MatooBlog
Pectus est quod disertos facit

Lundi 29 Mars 2004

Matooyage Matoo à la neige – Part II

Classé dans: Matooyage — @ 23:10:14

Et bien, nous sommes exténués, crevés, nazes, fatigués, brisés, flapis, affaiblis, mais foncièrement heureux de cette journée. En effet, au menu ce jour, nous avons eu de la neige extra et un soleil de plomb. Que demander de plus ?

Et ce soir, pour le troisième jour consécutif, une flemme absolue nous a poussée vers un resto pour une tartiflette maison. Moi j’vous dis ça va pas être bon pour mes finances ces vacances. Mais pour le moral par contre, c’est plutôt positif.

Je tente de survivre dans cet appart complètement embrumé d’un épais nuage toxique, où je suis le seul et unique non-fumeur. Mais à part cela, il n’y a aucune ombre au tableau, on passe notre temps à lire Voici, faire des mots fléchés, ou…. rien !

Voilà un bon échantillon de ce qui se passe :


Matoo à Montchavin avec ses amis Matoo à Montchavin avec ses amis

Matoo à Montchavin avec ses amis Matoo à Montchavin avec ses amis

Samedi 27 Mars 2004

Matooyage MatooNeige en direct du Loft

Classé dans: Matooyage — @ 22:52:16

Me voilà en vacances pour une semaine en bonne compagnie au ski ! Je suis à Montchavin, sur le domaine de La Plagne, dans un appartement que ma Maman a généreusement loué par son CE pour moi et mon frangin, Jérôme. Du coup, j’y suis avec M., Diego, mon frère et Sophie (une des meilleures amies de M.). Le chalet où nous sommes est vraiment bien placé, juste en face des pistes, et la vue globale vaut le déplacement. Jugez-en par vous-même… (la qualité n’est pas top, mais bon j’ai un peu rassemblé les photos pour faire un panorama montagneux complet)

Panorama Montchavin

Nous sommes partis de Paris, ce matin vers 7h, et sommes arrivés à bon port vers 14h tout de même. Mais là, c’est cool. C’est les vacances. Je suis avec des gens adorables, dans un endroit sympa, il fait super beau. Et je regarde les beaux mecs du rugby ce soir. Ah oui, ça n’a pas grand-chose à voir avec le schmilblick ! :mrgreen:

Voilà la tête du chalet que j’ai pris en arrivant avec Diego devant. Et sinon, chose très marrante, lorsqu’on regarde sur le site de La Plagne les webcams des stations, on peut voir la nôtre et même zoomer… alors on a une belle vue du chalet où nous sommes !!! Donc vous pouvez me fliquer insidieusement toute la journée, arf.

MatooCam MatooCam

Et voilà Diego que j’ai photographié cette aprème devant le chalet :

Dieg devant le chalet

Alors voilà la nouvelle émission de BlogoTéléRéalité en direct toute la journée, une webcam filme un chalet à la montagne avec 5 personnes. Mais bon, c’est trop loin pour que vous puissiez voir quoi que ce soit, et en plus on ne sera pas là toute la journée, puisqu’on sera plutôt en train de se dorer la pilule en altitude. Sinon l’échantillonnage n’est pas mal… ouai assez éclectique sur le coup. Nous avons en effet dans cette première saison : une fille hétéro mariée, un couple de pédés, un homo célibataire et un hétéro célibataire (frère d’un des deux pédés en couple).

Hummm que va-t-il se passer dans les prochains épisodes ? Vous le saurez en suivant le MatooBlog et la MatooCam !

Vendredi 26 Mars 2004

Matooyage Où il faut se méfier des fans de Joe Dassin

Classé dans: Matooyage — @ 11:43:07

Mardi soir, nous avions donc rendez-vous quartier Montorgueil pour dîner avec JB et F. Nous avons d’ailleurs passé une excellente soirée et avons dîné cubain (Mi Cayito, rue Marie Stuart) dans une très bonne ambiance.

A la fin du repas, F. nous a raconté ses mésaventures du week-end précédent. JB était au ski avec des amis, et F. lui bossait, mais il a profité du week-end pour aller faire la teuf avec des potes à lui. Il est d’abord allé déjà bien décalqué aux Folies’ jusqu’à tard le samedi matin, et puis ensuite à la Médina en after. Les substances et l’alcool ingurgités aidant (ou plutôt handicapant), il s’est fait piquer sa carte bleue après qu’un mec chelou l’ait amadoué pour qu’il aille avec F. retirer de l’argent au distributeur. Il faut dire qu’en plus, F. est un mec des plus charmants, enjôleurs et qui se lie très facilement avec n’importe qui. Et dans un contexte festif, il est encore plus cool et amène.

Il ne se rend pas compte qu’il n’a plus de CB, et, avec ses amis, ils sympathisent avec un gars un peu zarbe mais plutôt cool. Et puis, la journée de samedi étant bien entamée, ils décident de rentrer. F. raccompagne ZarbiGuy en bagnole chez ce dernier qui le lui a demandé. Or le mec est de plus en plus louche et F. reprenant un peu conscience, commence à badtriper sur ce type à la mine patibulaire (mais presque) et à l’attitude de plus en plus agressive.

Et voilà ZarbiGuy qui dégaine un CD de Joe Dassin et qui le met avec autorité à fond les ballons. Je ne jette pas la pierre à F., j’aurais, je crois, badtripé aussi à sa place dans ce cas-là. Mein gott. Heureusement, ils arrivent vite devant un genre d’hôtel à putes minable, et voilà ZarbiGuy qui menace plus ou moins notre pote, afin qu’il monte boire un verre chez lui. Il finit même par le menacer d’un couteau, et apeuré, F. obtempère et monte chez le gars. L’endroit est aussi sordide que l’immeuble, et la torture auditive à coups de Best Of de Joe Dassin continue, encore et encore.
L’Amérique, l’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai
L’Amérique, l’Amérique, si c’est un rêve, je le saurai

On ira où tu voudras, quand tu voudras
Et on s’aimera encore, lorsque l’amour sera mort

Moi j’appelle cela des conditions de détention inhumaines selon la convention de Genève. En outre, cela a duré des heures, puisque F. a fini par se sentir mal et surtout complètement submergé par la fatigue physique et morale. Il ne se souvient plus vraiment comment, mais il s’est endormi, et a refait surface vers 20h. Le type toujours aussi menaçant a continué à être agressif et effrayant. Et puis, F. ne se rappelle pas trop, mais plein de trucs bizarres lui reviennent. Il a retrouvé ses papiers de bagnole dans la poche de veste du mec… La Quatrième dimension et Le Silence des Agneaux (et pas le Seigneur des Anneaux !) dans un même film, devenu réalité pour F.

Ensuite, il a tout de même réussi à convaincre ZarbiGuy de le laisser partir. Ce dernier lui a demandé de l’emmener chez un pote à lui dans le 14ème avant. F. accepte et les voilà reparti, avec Joe dans le poste.
Tagada, tagada, voilà les Dalton
Tagada, tagada, voilà les Dalton

Soudain, le gars lui demande de s’arrêter car il doit aller chercher un truc dans la rue. Alors F. a le réflexe de se barrer tout de suite après. Il met les gaz, et ciao ZarbiGuy ! Mais, il réalise que son malfaisant compère a oublié quelque chose :
Tous les matins il achetait
Son p’tit pain au chocolat
La boulangère lui souriait
Il ne la regardait pas

Aaaah ! Le CD de Joe Dassin était resté dans le poste. F. s’imaginait déjà son serial killer accroché à son essuie-glace pour récupérer son bien précieux (myyyyy preciouuuuuus cidiiiii). Et puis, il s’est ensuite dit (et là je pense qu’il a du avoir une belle montée pour penser cela) qu’il devait lui rendre car ZarbiGuy avait l’air de placer beaucoup d’affect dans les chansons de l’ami Dassin, et que c’était un coup cruel que de le lui dérober ainsi. Donc il s’arrête et récupère le gars. Cette fois, il pète un plomb, et réussit à se séparer de son tortionnaire en lui rendant son CD d’abord, et en le déposant dans Paris.

F. est vraiment marqué par cet épisode sinistre, dont il finira certainement par rigoler, mais qui pour le moment lui donne des frissons d’horreur. A penser à tout ce qui aurait pu lui arriver, à l’inconscience de frayer avec des mecs pas nets comme ça, et surtout à ZarbiGuy qui a eu le loisir de connaître son adresse, voire de faire refaire ses clefs d’appartement etc. Et puis surtout, ne lui faites plus JAMAIS écouter Joe Dassin !

Jeudi 25 Mars 2004

Matooyage Conjonction transcendantale

Classé dans: Matooyage — @ 13:51:31

Je sortais du RER…Je sortais du RER un peu à l’ouest, pas très bien dans mes baskets, un peu déprimé, un peu déphasé. J’allais rejoindre M. avec un couple de potes pour aller dîner quartier Montorgueil. Je me mets un peu de musique dans les esgourdes, histoire de m’aérer un peu les synapses. Je prends la sortie Place Carrée, je file sur la droite en sortant, croise le type qui essaie tous les soirs de fourguer les journaux du jour, grimpe l’escalier mécanique Saint-Eustache pour m’extraire des sous-sols infernaux des Halles, et m’expurger de cette langueur.

Escalier sortie porte Saint-Eustache…Ô bonheur, en passant devant le forum des Images, je croise exactement la personne qu’il me fallait rencontrer : Ornella. C’est très bête, car Ornella est la sœur de mon meilleur pote Diego, et je ne la connais pas tant que cela. Mais j’ai beaucoup de considération et d’affection pour elle, je la trouve tellement belle, fraîche, intelligente et fine, et toujours avec ce sourire qui éclaire son visage et son optimisme à toute épreuve. Enfin bref, ce fut une illumination dans la brume de ma neurasthénie passagère. Nous avons échangé quelques mots, quelques nouvelles et puis j’ai continué mon ascension pour rejoindre la nuit parisienne, l’âme un peu plus éthérée.

Je rechausse mes écouteurs, et là, autre révélation : Luz Casal qui décide de s’y mettre.
Lo nuestro se acabo
Y te arrepentiras, de haberlo puesto fin
A un ano de amor
Si ahora tu te vas
Pronto descubriras
Que los dias son eternos y vacios sin mi

Mon cœur chavire… je continue à monter avec chaque parole qui s’imprime en moi.
Y de noche, y de noche
Por no sentirte solo
Recordaras, nuestros dias felices
Recordaras, el sabor de mis besos
Y entenderas, en un solo momento
Que significa
Un ano de amor

Saint-Eustache la nuit…Je sors enfin du forum, la nuit est noire, le fond de l’air est doux, malgré un vent puissant qui a poussé les nuages et laisse apparaître une toile d’ébène percée de pointes d’épingle au-dessus de Saint-Eustache. L’église est magnifiquement illuminée, et la musique renforce encore mon émotion à la vision nocturne de cette merveille. Je tourne mon visage sur la gauche, et là, je vois un ensemble qui me stoppe dans ma progression.
Te has parado a pensar
Lo que sucedera
Todo lo que perdemos
Y lo que sufriras

Colonne Médicis et Bourse du Commerce…La colonne Médicis pointe son paratonnerre vers le ciel, au-dessus un mince croissant de lune souligne le panorama céleste, et encore au-dessus l’étoile du Berger éclaire de mille feux ce décor surréaliste. Putain que c’est beau.

Alors le sourire me revient, le moral aussi, et je repars d’un pas plus guilleret vers mon rendez-vous. Deux personnes me croisent en regardant bizarrement l’olibrius que je suis avec son sourire niais greffé en plein milieu de la tronche. Et pourtant je n’ai rien vu de concret, rien de significatif, ou plutôt même des trucs qui auraient pu contribuer à nourrir mon spleen. Mais la conjonction de ces éléments hétéroclites a par hasard provoqué un apaisement salutaire à mon âme en berne.

Mercredi 24 Mars 2004

Boukinage La douleur de Manfred

Classé dans: Boukinage — @ 18:17:09

Il y a quelques années j’avais eu une révélation pour cet écrivain irlandais, Robert McLiam Wilson, et son « Eureka Street » où dans un Belfast prolo et au prise avec le terrorisme, il nous décrivait une ribambelle de personnages dans des intrigues les plus réalistes et touchantes. J’avais aussi craqué pour le bouquin « Ripley Boggle » où à la manière d’un Irving et son « Monde selon Garp », l’auteur narrait l’incroyable et facétieuse vie d’un irlandais menteur comme un arracheur de dents. Un livre d’une force hallucinante autant dans l’écriture que dans la narration, un livre qui fait rire de ses sarcasmes autant qu’il émeut de sa verve poétique.

On est dans un registre tout à fait différent pour « La douleur de Manfred », mais la constante réside dans cette écriture qui me transporte à chaque fois autant dans sa puissance que dans sa beauté. Ce mec vous décrit des sensations, et vous savez exactement ce qu’il veut exprimer, vous pouvez ressentir les émotions qu’il couche sur le papier, comme si vous les aviez vous-même ressenti. Autant physique que moral, lire ce livre c’est pénétrer dans le monde secret et intime de Manfred, pour le meilleur et pour le pire.

Cet ouvrage est donc centré sur ce personnage, Manfred, qui est un homme âgé qui réside à Londres et qui vit ses dernières heures. En effet, il est très malade mais refuse toute aide médicale. Il souhaite plus ou moins expier dans la douleur avant de passer l’arme à gauche, et surtout ne pas retarder ce processus fatal. Le roman prend alors une forme plutôt classique et évoque tour à tour par flash-back des pans entiers de son existence. On assiste ainsi à des allers-retours entre le présent et les réflexions de Manfred qui l’encouragent à repasser mentalement le fil de sa vie, avec ses erreurs et ses turpitudes. Il le fait de manière chronologique, en commençant par son enfance et adolescence avec ses parents, puis sa conscription pendant la guerre et le rapport particulier à sa judéité, sa rencontre avec Emma et leur mariage, leur enfant etc. Et à la fin de chaque épisode biographique, on revient sur une nouvelle douleur actuelle, une nouvelle souffrance bien concrète et biologique, un nouvel effritement de ses fonctions vitales.

Petit à petit un portrait se dresse, image d’une destinée pleine de contrastes entre les bonheurs qu’il vit, les épreuves qu’il traverse et la relation à sa femme qui passe de l’idylle au fait qu’il la batte comme un salaud sans raison apparente, sinon une jalousie dévorante aux origines floues. En effet, Emma a un secret, un terrible secret lié à son passage dans les camps de la mort, et qui intrigue Manfred au point de faire une fixation dessus. C’est d’ailleurs le bris du sceau du silence qui libèrera Emma du joug de son mari, et démarrera le long processus de douleur de Manfred.

Le style de l’auteur et la qualité du récit autant que celle de l’écriture, m’ont fabuleusement plu et fasciné. Comme je le disais au début, cet écrivain n’a pas son pareil pour décrire en quelques mots une scène, une émotion ou une sensation. Et ce n’est pas tant une description anatomique précise et précieuse (ce n’est pas du Balzac), mais plutôt quelques mots banals qui finement orchestrés forment une métaphore qui s’adresse directement à l’esprit du lecteur, et forme mentalement des images d’une étourdissante réalité. Ainsi, les scènes de bataille pendant la guerre et la souffrance des soldats est insoutenable, la douleur de Manfred, elle-même, est tellement bien décomposée et scrutée qu’elle en devient palpable. Les passages qui traitent de l’amour et des sentiments amoureux sont traités avec autant d’authenticité et de brio.

Bref, c’est un bouquin qui tue sa race.

La douleur de Manfred - Robert McLiam Wilson

Mardi 23 Mars 2004

Matooyage Le civisme aux chiottes ?

Classé dans: Matooyage — @ 15:53:13

Il y a quelques années je suis sorti pendant pas mal de temps avec un type qui se prénommait Thomas. Et c’est là que je suis rendu compte de la difficulté de ne pas fourcher entre deux mots phonétiquement très proches. Le pire c’est quand il y a entre les deux mots une symétrie (ou homothétie) de syllabes qui crée une sorte de contrepétrie.

Et donc, quand je convolais avec ce mec, souvent on m’appelait Thomas et lui Mathieu, parce qu’en fait il ne s’agit que d’une pseudo-inversion de syllabes. Et puis les gens avaient du mal à dire « Thomas et Mathieu » ou « Mathieu et Thomas », trop de hiatus, trop fatigant à prononcer. Et puis « Tom et Mat » ou « Mat et Tom », ça n’a pas vraiment arrangé les choses.

Mais bon, mon calvaire est terminé, je ne suis plus avec lui. :mrgreen:

Récemment, je me suis rendu compte d’un autre fourvoiement que j’ai entendu à maintes reprises dans ma famille ou parmi mes amis. Il s’agit des titres de film suivants : « Le Seigneur des Anneaux » et « Le Silence des Agneaux », qui forment une jolie contrepétrie cinématographique. J’entends nombre de gens se tromper entre les deux films, et qui doivent réfléchir en parlant pour ne pas se mélanger les pinceaux. Et ce qui revient le plus souvent c’est « le Silence des Anneaux ».

Avec les élections, je me suis rendu compte que j’étais moi aussi une victime de cette dyslexie phonétique galopante. En effet, au lieu de parler de l’isoloir, j’ai tenu de grands discours en citant n fois le mot « urinoir ». Oui oui, j’ai eu l’air très bête quand je m’en suis rendu compte au bout de 4 ou 5 fois, et que mon interlocuteur m’a avoué ne pas avoir osé me le dire. Et c’est surtout que voter dans l’urinoir, ça ne fait pas très sérieux.

Je suppose que ma confusion est à la fois due à la proximité phonétique des deux mots, mais aussi au fait que ce sont deux endroits où on fait son truc en solo (sauf dans les pissotières du RAIDD mais c’est une autre histoire) , et que j’ai plus l’habitude de l’urinoir que de l’isoloir ? Ou… merde alors, c’est plus grave que ça docteur ?

PS : Je suis allé voter dimanche. Et je ne m’en suis pas mis partout.

Cinéphage Japanese story

Classé dans: Cinéphage — @ 11:20:59

C’est un film qu’on a rapproché de « Lost in Translation » mais avec un peu trop de facilité je trouve, car en dehors de l’approche interculturelle avec le Japon et de l’incommunicabilité qui en découle, il s’agit d’une toute autre histoire et d’un thème bien distinct.

L’excellente Toni Collette (Muriel dans son film éponyme, nan Maaââââriel !) y joue une jeune experte en informatique qui va balader le fils d’un industriel japonais en mal de découvertes exotiques dans le désert australien, histoire de faire un peu de lobbying pour son logiciel de géologie. Ils se détestent dès les premiers instants, et là le film nous ressert le classique scénario du Japonais distant, discret, hautain et à l’attitude fermement confucianiste, aux prises avec l’australienne exubérante, espiègle, indépendante et voluptueuse. Evidemment, ils sont rapidement amenés à réviser leurs préjugés, et on devine la suite.

Ce qu’on devine moins, et même pas du tout en fait, et c’est le point fort du scénario, c’est que le dernier tiers du film est totalement en dehors des clous. Je ne peux rien dire de plus sinon ce serait vraiment du spoil. J’ai bien aimé ce film, mais j’ai trouvé certains passages un peu long, et puis un traitement émotionnel un poil trop excessif à la fin. Mais vraiment, c’est original, ah ça oui.

Japanese Story

Lundi 22 Mars 2004

Cinéphage Les Disparues

Classé dans: Cinéphage — @ 18:33:00

Samedi soir, c’était mum’s choice pour le cinéma, et en VF de surcroît. Je me rends compte d’ailleurs à quel point je suis de plus en plus retors à voir des films doublés. La désynchronisation du mouvement des lèvres avec les paroles, ces voix standardisées où le jeu de l’acteur est en partie perdu et l’adaptation nécessaire mais parfois décalée des textes sont des éléments de plus en plus saillants pour moi.

Ron Howard est tout de même le champion du film américain bien propre et aseptisé et puisant ses armes dans le pathos, mais à la narration efficace et parfois même évitant une mièvrerie trop flagrante. On lui doit notamment Splash, Willow, Backdraft, Appolo 13, Horizons Lointains ou un Homme d’exception (Oscar du meilleur réalisateur d’ailleurs). Et bien dans « les Disparues », il ne déroge pas vraiment à la règle. Le style est différent puisqu’il s’agit d’un western, ou du moins cela se passe au temps du Far West (1886), mais doté d’une réalisation très convenue malgré une idée de base plutôt originale.

La difficulté pour les « Ron Howard » de faire un western aujourd’hui est qu’il n’est plus vraiment de bon aloi de renverser la vapeur. En effet, le bon western a présenté pendant des décennies les bons cow-boys et les méchants indiens. Et puis, la donne a changé et pour se faire absoudre (faute avouée est à moitié pardonnée) on a produit des films où les indiens sont bons, gentils, sages et propres tandis que les garçons vachers sont mauvais, cruels, idiots et sales. Maintenant, c’est un peu plus compliqué, alors pour ne froisser aucune communauté ou lobby, pour jouer les humanistes et les redresseurs de torts, les cow-boys et les indiens sont à la fois méchants et gentils ! Et parmi chacune des peuplades, on trouve la bonne proportion de Luke Skywalker et de Dark Vador pour concocter un petit scénario bien équilibré et pondéré.

Dans « Les disparues », Cate Blanchett est une mère-courage qui élève seule ses deux filles (une de 8 ans et l’autre de 16 en gros) et gère un élevage avec l’aide d’un ranger qu’elle saute de temps en temps (ça fait pas de mal). Et voilà que Tommy Lee Jones débarque un jour affublé comme un indien (un Chiricahua plus exactement). On comprend rapidement que les deux se connaissent. En effet, c’est son père, mais elle le chasse car elle ne lui a pas pardonné qu’il l’abandonne enfant pour changer de vie en rejoignant une tribu et en devenant indien. Manque de pot, le lendemain les deux gamines se font agressées par une bande d’indiens (super méchants). La plus âgées est enlevée, tandis que Cate Blanchett retrouve la plus petite encore choquée de l’attaque. Alors bien sûr, Cate retrouve son papounet, et elle lui demande de l’aider à sauver sa petite-fille. Waaaah l’angoisse !

Evidemment, ils croiseront de très gentils indiens pour les aider, d’imbéciles yankees de l’armée (ils partent carrément dans l’autre sens) et de très méchants blancs (carrément des acolytes des très méchants indiens).

J’exagère car le film se laisse voir comme un divertissement correct. C’est plutôt propre et lisse, et parfois même un peu longuet, mais en gros, ça se regarde tranquillement. Cate Blanchett et Tommy Lee Jones sont très bons dans leurs rôles respectifs et plutôt crédibles, les gamines le sont déjà beaucoup moins.

Les Disparues

Dimanche 21 Mars 2004

Matooyage Vive la mariée

Classé dans: Matooyage — @ 23:30:34

Hé hé hé, pour le Capitaine et son Lapin, il n’y aura certainement pas de hourras de ce type, mais c’est avec surprise et grand plaisir que j’ai pris connaissance sur le blog d’embruns.net de leur mariage à venir.

Ca fait tout chelou de réaliser que ces deux mecs vont se dire oui pour la vie et tout et tout. Et bizarrement, cela m’émeut plus et m’interpelle plus que deux mecs qui se pacsent. Et bien oui, le mariage revêt toujours ce côté officiel et civil, mais aussi cette facette humaine, affective et philosophique à laquelle j’adhère sincèrement. Ces cons s’aiment assez pour se passer la bague au doigt ad vitam aeternam. Mouaaaarf.

Vraiment, y’a pas photo, je n’ai jamais réussi à me dire qu’un PaCS valait un mariage, et maintenant que dans certains pays européens (et ailleurs), l’union civile est partagée par toutes les orientations sexuelles, le PaCS devient plus que jamais un succédané peu crédible et pas vraiment bandant. Alors vivement que la France nous donne l’égalité à laquelle j’aspire pour le mariage, et à laquelle nous devrions tous avoir naturellement droit.

Le Capitaine va même émigrer au Québec pour se marier et vivre avec son Lapin. Je leur adresse donc avec beaucoup d’envie et d’enthousiasme mes sincères félicitations !

Samedi 20 Mars 2004

Matooyage Hacké en plein vol

Classé dans: Matooyage — @ 23:41:42

Je reçois un coup de fil vendredi soir de Pierre. Celui-ci me demande si ma page principale n’aurait pas été piratée. En effet, en voyant que mon blog était en banane, il a voulu vérifier si ma page bateau du domaine principal fonctionnait. Et cette dernière effectivement était accessible mais alors, ça ne ressemblait plus du tout à celle d’avant !

J’ai vérifié avec effroi en rentrant que c’était exact et que je m’étais bel et bien fait hacké. Je ne sais pas par quel moyen, je ne sais pas si cette personne ou ce groupe connaît à présent mes identifiants et mots de passe ou des conneries comme cela, mais manifestement l’ancien index.htm n’est plus là, et quelqu’un a réussi à y substituer une page de son choix.

Comme la bonne victime que je suis, je n’ai touché à rien. J’ai juste constaté que cette page date du 14/03, j’ai contacté mon provider et ai déposé un « help » de bon aloi sur le forum de ce même fournisseur. Evidemment, ma première peur fut pour mon blog (my preciouuuuuuus…), mais apparemment le hacking dont j’ai été la proie n’est pas le plus terrible vu que ce seul changement nuit peu à mes activités sur mon espace web (concentrée sur vous savez quoi). Enfin, c’est la partie immergée de l’iceberg… j’ignore peut-être le fond perfide d’une manœuvre plus insidieuse.

Du coup, cela déstabilise pas mal la confiance que je plaçais en la sécurité de ce genre d’espace personnel. J’avoue que je ne sais plus quoi penser. Mais imaginer que mon blog pourrait passer à la trappe si un olibrius un peu doué en avait la perspicace intention ne me remplit pas de joie. Peut-être ai-je manqué le coche dans la sécurité que je pourrais mettre sur mon site… je ne suis pas exactement une bête de course en info.

A présent, j’aimerais bien qu’on m’envoie l’inspecteur Derrick des réseaux et qu’on puisse m’expliquer comme cela a-t-il pu arriver, et comment prévenir un risque plus grand !?

Vendredi 19 Mars 2004

Cinéphage Nowhere in Africa

Classé dans: Cinéphage — @ 16:52:49

J’ai été conquis par ce film. J’avais lu pas mal de critiques qui ne lui faisait pas de cadeau sur le côté naïf et candide de la mise en scène, avec aussi le recours de pas mal de poncifs sur l’Afrique, mais j’ai été beaucoup plus simplement ému et emballé par l’histoire. J’y retrouve de surcroît tellement des images et des éléments de l’univers de Stefan Zweig (auteur que je révère en particulier) dont l’un des romans a nourri l’intrigue du film.

Il s’agit d’une saga familiale qui s’étend de 1938 à 1947. En 1938, Walter, un avocat allemand et juif pas vraiment pratiquant (pas du tout même !) pressent que la situation politique dans son pays ne va pas s’améliorer. Il part donc seul au Kenya pour y travailler en tant que fermier, sans un sou ni la compétence ou l’aspiration pour ce dur métier. Il fait venir sa femme Jettel et sa petite fille Regina in extremis dans une contrée plutôt sauvage et surtout aux antipodes de la vie citadine et bourgeoise de Jettel. Cette dernière vit donc très mal son acclimatation, et le couple en pâtit, tandis que Regina se lie d’amitié avec le cuisinier, Owuor, et des gens des tribus locales. Regina finit par oublier l’Allemagne et devient une véritable africaine.

Au début, la mère veut même rentrer en Allemagne, revoir ses parents, et pense que son mari est un imbécile qui n’a rien compris. Ils reçoivent des lettres de leurs familles, acculés, ruinés, ghettoïsés puis déportés qui leur font perdre tout espoir, mais leur confirment le bien-fondé de leur présence au Kenya. Cette manière de traduire ce qui se passe pour les juifs en Allemagne nazie est incroyablement bien traitée. En effet, ce moyen épistolaire est à la fois une ellipse ingénue de la part de la réalisatrice, mais revêt une force extraordinaire pour le spectateur. Les lettres sont de plus en plus courtes, et l’angoisse des acteurs est palpables, angoisse de l’inconnu, peur du pire qui est encore à venir. Finalement, ils reçoivent une missive (vingt mots maximum, rien de plus permis) qui les informe que leur famille doit « partir travailler en Pologne », et ce sera tout.

A la fin de la guerre, après 10 années en Afrique, le drame prend une autre tournure puisque la mère a fait une croix sur son pays, et se sent chez elle en Afrique, où elle parle la langue et en a adopté les us. Walter veut redevenir juriste et a, au contraire, une envie impérieuse de rentrer pour aider à réaliser l’Allemagne à laquelle il a toujours cru, et croit encore malgré les adversités du nazisme. Jettel est terrorisée et ne comprend pas cette attitude.

Le jeu des comédiens est fantastique, et Owuor est aussi joué par un acteur africain remarquable. Le film mélange avec tellement de naturel et de virtuosité les éléments poétiques des paysages et de la culture africaine, avec l’apprentissage de la vie de la petite fille (adolescente à la fin du film), la tragédie du déracinement et l’espoir d’une nouvelle vie, les vicissitudes du couple face à ces bouleversements (on se révèle souvent lorsqu’on sort de son univers de conventions et de son pays comme un écrin protecteur), la prise de conscience du drame global en tant que juifs (prise de conscience différente pour les trois personnages), et puis l’évolution des trois personnages au contact de ce pays extraordinairement différent et beau.

Alors c’est vrai que c’est une saga, et que la forme souffre parfois un peu de clichés (positifs et humanistes) sur l’Afrique. Mais le fond bénéficie d’un souffle épique qui m’a vraiment touché, en plus d’une évocation supplémentaire des juifs pendant la guerre et de l’antisémitisme que j’ai trouvée particulièrement habile, délicate et émouvante.

Nowhere in Africa

Jeudi 18 Mars 2004

Matooyage Les petits Veinards

Classé dans: Matooyage — @ 18:18:51

Cette après-midi, un collègue a passé la chanson de Renaud, « Mistral gagnant ». J’ai alors appris qu’il s’agissait d’un bonbon qui s’appelait ainsi. Cela m’a fait pensé à ces bonbons que j’adorais quand j’étais gamin, pas vraiment parce qu’ils étaient meilleurs que les autres, mais plutôt que leur achat s’accompagnait d’un petit jeu qui réjouissait tous les mômes de l’époque. Ces sucreries se présentaient sous la forme de bonbons rose enveloppés dans leur papier. Quand on tombait sur un vert, on avait gagné un bonbon supplémentaire gratuit. C’était un mécanisme marketing de boulangerie parfait (et différentiateur puisque l’on aurait pas pu faire la même chose en supermarché), et je suis surpris que cela n’existe plus. Je me souviens qu’on en achetait toujours quelques un pour maximiser ses chances, alors on regardait tout de suite la couleur du bonbec, et on réclamait son bonbon supplémentaire avec une joie non dissimulée.

Grande question existentielle cette après-midi au boulot : comment s’appelle cette défunte confiserie ?

J’ai fait le tour des bureaux pour trouver des gens de mon âge (pas facile), et puis j’ai envoyer quelques mails groupés pour mener une investigation efficace. Et puis, j’ai eu une illumination… c’était un synonyme de « chanceux » !! Ah oui… c’était, c’était… VEINARD !!

J’ai des super souvenirs de ces veinards dans leur bocal transparent. Souvent on les choisissait nous-mêmes et on essayait de repérer à l’avance la couleur verte qui transparaissait du papier. Et la joie quand je voyais poindre un bonbon vert de son emballage protecteur… Maâââdame, j’ai gââââgné, j’en voudrais un autre siouplé !

Matooyage La gueule de l’emploi

Classé dans: Matooyage — @ 16:39:07

Mardi soir, lors d’une rediffusion d’une émission de Capital, j’ai vu ce reportage qui traite du racisme à l’embauche. Une véritable ségrégation sévit lorsqu’on cherche un job, et manifestement un nom ou une couleur de peau peut être une sacrée embûche pour dégoter un boulot ou un stage. Or la loi interdit fermement (et c’est un délit pénal) toute discrimination lors d’un recrutement, mais en pratique les choses se passent bien différemment.

Le reportage évoque notamment le cas des agences d’intérim, et de divers systèmes pour réussir à shunter cette interdiction. En effet, cela existe bel et bien. Je l’ai moi-même expérimenté il y a quelques années. Je faisais un stage de quelques mois en 1997 dans une agence d’intérim spécialisée dans l’informatique et l’électronique, où je recrutais du personnel technique qualifié.

Du coup, je triais des centaines de CV par jour, et je faisais passer pas mal d’entretiens à des gens très différents. Rapidement, on m’a donné une série de notations qui étaient utilisées pour griffonner les quelques éléments saillants sur un CV. Et puis un jour, j’ai reçu un technicien en informatique, un black. Une collègue a alors jeté un coup d’œil, m’a demandé de le recevoir et de lui apporter le CV ensuite. J’étais content car le mec était parfait pour un poste dont on m’avait parlé, adorable en plus, et on venait d’ailleurs du même IUT en Génie Electrique. Je lui dis que je le rappelle pour lui proposer un poste, et le raccompagne, avant de donner le CV à cette collègue qui avait besoin d’un profil comme cela. Elle me dit tout de suite que ça n’ira pas, elle me prend le CV des mains, elle ajoute une mention au stylo, me dit sèchement que je peux le classer.

Je ne comprends pas, il est parfait ce mec… Je demande donc à comprendre. Alors elle me dit qu’elle ne peut pas le présenter car il est noir, et que son client ne veut pas de noir dans son entreprise. Elle répond donc à la demande. Elle me précise que dorénavant, il me faudra placer ce signe distinctif (deux lettres) en haut des CV pour qu’on évite de le réutiliser en vain. Elle ajoute d’ailleurs que c’est dommage car ce dernier candidat avait une excellente présentation, mais que c’était une condition sine qua non de son client. Elle m’intronise ensuite dans toute la gamme de symboles utilisée pour catégoriser les gens selon des critères plus que douteux. J’hallucine mais n’ose rien dire, et prends note de cette complexe codification.

Par la suite, j’ai simplement fait part au responsable de l’agence que je me refusais à noter ces signes, et que quelqu’un d’autre aurait à le faire. Cela n’a pas posé de problème, et ma collègue a, avec une évidente délectation, ajouté à chacun de mes entretiens les mentions jugées utiles à une délégation ultérieure. On jugeait alors la couleur, mais aussi la mine et l’allure, ainsi que les gens moches qui avaient aussi droit à leur note.

Je ne sais pas si c’est une pratique qui représente une majorité, mais c’est un fait avéré dans le cadre de mon expérience. Je comprenais qu’on puisse juger d’une apparence, et par exemple, noter qu’une personne paraissait particulièrement motivée, ou cultivée ou bien spécialement aimable et polie (car on tombe aussi sur de vrais psychopathes), mais cela sans aucune considération de leurs origines ou particularités physiques.

Boukinage La Verrerie

Classé dans: Boukinage — @ 15:09:59

Avec un nom pareil, je ne garantie pas que le souvenir de l’auteur soit impérissable, il s’agit d’un bouquin de Mènis Koumandarèas, évidemment grec, dans ma petite collection fétiche « motifs » du Serpent à Plumes.

Je regrette de ne pas en connaître plus sur la période de la Grèce que le bouquin évoque, à part dire que le pays vivait sous le joug de la « dictature des Colonels » dans les années 60, je ne sais pas grand-chose de plus. Or le livre se passe pendant ce moment particulier, où une femme, Bèba, est propriétaire d’une verrerie à Athènes, et tente de survivre dans une époque de crise.

Autant le dire tout de suite, c’est un bouquin plutôt sombre et pessimiste. Le récit est concentré sur la vie de cette femme, avec son mari un peu absent et faiblard, et leurs deux compères, deux vieux célibataires, employés frivoles et inutiles d’une verrerie en décadence. Bèba tient son commerce, son mari et toute son existence à bout de bras, c’est un genre de femme admirable et omnipotente qui fait peur, autant qu’elle inspire le respect, et parfois la compassion. Elle est une ancienne militante communiste qui a subi avec la dictature la chute de ses idéaux et un destin même des plus funestes pour certains de ses corrélégionnaires. On sent une profonde désillusion née de ce passé sanglant, et tout le bouquin tient sur la personnalité conquérante et surpuissante de cette femme, qui se bat contre les adversités la tête haute.

Quelques saynètes viennent un peu égayer le récit avec notamment les deux compères qui sont un peu débordés et se font éhontément arnaquer, lorsque Bèba doit partir régler des différents en Province et leur laisse la responsabilité de la verrerie, tandis que son mari est à l’hôpital dans un état dépressif qui frise l’hébètement. Et la description minutieuse de ce que l’héroïne pense et vit, donne lieu à quelques séquences vraiment captivantes et à l’écriture bien maîtrisée. Même si je n’ai pas accroché tant que ça, je ne peux pas dire que ce n’était pas intéressant de découvrir une telle littérature.

La Verrerie - Mènis Koumandarèas

Mercredi 17 Mars 2004

Matooyage Working girl

Classé dans: Matooyage — @ 19:16:18

Hier midi, je suis allé à la Défense pour déjeuner avec Cécilia et son amie Marina. Marina est ingénieur et bosse pour une grosse boite d’ingénierie. Elle s’occupe en fait de l’équipement électrique de centrales, et elle travaille principalement avec le moyen-orient.

On discutait un peu d’actualité et de fil en aiguille, je lui ai demandé comment se passait le business pour une femme comme elle (très jolie de surcroît) dans des pays tels que la Syrie ou l’Iran. Elle a sur le coup fait disparaître pas mal d’idées préconçues sur ces pays dans lesquels les femmes, pourtant, ne sont pas du tout à égalité avec les hommes.

Elle évoquait des pays comme la Syrie ou le Liban, ou bien le Maghreb ou l’instruction est égale pour les hommes ou les femmes, et où elle rencontre couramment des femmes à des postes similaires au sien. Et par conséquent, elle n’a jamais constaté de réactions néfastes à son propre exercice. Je subodorais qu’il devait en être autrement en Iran, où je sais que toutes les femmes, étrangères ou non, doivent se voiler. Elle nous a alors expliqué qu’elle avait du en effet porter un voile, mais aussi une sur-robe pour mettre au-dessus de ses propres vêtements. Mais sinon, rien de spécial au niveau du boulot, cela se passe comme ailleurs. Elle nous a aussi confié que les femmes là-bas sont malgré tout très maquillées, ont les cheveux qui dépassent du voile, et que leur sur-robe qui doit servir à cacher leurs formes est souvent comprimées par une ceinture qui a un effet bien inverse. Evidemment, ce n’est pas un pays où on sent une égalité de fait, mais peut-être pas aussi catastrophique que ce qu’on peut en penser (les femmes constituent 35% de la population universitaire et 45% d’entre elles sont en médecine).

Les femmes de ces pays sont par contre en danger, car le mouvement politique global de ces pays s’oriente vers une islamisation croissante de l’état qui contraint de plus en plus les femmes, et dont la morale religieuse est foncièrement misogyne. Et cela aussi, Marina le ressent, on a plus l’impression de résister sur des acquis, que de constater que c’est un mouvement progressiste qui fait des émules.

Nous avons fini par parler de l’Irak, où elle se rendait il n’y a pas si longtemps. Elle nous a décrit ce pays dévasté, anéanti et laminé par les années de disette et de misère extrême dues à l’embargo depuis 1991. Marina a été hyper véhémente sur le sujet, et Cici et moi la sentions bien énervée. Elle n’a pas révolutionné nos positions en la matière, car elle a seulement exprimé ce qu’on sait depuis le début, que les USA ne sont intervenus que pour leurs intérêts économiques, que cela n’a servi à rien et que le dénouement pour les irakiens sera peut-être pire que ce que leur ancien dictateur leur faisait vivre. Elle a nourri une diatribe acrimonieuse contre cette philosophie de lutte contre les dictatures, alors que l’Irak possédait un taux d’alphabétisation record, un taux de mortalité infantile extrêmement bas, et surtout un état laïc qui donnait notamment aux femmes une certaine autonomie. Et on sait bien qu’on réserve à l’Irak un futur gouvernement du genre Talibans ou Iran… Et Marina de conclure en nous assurant que les marocains et les tunisiens sont murés dans un régime totalitaire qui n’a rien à envier à l’Irak à certains égards, mais que cela gênait beaucoup moins vu leurs accointances politiques mondiales.

Je sais qu’elle a été un peu extrême et emportée dans son discours, mais j’ai été marqué par cela. Je ne suis pas certain de tout ce qu’elle a dit sur les pays susmentionnés, mais ce n’est vraiment pas une idiote, et surtout elle y était, et elle travaille quotidiennement avec ces pays. Mais en l’occurrence, je sais que le combat des femmes n’est pas terminé, et dans certains pays, même pas commencé.

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