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Les monades urbaines (Robert Silverberg)

Publié le Dimanche 17 Septembre 2006 - 18:46
Catégorie: Boukinage

Robert Silverberg est un des mes auteurs de SF préférés, un de ceux avec lesquels je « voyage » le plus lorsque je le lis. J’avais déjà parlé du « Chemin de l’espace » qui est un de ceux que j’aime beaucoup. « Les monades urbaines » date de 1971, et il est une vision futuriste de l’humanité assez originale, et surtout passionnante à découvrir 35 ans après sa publication. En effet, on a rapidement l’impression qu’il a essayé de prolonger les bouleversements sociaux et politiques de son époque pour imaginer un monde futur qui ne serait que la résultante des émancipations de la fin des années 60.

Ainsi les monades sont de gigantesque gratte-ciels de 1000 étages qui accueillent plus de 800 000 personnes. Ces gens vivent enfermés et en autarcie dans ces bâtiments, dans lesquels une véritable mini-civilisation se développe. La base de cette société futuriste est la procréation et la liberté sexuelle, une liberté qui permet de supprimer la violence et les tensions sociales, et qui rend absconses les notions d’envie ou de jalousie. Ainsi les gens sont encouragés à avoir le plus d’enfants possibles et le plus tôt possible, et tous les soirs chacun peut avoir des rapports sexuels avec qui il a envie (homo, hétéro, endogame…). Du coup la Terre est peuplée de 75 milliards d’individus, et la natalité grimpe encore en flèche. Les monades permettent de ne pas occuper beaucoup de surface, et l’ensemble du territoire ne sert que de réserves agricoles pour nourrir cette gigantesque population. Les peuples des monades et les peuples agricoles ne se fréquentent pas, et ne sont liés que par cette dépendance « économique ».

Les personnes qui dérogent aux règles sociales peuvent être rééduquées par des ingénieurs spécialisés (et donc ça ressemble plutôt à de la programmation ou lobotomie !), et lorsque quelqu’un devient vraiment « anomo », il est simplement jeter dans un incinérateur et contribue ainsi à l’énergie de la monade. L’auteur décrit ainsi une société urbaine à son développement ultime, tout en se basant sur des idéaux hippies de vie en communautés, avec une grande promiscuité et une liberté sexuelle sans borne. Mais comme d’habitude, on se rend rapidement compte qu’il s’agit d’un véritable totalitarisme qui est orchestré avec une froideur chirurgicale. On voit aussi les différents niveaux sociaux de la monade qui sont loin d’être homogènes. Chaque étage a le nom d’une ancienne ville, et correspond à une sorte de « caste », les plus pauvres étant en bas, et la classe dirigeante au sommet du building (évidemment !).

Le bouquin présente juste les fêlures de cette société à travers des anecdotes mettant en scène des personnages plus ou moins liés les uns aux autres. A la manière d’un « Short cuts », on découvre quelques épisodes de la vie de certains habitants de la « Monade 116 ». Il y a les Holston qui ont quinze ans et n’ont pas d’enfant, ils risquent donc d’être expatriés vers une nouvelle colonie. Ou bien Siegmund Kluver qui a déjà deux enfants à quatorze ans, et qui est pressenti pour faire partie de la classe dirigeante de la monade, mais qui a des doutes sur son mode de vie. Jason et Micaela Quevedo qui se découvrent atteints des maux du passé comme la jalousie ou la colère. Et le frère jumeau de Micaela, Micael Statler, qui n’a qu’une envie : visiter les terres agricoles, etc.

Il s’agit vraiment d’un des très bons ouvrages de Silverberg à mon avis. Il décrit une société qui est à la fois très familière dans ses valeurs, et en même temps avec une inversion assez drôle et surprenante des moeurs. Cette liberté sexuelle débridée a de quoi surprendre lorsqu’elle est ainsi édictée en règle absolue, et qu’on la transgresse en faisant preuve de pudeur ou en refusant un rapport intime. Du coup, le bouquin aborde des questions très intéressantes d’un point de vue social et « moral ».

Les monades urbaines - Robert Silverberg

6 commentaires pour l'article Les monades urbaines (Robert Silverberg)

  1. theriaque a dit :

    Le 17 Septembre 2006 - 20 h 30 min

    (commentaire à supprimer, hein…)

    cette histoire a l’air très intéressante. si tu aimes ces genres (désolé je n’ai pas lu tout ton blog), il existe une collection d’anthologies de nouvelles SF chez J’ai Lu, chaque bouquin étant intitulé “Histoires…” de qqch, un peu comme les Hitchcok policiers ; malheureusement ils sont un peu vieux et je n’ai pas pu les trouver dans le commerce… j’en cherche notamment un, “Histoires écologiques”, où l’une des nouvelles parle d’une gigantesque tour où une population a été enfermée pour qq générations (approvisionnée en nourriture et en eau mais coupée du reste du monde), je suis prêt à y mettre le prix :lol:
    ton post contient de nombreuses coquilles, que je peux te signaler… je me permets de le remarquer car apparemment ce blog est une référence et très fréquenté (cf. post sur la soirée werber) :boulet:

  2. Cre a dit :

    Le 18 Septembre 2006 - 14 h 29 min

    J. G. Ballard a écrit à la même époque un bouquin de SF sur un sujet proche : I.G.H. (Immeuble de Grande Hauteur). Pas lu, et je ne sais pas si c’est toujours disponible…

  3. tigger a dit :

    Le 18 Septembre 2006 - 20 h 22 min

    lu, lu et relu, décidément entre k. dick et silverberg j’aime vraiment ton gout pour la sf seventies

  4. Alice a dit :

    Le 18 Septembre 2006 - 20 h 35 min

    >thériaque : il y en a trois à vendre sur abebooks.fr.

  5. Wawacha a dit :

    Le 20 Septembre 2006 - 16 h 44 min

    C’est vraiment un bon livre… Je te conseille aussi la description de la ruche de Thomas J. Bassler, qui se rapproche des “monades urbaines” par sa course à la population (“croissez et multipliez-vous”) et son aspect scientifique, médical. Bassler étant un médecin, il pousse plus loin que Silverberg l’aspect mécanique et inhumain dans son monde. Deux titres: “Humanité et demie”, et “Le Dieu Baleine”.

  6. cray1 a dit :

    Le 25 Septembre 2006 - 10 h 29 min

    “le livre des crânes ” ,qui n’a rien à voir avec les monades urbaines, reste aussi un joli souvenir de lecture du même auteur – note en passant d’un découvreur de blogs et merci donc pour l’intérêt du tien…

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