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Pectus est quod disertos facit

Lundi 22 Août 2005

Boukinage Rafael, derniers jours

Classé dans: Boukinage — @ 18:26:35

Dans la série « les conseils bouquinesques de Pingui », j’en avais choisi deux, et je viens de finir celui de Gregory Mcdonald. Il s’agit d’un livre très court et qui peut facilement se lire en deux ou trois heures. D’ailleurs, il est conseillé de le lire d’une traite pour être encore plus saisi par sa violence et sa fulgurance.

On entre très rapidement dans le vif du sujet : un jeune homme (la vingtaine balbutiante), alcoolique patenté et pauvre type, est volontaire pour tourner un « snuff movie » (un film qui figure un meurtre réel d’une personne) pour trente mille dollars. Il se retrouve donc chez un producteur qui lui explique comment il va le tuer devant sa caméra pour quelques dizaines de milliers de dollars. L’auteur indique même qu’on peut sauter ce troisième chapitre qui consiste en l’explication du scénario détaillé par le producteur véreux. En effet, ces lignes sont parfois assez insupportables. Mais plus troublant encore est la réaction de Rafael qui placidement accepte de mourir pour un peu d’argent.

Une fois son contrat signé, il lui reste trois jours avant d’aller à son premier et dernier jour de travail. Avec les 300 dollars d’avance (le reste de la somme ne lui sera certainement jamais versée de toute façon), il part acheter des cadeaux à sa famille et de la nourriture, et il rentre chez lui. Chez lui c’est une zone de no man’s land à côté d’une décharge, un terrain insalubre aux abords d’une bretelle d’autoroute qui n’existe pas vraiment sur les cartes. Quelques familles cohabitent dans les immondices et la pauvreté la plus extrême. J’ai retrouvé l’ambiance et la mélasse sociale que l’on trouvait déjà un peu dans « Sarah » ou dans « Le temps de la colère ». Mais surtout, j’ai retrouvé de même souffle d’écriture brutale et véhémente qui balance un énorme coup de poing dans la gueule.

Il ne s’agit pas vraiment de la violence de ce qui va arriver à Rafael, mais plus l’insoutenable barbarie de la vie qui fait que ce gamin vende sa vie pour trente mille dollars, et pense ainsi avoir fait une excellente affaire. L’auteur dépeint ainsi des existences qui minées par la pauvreté, l’alcoolisme, l’absence d’espoir et d’instruction, ne font qu’attendre la fin. Rafael ainsi le comprend avec une sorte de lucidité (surréaliste) et de défaitisme saisissant, et préfère écourter sa vie, et que ça rapporte au moins un minimum pour sa femme et ses enfants qu’ils adorent.

Un petit bouquin qui marque et qui frappe fort, pas beaucoup d’espoir dans ce roman, mais au final un Rafael dont la valeur ne cesse de grandir dans l’esprit du lecteur.

Rafael, derniers jours - Gregory Mcdonald

6 commentaires »

  1. Je l’avais acheté par harsard pour ne pas oublier de le lire plus tard, après mon actuel Melville.
    Quand je lui ai demandé : “Alors ?”, mon ami a hoché de la tête comme hébété et a avoué : “Poignant !”.
    Après la mer, les hommes, et le cachalot, donc…

    Commentaire par Jonas de Dieppe — Lundi 22 Août 2005 @ 23:02:32

    4Avatars v0.3.1

  2. je viens de la commander après la lecture de ton post:redface:

    Commentaire par philo — Mercredi 24 Août 2005 @ 11:09:36

    4Avatars v0.3.1

  3. :ben: tu m’a piqué mon post !!!!

    Commentaire par phil — Mercredi 24 Août 2005 @ 16:33:47

    4Avatars v0.3.1

  4. ohhhh nooooon!!!!:mur:
    je viens d’acheter ce bouquin, de le lire, d’avoir mal au ventre et je viens aussi de me rendre compte que je l’avais déjà lu il y a des années:hum:

    Commentaire par philo — Jeudi 01 Septembre 2005 @ 07:47:21

    4Avatars v0.3.1

  5. [...] Cela m’a rappelé « Rafael, derniers jours » où le héros qui habite sur une décharge, a toujours joué dans les immondices, et dont les enfants ont justement ce genre d’endroit comme terrain de jeux (et aiment beaucoup ça). [...]

    Pingback par MatooBlog » La station — Lundi 12 Décembre 2005 @ 19:10:22

    4Avatars v0.3.1

  6. [...] Comme il avait de la chance, il réchappa de cette boucherie qu’on appelle la première guerre mondiale. Et il trouva du travail comme mineur de fond dans le nord. Mon arrière-grand-mère débarqua (avec sa pousse de figuier) en bateau à Cherbourg, accompagné de MaTante qui avait 4 ans (1919 donc), pour rejoindre son homme. Des tranchées à la mine… De la mine au creusement du métro parisien ! En effet, on recrutait des mineurs pour aller travailler sur paname, alors ils s’y sont rendus. Je ne sais pas exactement quand cela se passait, mais j’ai toujours entendu parler de la « zone », puisque c’est là-bas que mon grand-père (à moi cette fois) y a rencontré ma grand-mère. La « zone », MaTante m’en parle toujours comme de ses plus belles années. C’est marrant comme l’enfance se fout du cadre de vie (tant qu’on mange et qu’on dort correctement), un peu comme dans « Rafael, derniers jours » où ses enfants jouent dans les détritus d’une décharge. [...]

    Pingback par MatooBlog » Grand-Père — Mercredi 01 Février 2006 @ 01:24:36

    4Avatars v0.3.1

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