est que de mon côté ou celui de chérichou, nos parents sont les plus âgés. J’en faisais assez ému la remarque à ma maman, d’abord en regrettant l’absence d’êtres chers et qui auraient tellement aimé être là, mais aussi un peu angoissé à l’idée que la génération de mes parents est la prochaine à passer à la casserole (ce qui fait chier, putain). Mais c’est comme ça évidemment.

Il faut que j’écrive à Marie-Aude (on est en contact via Facebook évidemment), que je connais donc depuis 32 ans, que je lui dise que j’ai toujours son caillou et son bout de bois de Dieppe.

9 Commentaires

  1. Quelle bonne idée que de rassembler dans une mallette ces petits objets qui servent d’accroche-mémoire.
    J’ai longtemps été comme toi (en plus dispersée, mais je ne jetais pas volontairement les objets de souvenirs) mais depuis ce chagrin de très grande amitié qui m’a flinguée en 2006, c’est un peu fini. Parce que c’était si brutal, sans signes avant-coureurs, inattendu que ça remettait en cause tout ce qu’on avait partagé de bon et que je croyais à égalité d’en être heureuses. Du coup que croire des traces laissées ?
    (et je ne parle même pas des chagrins d’amour ; que faire de ce petit roman de Franz Bartelt offert par le grand Belge avec un mot si tendre pour mon dernier anniversaire d’avant qu’il ne me quitte comme si je n’avais pas existé, ou du moins jamais compté ?). Est-ce que les mots mentaient ? L’objet qui me réchauffait le cœur, si je le voyais à présent, me le serrerait). :scratch:

  2. Comme toujours, Matoo, tu réussis à faire naître une émotion qui touche au coeur et me renvoie à mes propres « colifichets fétiches » (que c’est bon d’entendre cette allitération !)

  3. Ce n’est pas vraiment une surprise, mais nous avons cette habitude de conservation en commun et même quelques reliques également. Pas étonnant, nous sommes finalement aussi jeunes l’un que l’autre !!

    Moi, j’évite de les ressortir, ça me mine parfois bien que j’y retrouve des sensations passées qui étaient fort douces et agréables.

  4. Oh, c’est tout mignon comme article :)

    Moi je ne jette jamais rien, c’est assez horrible. Je déborde de trucs machins en tous genre… et ma cave aussi. Faudra que je fasse le tri, un jour peut-être.

  5. J’adore ! Je pense que je vais te piquer l’idée pour un futur billet, parce que, évidemment, je fais la même chose ;-)

    J’ai ri quand tu as parlé du baluchon. Va offrir aujourd’hui une branche avec un bout de tissu à un gamin. Tu seras bien accueilli :-))))

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