Gangs of New York Feat. Adolphe « Bad Boy » Dumoulin

"Bandit's Roost, 1890, New York City." Photograph by Jacob Riis, featured in his book How the Other Half Lives (1890)

Souvenez-vous, nous avions retrouvé la trace d’Adolphe Dumoulin dans un article de presse de Paterson de 1897, dans lequel il s’agit en fait de son épouse Magdalene qui se plaint à un juge de la bigamie d’Adolphe. En effet Adolphe aurait épousé Hélène le 6 novembre 1896 (avec qui il est enterré au final) alors qu’il était marié avec Magdalene (et notre pauvre Eugénie Blondel en France, mon ancêtre, ne l’oublions pas). Mais cela va plus loin grâce à Baptiste qui a eu l’idée de chercher un peu plus dans les archives des journaux, et qui nous a remonté quelques perles qui donnent un peu plus d’informations sur ce lascar d’Adolphe.

Si on remonte deux ans avant cet article et avant ce mariage surnuméraire, nous pouvons constater que Magdalene était bien au courant de la liaison de son mari avec Hélène. En effet, on peut encore lire dans des archives, l’article suivant :

The sun – 22 avril 1895 – Slashed with a rawhide (« Lacérée à coups de lanières de cuir »)

Donc voilà voilà, on lit dans l’article que Magdalene est au courant des tromperies de son mari avec Hélène, et qu’elle les a suivi alors qu’ils se retrouvaient. Elle avait sur elle une lanière de cuir bien coupante et elle s’est mise à fouetter et blesser le visage d’Hélène !!! (Putain mais pourquoi pas Adolphe !!?!?) Magdalene a été arrêtée suite à cette agression.

Mais bon, Hélène et Adolphe se sont bien mariés ensuite, puisqu’ils finissent à priori leur vie ensemble. « A priori », huhuhu. Car voilà qu’un autre article de presse vient illustrer d’ultérieurs déboires conjugaux de mon bon aïeul Adolphe.

The evening world – 10 Octobre 1901 – Gave hubby a trouncing (« Elle a donné une correction à son petit mari »)

Nous voilà cinq ans plus tard, en 1901 (sachant qu’Adolphe est mort en 1911, et qu’on le trouvait en 1904 à faire une demande de passeport en arguant qu’il est marié à une « Lucie » inconnue au bataillon), et cette fois c’est Hélène qui s’occupe du matricule de M’sieur Dumoulin. On lit dans l’article que cette chère Hélène a été arrêtée pour avoir agressé son mari. Elle raconte au magistrat : « Cet homme m’a courtisé pendant cinq ans monsieur le juge, et je me suis mariée avec il y a un peu plus d’un an. Il m’a immédiatement harcelé pour que je mette mon affaire à son nom, mais j’ai refusé de le faire, et deux mois plus tard il m’a quitté pour aller vivre avec une femme au 161 West Fourth Street. La nuit dernière, je suis allé là-bas, j’ai grimpé par l’escalier-incendie puis par la fenêtre. Je l’ai fouetté avec le bout de cette laisse de chien. »

Je suis juste surpris par le fait qu’en 1901, Hélène dise qu’elle est mariée depuis un an, alors que c’était censé être en 1896… Je me demande aussi si la femme du 161 West 4th St ne serait pas « Lucie » ? Mais pour l’instant pas d’autres infos à ce propos (il faudra qu’on cherche plutôt dans les manifestes de bateaux j’imagine). Et surtout dans tous les cas, Adolphe est bel et bien mort en 1911 et il est enterré avec Hélène (sachant qu’elle est seulement décédée en 1946, donc elle l’aimait un peu beaucoup le garçon j’imagine)… En tout cas, Adolphe est un sacré coureur et peut-être un escroc si on lit entre les lignes du témoignage d’Hélène ?

Enfin, il y a cet article qui en dit un peu sur la morale de Dumoulin en tant que membre éminent de la communauté française new-yorkaise et notaire local.

The New York Times – 26 février 1902 – Blondin caught at last (« Blondin enfin attrapé »)

Je ne vous mets pas tout l’article car il est très long, mais Adolphe Dumoulin est cité là en tant que « personne d’intérêt » liée à ce Joseph Blondin qu’on vient d’arrêter. Ce Blondin est accusé d’avoir tué sa femme et de l’avoir démembré, en se débarrassant des morceaux dans des bois (dont la tête !), bref un truc sordide. Apparemment Adolphe lui aurait obtenu une fausse identité (« Joseph Barnard ») via notamment une demande de naturalisation.

On peut deviner (mais peut-être à tort) que c’est une combine de la communauté française, en tout cas Dumoulin apparaît comme un personne en vue de la « colonie française ». On a bien retrouvé la fameuse demande de naturalisation de Joseph Barnard, et on reconnaît fort bien la signature de mon aïeul.

Un dernier passage évoque Adolphe :

Enfin donc, apparemment Hélène est interviewée (c’est bien son adresse) et elle témoigne que son mari l’a quitté, et qu’elle ne connaît pas son adresse.

Sur la demande de passeport faite de Paris en 1904, Dumoulin indique qu’il est marchand de charbon à Chicago. Est-ce qu’il a essayé de se faire oublier pendant quelques temps après ces petits tracas administratifs ? Hé hé hé, toujours est-il qu’il meurt 7 ans plus tard, et qu’encore une fois il se retrouve de nouveau lié à Hélène Dumoulin.

Tous ces éléments donnent encore plus de matière pour se figurer un Adolphe bien roublard !! On sait pour sûr qu’il a collectionné les femmes/épouses, et on peut subodorer quelques malversations bien sympathiques. Avec tout ça, il n’est pas encore exclus qu’il ait pu se rendre en France début 1889 (date approximative de conception de mon arrière-grand-père Gaston Dumoulin) pour « revoir » Eugénie avec qui il est officiellement resté marié en France.

PS: L’image en illustration est « Bandit’s Roost, 1890, New York City. » du photographe Jacob Riis, parue dans son ouvrage How the Other Half Lives (1890). Il s’agit des même bas-fonds de Manhattan que mon Adolphe a dû connaître et fréquenter.

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