MatooBlog
Pectus est quod disertos facit

Mardi 31 Janvier 2006

Boukinage Brooklyn Follies

Classé dans: Boukinage — @ 23:23:26

C’est extrêmement difficile pour les lecteurs habituels de Paul Auster de parler de ses récents bouquins. Je lis le même genre de critique que celle que je m’apprête à faire sur des sites web où des lecteurs assidus laissent leurs opinions. Ce roman est certes marqué de l’empreinte géniale de cet écrivain que j’aime tant, mais il n’a pas la saveur des livres du début, et non plus de certaines autres œuvres qui avaient produit des ruptures notables dans son univers littéraire. Depuis le dernier bouquin, on peut lire de bons romans, juste dans la veine austérienne, avec ses personnages alambiqués, son dédale d’intrigues, ses mises en abîmes, son écriture ciselée et sa sensibilité éthérée, mais rien d’aussi brillant qu’avant.

Même si « Tombouctou » ou « Le livre des illusions » apportaient leurs touches originales majeures (et très différentes), « La nuit de l’oracle » et « Brooklyn Follies » en manquent sérieusement. Par contre, je devine que de nouveaux lecteurs de Paul Auster n’y trouveront évidemment rien à redire. « Brooklyn Follies » possède malgré tout son charme, et surtout un dénouement (dans les toutes dernières lignes) qui replace tout le bouquin dans un contexte qui transcende un peu le pur récit.

Nathan est un assureur à la retraite qui décide de se lancer dans l’écriture d’un roman. Il s’agit d’un roman constitué de ses petites histoires personnelles, d’anecdotes qui rassemblent certains lapsus ou autres péripéties singulières de sa vie. Alors qu’il s’installe à Brooklyn et commence à s’acclimater à cette nouvelle vie (il est divorcé et fâché avec sa fille), il rencontre par hasard son neveu, Tom, qu’il avait perdu de vue. Ces deux-là ne se quittent plus, et tentent de reprendre goût à la vie. S’en suivent quelques intrigues amoureuses, amicales, des quêtes utopiques et des pérégrinations typiques de l’auteur. Les deux larrons se retrouvent notamment à s’occuper de la nièce de Tom de 9 ans, dont la mère embrigadée dans une secte l’a envoyée seule pour rejoindre son oncle à New York.

Des histoires dont il semble qu’elles ne puissent avoir lieu qu’à Brooklyn. Et on connaît l’amour sincère que Paul Auster voue à son quartier. On y retrouve la galerie de personnages baroques, les saynètes de voisinage et ces rencontres inopinées qui changent la vie. On entre ainsi avec un plaisir fou dans cette histoire, mais passée cette première agréable impression, le récit peine à décoller pour finalement ne s’envoler pas très haut. Ce n’est pas mauvais, c’est même encore très bien écrit, et les personnages sont attachants, les anecdotes sont charmantes et les rebondissements… rebondissent. Mais c’est si convenu pour lui…

Peut-être en ai-je simplement trop lu, ou alors je suis trop difficile ? A part ces ultimes lignes qui remettent les pendules à l’heure, je n’ai pas été convaincu par ce roman pourtant bourré de qualités. Du coup, j’en veux encore plus à l’éditeur pour son matraquage métropolitain.

Brooklyn Follies - Paul Auster

» Brokeback Mountain vu par Jeff… évidemment. C’est , et , et c’est désopilant à souhait ! (2)

Lundi 30 Janvier 2006

Magazinage Matooyage Netizen

Classé dans: Magazinage, Matooyage — @ 22:36:15

Il est donc sorti le premier magazine qui traite des blogs et autres médias citoyens. Bon alors les blogs d’accord, mais les médias citoyens c’est quoi ? Bah c’est plutôt une bonne idée de traiter de cela, car les pauvresses skyblogueuses ou les autres illuminées comme moi qui racontent leurs vies à deux balles, on en fait vite le tour (tiens c’est marrant j’avais d’abord écrit le « trou »). Donc les médias citoyens ce sont aussi ces initiatives personnelles ou collectives de gens qui utilisent le net pour communiquer et distribuer leurs idées, leurs opinions ou un traitement de l’information alternatif. Pas de gens qui sont là pour remplacer les journalistes, mais plutôt en complément du traitement professionnel et traditionnel de l’information.

J’aime beaucoup d’ailleurs ces blogs très personnels qui exposent des opinions sur l’actualité politique (comme l’excellent Ceteris Paribus, même si je ne comprends pas tout) ou sur leur activité, nous éclairant parfois de leur doctes lumières (le non moins excellent Eolas y excellant carrément). Il y a aussi l’autant truculent que sagace 404BnF dont le décryptage de la presse m’est un régal. Et puis l’incontournable Wikipédia et ces autres projets dont l’existence et la pérennité tiennent à de belles utopies, telle l’altruisme.

Putain j’espère que je ne dis pas trop de connerie…

J’étais à la soirée Netizen, mais je n’ai pas été acheté pour autant, donc je vais rester aussi critique que possible. Je salue déjà l’initiative car je pense que d’un point de vue marketing la démarche est intéressante et valide. Il y a de quoi se faire de la thune, et donc créer une entreprise viable, et outre cela, potentiellement livrer quelques papiers intéressants. Il est extrêmement difficile en France aujourd’hui de faire payer les gens pour du contenu sur le web, tandis que les habitudes sont assez bien ancrées pour la presse papier. Du coup, je ne suis pas choqué par le média papier, en plus du fait que cela lui confère une attitude statique et figée qui est un beau pied de nez à l’internet. J’aime les contrastes et les « combles ».

Ensuite le rédacteur en chef. Je ne connais pas personnellement ce type, Cyril Fiévet, mais instinctivement je l’aime bien (y’a des gens comme ça…). Je l’avais connu en lisant ce premier bouquin sur les blogs, « Blog Story », qui reste un ouvrage que je trouve extraordinairement intelligent et perspicace. Depuis je parcours régulièrement son blog, et je picore aussi de temps à autre sur pointblog. C’est un mec qui me parait assez humble, bosseur et « humain ». Intelligent, sincère et volontaire aussi… Quelques qualités qui imprègnent le magazine et qui m’ont tout de suite frappées. (Encore une fois, je ne le connais pas donc je peux me tromper. Non il n’est même pas pédé. Enfin je ne crois pas, il est marié. Mais bon, on sait ce que c’est les mecs mariés. Nan, nan, je vous assure c’est même pas mon genre, alors que l’autre là dans le magazine page 69, évidemment, putain l’est pas mal, mais j’en parlerai plus bas.)

Donc le magazine ne se targue pas de tout savoir et de tout connaître, il vient juste ouvrir une petite fenêtre subjective, et nous donner son point de vue sur la blogosphère. Et encore pas en entier car c’est tellement tellement vaste. Un choix éditorial fort et clair vient séparer le mag en deux parties. La première consacrée aux blogs (citoyens ou pas) en tant que phénomènes : sociaux, politiques, économiques, etc. On y retrouve des articles sur l’actualité des blogs, des outils, des singularités du web etc. Et la seconde se focalise sur des exemples précis, sur les acteurs de la blogosphère. Par forcément les plus populaires, les plus visités ou les plus liés, mais des blogueurs et blogueuses qu’on a voulu remarquer parmi d’autres. Une sorte de butinage bloguesque badin et baroque (cette phrase est conne, mais je trouve qu’elle sonne bien, aaaah moi et les allitérations).

Allons-y pour la forme. La couverture, je n’ai pas bien accroché dessus pour ce premier numéro. Je la trouve finalement un peu cheap en regard du papier qui lui est de bonne qualité. On saisit bien la dichotomie entre les deux parties, avec une maquette assez claire et aérée au début, et beaucoup plus personnalisée ensuite. Cette seconde partie souffre un peu de ses qualités. C’est-à-dire qu’elle est à la fois extrêmement riche et diversifiée, mais une présentation différente par blog cela mène rapidement à un épuisement visuel et un confort réduit. Couleurs, polices, aplats… on ne sait plus où donner de l’œil. Mais en relisant, j’ai trouvé cela plutôt habile et un peu ouf, un peu blog quoi, donc finalement j’adhère.

Le fond. En gros, je suis satisfait. J’ai passé un bon moment en le lisant. J’ai trouvé que les articles étaient bien écrits et plaisants. J’ai appris certaines choses, en terme de phénomènes ou bien en blogs que je ne connaissais pas. Il y a aussi une part importante que je connaissais puisque je suis l’actualité de la blogosphère. Comme je suis dans le mouvement, je suis forcément un peu critique, mais je ne vois pas pourquoi ma manière de voir serait meilleure que la leur. En tout cas, leurs propos sont valides et sagaces.

Le prix. Finalement ce que je viens de dire sur le fond a aussi un peu influencé mon jugement tarifaire. Ce n’est pas du tout un magazine hors de prix, mais il est tout de même assez cher. Certes le mag est de qualité, et je sais que cela coûte cher de produire un tel objet. Mais en comparant « Netizen » à « Têtu » qui est à 5 euros ou « Psychologies Mag » à 4 euros (les mensuels que j’ai sous la main), je me dis que l’on a plus de contenu et une qualité de support supérieure (photos, papier, couleurs) pour ces derniers. Netizen est-il donc trop cher en comparaison ? La réponse n’est pas aisée. Déjà parce qu’il n’est pas facile de faire des rapprochements de fond, étant donné que les audiences sont différentes ainsi que les thématiques. Outre cela, Netizen a manifestement beaucoup moins de pubs. Est-ce un choix délibéré ou cela va-t-il changer ? (Si c’est un choix, je peux moi aussi choisir de payer plus pour profiter d’un magazine moins tagué.)

Ensuite, je me dis qu’écrire sur la blogosphère quand on s’appelle Pointblog, ce n’est pas bien « difficile » (en terme de captation d’info), et que le journalisme qu’il est nécessaire de mettre en œuvre pour d’autres titres doit certainement coûter plus cher. Les sources, les témoignages, les scoops, les informations, les protagonistes, tout est à portée d’une souris et d’une connexion au net. Certes Netizen rassemble et pose son regard de journaliste, de reporter, d’éditorialiste sur tout cela, et n’est pas un simple agrégateur. Néanmoins, si je me pose la question du prix c’est aussi en me disant que c’est un peu cher pour de l’info en ligne. La question reste en suspend… Je ne suis tout de même pas rebuté par le prix, et surtout je leur fais confiance sur le sujet.

Des améliorations selon ce que moi personnellement selon mon opinion à moi je pense. Le sommaire est détaillé et propose des rubriques, mais on ne les identifie pas assez dans le journal, ce qui apporte pas mal de confusions. Le zapping m’a vraiment fait mal aux yeux !

J’ai beaucoup aimé le « In extenso » qui propose de suivre l’évolution de la « vie » d’un billet, ainsi que le zoning du sommaire extrêmement efficace et clair. Les deux parties droite et gauche de deux couleurs, le patchwork de photos au centre, et le dossier mis en exergue. Vraiment bien vu. Les polices par contre ne sont pas d’une lisibilité à toute épreuve, mais je chipote.

Bref ! (Ouai je sais c’est facile de dire ça après mon gros dégueulis verbal de trois kilomètres !) Netizen c’est très encourageant. Voilà un magazine intéressant et intelligent, qui n’a pas l’impudence de se poser en grand arbitre de la blogosphère, mais plutôt en curieux chroniqueur. Il faut aussi les laisser s’améliorer, trouver leurs marques et leurs annonceurs. J’achèterai le No2 avec plaisir pour justement voir un peu comment les choses se décantent.

Et sinon le Sébastien de The French Podclass (pssst c’est lui le mec de la page 69), c’est possible d’avoir son numéro ? Ah mais il avait commenté chez moi en plus quand j’avais parlé de son podcast… rhalalalala (ouai bon il habite un peu en Californie !).

Netizen - 1er numéro

Exposage John Lennon - unfinished music

Classé dans: Exposage — @ 17:10:50

Pour ma première visite à la Cité de la Musique, j’ai visité cette sympathique exposition dédiée au chanteur des Beatles à lunettes rondes. Une exposition en forme de complète rétrospective et en deux parties bien distinctes. Il y a évidemment l’avant et l’après rencontre avec Yoko Ono, et la scission est aussi bien marquée dans le fond que dans la forme, avec les deux moitiés sur deux étages.

La première série de salles est donc consacrée à la jeunesse de Lennon, à la naissance des Beatles et leurs succès planétaire. On est à la Cité de la Musique donc on peut écouter pas mal de morceaux ou d’interviews du chanteur, mais aussi voir des clips et diverses vidéos. L’intérêt réside essentiellement dans le rappel historique et politique qui met en parallèle l’éclosion du groupe avec des événements de l’époque. Sinon on a là une jolie démonstration de « fan-art » de base avec les bulletins d’école du petit John ou ses dessins de gamin. Plus tard, on a droit aux instruments originaux, et à l’incroyable merchandising estampillé des quatre garçons dans le vent. A la fin, on a aussi la reconstitution d’un studio d’Abbey avec les outils d’enregistrement de l’époque.

Cette partie est distrayante mais finalement peu intéressante. Disons que c’est plaisant de voir tous ces objets, mais cela manque un peu de recul, d’explications ou de contexte. On a envie de dire « so what ? », et pourtant je suis un gros fan des Beatles (les béate-laisses comme dirait Madame Labutte). On sent une approche un peu trop hagiographique pour moi, il ne faut froisser personne mais du coup on élude certainement des choses intéressantes.

La seconde partie est très intense et m’a beaucoup plus aiguillonné. Cela démarre de la rencontre avec Yoko Ono en 1966, et de toutes les transformations que John Lennon vit pendant cette période, jusqu’à son assassinat en 1980. Comme l’expo est constituée par les fonds de Yoko Ono, on comprend aussi pourquoi on a là beaucoup plus d’éléments et d’explications (plus d’intérêts finalement !) et par la même peu de critiques.

Il n’en reste pas moins que le travail de cette artiste contemporaine japonaise (John Lennon la rencontre alors qu’elle expose à Londres) m’a beaucoup plu. On comprend aussi mieux son esprit fantasque ou retors, et on perçoit aussi la manière dont Lennon a du se séparer des Beatles, avec une incompatibilité qui a du aller grandissante. Et puis, il y a la fin des années 60 et le début des années 70 qui fourmillent de références politiques et sociales : mai 68, la guerre du Vietnam, les mouvements pacifistes, féministes, blacks, etc. Lennon et Ono multiplient alors les expériences artistiques et les happenings (ils reçoivent des journalistes dans un lit à Montréal, dont ils ne bougent pas pendant une semaine, un Bed-in) pour prôner la paix, et aussi en chansons. Ils s’essaient aussi à de surprenantes expériences cinématographiques, dont le film « Rape » qui est vraiment excellent. Il faut dire que j’étais particulièrement bien accompagné, et que c’était pédagogiquement très stimulant.

Donc au final, j’ai aimé me replonger dans cette ambiance musicale, et traverser ainsi les âges avec l’histoire de Lennon. Mais cela manquait un peu de piment et de fond. Même d’un point de vue musical, j’aurais aimé en savoir un peu plus. Quelle empreinte Lennon a-t-il laissé dans l’histoire de la musique ? Quid de l’importance des Beatles, et de lui dans les Beatles ? Dommage donc d’avoir juste monté une expo encomiastique à souhait, et du coup un peu frustrante sur les bords.

John Lennon - Unfinished music

Samedi 28 Janvier 2006

Exposage Paris dans l’oeil de Willy Ronis

Classé dans: Exposage — @ 12:47:39

Quelques quinze ans d’écart avec Jacques-Henri Lartigue dont j’avais adoré la rétrospective il y a deux ans et demi, Willy Ronis (né en 1910 à Paris) est aussi un photographe du quotidien. Un photographe « humaniste » comme on l’appellera, et un photographe passionné qui a commencé très tôt. Dès 1926, l’adolescent se met à mitrailler, et cette exposition démarre par ses souvenirs de vacances pour couvrir 75 ans de carrière.

Une carrière pas toujours brillante puisque cet artiste a eu des hauts et des bas, des moments de célébrité, de vaches maigres et de redécouverte comme ces dernières années. Cette rétrospective est une extraordinaire occasion de faire connaissance avec l’œuvre prolifique de cet amoureux de Paris. Il a photographié pas mal de quartiers sous toutes leurs coutures, et les parisiens des années 30 à aujourd’hui, dans leurs métiers, leurs logis, leurs loisirs. Il les a figés dans la joie, la peine ou l’intimité. Ajoutez à cela un « œil » incroyable qui saisit non seulement les moments sur le vif, mais cadre à la perfection en composant des tableaux à l’émotion intacte 60 ans plus tard. Un noir et blanc poétique et romanesque, des scènes de rues banales et quotidiennes, des moments fugaces qui sont ainsi magnifiés et transcendés sur la péloche de l’artiste.

L’exposition raconte la vie de l’homme à travers ses photos et différentes ères de son histoire. Les souvenirs de vacances, les débuts de photographe de reportage (plutôt très à gauche), l’exode de la seconde guerre mondiale, le retour à Paris et la période contemporaine. Ces photos m’ont durablement marquées par la manière dont Willy Ronis saisit l’émotion. Il se dégage de ces clichés une force surhumaine, des sentiments qui éclaboussent et remplissent autant les mirettes que le cœur. On y trouve des photographies qui exploitent autant la beauté formelle d’un corps, ou d’un paysage, d’un quartier de Paris, ou celle plus intime et métaphorique d’un sourire et d’une attitude d’enfant, du geste complice entre deux amants, de l’attitude charismatique et combattante d’une femme syndicaliste au milieu des grévistes, etc.

En outre, Willy Ronis a habité boulevard Richard Lenoir, et a arpenté les rues de Belleville et Ménilmontant, donc je suis forcément assez sensible de la manière dont il a appréhendé mon quartier d’adoption. Au détour d’une photo, il y a même une vue de ma rue, et de l’immeuble qui jouxte le mien, immortelle image de 1938. Ce qui est rassurant dans tout cela c’est aussi de constater que Paris est toujours aussi belle. En effet, les photographies contemporaines de Ronis sont toujours aussi impressionnantes et chargées d’affects. Certes les bagnoles occupent l’espace et la modernité marque de son empreinte l’environnement, mais il réussit encore à capter toute la magie de la ville et sa singulière essence. Les photos du RER des Halles ou du centre Pompidou sont à cet égard de probants exemples.

Un film documentaire vient donner l’opportunité de voir et d’écouter ce photographe de 95 ans nous expliquer lui-même son travail, son cheminement, ses motivations et des anecdotes géniales sur ses photos.

Allez-y ! En plus c’est gratuit, et c’est un 38 tonnes d’émotions pures qui vous passe sur le corps.

NB : Ce site d’un pote vend des retirages originaux de photos argentiques, dont certaines photos de Willy Ronis. Je bave, je bave…

Paris dans l\'oeil de Willy Ronis

Vendredi 27 Janvier 2006

» “La politique, c’est le show-business des moches” (Jay Leno) [source : anyhow] (1)

» De mieux en mieux. On savait déjà qu’Edwige Antier avait le bouquin “Jean a deux mamans” dans le colimateur, mais Laurence nous rapporte cet inquiétant paralèlle : “Imaginez que des homosexuels voient leur enfant choisir un livre nazi dans une bibliothèque jeunesse ! Vous trouveriez cela normal ?”. Lire aussi les précieux commentaires qui complètent bien le post. (14)

Matage Outside Coup de fil à Bollywood

Classé dans: Matage, Outside — @ 00:59:03

A chaque fois qu’on appelle notre contact indien avec mon boss, on se regarde et on se promet de rester sérieux. Mais à chaque fois on doit se mettre sur « secret » pour se marrer. C’est surtout quand il nous sort une longue tirade complexe avec des tas de sons bizarres et d’accentuations qui nous échappent, alors on se jette un coup d’œil interrogateur genre : « T’as compris toi ? ». Et un petit signe de négation en dodelinant de la tête est en général annonciateur d’une rigolade. Du coup, on lui demande de répéter, et on met trois plombes à communiquer.

Je pense que vous devez connaître ce site et cette si réaliste entreprise qu’est Brother & Brother. Tous les consultants ou grossebouatistes qui sont dans la salle ne peuvent qu’y trouver de fantastiques ressemblances avec des situations et/ou personnages ayant existé.

Eh bien ça, c’est exactement moi et mon boss en « confcall » avec lui. :mrgreen:


Jeudi 26 Janvier 2006

Ecoutage Hallelujah

Classé dans: Ecoutage — @ 01:12:28

Une des plus belles chansons de l’univers connu… Pour lui qui ne le saura jamais, et c’est tant mieux.



Jeff Buckley - Hallelujah

Mercredi 25 Janvier 2006

Matooyage Histoire scrabbleuse

Classé dans: Matooyage — @ 17:56:19

Vraiment ces hétéros… pfff.

Ce midi à la cantoche, on discute avec mon collègue Olivier. Ce dernier s’est dégoté une pine-co sur meetic qui s’appelle S. Je lui demande classiquement ce qu’il compte faire de sa soirée.

« Bah je vois S., on va jouer au scrabble et puis regarder un film certainement. »

Et là je ne comprends rien et je lance naïvement : « Oooh c’est cool ça, j’adore le scrabble, mais y’a jamais personne pour jouer avec moi. C’est sympa ça que vous jouiez au scrabble ensemble. ». Pensant certainement que je plaisantais, il se contente de m’adresser un rictus ironique et complice. Du coup j’enchaîne : « Mais ouai c’est vrai, la dernière fois que j’ai joué au scrabble, c’était avec la grand-mère de M. en Bretagne ! J’ai jamais rencontré un mec qui voulait jouer au scrabble avec moi ! ».

Et là… humm… je comprends. Il ne parlait pas vraiment de scrabble… il évoquait plutôt le fait qu’il allait certainement la sauter. Ironie, dérision, humour, tout ça, tout ça ! Et moi, je me suis senti tout bête sur le coup. J’étais vraiment sérieux moi pour une fois !! Pour une fois que je ne faisais aucun sous-entendu scabreux, pas de grivoiseries anales ou gauloiseries péniennes habituelles, pas de mes gaudrioles ou digressions sexuelles, qui font parfois s’arrêter de manger mes collègues (ou plutôt nos voisins de tables, moins habitués les pauvres).

Bon alors, ça dit à quelqu’un une petite partie de scrabble ? :mrgreen:

Cinéphage Lord of War

Classé dans: Cinéphage — @ 16:23:33

Voilà un film bien singulier et au discours « coup de poing » qui continue de résonner (raisonner ?) bien après son générique de fin. Assurément un bon film tant son sujet est passionnant, ses acteurs plutôt bons, et ce, malgré une mise en scène relativement banale. Nicolas Cage incarne brillamment ce new-yorkais, fils d’immigrés ukrainiens, qui s’imposent en quelques années comme un marchand d’armes international riche et influent.

J’ai un peu été dérouté par la manière dont la narration s’articule. En effet, il s’agit du récit circonstancié de la vie de cet homme hors du commun, et qui en est aussi le narrateur. Ainsi le film est raconté par la voix-off de Nicolas Cage, et au début on pourrait croire à une sorte de prologue. Mais cela ne prend pas fin, et jusqu’au bout on suit des bouts d’existence de ce personnage, d’années en années, de conflits en conflits, jusqu’au son ironique et cynique dénouement. Cette méthode est efficacement menée et appliquée, mais elle confère au film une linéarité et un rythme un peu lénifiant. Je m’attendais vraiment à ce que l’on raconte toute une série d’épisodes passés pour ensuite arriver à aujourd’hui. Mais ce n’est pas trop gênant non plus, car certains de ces épisodes sont plus élaborés que d’autres, et ils s’équilibrent correctement entre vie familiale, professionnelle etc.

On suit donc l’existence de Nicolas Cage, de son frère qui l’accompagne dans ses premières négociations (magnifique Jared Leto), d’Ethan Hawke qui cherche à les arrêter pour Interpol, et des péripéties ou autres singularités qui pavent le chemin de ce type. Le film décrit la manière dont les ventes d’armes se font, et la politique internationale, officielle et officieuse, qui régit cela. Cette œuvre n’est alors qu’un pur libelle qui ne fait que montrer la réalité, et c’est suffisant ! Sans même trop en rajouter, on se sent face à un cynisme paroxystique dont l’efficacité est redoutable.

Il faut voir ce VRP de la kalachnikov passer de guerres en guerres pour vendre ses joujoux. La chute de l’URSS lui procure de nouvelles réserves intarissables d’armes en tout genre. Et le pire évidemment est du côté de l’Afrique où l’on revoit la succession sans fin (encore aujourd’hui) des juntes militaires, démocraties fantoches et autres dictateurs sanguinaires qui sont des clients respectés de nos pays riches et civilisés.

Bref, à travers cette biographie fictive, mais bien patente et crédible, d’un marchand d’armes, on « découvre » l’ampleur de ce système hypocrite. Le film comporte aussi son petit volet romanesque et familial, et quelques ressorts hollywoodiens, mais personnellement je les trouve gommés par la composante politique. En complément du « Cauchemar de Darwin » ou même de mes propres « préoccupations », cette œuvre est un important témoignage de nos pratiques actuelles. Evidemment, cette vision est pessimiste au possible, mais c’est malheureusement la réalité de la situation qui veut cela.

Lord of war

Mardi 24 Janvier 2006

Cinéphage Un ticket pour l’espace

Classé dans: Cinéphage — @ 19:28:16

Au moins, ça va être rapide !

Autant j’avais été client pour « Mais qui a tué Paméla Rose ? » qui m’avait vraiment fait mourir de rire à plusieurs reprises, autant là ça frise le navet.

Kad et Olivier ont perdu de leur verve, de leur humour débile et ras les pâquerettes, de leur énergie nihiliste et flegmatique (si si) qui me parlait tant. Et du coup, ça se veut presque être un film avec un scénario… ce que ce n’est véritablement pas.

C’est honteux d’avoir pondu un truc pareil avec les bons comédiens (Marina Foïs quand même !!), de bonnes idées de base, et quelques grosses blagues bien lourdes, chemins vicinaux dans lesquels on aurait adorer s’engouffrer (le thème breton est absolument génial et sous-utilisé). Il ne reste pas grand-chose sinon une intrigue poussive et une histoire qui ahane à mesure que le temps s’écoule. On attend les quelques saynètes drolatiques, dont l’humour retombe aussi vite qu’elles se mettent en place.

Bref, ça m’a fait l’effet d’un gros pétard mouillé.

Dommage, dommage, dommage.

Un ticket pour l\'espace

Matooyage Christine Haas, c’est pas une connasse !

Classé dans: Matooyage — @ 00:29:21

Cela fait des années qu’on l’entend sur les ondes de différentes radios. Je me souviens l’avoir écoutée à maintes reprises sur CherieFM le soir, il y a pas mal d’années, à l’époque où ils diffusaient des disques à la demande. Christine elle jouait les astropsys. Elle était adorable dans son rôle de douce pythie, Macha mâtinée de Madame Soleil. Le matin aussi, j’écoutais le matin l’horoscope au chaud dans mon lit, et j’ai toujours bien aimé ses prédictions.

Je ne me fie pas du tout à l’astrologie, qui est un truc auquel je ne crois absolument pas. Mais globalement influencé par des années d’intoxication, de temps en temps je fais quelques rapprochements de signes zodiacaux. Par exemple, je me rends compte d’une vraie connivence avec mes camarades gémeaux, ainsi qu’une capacité de communication supérieure à la norme (attention à la confusion des sentiments…). Ou bien j’ai aussi clairement situé mes meilleurs coups du côté des Scorpions ainsi que des relations aussi notables que hautes en couleurs, pas mal d’échecs et de problèmes de sensibilités discordantes avec les Poissons ! Et ce qui est drôle c’est que j’ai aussi remarqué complètement le contraire avec les mêmes signes. Donc c’est nul à chier. CQFD.

Mais Christine, elle est fortiche. En plus, elle s’exprime toujours avec une belle sensibilité et une voix rassurante, et elle touche souvent juste. Mais bon, elle ne peut pas avoir bon pour moi, et pour tous les autres gémeaux et… gémelles ( :mrgreen:) de la Teeeeeeeerre entièèèèèèèèère !!! Donc j’ai décidé qu’elle ne parlait que pour moi. En tout cas, principalement. Et en optant pour cette hypothèse, que Christine Haas concentre son énergie psychique et divinatoire vers moi par le plus grand des hasards, les choses sont tout de suite beaucoup plus claires… Mais bon ça doit faire deux ou trois ans que je ne l’ai pas entendue !

Pour Noël, ma môman me fait toujours un petit cadeau supplémentaire dont je ne me doute pas. Une petite bricole qui est une vraie surprise. Cette fois-ci, pour se foutre de moi et de mon admiration Haasienne (oui ma mère sait beaucoup de choses), elle m’a acheté un éphéméride avec tous les jours une prédiction de Christine, ma copine qui devine. Donc j’ai laissé au boulot mon petit bloc avec ma petite feuille, à consulter et mettre à la poubelle tous les matins.

Généralement, je lis le lendemain la prédiction de la veille, car je ne suis pas très assidu. Mais en fin de semaine, j’avais lu avec stupéfaction la prévision, alors que j’avais un week-end très chargé que je comptais saborder.

Horoscope de vendredi dernier

Et encore plus ce matin, lorsque j’ai découvert celui de samedi et dimanche.

Horoscope de samedi et dimanche dernier

Alors, je vous le dis en conclusion comme en introduction : Christine Haas, c’est pas une connasse.

Lundi 23 Janvier 2006

» Garfieldd n’est pas sorti de l’auberge. Il a certes été reconnu que la révocation avait été accordée à la va-vite, et on peut raisonnablement penser qu’il aura une sanction mieux pondérée. Mais son cas sera jugé dans quelques mois, et en attendant il n’est pas rétabli dans ses fonctions, et ne reçoit plus d’émolument de l’état. Je serais bien dans la merde moi avec mes deux balles d’économie pour tenir même quelques mois sans salaire. C’est hallucinant qu’ayant reconsidéré cette décision, son application ne soit pas aussi repoussée. En attendant, la vigilance est de mise. Et c’est là que ça se passe. (1)

Boukinage La petite fille de Monsieur Linh

Classé dans: Boukinage — @ 19:09:21

Ce roman est un drôle de challenge pour son auteur : Philippe Claudel. En effet, il s’agit de l’après « Les âmes grises », un bouquin qui a raflé maints prix et est un grand succès de librairie (en plus d’un film). Comme je n’ai lu ni ce bouquin, ni vu le film, au moins je pars vierge de toute comparaison. Et j’ai certainement bien fait, car ce livre n’est rattaché en rien à ce qui lui a précédé.

Monsieur Linh vient d’arriver sur une terre étrangère, certainement la France. Il arrive d’un long voyage en bateau de son pays d’origine, peut-être le Vietnam. Il est si vieux qu’il ne connaît même pas son âge ou son année de naissance. Tout ce qu’il a, et la raison pour laquelle il est là, c’est sa petite-fille d’une dizaine de mois, Sang Diû (« Matin doux »), dont les parents sont morts. Tout le monde est mort, donc il est parti avec elle.

Il est recueilli dans une espèce de centre pour réfugiés, il est collé là avec deux familles du même pays que lui. Il ne parle pas. Il est très taciturne et pense avant tout à sa petite fille. Il ne comprend pas la langue et le pays dans lequel il vient de débarquer. Les odeurs, le décor, les gens, les manières, tout lui est étranger. Il a très peur qu’on lui vole son enfant, ou qu’on le sépare de sa petite fille, donc il la veille constamment. Peu à peu, il sort du centre, et s’assoie dans un parc. Là il rencontre un veuf qui est un peu dépressif. Les deux hommes ne parlent pas la même langue, mais ils communiquent. Ils échangent beaucoup de choses non verbales. Les seuls mots qu’ils connaissent dans la langue de l’autre sont « bonjour », donc ils utilisent ce vocable unique pour tout.

Ce livre est très singulier, dans le fond comme dans la forme. Il est écrit de manière très simple et candide. Il pourrait presque raconter un conte pour gamins ou bien une fable. Et dans le sujet aussi, il prend pour héros un homme dont l’âge et la situation font qu’il ne se passe finalement pas grand-chose. Et pourtant, un charme fou se dégage de ces pages. Il arrive à suggérer mille évocations en fouillant dans la mémoire de ses personnages, il raconte peu de choses mais dont les échos et les conséquences ont de multiples retentissements dans l’esprit du lecteur.

L’auteur raconte donc les affres de la guerre et de la séparation forcée des peuples, de l’émigration vécue comme une sourde déchirure pour les personnes les plus âgées et fragilisées. Il fait comprendre avec beaucoup de talent la difficulté de l’incommunicabilité, non seulement linguistique mais aussi culturelle. Et du coup, il rappelle aussi par quelques scènes bouleversantes, l’universalité de certains sentiments, de la chaleur d’une main sur une épaule ou d’un sourire sincère. On ressent donc avec encore plus de force et d’émotion la manière dont Monsieur Linh tente de rétablir la communication avec ce Monsieur Bark, le seul être qui paraît « humain » dans cette jungle sans âme.

Un livre dont la simplicité des phrases a le tranchant d’un couteau bien aiguisé, et touche ainsi avec beaucoup de sincérité. Une écriture limpide qui sert à merveille cette fable des temps modernes dont la morale est le reflet d’une dure mais ineffable réalité.

Philippe Claudel - La petite fille de Monsieur Linh

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