• Matooyage
Maurice

Publié le Mercredi 21 Décembre 2005 - 1:06
Catégorie: Matooyage

J’y repense depuis quelques jours, et il fallait bien que j’en poste au moins ces lignes…

Voilà un roman d’un auteur anglais des plus classiques et traditionnels, E.M. Forster, mais un roman qui s’inspirant de sa propre histoire, raconte une idylle de jeunesse avec un jeune garçon de son âge. Un roman qui fut écrit en 1914, et seulement publié en 1971 (après la mort de son auteur). Terriblement bien écrit, ce bouquin a été une vraie révélation pour moi.

Il y a dans ce bouquin ces deux passages, les dernières lignes du chapitre X et les premières du chapitre XI, qui s’enchaînent logiquement mais dont la séparation marque une évolution. Ils m’ont littéralement bouleversé la première fois que je les ai lus, et encore aujourd’hui ils me filent des frissons. D’abord le traumatisme de la lucidité qui vient comme une gifle énorme, et puis le soulagement et la force issus de la vérité et de la connaissance de soi, enfin.

Maurice rejette un ami avec lequel il a une relation plutôt ambiguë. L’autre, du coup, se terre dans le mutisme, et Maurice réalise alors la véritable nature des sentiments pour son ami. Un véritable choc…

Il avait vécu dans le mensonge. Ou plutôt il avait vécu de mensonges. Les mensonges sont la pâture habituelle de la jeunesse, et il s’en était nourri avidement. Il vivrait loyalement, même si personne désormais n’en avait cure, simplement pour la beauté de la chose. Il essayerait de ne plus se mentir à lui-même. Il ne prétendrait plus – pour commencer – qu’il était attiré par les femmes, alors que seuls les hommes l’attiraient. Il n’aimait et n’avait jamais aimé que les hommes. Maintenant qu’il avait perdu celui qui partageait son amour, il l’admettait enfin.

Et puis, une fois qu’il accepte la réalité, qu’il se réconcilie avec lui-même, il peut voir les choses autrement, et enfin vivre.

Après cette crise, Maurice devint un homme. Jusque-là – si tant est qu’on puisse évaluer les êtres humains -, il n’avait jamais été digne d’affection : il était conventionnel, mesquin, déloyal avec les autres parce qu’il l’était avec lui-même. Il avait maintenant à offrir ce qu’il y a de plus précieux. L’idéalisme et la sensualité entre lesquelles il se débattait, adolescent, s’étaient finalement fondus en un tout harmonieux et transformés en amour. Personne ne voudrait peut-être d’un tel amour, mais il ne pouvait en avoir honte, parce que cet amour c’était « lui », ni son corps ni son âme, mais tout son être qui s’exprimait à travers l’un et l’autre. Il souffrait encore et pourtant un sentiment de triomphe se faisait lentement jour en lui. La douleur lui avait révélé un lieu au-delà des jugements de la société où trouver un refuge.

10 commentaires pour l'article Maurice

  1. Nobu a dit :

    Le 21 Décembre 2005 - 6 h 55 min

    “un roman qui s’inspirant de sa propre histoire, raconte une idylle” – magnifique anacoluthe!!! :boulet: j’ai envie de te taquiner ce matin… je partage cette tendresse pour ce roman porte a l’ecran avec Hugh Grant quand il etait encore supportable :berk: … Allez, sans rancune, :salut: d’Alsace. Bises, N.

  2. le_sid a dit :

    Le 21 Décembre 2005 - 10 h 46 min

    Un bien beau livre en effet … et un bien beau blog, félicitations ;-)

  3. panama a dit :

    Le 21 Décembre 2005 - 12 h 44 min

    Tu devrais relire “confessions d’un masque” de Mishima… Les anglais sont vraiment trop obsédés par les conventions sociales pour savoir véritablement décripter l’âme humaine. Quant à Hugues Grant, il est à Rupert Everett ce que le mousseux intermarché est au champagne millésimé :pleure:. Tu fais un revival ado en relisant ce genre de bouquins ?

  4. Léo a dit :

    Le 21 Décembre 2005 - 15 h 31 min

    Chacun son livre-révélateur : je pense aussi à “La confusion des sentiments” de Stefan Zweig.

  5. darkbear88 a dit :

    Le 21 Décembre 2005 - 16 h 24 min

    Et puis bizntôt sur les écrans européens la version cow boy de Maurice: Brokeback Mountain, d’Ang lee. On ira pas voir celui là ensemble Matoo, mais je serais quand même bien curieux de savoir ce que tu en penseras.

  6. senonevero a dit :

    Le 21 Décembre 2005 - 16 h 33 min

    J’ai vu le film (avec Hugh Grant) avant de connaître le livre, vers 14-15 ans. J’ai mis des années à m’en remettre ! Arff ! et surtout du garde chasse d’ailleurs !:love:

  7. SariMarien a dit :

    Le 21 Décembre 2005 - 17 h 30 min

    Ah beh ca tient plus la route que rafarel moresmo en tout cas ! MDR

  8. Matoo a dit :

    Le 21 Décembre 2005 - 18 h 48 min

    darkbear> En fait j’ai déjà évoqué chez Orpheus le fait que j’avais lu la nouvelle qui a servi de base au film. Mais qu’en tout cas, dans un style et histoire connexes, j’avais préféré le pouvoir du chien.

  9. BrunoNation a dit :

    Le 22 Décembre 2005 - 11 h 49 min

    J’étais allé voir le film avec un (très beau) petit ami il y plus de dix ans. A la fin, il me dit, dommage que cela se termine aussi mal ! Il avait vu l’aspect social et trouvait affreux que Maurice partît avec un garde chasse. Evidemment, je trouve que le happy end est merveilleux (j’aime bien l’aspect économique aussi étant plutôt libéral, Maurice dit, je suis jeune travailleur etc. partons en Amérique).

    C’est fou comme les jugements moraux sont irréconciliables alors qu’ils nous donnent l’impression d’une objectivité et d’une nécessité absolue. Sur le coup, j’ai été vraiment dégoûté par ce petit ami tout en me réconciliant grâce à … non non : ô faiblesses de l’esthète ravi par le spectacle du beau, hélas :-) .

  10. Dan a dit :

    Le 23 Décembre 2005 - 19 h 30 min

    Ouèpe… n’empêche que James Wilby vient régulièrement hanter certaines nuits de solitude… Et voilà quand le tandem Merchant & Ivory donne dans le mielleux! Quant au bouquin, un vrai cataclysme. Un des rares bouquins que j’ai dévoré en une journée.

Laissez votre commentaire ci-dessous.

smiley5.gif smiley6.gif smiley17.gif smiley7.gif smiley14.gif smiley11.gif smiley2.gif smiley18.gif smiley3.gif smiley8.gif smiley19.gif smiley16.gif smiley10.gif smiley4.gif smiley20.gif smiley25.gif smiley34.gif smiley31.gif smiley24.gif smiley35.gif smiley30.gif smiley36.gif smiley28.gif smiley27.gif smiley23.gif smiley22.gif smiley29.gif smiley33.gif smiley26.gif smiley21.gif smiley32.gif smiley37.gif 


7 × 5 =

Suivre les réactions sans commenter