Depuis 1997 que je traîne mes guêtres sur le net, j’ai chatté avec des centaines d’internautes (pédés lol), mais j’en ai aussi rencontré pléthore « en vrai » que ce soit en boite ou en soirées entre amis. Et il y a un facteur commun à beaucoup de jeunes ou de personnes qui s’assument difficilement : ils se disent bi !
Je dénonce un peu cette attitude de tartuffe et je la comprends à la fois. Il est compliqué de porter un jugement définitif là-dessus. En effet, ce terme de « bi » peut être tout à fait justifié quand concrètement on a affaire à un type qui est à voile et à vapeur (on peut dire multiprise aussi, j’aime bien cette expression). Néanmoins, on est souvent en présence soit de jeunes gens encore indécis, soit de personnes qui trop immatures encore dans une orientation homosexuelle n’osent pas se proclamer gay, soit même des mecs qui préfèrent dire bi pour ne pas être considérés comme folles, et l’extrême qui consiste à se dire bi pour draguer plus efficacement. Après, on est dans un autre registre… et oui certaines bécasses se disent même carrément hétéros pour ajouter encore à une virilité mise en figure de proue.
Souvent, des copains, du net ou d’ailleurs, ont abandonné cette dénomination après quelques années d’homosexualité galopante et remportant tous les suffrages à la majorité absolue. Moi-même, je me souviens que pour la forme j’avais dit cela à quelques amis. C’est drôle, parce que à présent, je considère que ce n’est pas moins grave d’être bi, ou que ça ne laisse pas du tout un minimum d’honorabilité hétérosexuelle sur soi. Je me rappelle aussi avoir rassuré ma maman en lui assurant, à tout juste 19 ans, qu’à l’instant t j’étais sorti avec bien plus de filles que de garçons. Et on s’est bien esclaffé en se remémorant cela quelques années après, quand j’ai avoué rougissant qu’en effet je ne pouvais largement plus tenir un tel discours.
Et dernièrement en faisant une recherche sur AnnuBlog, oh pardon, Blogonautes je veux dire ! J’ai trouvé une poignée de blogs gay tenus par des jeunots de 16 ou 17 ans. Et bien dans la majorité des cas, ils se définissent comme bi, ou bien l’exposent comme une éventualité (même pour les fans inconditionnels de Mylène et Madonna). Or, c’est pour quelques uns, manifestement, une éventualité des plus incertaines ! Mais je connais aussi certaines personnes qui s’accrochent désespérément et qui n’arrivant pas à se dire pédés, ne peuvent que se dire bis, même s’ils ne sortent qu’avec des mecs depuis des années. C’est une manière d’exorciser une conduite qu’ils n’arrivent pas à accepter au fond (pas de jeu de mot s’il vous plait, je ne me le suis même pas permis !).
J’espère tout de même que l’amélioration de la visibilité et surtout de l’opinion publique a tendance a réduire de phénomène. Mais dans le domaine de la drague, je crois qu’il est plus vivace que jamais. « Prétendre » est l’une des activités favorites des homos, et le net n’a fait qu’avaliser ce phénomène, en donnant tous les outils pour se mouvoir avec dextérité dans cet univers de faux-semblants. En tout cas, un des résultats d’une meilleure acceptation est que depuis un an ou deux, j’ai fait la connaissance de véritables bis, qui s’assument et revendiquent ce choix, ainsi que les difficultés afférentes à celui-ci. Ce sont des personnes qui vivent donc la relation amoureuse et sexuelle avec les deux sexes et relativement indifféremment.
J’avoue que ça me ferait un peu flipper de commencer une relation intime avec l’un des membres de cette tribu. Oh ouai, j’aurais trop le sentiment de ne pas apporter exactement ce qu’il faut à son épanouissement, et que le manque de nana soit trop fort. Et étant monogame de base, je lui couperais les couilles plutôt que de le laisser gambader et folâtrer avec des collègues de la – fort respectée même si sexuellement abhorrée – gente féminine. A priori, je vois que la notion de couple libre fonctionne plutôt bien et est une norme assez répandue chez les bisexuels. Du coup, le couple bi est une expérience qui peut être concluante, chacun ayant la liberté sexuelle de frayer avec d’autres partenaires (du sexe opposé à leur conjoint évidemment) pour rétablir l’équilibre de son alter ego, dans le respect du couple. Et d’autres plus classiquement, insistent sur le fait d’avoir la capacité d’être en couple et fidèle, et simplement de se laisser un flou artistique sur le sexe de leur prochaines moitiés. L’inconcevable pour moi, c’est toujours et encore le « mec marié bi » qui veut se trouver un amant fidèle et régulier pour rencontres furtives, entre la fin du boulot et les enfants à la garderie.