• Marc-Aurèle
Livre 3 – I

Publié le Mercredi 2 Novembre 2005 - 22:34
Catégorie: Marc-Aurèle

Il ne faut pas seulement considérer que la vie chaque jour se consume et que la part qui reste diminue d’autant. Mais il faut encore considérer ceci : à supposer qu’un homme vive longtemps, il demeure incertain si son intelligence restera pareille et suffira dans la suite à comprendre les questions et à se livrer à cette spéculation qui tend à la connaissance des choses divines et humaines. Si cet homme, en effet, vient à tomber en enfance, il ne cessera ni de respirer, ni de se nourrir, ni de former des images, ni de se porter à des impulsions, ni d’accomplir toutes les autres opérations du même ordre ; mais la faculté de disposer de soi, de discerner avec exactitude tous nos devoirs, d’analyser les apparences, d’examiner même s’il n’est point déjà temps de sortir de la vie, et de juger de toutes les autres considérations de ce genre qui nécessitent une raison parfaitement bien exercée, cette faculté, dis-je, s’éteint la première. Il faut donc se hâter, non seulement parce qu’à tout moment nous nous rapprochons de la mort, mais encore parce que nous perdons, avant de mourir, la compréhension des questions et le pouvoir d’y prêter attention.

Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.

« Il faut donc se hâter, non seulement parce qu’à tout moment nous nous rapprochons de la mort, mais encore parce que nous perdons, avant de mourir, la compréhension des questions et le pouvoir d’y prêter attention. »

2 commentaires pour l'article Livre 3 – I

  1. Garg a dit :

    Le 3 Novembre 2005 - 0 h 34 min

    En parfaite harmonie avec la note précédente, et avec bien d’autres choses.

  2. Jonas de Dieppe a dit :

    Le 3 Novembre 2005 - 10 h 28 min

    “A supposer qu’un homme vive longtemps” : la phrase qu’ensuite tu reproduis en exergue s’applique, selon le texte, à l’absolu de la Vieillesse (et de ses dégradations présupposées), ce que l’auteur précise encore dans la dernière phrase (“…mais encore parce que nous perdons, avant de mourir, la compréhension des questions et le pouvoir d’y prêter attention”).
    On aurait bien sûr l’envie de rapporter le leçon à tous les âges : se hâter d’observer et d’entendre, d’entrer en intelligence avec soi-même et le monde,etc… Or parmi les arguments du texte j’ai buté sur cette allusion forte et toujours d’actualité: “…d’examiner même s’il n’est point déjà temps de sortir de la vie”.
    La clairvoyance, la maîtrise, avant tout et dans la hâte, et disparaître d’ici-bas quand s’annonce la fin de l’autonomie et de l’individualisme ?
    Bah, je m’interrogeais…

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