Constitution européenne : oui ou non ?
Tout le monde en parle, sur les blogs comme dans la vie, au bistrot (oui je traîne dans les bistrots) ou au Dépôt (mais siiii) : Oui ou Non à la Constitution Européenne !?
Je ne tiens pas un blog politique et je ne vais pas en faire des tonnes, je voulais seulement exprimer et expliquer ici ma circonspection en la matière. Et puis, d’abord, je ne l’ai pas lu c’te putain de Constitution ! J’ai essayé de commencer mais c’est long et c’est chiant comme la mort.
Donc première mention négative : une constitution ça se lit en quelques pages, c’est censé être clair, concis et accessible. Alors oui je sais que ce n’est pas que cela, que c’est aussi un traité qui résume les dizaines de trucs qu’on a signé depuis 1957, et que ce n’est pas simple de rédiger un machin pareil pour mettre d’accord 25 pays. Mais bon… merde quoi !
J’ai lu des choses dans la presse, dans les blogs, j’ai discuté avec des potes, avec mes parents. J’ai lu et entendu du pour et du contre… du sincère et du démago, du pragmatique et de l’utopique, du lard ou du cochon, mon cul c’est du poulet etc.
Maintenant voyons ce que je ressens et ce que mon instinct me dicte, ensuite ce que l’expérience et la raison me susurrent…
Déjà, je suis content d’une chose, j’aime vraiment que l’on s’occupe de la construction de l’Europe Politique. Je comprenais qu’il soit plus facile de commencer par le volet économique, et certaines implications finalement politiques ou du moins sociétales, comme la monnaie unique ou bien la libre circulation et installation des personnes dans tous les pays de l’Union Européenne. Du coup, une espèce de « cocorico » européen se dessine, et c’est une sensation extrêmement excitante et rassurante. Outre cela, il est indéniable que plus on sera lié, moins on pensera à se faire la guerre. Donc ce bidule a déjà une qualité pour moi : enfin un truc politique intéressant et stimulant, un truc dont on a l’impression qu’il sera déterminant pour la suite, un choix qu’on sait crucial et qu’on doit en conséquence bien arbitrer en soi.
Me voilà de retour au fameux moment des jeux de vingt heures : le jeu du ni-oui ni-non !
Car je parlais de mon instinct, et mon intuition première est négative. Je vois dans cette constitution une habile manière de faire basculer la France dans une sphère ultralibérale qui changera négativement notre politique nationale. Le fond de l’histoire est que j’ai peur que cette union politique soit pondérée vers des valeurs auxquelles je n’adhère pas. Voilà, le mot est lancé : peur. Peur de l’inconnu, puisque quels que soient les arguments des uns et des autres, il est impossible de prévoir les implications exacts de ce texte touffu. Chapichapo parlait d’uchronie récemment, et justement personne ne peut présager du bien-fondé exact de la constitution. On ne peut que conjecturer tout au plus, et je trouve que la plupart des gens manque bien d’humilité sur ce sujet. Autant les ouïstes que les nonistes partagent ce trop plein d’orgueil et de confiance en son petit jugement.
Ensuite, j’évoquais « expérience et raison ». Eh bien l’expérience, elle vient d’un souvenir de 1992 et du référendum pour Maastricht. J’avais 16 ou 17 ans, et j’étais contre à l’époque même si je n’ai pas pu voter. Or je pense que je ne mesurais pas les avantages que cela a procurés à la France et à l’Union Européenne. Et du coup, j’en viens à me dire que je ne voudrais pas revenir à une époque où nous n’avions pas tous la même monnaie et où nous ne pouvions pas librement circuler dans les pays de l’Union. Je n’y croyais pas, mais cela a réellement fondé un frémissement de sentiment national à cette gigantesque échelle, et c’est vraiment dans le bon sens pour moi. Mais je n’ignore pas non plus que cela a aussi pu provoquer bien des désastres (économiques, politiques, sociaux… ici ou ailleurs).
Seulement aujourd’hui, il me parait autant impossible de prévoir les implications précises de l’adoption de la constitution demain, que de me figurer une France sans Maastricht hier.
Donc, aux vues de mon expérience microscopique de citoyen, je dirais oui. Il s’agit d’un traité politique, d’une union des peuples autour de (bonnes) valeurs communes. Donc oui, oui, oui. Je m’étais trompé sur certaines valeurs de Maastricht, donc ne refaisons pas les mêmes erreurs.
Ensuite, vient naturellement l’exercice de la raison. Enfin évidemment, à mon humble niveau, je ne suis pas très intelligent ni dégourdi. Comme je vous ai dit, je n’ai même pas été capable de la lire c’te bitchy constitucheune. Et là, je me fie donc à des sources extérieures. Les pour, les contre dans la presse, les blogs, les cours de récré et les pauses-café. Et j’essaie de réfléchir, mais pas trop sinon ça me fatigue.
Ce qui est drôle c’est que j’ai trouvé toutes les nuances de mon indécision chez les uns et les autres. Un des nonistes les plus catégoriques et flamboyants (à qui je voue une certaine passion il est vrai…). Paca a clairement exprimé son opinion, et j’y souscris en partie. Je pourrais facilement l’imiter dans son avis qui est tranché et qui est empreint d’une « foi » que je respecte.
Et puis, il y a cette avalanche de ouïstes de tout bord. J’ai lu avec attention les commentaires de Laurent qui l’a au moins déchiffré pour nous, et je comprends bien son opinion. Je suis d’accord avec beaucoup de points soulevés. Après évidemment, les conclusions des uns et des autres diffèrent selon les opinions ou credo, et il n’y a pas de vérité absolue en la matière. Mais en gros, j’ai eu ces deux éclairages qui m’ont beaucoup plu et conquis. D’abord cet édito de Télérama qui représente à peu près ce que je ressens.

Et puis, plus surprenant un édito de Charlie Hebdo. D’ailleurs l’auteur se plait à exprimer son opinion en sachant qu’elle est contraire à l’esprit de la maison. Et c’est finalement le plus intéressant dans ce débat : lire l’avis des gens dont on penserait qu’ils seraient opposés à ce qu’on découvre. Or ce mec est encore plus près de mes idées… ah là là, tentant de le rejoindre dans son anti-conformisme « conformiste » (comment dire ?).

Mais aujourd’hui, je suis encore indécis. En effet, j’ai l’impression que pas mal de ouïstes le sont un peu par dépit ou par pis-aller. Dire « oui » car sinon la France sera au ban de l’Europe, ou bien parce que les conséquences sont moins mauvaises que de voter « non ». Bof bof. Je suis à la rigueur d’accord sur un certain consensus, mais pas plus. D’un autre côté, les nonistes qui le sont eux parfois par simple volonté d’opposition (anti-droite ou anti-libéralisme) ou pure attitude rétrograde (contre les anciens traités ou même les « vive le bolchevisme »), j’ai aussi du mal avec eux.
J’ai pas mal lu les prosélytes affirmations de Chapichapo par exemple (voir la colonne de droite, les liens vers tous les posts teintés Europe) qui a compulsé et publié des informations très intéressantes.
Les deux auteurs qui m’ont le plus bluffé et que je couvre de tous les lauriers sont Aquoibon et Finis-africae. Le premier a rassemblé dans cette catégorie quelques articles qui aident vraiment à prendre une décision. C’est simple et didactique, un bonheur. Je me sens très proche de ce genre de démarche, et Pascal a aussi livré deux posts qui valent leur pesant de cacahouètes. Ils ne donnent pas tant leurs choix personnels qu’ils évoquent leurs opinions globalement et exposent plutôt sans ambages la trame de leur dilemme (beaucoup plus efficace selon moi).
Je ne sais pas si nous sommes le seul pays où nous avons aujourd’hui tant de difficultés à faire la part des choses. Je suis complètement perdu entre des partis politiques dont les factions elles-mêmes divergent et des rassemblements de nonistes ou de ouïstes dans lesquels je ne me reconnais pas. Noniste comme l’extrême droite ou gauche française ? Ouïste comme la droite, les ultralibéraux, le patronat ? Non et non.
Et puis il y a le pessimiste en moi qui me souffle que les gouvernements se réfugient déjà derrière l’Europe pour se dédouaner de leurs responsabilités, et cela ne devrait pas s’arranger avec les années, avec ou sans cette constitution. Aquoiboniste ?
Voilà, vous ne savez toujours pas ce que je vais voter, et vous le ne saurez pas, mais au moins vous avez toutes mes pistes de réflexions ou divagations. Au final, je suis de moins en moins circonspect, mais soyez certain que je serai bien mur pour le jour J. Putain de chiotte de merde, sa mère, sa race, je ne me prends la tête pour rien !











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