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16 juin 2005
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Champollion et les hiéroglyphes

Quand j’ai vu ce numéro des « Génies de la science » dédié à Champollion, je l’ai tout de suite acheté. Il n’y a pas à dire l’égyptomanie est toujours aussi vivace en France, et dans ma tête, et ce type est certainement la première personne à laquelle on pense lorsqu’on évoque l’antique civilisation. Un tel génie, et français de surcroît, qui a eu une intuition hallucinante et qui a réussi à percer le secret des hiéroglyphes à partir des inscriptions de la célébrissime pierre de Rosette.

Le magazine est très bien réalisé et extrêmement intéressant. Ce n’est pas trop long ou chiant non plus, il s’agit vraiment de l’explication de la manière dont Champollion a découvert le décryptage des hiéroglyphes, avec le détail des différentes phases de son éducation, sa formation, le contexte culturelle, social et scientifique de l’Europe de l’époque. On suit aussi pas à pas comme dans une enquête, les pérégrinations du jeune grenoblois dans ses premières erreurs, errements, tâtonnements, fausses affirmations. Et puis petit à petit il trouve des indices, il apprend, il complète son savoir, il bâtit des hypothèses, et finalement « eurêka ». Il comprend le fin mot de cette écriture sacrée, et délivre au monde les clefs de son déchiffrage. On assiste ensuite aux difficiles débats qu’il doit mener avec les grands scientifiques de l’époque qui ne le croient pas (par jalousie souvent), et aussi aux différentes missions en Egypte pour récupérer des oeuvres et pour parfaire son système.

Et ce n’est pas comme si cette quête avait pris quelques mois, non c’est plus de vingt années de recherche qu’il a entrepris pour élucider ce mystère. Il est d’ailleurs drôle de constater comment Champollion était fanatique des cultures orientales dès son jeune âge, comment il apprend toutes les langues anciennes (arabe, syriaque, hébreux, chaldéen) et qu’il se met à parler et écrire couramment le copte. Il pressent dans cette langue « vraiment » égyptienne une filiation directe avec la langue des anciens égyptiens, et il pense que c’est aussi une des clefs du décryptage des hiéroglyphes.

Vient alors l’étude de la pierre de Rosette avec son même texte administratif tardif (époque ptolémaïque) en hiéroglyphes, en démotique et en grec. J’ai découvert là que les théories de l’époque de Champollion allaient vraiment dans tous les sens. Certains savants ne faisaient aucun lien entre les différentes évolutions des hiéroglyphes en d’autres écritures (hiératique et démotique), et en confondaient même l’ordre d’apparition. D’autres pensaient carrément que les hiéroglyphes n’étaient que décoratifs. Et puis, des linguistes professaient une écriture uniquement idéographique ou alors à l’opposé complètement phonétique, ou bien syllabique. Des traductions étaient même publiées, ce qui montre que les scientifiques à force de chercher et se de prendre la tête arrivaient même à trouver des décryptages les plus chimériques (et sibyllins) !

Champollion découvre que hiéroglyphes, hiératique et démotique sont trois écritures qui ont été dérivées les unes des autres avec le temps. D’ailleurs, graphiquement on se rend rapidement compte de la simplification et de la transformation de l’écriture qui devient de plus en plus cursive. Mais la découverte fantastique réside dans le fait que ces trois écritures « codent » la même langue ! Il suppose aussi avec raison que, comme dans les langues sémitiques, les voyelles passent à l’as dans l’écriture. Cette écriture est à la fois idéographique et phonétique, et certains signes « déterminatifs » indiquent si la nature des représentations.

Il est le premier à avoir effectué un simple calcul : compter les nombres de mots de chaque texte de la pierre de Rosette. Il y a 486 mots grecs et 1419 hiéroglyphes (et le texte égyptien n’est pas complet). Donc il ne peut s’agir d’idéogrammes car on ne pourrait pas représenter tant d’ « idées » en si peu de mots. Inversement, s’il s’agissait de sons, cela ferait trop de hiéroglyphes distincts.

En se servant des noms connus dans les cartouches (Ptolémée) et en le comparant au nom de Cléopâtre dans un papyrus, il arrive (en 1822) à isoler les premiers sons… et hop ! Il comprend peu à la peu la manière dont les différents hiéroglyphes sont organisés dans le textes et les valeurs phonétiques et idéographiques commencent à prendre du sens. Il repère aussi des phonogrammes c’est-à-dire des sortes de rébus etc.

Ensuite, Champollion monte des expéditions (entre 1822 et1830, il traduit tout ce qui lui passe devant les yeux sur les monuments égyptiens), et fort de son succès, il est nommé conservateur chargé des collections égyptiennes du Louvre. C’est aussi dans cette partie que l’on réalise la manière systématique avec laquelle on a pillé les ressources égyptiennes (« on » incluant les anglais, allemands, italiens…) pour nous construire une si belle et riche collection. Evidemment, il est complexe de tirer des conclusions d’une époque différente d’aujourd’hui. Ces archéologues ont aussi contribué à sauvegarder et perpétuer un patrimoine en danger…

En tout cas, le décryptage des hiéroglyphes me fascine toujours autant. J’imagine ce qu’il a du ressentir lorsque la lumière s’est faite en lui, et qu’il a compris qu’il avait enfin percé ce secret millénaire, qu’il allait pouvoir déchiffrer l’histoire de cette fantastique civilisation dont les écrits foisonnaient, aussi omniprésents qu’incompréhensibles, sur tous les supports possibles. Fiat lux.

Champollion et les Hiéroglyphes - Les génies de la science N°23 - mai aout 2005


9 commentaires

  1. moi aussi je trouve ça trop fort. Bon ça sert à rien mais c’est dit :) (aimerais bine pouvoir lire ce :croa:numéro)

  2. héééééééé je voulais pas faire le corbeau (à la limite un plu plus haut dan sle messsage ça aurait collé mais là snif)

  3. Je suis obligé de reconnaître que, pendant une seconde et demie, en lisant le titre de ton post, j’ai lu « Champion et les hiéroglyphes ». Voilà à quoi ça mène de parler des magasins U…

  4. ErwanFC

    Memorable: Traversez le Channel et rendez-vous a Great Russell Street dans London. Entrez au British Museum et lisez la longue notice explicative a droite de LA Pierre de Rosette. Et la, apprenez, ebahi et un brin enerve, que Champollion n’a rien invente mais a pique toutes ses idees a un scientifique anglais… Si, j’vous jure…:lol::hum:

  5. Evidemment, il subsiste toujours des combats de scientifiques et de nations à ce sujet. Autant les anglais doivent un peu exagérer, autant les français, rois du chauvinisme, doivent certainement en rajouter !!! La vérité est certainement, comme d’hab, juste entre les deux ! :mrgreen:

  6. donna

    En tous cas, je conseille à tous ceux qui vont en vacances ds le sud-ouest d’aller voir la Place des écritures de Figeac. Une petite place ancienne dallée avec une reproduction géante de la pierre de Rosette. Assez magique!

  7. Fred

    Car Figeac est la ville natale de Champollion (et non Grenoble, même si son père en était originaire…)

  8. ErwanFC

    La, il ne s’agit pas tant de chauvinisme ou de fierte nationale exarcerbee, mais plutot de l’histoire de la paternite des grandes decouvertes scientifiques en general.
    Tout un chacun peut en faire l’experience si il a un tant soit peu de gout pour la recherche bibliographique. Si on reprend quasiment tous les grands papiers etablissant les grandes lignes d’une nouvelle theorie en sciences, on se rend vite compte que chronologiquement, d’autres ont deja emis l’idee, des morceaux d’idees ou meme seulement le concept dans des publications souvent plus anciennes de quelques dizaines d’annees (une des seules exceptions, ce sont les theories d’Einstein mais tout le monde s’accorde a dire que c’etait un extra-terrestre). Autrement dit, les noms qui restent imprimes dans les livres d’histoires des sciences sont rarement les pionniers mais ceux qui on su « mathematiser », « rationnaliser » les idees des autres a la sauce de leur propre esprit brillant. Champollion fait partie de ceux-la: en se nourrissant du travail des autres (anglais ou slovaque ou balouche, peu importe), il a su mettre des mots clairs et construire des ponts logiques sur des concepts vagues et parcellaires. A ce titre, il est bien l’inventeur des hieroglyphes.
    Tout comme l’inventeur du feu n’est pas celui qui a reussi a creer par accident une etincelle en frottant deux silex, mais plutot celui qui a pense a se servir de cette etincelle pour enflammer de l’herbe seche!!

    M… je suis chiant quand je suis serieux….:dodo:

  9. léadu91

    nous au college on fait une recherche sur Jean-François Champollion j’ai tous sauf comment a t’il fait pour déchiffrer les hiéroglyphes et dans le texte que vous avez publier je ne trouve pas c’est dommage. BYE :croa:



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