MatooBlog
Pectus est quod disertos facit

Lundi 31 Octobre 2005

Matooyage Quand un Matoo fait sa chienne

Classé dans: Matooyage — @ 20:05:30

Toute à l’heure, je chine dans les rayons de ce magasin spécialisé en fanfreluches pour toutous… j’en veux un en cuir noir bien large avec des clous métalliques… un bon truc de Médor de Tex Avery quoi…

Je trouve mon bonheur, et je passe à la caisse. L’hôtesse est une charmante mémère à son pépère : la cinquantaine décolorée, permanentée, bagousée, parfumée. Je présente mon achat : un joli collier de ienche et sa laisse en maillons métalliques (je me suis dit que ça pouvait aussi servir).

Elle me regarde en souriant : « Vous avez vraiment pris une grande taille, vous devez avoir un gros chien ? Vous êtes sûr de son tour de cou ? ».

Aheuuuuuum ! Je fais un grand sourire et je réponds avec mon sourire Ginger : « Wouf wouf ! ».

Elle me regarde perplexe.

« En fait, c’est pour moi, je n’ai pas de chien. »

« Ah… »

« D’ailleurs je me demandais si je pouvais l’essayer, mais je n’ai pas vu de cabine ? »

« Heu… bah…heuuuu… »

« Je plaisante madame, évidemment. »

« Ah oui bien sûr. »

J’étais mort de rire, mais elle était gênée, mais alors embarrassée comme jamais je pense.

J’ai tendu ma CB, j’ai payé et je suis parti. Je n’ai pas osé demander un paquet cadeau, ou si je pouvais garder le ticket de caisse pour l’échanger si ça ne m’allait pas, mais sur le coup j’ai eu une kyrielle d’idées pour prolonger un peu cet échange commercial ubuesque.

Happy Halloween. ;-)

Dimanche 30 Octobre 2005

Marc-Aurèle Livre 2 - XII

Classé dans: Marc-Aurèle — @ 14:02:35

[…] Qu’est-ce que mourir ? Si l’on envisage la mort en elle-même, et si, divisant sa notion, on en écarte les fantômes dont elle s’est revêtue, il ne restera plus autre chose à penser, sinon qu’elle est une action naturelle. Or celui qui redoute une action naturelle est un enfant. La mort pourtant n’est pas uniquement une action naturelle, mais c’est encore une œuvre utile à la nature. […]

Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.

Un des multiples textes qui veut expliquer que la mort en tant que processus naturel (et inexorable) ne doit pas être tant craint ou dramatisé. En plus d’une philosophie à la Mufasa (le cycle de la vieuuuuuuuuh !) qu’on retrouve tout au long de l’œuvre.

Samedi 29 Octobre 2005

Télévisage Le Magnifique

Classé dans: Télévisage — @ 23:56:21

Je parlais de vieux films avec un collègue dernièrement, et on se met à se remémorer avec beaucoup d’hilarité ce film avec Belmondo : « Le Magnifique ». Un film de 1973 de Philippe de Broca avec un Belmondo touche-à-tout qui surjoue parfaitement les agents secrets et l’écrivaillon dépressif et une superbe Jacqueline Bisset.

Mon collègue m’a ramené hier un CD avec ce film en DIVX (ça aussi, ça traîne sur les réseaux… dingue !). Je l’ai donc revu ce soir en me disant que ça avait sacrément vieilli, mais certaines scènes sont cultes pour moi, et me rappelle simplement les sempiternelles diffusions à la télé (c’est le genre de films qui passaient à la télé depuis « toujours » pour moi). C’était quand nous pouvions avec mon frère regarder la télé tard, c’est-à-dire le mardi soir, et que ma mère finissait par convaincre mon père de nous laisser regarder un truc un peu plus folichon qu’une émission politique ou historique. Mon père avait le chic de vouloir nous obliger, pour notre bien, à nous faire regarder une émission politique tout en nous faisant la leçon (d’éducation civique).

Heureusement, môman comprenait rien qu’à nos têtes qu’on allait préférer aller bouquiner dans notre chambre. Heureusement aussi, mon père était fan de Goldorak, et il regardait avec nous, nous donnant l’indispensable caution parentale, tandis que ma mère gueulait que nous allions nous abêtir avec ces conneries ! (Et on se marrait comme des baleines mon frangin, mon père et moi. Et ma mère finissait par nous dire que de toute façon comme d’habitude c’est un Golgoth qui allait se faire casser la gueule, à moins que ce soit un Antérach. Et qu’à par cette incertitude, c’était vraiment à chaque fois la même chose. Et elle nous traitait de « gros nazes » en rigolant.)

Belmondo joue donc le rôle d’un écrivain, assez veule et complexé, qui pisse des romans d’agents secrets dont le héros est « Bob Sinclar » : son antithèse. On voit donc ce qu’il écrit au fur et à mesure où il le fait, et il profite de ses romans pour y mettre toutes ses frustrations et ses désirs. Ainsi, il y fait figurer sa voisine dont il est secrètement amoureux : Jacqueline Bisset. L’originalité et l’humour du film viennent de ces scènes imaginaires qui sont souvent absurdes et l’occasion de numéros burlesques assez faciles. Bref, une de ces comédies franchouillardes qui ont vieilli mais qui gardent un certain charme je trouve.

Il faut noter qu’à l’époque du film, il avait 40 ans le Paul Belmondo, et on peut dire qu’il se portait assez bien :

Le Magnifique - Bob Sinclar (Paul Belmondo)

Le même en écrivain :

Le Magnifique - Paul Belmondo

Et la Tatiana de son roman qui n’est autre que sa voisine anglaise :

Le Magnifique - Jacqueline Bisset

Le Magnifique - Jacqueline Bisset

Une des scènes drolatiques qui m’avait beaucoup plu est au début, où il faut interroger un agent du Méchant. Le méchant c’est Karpov, un colonel albanais cruel et sans pitié. L’agent ne parle qu’albanais donc il faut faire venir un interprète. On voit donc arriver un défilé de mec dans la chambre d’hôpital où le mec est en train d’agoniser. En effet, un type explique : « Nous avons trouvé un interprète albanais, mais il ne parle que le roumain. Alors il a fallu trouver un roumain, mais il ne parle que le serbe. Le serbe ne parle que le russe, le russe que le tchèque. Heureusement, moi je parle le tchèque. ». Et voilà les traducteurs alignés et chacun parle à l’autre qui traduit à son voisin, dans un brouhaha assez cocasse.

Le Magnifique

Il y aussi Bob Sinclar qui perd sa dent creuse au cyanure dans la piscine…

Le Magnifique

Ou l’écrivain qui se venge de son électricien (Jean Lefebvre, ouai ouai ouai !) ou des plombiers en les intégrants dans son roman et en les massacrant !

Le Magnifique - Jean Lefebvre

Un des trucs qui m’avait fait le plus rire gamin, c’est quand la machine à écrire perd son « r », et que Belmondo se met à parler sans pouvoir prononcer les r : « Ma ché-i, montez dans l’hélicoté ».

Et pour se venger du rejet de sa voisine, l’écrivain rend Bob Sinclar hypocondriaque, raté et ridicule.

Le Magnifique - Bob Sinclar (Paul Belmondo)

Et Bisset se vautre même dans la boue en découvrant la Bob Sinclar et la Karpov complètement folles hurlantes !!

Le Magnifique

Le Magnifique - Jacqueline Bisset

Le Magnifique

» Tac-Tac c’est trop un mec comme ça. C’est aussi pour ça qu’on l’aime (en plus de son fétichisme pour les slings). (0)

Marc-Aurèle Livre 2 - IX

Classé dans: Marc-Aurèle — @ 12:21:38

Il faut toujours se souvenir de ceci : quelle est la nature du Tout ? Quelle est la mienne ? Comment celle-ci se comporte-t-elle à l’égard de celle-là ? Quelle partie de quel Tout est-elle ? Noter aussi que nul ne peut t’empêcher de toujours faire et de dire ce qui est conforme à la nature dont tu fais partie.

Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.

Vendredi 28 Octobre 2005

» Pascal évoque la privatisation d’EDF et rappelle quelques simples faits qui tombent sous le sens. En effet, cette entreprise ne fai(sai)t pas partie du service public pour rien. Et sa privatisation implique un changement de « paradigme » non négligeable. Je vais faire lire ça à mon papa, il va adorer. (6)

Matooyage Les hommes hétérosexuels et la sodomie passive

Classé dans: Matooyage — @ 01:20:22

Quoi ? Moi je fais dans le sujet racoleur ? Mais naaaaaan ! :mrgreen:

C’est simplement ce truc, chopé sur un site de rencontres gays, qui a attisé ma curiosité :

Un mec hétéro sur un célèbre site de rencontre...

Je suis à la fois surpris et puis pas surpris du tout. En effet, on peut comprendre la curiosité d’un hétérosexuel devant la « chose homosexuelle ». Et je crois qu’un mec hétéro un peu ouvert et curieux (pour ne pas dire obsédé du cul) doit au moins être effleuré par l’idée de se retrouver dans un pieu avec un mec. Mais habituellement, il s’imagine en actif, et il fantasme sur des rapports analogues à ceux d’un homme avec une femme. A la rigueur, il va adorer jouer avec le zizi de son partenaire parce que c’est un truc vachement sympa. Il va sucer et profiter de cette relation plus réciproque et mutuelle que peut l’être celle avec une nana. Mais en général, ils n’ont vraiment pas envie de se faire sodomiser. Mais alors vraiment pas ! Et du coup, ça ne change pas grand-chose d’un rapport sexuel avec une femme (enfin pour le peu que j’ai testé, ce n’est pas si différent).

Or, on peut se dire que le mec est un peu con. En effet, s’il a vraiment envie de découvrir autre chose, et de réellement explorer une sexualité alternative c’est bien en se faisant prendre ses petites fesses fermes et fragiles (hu hu hu). Et puis sodomiser une fille ou un mec, c’est la même chose. Donc si un hétéro veut bien sodomiser une nana, il devrait comprendre que c’est faisable pour lui aussi. Mais il y a alors la sacro-sainte image de l’homme viril qui en prend un grand coup dans… le derrière. En effet, cette légende des mecs qui se font prendre et perdent ainsi leur virilité persiste encore terriblement dans notre imaginaire ou référentiel commun (et éculé, pas enculé hein, mais bien éculé !).

Ensuite, on peut considérer les propres contradictions des homos à ce sujet. Il y a manifestement dans la population gay des actifs, des passifs et des autoreverses à divers degrés de réversibilité (arffff). Les actifs et les passifs se contentent à priori d’une seule des activités fort délectables dont la sexualité humaine nous offre la jouissance, tandis qu’on voit des autoreverses qui en profitent dans tous les sens (du terme). On pourrait donc comparer les actifs ou les passifs aux hommes hétérosexuels qui voudraient essayer un rapport homosexuel, mais est-ce pour les mêmes raisons ? Alors que les versatiles seraient en conclusion de ce syllogisme, les seuls vrais homosexuels ? :mrgreen:

Une des autres contradictions du milieu gay est aussi certainement la manière dont les fameux actifs et passifs sont respectivement des butchs survirilisés et des crevettes efféminées. Bien sûr, rien n’est automatique et je connais un tas de mecs très mecs et qui ne jurent que par une bonne bite dans le cul, tandis que j’ai rencontré n fois des petites folles qui adoraient jouer les Enculators. Mais statistiquement, je pense que nous sommes beaucoup plus clichés que ça. Encore une fois, j’aime bien la philosophie « réversible » et les mecs de ce groupe sont en effet beaucoup plus « mixtes ».

Et donc, les mecs hétéros qui veulent enculer un mec. C’est quoi leur « névrose » ? Des mecs refoulés ou seulement des curieux perspicaces ? Et pour ceux qui ne veulent que se faire prendre ? Est-ce la même envie ? Une histoire de domination/soumission ? L’actif qui ne veut pas se faire prendre, est-ce pour les mêmes raisons que le mec hétéro ? Et le passif qui ne veut pas prendre aussi ?

Moi, je trouve que ça fait mal au cul quand même. Ai-je un problème ? Devrais-je consulter un proctologue ou un psychologue ? :-)

Bon mais, il faut aussi faire ce dont on a envie, comme on le sent, et sans trop en chercher les raisons. On ne va pas non plus transformer un rapport sexuel en une analyse freudienne ! :mrgreen:

Et je ne conclurai pas en disant pas que le mec a trop une tronche de pédale (parce qu’il met sa photo sur son profil en plus !), non, non, non je ne dirais pas une chose pareille. Je ne dirais pas qu’il a les cheveux longs, et qu’il doit avoir envie d’une bonne bite dans le cul tout en se faisant tirer les cheveux comme une chiennasse. Ah non ce serait trop vulgaire de dire ça, et ce n’est pas mon genre. Non, non, non, je vais rester politiquement correct ! ;-)

PS : Je sais ce post est nawak. Je l’adore.

Marc-Aurèle Livre 2 - VIII

Classé dans: Marc-Aurèle — @ 01:17:44

Il n’est pas facile de voir un homme malheureux pour n’avoir point arrêté sa pensée sur ce qui passe dans l’âme d’un autre. Quant à ceux qui ne se rendent pas compte des mouvements de leur âme propre, c’est une nécessité qu’ils soient malheureux.

Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.

Quant à l’importance de la notion d’autrui et de l’introspection.

Jeudi 27 Octobre 2005

» Cédric écrit un de ses très beaux posts dans lequel il évoque ses désirs chimériques d’enfants, et son petit bonheur actuel. Simple et réconfortant. (2)

Outside Rosa Parks (1913-2005)

Classé dans: Outside — @ 11:51:12

Rosa Parks est morte.

Elle était celle par qui avait véritablement commencé la lutte contre la ségrégation aux USA. En effet, en décembre 1955 à Montgomery en Alabama, cette femme de 42 ans avait refusé de laisser sa place à un blanc dans le bus. Elle fut accusée de « conduite désordonnée » et du payer une amende de 14 dollars. Cette affaire eut un grand retentissement dans la communauté black et un boycott des bus fut décidé (Martin Luther King était dans l’affaire). Pendant 381 jours, les noirs, 75% de la fréquentation des autobus, refusèrent de prendre ces transports racistes.

Avant cela : « en payant le même prix qu’un passager blanc, les Noirs devaient s’asseoir à l’arrière du bus aux places « colored » réservées aux personnes de couleur ; céder sans condition leur place en cas d’affluence et ne devaient jamais prendre place devant ou à côté d’un Blanc, même dans l’espace réservé. ». [source]

Impensable aujourd’hui, mais c’était bel et bien une réalité il y a seulement 50 ans.

Cela confirme tout le bien que je pense de la désobéissance civile lorsque des lois sont ineptes et « humainement anti-constitutionnelle ».

[Via slb]

Cinéphage Match Point

Classé dans: Cinéphage — @ 02:03:05

En un mot : brillant ! Vraiment brillant !!

J’avais aimé « Melinda & Melinda » qui m’avait pas mal réconcilié avec Woody Allen, surtout quand il ne joue pas (plus) dans ses productions, et voilà qu’il revient droit dans mon cœur avec ce film. Un film extraordinaire qui mérite tous les suffrages tant il est original pour son auteur, une véritable cuvée d’exception !

Cela commence comme la comédie « à la Woody Allen », puis prend un virage inattendu pour finir de la plus singulière manière. Et pourtant la patte et le style du réalisateur imprègnent chaque plan, dialogue et rebondissement. Woody Allen nous sert donc le meilleur de lui-même avec une touche d’originalité rafraîchissante et d’une qualité supérieure. Ajoutons à cela que les comédiens sont absolument parfaits, avec le sublimissime Jonathan Rhys-Meyers (le beau gosse, déjà, dans « Joue la comme Beckham ! ») et la superbe Scarlett Johansson en figures de proue. Outre cela, nous sommes à Londres et pas une seule fois à New York !

Tout commence donc par Chris (Jonathan Rhys-Meyers) qui est un ancien tennisman professionnel et qui donne des cours de tennis à un jeune type de la haute bourgeoisie londonienne, Tom. Ils se lient plus ou moins, et Chris se retrouve à côtoyer cette famille richissime. Surtout la sœur de Tom tombe rapidement amoureuse de lui. Il fait aussi la rencontre de la fiancée de Tom, Nola (Scarlett Johansson), qui est une piquante américaine qui tente, sans bien réussir, le métier de comédienne. Coup de foudre entre Chris et Nola, mais perturbé par les couples déjà formés.

Voilà donc une comédie sentimentale comme Woody Allen sait parfaitement les imaginer et les mettre en scène. Et là, il fait mouche à chaque instant. Les répliques fusent, les plans démontrent l’attirance mieux que les mots encore, et la tension sexuelle est à son comble entre les deux comédiens. Et puis, il change de ton et explore les voies sinueuses de la passion adultérine, puis du déchirement moral entre désir d’enfant, position sociale, réussite amoureuse. Bref, je ne l’attendais pas du tout là, et il s’en tire merveilleusement bien. Déjà dans l’histoire qu’il nous raconte, qui tient en haleine et fait parfois sourire, mais aussi par ces questionnements qui sont au début même du film, à propos de la chance, le destin, le discernement.

Et l’auteur donne raison à la chance, après maints bouleversements grâce auxquels il brouille les pistes et embrume notre logique, avant de livrer un dénouement ironique et grinçant.

Cela fait un bien incroyable de voir un aussi bon film. Tellement bien filmé, écrit, réalisé, à la bande-son soigné et aux excellents comédiens.

Match Point

Ecoutage Humeur de la nuit

Classé dans: Ecoutage — @ 01:16:29

keep looking through the window pane
just trying to see through the pouring rain
it’s hearing your name, hearing your name
I never really felt quite the same, since I’ve lost what I had to gain
No one to blame, no one to blame
Seems to me, can’t turn back the hands of time
Oh it seems to me, can’t turn back the hands of time

Hands Of Time - Groove Armada


Marc-Aurèle Livre 2 - IV

Classé dans: Marc-Aurèle — @ 01:09:42

Rappelle-toi de puis combien de temps tu remets à plus tard et combien de fois, ayant reçu des Dieux des occasions de t’acquitter, tu ne les as pas mises à profit. Mais il faut enfin, dès maintenant, que tu sentes de quel monde tu fais partie, et de quel être, régisseur du monde, tu es une émanation, et qu’un temps limité te circonscrit. Si tu n’en profites pas pour accéder à la sérénité, ce moment passera aussi, et jamais plus il ne reviendra.

Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.

Mercredi 26 Octobre 2005

Boukinage Lutetia

Classé dans: Boukinage — @ 19:04:59

Ce bouquin de Pierre Assouline, que Diegito m’a offert, est un remarquable roman dont la base historique est extrêmement détaillée et documentée. Il s’agit d’une intrigue qui a lieu dans le seul palace parisien de la rive gauche : le Lutetia. Cet hôtel fut le lieu de bien des événements et des bouleversements entre 1938 et 1945, ils sont la toile de fond de ce roman captivant et saisissant. L’auteur indique qu’il a rassemblé des informations depuis 1971 dans cette optique. Il s’agit néanmoins d’un vrai roman, ce qui a permis à Pierre Assouline d’avoir une plus grande liberté et facilité pour décrire non seulement des faits historiques avérés, mais aussi pour parler de l’atmosphère, des gens, du déferlement de passions ou de drames suite à des changements brutaux dans la nature même de l’établissement, et d’imaginer la vie dans ce grand hôtel de luxe.

Le roman s’inscrit incroyablement bien dans ce que je savais déjà sur le sujet, que ce soit lors de la visite de l’expo « les Juifs dans le Marais », ou bien le bouquin sur Stangl ou encore le documentaire sur Eichmann.

En gros, le roman décrit la vie au Lutetia en trois parties distinctes qui furent des ruptures dans l’histoire du palace par les yeux et le vécu de son détective privée (un alsacien germanophone du nom d’Edouard Kiefer) : avant la guerre où l’hôtel était un refuge et un point de ralliement pour les exilés et dissidents politiques, pendant la guerre où il fut réquisitionnés par les nazis pour y installer les services de renseignement et de contre-espionnage, et après la guerre où il fut utilisé pour accueillir les déportés qui rentraient des camps.

On apprend ainsi une kyrielle de détails sur le Lutetia qui non seulement est le seul palace de la rive gauche, une idée des Boucicaut pour qui ce bâtiment est leur « maison » juste en face du Bon Marché, mais aussi le seul hôtel du genre fréquenté pour moitié par des Français. D’ailleurs, on dit « aller à Lutetia » et non « au Lutetia » lorsqu’on y réside fréquemment pour indiquer à quel point c’est analogue à aller à Paris. On suit dans la peau du narrateur, Edouard Kiefer, un ancien flic reconverti en détective, les petites anecdotes et grandes étapes qui marquent cette époque. Ce personnage principal est celui dont on apprend donc le plus. A commencer par cette ambivalente origine alsacienne qui lui donne l’opportunité de servir de traducteur pour les allemands et donc d’avoir un atout supplémentaire pour survivre pendant l’occupation. On apprend aussi qu’il a fait 14-18 et en est ressorti évidemment traumatisé. Il est attaché professionnellement et affectivement à l’hôtel, où il retrouve régulièrement son amante N***, mais il en a aussi certains tourments.

Un proverbe me vient à l’esprit : « Qui a deux femmes perd son âme, mais qui a deux maisons perd la raison. » Moi, au fond, je n’avais jamais eu qu’une seule femme, mais ce n’était pas la mienne. Et je n’avais jamais eu qu’une seule maison, mais ce n’était pas non plus la mienne. On peut tenir toute sa vie avec ça ?

La première partie du bouquin évoque l’hôtel avant la guerre avec tous ces gens fortunés qui y habitent à l’année, les peintres, artistes, musiciens, écrivains, comédiens qui viennent conférer à l’endroit tout son mythe. On y découvre une cave et une cuisine exceptionnelles, des décors somptueux et une ambiance « posh » à souhait ! Et déjà, 1938 et son lot de complications politiques internationales viennent sonner le glas de cette période, qu’on appellera bientôt : « entre-deux-guerres ». Cette première ère installe Kiefer dans son rôle de détective qui fiche tous les gens, et qui, de par son poste, est celui qui est au courant de tout, voit tout, entend tout.

Et puis, l’Allemagne occupe la France, et les toits de Paris se couvrent de drapeaux nazis. Le Lutetia est réquisitionné par l’Abwehr (service des renseignements), et l’ambiance change. Et pourtant elle ne s’altère pas tant que ça, puisque les allemands recherchent comme les occupants d’avant le luxe du palace, et se délectent de ses richesses culinaires ou culturelles.

Est évoqué à travers lui un point essentiel de cette occupation de Paris : la collaboration et l’intégrité des personnes qui ont passivement attendu la libération. A ce propos, l’auteur ne prend pas vraiment parti mais tente d’expliquer la situation, les états d’esprit et la perception des parisiens.

Même sur mon territoire, le périmètre circonscrit de l’Hôtel, les ambiguïtés de la France occupée réussissaient à inscrire leur pâle reflet. Dehors, les Français attendaient et, en attendant, faisaient avec. Jusqu’où un homme peut-il aller sans perdre son intégrité ? Ce dilemme me poursuivrait plus que jamais. Le genre de petite phrase primaire qui contient toute la complexité du monde, et qui vous hante l’air de rien tant son énoncé est simple. Suffisamment en tout cas pour vous faire marcher ou mourir.

[…]

Les policiers étaient en majorité d’anciens soldats ou militaires. A leurs yeux, le sens de la discipline, le respect de l’ordre, l’application des consignes n’était pas des notions vaines. La consigne, surtout : ça n’a l’air de rien mais ça peut faire des ravages. A force de se fixer l’obéissance comme horizon moral, on en vient à abdiquer toute responsabilité. Reste à rencontrer la personne, à buter sur l’événement ou à glisser sur le grain de sable qui vous font envisager la désobéissance comme un devoir. Agir en conscience ? Soit, en admettant que le sens moral et une certaine notion du bien et du mal demeurent des points cardinaux. Encore fallait-il se dépêcher de réagir avant que la guerre ne soit finie.

Kiefer reste neutre et sclérosé par son métier (et la peur), mais il est confronté à des humiliations qu’il exorcise en livrant des données à la Résistance. On sent bien qu’il était difficile de savoir comment agir, et on a des exemples de ceux qui ont résisté, collaboré ou fait du marché noir, ou simplement continué à vivre comme avant. Mais peu à peu, les rafles, les emprisonnements, les déportations, les exécutions sont autant de stigmates de la guerre qui finissent par pénétrer dans le palace.

En tant que germanophone, Kiefer ne renonce jamais à l’amour de cette langue et de son peuple, et j’ai été assez impressionné par ce passage.

Les nazis avaient contaminé l’allemand, mais ils n’avaient pas réussi à m’expulser de cette langue qui était aussi la mienne. Douze ans de leur censure et de leurs autodafés n’avaient pas permis aux juges et aux bourreaux d’imposer leurs mots aux poètes et aux penseurs. La part du rêve, nourrie de poèmes et de romans d’avant, avait certainement permis aux exilés de l’intérieur, aux émigrés de l’extérieur comme aux déportés de nulle part de résister, de tenir et de se tenir. Combien d’entre eux devaient leur vie à la langue ? Elle leur fut une aide et une compagne, des feux dans la nuit, une bouée à laquelle se raccrocher, de quoi ne pas désespérer de la part d’humain dans l’homme.

L’ultime partie du bouquin raconte le retour des déportés qui étaient tous soignés, « désinfectés », logés et nourris au Lutetia jusqu’à ce qu’ils retrouvent leur famille ou un endroit où aller. Autre changement de ton, de récit et une émotion parfois difficile à contenir à la lecture de certaines « anecdotes » auxquelles le détective assiste (qui sont pour la plupart des histoires que Pierre Assouline a obtenu des déportés eux-mêmes). On assiste au retour de ces gens qui se pensaient morts depuis longtemps, des nazis qui tentent de se faire passer pour des déportés afin de fuir, des familles qui retrouvent les leurs, des familles qui viennent pendant des mois puis abandonnent, des déportés qui arrivent pour découvrir que toute leur famille est morte, des enfants sans autres repères que celui des camps etc. Le Lutetia devient alors hospice et soutien psychologique de la première heure, et les employés, les mêmes, mettent le même entrain qu’avant la guerre pour servir leurs clients avec le même standing et la même « foi ».

Le mélange entre les histoires personnelles (vraies, inventées ou simplement brodées), les faits historiques, la vision et les péripéties de Kiefer, et ces trois phases donnent à ce bouquin une valeur incroyable et originale. Pierre Assouline a réalisé un travail documentaire de titan en plus d’avoir écrit un bon roman. Ca vaut donc la peine de dévorer ce livre !

Lutetia - Pierre Assouline

Marc-Aurèle Livre 2 - I

Classé dans: Marc-Aurèle — @ 09:35:07

Dès l’aurore, dis-toi par avance : « Je rencontrerais un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un insociable. Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance des biens et des maux. Pour moi, ayant jugé que la nature du bien est le beau, que celle du mal est le laid, et que la nature du coupable lui-même est d’être mon parent, non par la communauté du sans ou celle d’une semence, mais par celle de l’intelligence et d’une même parcelle de la divinité, je ne puis éprouver du dommage de la part d’aucun d’eux, car aucun d’eux ne peut me couvrir de laideur. Je ne puis pas non plus m’irriter contre un parent, ne le prendre en haine, car nous sommes nés pour coopérer, comme les pieds, les mains, les paupières, les deux rangées de dents, celle d’en haut et celle d’en bas. Se comporter en adversaire est donc contre nature, et c’est agir en adversaire que de témoigner de l’animosité ou de l’aversion. »

Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.

Il évoque pour la première fois une chose qui m’avait beaucoup marqué lors de ma première lecture, et qu’il martèle pendant tout le bouquin. En gros, on sait qu’il y a des cons sur Terre, et qu’on aura affaire à eux, donc cela ne sert à rien de les fustiger puisqu’on sait qu’ils existent. Là il insiste sur le fait que nous sommes tous frères, et que nous ne devons pas en vouloir aux fâcheux car ils sont seulement ignorants (position un peu orgueilleuse et immobiliste que je ne partage pas sur le coup puisqu’elle ne prend même pas en compte ses propres défaillances et remises en question…).

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