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Alabama Song

Publié le Jeudi 26 Juillet 2007 - 22:13
Catégorie: Boukinage

Voilà un roman de Gilles Leroy que vous ne pourrez découvrir que fin août, mais que moi, grand privilégié, je viens de terminer. Je raconte souvent que les romans de cet auteur ont une veine américaine peu commune, dans le style, les intrigues ou même certains dialogues, et là c’est encore plus le cas. Il faut dire qu’il s’agit aussi d’un roman au thème tout singulier, puisque l’héroïne en est Zelda Fitzgerald, la femme de l’écrivain Francis Scott Fitzgerald. C’est pourtant bien un roman, et pas une biographie (l’auteur s’en défend largement), qui explore la personnalité de cette femme hors du commun, et sa destinée tragique.

Le roman américain de Gilles Leroy déroge donc pas mal à ce que j’avais lu de lui avant, mais on y retrouve par contre son indéfectible plume, ses qualités littéraires qui me font toujours jubiler, et son grand talent pour pénétrer l’âme humaine, pour prendre la voix de Zelda, et nous exprimer ses sentiments avec une troublante authenticité. On sent que l’auteur s’est bien imprégné de son héroïne, et qu’il endosse ce rôle avec une passion communicative.

Nous suivons en peu de pages finalement (189) la vie de Zelda (1900-1948), de son adolescence et sa rencontre avec Scott, et leurs vies pleines d’excès, de fêtes, d’alcool, et de turpitudes. Zelda était aussi une artiste, notamment une auteure douée, mais aussi danseuse et peintre. Elle n’a jamais pu s’affirmer aux côtés de son écrivain de mari qui l’a étouffée, mise de côté, qui lui a volé ses écrits et l’a internée à plusieurs reprises. Zelda fut diagnostiquée schizophrène, et il est toujours difficile de juger ce genre de choses, surtout à une époque où le chef de famille était au-dessus de tout soupçon (et une « star » fortunée), et avec une personnalité aussi « artiste ». En tout cas, on comprend bien que la bohème a été pleinement vécue par le couple, dans le Paris des années 20 notamment (on évoque d’ailleurs Kiki de Montparnasse), qui a sombré dans l’alcool et les dettes.

Le roman a cette liberté de nous faire rentrer dans l’esprit de la jeune femme, tout en suivant de grandes lignes biographiques, et de mieux nous faire comprendre qui elle était. Cette fille de juge, une « Southern Belle » qui faisait tourner toutes les têtes, opte pour un jeune homme modeste mais à l’ambition ravageuse, il lui promet qu’il deviendra bientôt un grand écrivain. Et c’est bien ce qui arrive pour Scott Fitzgerald, même s’il ne connaîtra pas toujours le succès pour des oeuvres, qui sont aujourd’hui considérées comme des chefs-d’oeuvre.

Rapidement, le couple se déchire, et se trompe sans vergogne. Zelda vit son grand amour avec un aviateur français, tandis que Scott sombre un peu plus dans l’alcoolisme. Il la fera interner (à plusieurs reprises, toujours dans des institutions onéreuses), et ce n’est que le début d’une relation qui les consumera peu à peu. Gilles Leroy nous fait revivre avec énormément de réalisme, à la fois l’époque « Jazz » des années 20, mais surtout le ressenti de son personnage, son évolution psychologique, sentimentale et affective. On sent poindre ses déséquilibres mentaux, et on vit avec elle la passion amoureuse, comme la folie destructrice ou cet étrange amour (mais bien réel) qu’elle a pour son mari. Le livre est remarquable à cet égard, car il nous fait voir, écouter, sentir, et ressentir comme il a imaginé que Zelda avait pu le faire.

Finalement, ma petite déception vient de la brièveté du roman. J’aurais, encore une fois, voulu passer un peu plus de temps avec Zelda. Mais cette concision reflète aussi cette vie mangée par tous les bouts, et qui a été rongée par la passion. Le rythme syncopé des phrases, son alternance de chapitres qui racontent la vie Zelda chronologiquement ou de sa chambre d’hôpital (juste avant la fin) avec le recul des années, les récits comme les dialogues, distillent une musique aux relents de jazz et aux couleurs de l’Alabama.

A la toute fin, Gilles Leroy s’explique sur le pourquoi de ce choix… pourquoi Zelda. Et cette révélation est aussi un point capital du livre, on comprend mieux l’écriture et l’affect qu’il a lui-même insufflé en sa narration. C’est un très beau roman, captivant dans le fond, comme dans la forme.

Alabama Song - Gilles Leroy

7 commentaires pour l'article Alabama Song

  1. toli a dit :

    Le 26 Juillet 2007 - 22 h 50 min

    rhooo là là, quel privilégié celui-là ;)

  2. Psykokwak a dit :

    Le 26 Juillet 2007 - 22 h 59 min

    Aurais tu des accointances avec l’auteur ?;-) pour disposer avant tout le monde de son roman.
    Voilà la rentrée littéraire qui arrive.

  3. Matoo a dit :

    Le 26 Juillet 2007 - 23 h 12 min

    Oui, il me l’a fait parvenir “himself”. ;-)

  4. vinsh a dit :

    Le 27 Juillet 2007 - 17 h 22 min

    Et voila, encore un bouquin su ma liste! Comment fais-tu pour lire autant?! Et pour donner ainsi envie de découvrir ce qui t’a plu? Je me demande bien ce que tu veux dire par “pourquoi Zelda”… Je crois que c’est ça qui va me faire acheter le livre…

  5. Diabolito a dit :

    Le 28 Juillet 2007 - 18 h 15 min

    Je ne sais pas si je vais demander à le critiquer… J’ai adoré ‘Champsecret’ et ‘L’amant russe’, mais détesté ‘Grandir’. Et comme j’aime l’auteur, sa plume, j’ai pas envie de lui faire une mauvaise critique !

  6. Monc a dit :

    Le 17 Septembre 2007 - 14 h 48 min

    c’est grâce à toi que j’ai lu ce bouquin! Un grand merci!
    arrivé sur ton blog aprés des recherches sur “courir avec des ciseaux” que j’avais adoré!!
    toujours à l’affut de bons conseils…

  7. fbmarin a dit :

    Le 16 Décembre 2007 - 12 h 00 min

    Ahhh le Goncourt !?!? surtout après « Les bienveillantes »
    Et Gilles Leroy, aucun souvenir d’avoir lu ou envie de lire quoi que ce soit de lui.
    Et Zelda et Scott Fitzgerald, les derniers romantiques, on a l’impression de tout connaître. Donc je n’ai pas choisi de le lire : on me l’a offert.
    Bonne surprise, c’est un ‘vrai’ Goncourt : une héroïne fantasque, attachante et dont on ressent la beauté et l’amour de tout dans la vie, une vie magnifique et brisée, de l’ambiance, des jolis mots, des mots durs et des mots doux. Ne boudez pas ce Goncourt, il mérite cet honneur.
    Sauf peut être la toute dernière page, où l’auteur se met en scène de façon incongrue… un artifice qui oblige à une relecture mentale mais pas agréable du roman. Pas de doute, le personnage a existé, mais ce qui est raconté là est avant tout une création et il ya des miettes de paradis autant que des cendres d’enfer dans ce bouquin.
    Posté sur http://lesbouquinsdemaman.free.fr/dotclear/

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