29 articles pour le mois de Mars 2008

  • Boukinage
King Kong Théorie

Publié le Lundi 31 Mars 2008 - 23:31
Catégorie: Boukinage

Le 24 octobre 2006 je disais “Je vais le lire”, et Juju répondait “Je suis impatient de lire ta critique.”. Ouai bon, okééééé, on est juste un an et demi plus tard. Mais quand je retiens que je dois lire un bouquin, il finit toujours par tomber dans mon escarcelle.

J’ai toujours eu un faible pour Virginie Despentes, et ce bouquin me rend carrément amoureux d’elle. J’aimais son ton si libre et émancipé, même si ses oeuvres ne sont pas forcément ma tasse de thé, mais j’y ai toujours reconnu beaucoup de talent. Et j’aimais son mythique blog évidemment !! Et puis Virginie Despentes c’est aussi la traductrice de Poppy Z. Brite ou bien l’auteure d’une des plus belles chansons de Placebo : « Protège-moi ».


Protège-moi – Placebo

Ce livre est une gigantesque claque dans la gueule, et ça fait du bien de lire autant de choses si vraies et bien écrites, ce point de vue tranché et argumenté, ce cri punk qui est en fait d’une finesse redoutable. Et quels sujets… Virginie Despentes y parle de la prostitution, de la pornographie et globalement du féminisme. Elle se sert de ses propres expériences, de jeunesse qui ont vu le viol ou bien les galères qui iront jusqu’à la prostitution occasionnelle, ou même lorsqu’elle est auteure ou bien réalisatrice et qu’elle doit faire face à d’autres embûches et préjugés.

Chaque anecdote est mise en abîme avec une réflexion bien élaborée et étayée, avec son style bien virago qu’elle assume, et en même temps une sensibilité qu’on sent à fleur de peau, puisqu’elle ne s’est finalement jamais autant dévoilée. Ce bouquin fait énormément de bien par sa clairvoyance, et l’évidence de certaines idées, et il déprime aussi allègrement par l’étendue de la tâche qui nous attend, et surtout les femmes… L’auteure descend une à une les idées reçues et les injustices qu’elle dénote sur la prostitution et la pornographie, deux univers où les femmes ne sont pas les mieux loties.

On ne peut pas toujours être d’accord avec elle, mais elle a le mérite de s’exprimer avec son vécu, ses tripes et, encore une fois, un ton criant de vérité et de sincérité. Je crois que ce bouquin mérite vraiment d’être découvert, et je vais m’en faire un prosélyte.

L’avis des copines : Juju, Lionel Labosse, Le chevalier Enguerrand (et 2).

King Kong Théorie - Virginie Despentes

  • Linkage
Le premier son enregistré de l'histoire !

Publié le Lundi 31 Mars 2008 - 23:26
Catégorie: Linkage

Voilà le genre d’information qui retient mon attention, et qui me fait jubiler. Amadis qui transmet l’info a l’air de ressentir un peu la même chose. Il explique comment on vient de reproduire “Au clair de la lune”, sous la forme d’un morceau enregistré grâce à un phonautographe de Édouard-Léon Scott de Martinville, et qui date du 9 avril 1860 !!!!

  • Cinéphage
A bord du Darjeeling Limited

Publié le Dimanche 30 Mars 2008 - 23:24
Catégorie: Cinéphage

Tout a commencé par « La famille Tenenbaum », là on savait qu’on tenait quelque-chose, un vrai ouf à qui on avait donné une caméra et un budget pour tourner un film. C’était drôle, jubilatoire, et en même temps une chronique familiale aussi déjantée que sensible et touchante. En 2005, Wes Anderson nous livre « La vie aquatique ». Ce film est aussi dingue que l’autre, et va même plus loin dans la folie. On y retrouve aussi son attrait des familles aux relations complexes et tortueuses, des relations pères-fils, mères-fils, frères etc.

« A bord du Darjeeling Limited » poursuit l’oeuvre loufoque et profondément poétique de Wes Anderson. Le « Darjeeling Limited » est un train du Rajasthan dans lequel la majeure partie du film se déroule. En effet, Francis (Owen Wilson) convie ses deux frères, Peter (Adrien Brody) et Jack (Jason Schwartzman), à un voyage initiatique et une sorte de quête spirituelle, qui a en fait un autre but, bien plus concret. Ils ont tous été traumatisés par la mort de leur père, et ils vont tenter de dépasser leur chagrin, et de retrouver le sens de la famille…

Le film commence déjà d’une manière assez curieuse… à Paris ! On retrouve Jason Schwartzman, d’abord seul avec son Ipod dans un hôtel parisien, et il est rejoint par la toujours sublime Natalie Portman. On comprend qu’elle est son ex-petite amie, et au moment où se demande comment diable va-t-on atterrir ensuite dans un train au Rajasthan, le film se termine !! Eh oui, ce n’était qu’un court-métrage qui introduisait le personnage de Jack.

On passe ensuite au bon « film », mais on n’a pas plus droit à un scénario classique, donc on essaie de s’accrocher, et on profite du nawak intégral dans lequel Wes Anderson nous plonge. Et c’est rapidement très bon, car la mise en scène est de très grande qualité, que les décors sont superbes, et que c’est une histoire originale, décalée, impossible à cerner, avec des personnages écorchés vifs et tous complètement mabouls. On retrouve aussi Waris Ahluwalia qui jouaient déjà dans « la Vie Aquatique » et qui interprète là le steward de train (Il a la tête du fakir dans Tintin, c’est dingue !!). Et puis au final, ce sont tous les comédiens fétiches du réalisateur qui pointent leur nez, que ce soit Bill Murray ou Anjelica Huston.

« A bord du Darjeeling Limited » est plus que jamais concentré sur les relations familiales, et sur toutes les émotions liées aux rapports fraternels. Même si l’humour et le sourire sont au détour de chaque plan, il y a une véritable et authentique poésie qui se dégage de ces situations incongrues. Wes Anderson y place ses gimmicks, comme en dotant les frangins de trois séries de bagages (Vuitton) assortis, ou bien en donnant à Owen Wilson un bandage qui lui prend tout le visage. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne s’ennuie pas, même si on peut se lasser au bout d’un moment de ne jamais suivre un fil logique un peu plus de trois minutes.

Je me demande si ses films sont diffusés ailleurs qu’à New York et en Europe par contre. Car autant on est dans des moyens, une pléiade de comédiens, et un format plutôt hollywoodiens, autant le scénario est d’un décalage qui doit en rebuter plus d’un. Moi j’aime vraiment bien son style et son talent. Je ne dis pas que c’est le meilleur cinéma qui soit, mais il y a vraiment quelque-chose de riche là-dedans : une « saine folie » qui fait du bien aux méninges.

L’avis des copines : Brice, Kinoo.

A bord du Darjeeling Limited

  • Matooyage
Matoo le bricolo triomphe, et repart en croisade !

Publié le Samedi 29 Mars 2008 - 20:17
Catégorie: Matooyage

Vous vous souvenez peut-être que la dernière fois que j’ai voulu poser une tringle à rideaux devant ma porte, j’ai eu comme un problème…

Eh bien, je suis très fier de vous dire que 4 mois et quelques jours après cette funeste tentative… Après tout un temps de réflexions, de tests, de mesures savantes, d’achats répétés et inutiles, de l’apport intellectuel des meilleurs ingénieurs européens, de l’assistance d’une équipe du CNRS spécialement détachée pour mon épineux cas, ça y est j’ai enfin trouvé !!!!!!

Mon beau et fier rideau de porte !!!

Bon on me l’avait déjà audacieusement conseillé, mais cette merveilleuse invention de la barre de douche adaptable, genre elle s’étend entre deux murs, et hop un coup à gauche elle se coince, m’a permis d’accomplir ce miraculeux exercice de bricolage. Et voilà que ça tient bien, que c’est tout à fait seyant, et que je suis super fort !!! Ouééééé ! :mrgreen:
Maintenant, je dois continuer sur cette lancée, parce qu’il m’est arrivé une tuile ce matin à 6h30. Pfff. Alors que je fuyais la chambre nuptiale où mon chérichou faisait trembler les murs de son ronflement richterien, j’ai déplié mon futon pour y dormir en paix. C’est encore un coup de Frog et Rhino qui l’ont fait boire sans soif à notre karaogay de l’Enchanteur d’hier soir. Il m’a rejoint tout amoureux et imbibé à 6h, et un quart d’heure après il vrombissait comme un B52. Huhuhu.

Et en fermant les volets, histoire de continuer ma nuit en toute quiétude, j’ai du un peu trop tirer sur les rideaux, et paf : je me suis pris ma tringle à rideaux sur la tronche. Aaaah ce n’est pas comme si c’était la première fois. Mais il faut avouer que faire tenir les attaches avec des clous, ce n’est pas une fixation des plus robustes et idoines. Pour que vous compreniez à quel point, il est dangereux de venir dîner chez moi, voilà l’image de l’attache restante.

Attache à rideaux...

Et le mur ravagé qui en est maintenant dépourvu.

mur défoncé... :

Ouai bon je sais, j’ai un peu bousillé le mur AUSSI ! Mais bon, c’est que ce n’est pas facile de clouer des attaches comme çaaaa ! Donc il faut clouer pas mal, et taper pour les plier et tout et tout. D’accooooord, oui j’ai honte, j’ai honte. :mrgreen:
Donc voilà ma future mission « bricolo », je vais acheter de plus gros clous !!! Ou alors je vais clouer directement les rideaux au mur… Ou bien je pourrais peut-être renoncer aux rideaux ? Bref, on verra dans quelques mois, le temps que la situation se décante, et que les ingénieurs du CEA me viennent en aide ! :mrgreen:

  • Ecoutage
  • Matooyage
Loukoum adoré

Publié le Jeudi 27 Mars 2008 - 23:24
Catégorie: Ecoutage, Matooyage

Dans le métro ce soir, s’est assis en face de moi un reubeu. Mais alors un reubeu !!!! Un mec ouf de ouf qu’il était beau à tomber sur les rails électrifiés !! D’ailleurs il devait être métisse, encore un des mélanges béni des dieux, ça devait être un italo-marocain avec une once de tchèque ou quelque-chose comme ça. Bref, la bombe dans toute sa splendeur, dans toute sa beauté, avec un regard adorable en plus, à la fois doux et chaud, avec de longs cils et des yeux d’un noir insondables. Equipé d’une bouche qui esquisse naturellement un sourire, de lèvres légèrement ourlées, il était très masculin, et en même temps pas “rugueux” ou avec un air teubé.

D’ailleurs, la nana à côté de moi pensait comme moi, il suffisait de voir son regard vers le bellâtre. Elle l’aurait épousé sur le champ !! (Alors que moi j’aurais d’abord répudié mon chérichou par sms, je suis un mec correct. Huhu.)

Et voilà que la musique qui trottait dans ma tête enchaîne sur cela :


Princesse Arabe – Claire Diterzi

Naturellement, j’ai instinctivement (c’est pas ma fauuuuute, c’est la musique) inclus mon joli brin de brun dans mon clip intérieur. Moi évidemment, j’étais la princesse arabe, et il m’appelait son Oum Kalsoum, son loukoum adoré. Ah ah ah, j’adooooore ce genre de trip. Du coup, je me marrais comme un con en écoutant ma chanson.

Bref, la rêverie ferroviaire ne me quitte toujours pas. :mrgreen:

  • Matooyage
Des palmiers et des hommes…

Publié le Mercredi 26 Mars 2008 - 21:00
Catégorie: Matooyage

MOUAHAHAHAAHAHAHA !!

Vous vous souvenez certainement que j’ai raconté comment j’ai passé quatre jours à Tozeur, en Tunisie, avec le boulot il y a deux semaines. J’ai notamment évoqué cette mémorable « activité solidaire » qui a consisté à planter des plants de palmier. Allez je me permets même de me citer :

Nous nous sommes rendus dans une palmeraie, où nous avions 70 plants de palmier à planter pour un propriétaire qui avait bien besoin d’un coup de main. A vrai dire, c’est le genre de tourisme, dit « solidaire », que je trouve tout à fait admirable quand ce sont des gens motivés et qui se donnent à fond dans cette activité altruiste et vraiment dépaysante. Et je suis vraiment content que nous ayons acheté 70 plants pour cette personne qui nous a accueillis dans sa palmeraie. Mais là il s’agissait de 70 péquenots européens qui étaient là en dilettante, et qui se marraient en faisant ça avec les pauvres outils locaux. J’ai trouvé que c’était vraiment du foutage de gueule, et encore plus quand notre GO nous galvanisait en disant que c’était un jour spécial pour le mec de la palmeraie, et que cet acte de générosité le marquerait toute sa vie etc. La condescendance des européens n’a pas de limite dans ces cas-là… Et si en plus on y est encouragé !

De temps en temps, un des ouvriers agricoles, pieds nus, prenait la place pour nous montrer comment en trois minutes il creusait le trou pour y déposer le plant. Et tout le monde se prenait en photo, car c’était vraiment LE cliché à rapporter… Mais bon encore une fois, une fois de plus, je regardais plutôt autour de moi, en refusant de participer à cette mascarade.

Voilà, oui bon ok, je faisais encore ma Daria… Mais ce que je ne vous ai pas dit, c’est qu’il y avait un des mecs d’une agence de Nancy qui était correspondant pour la communication interne. Autrement dit, il a récupéré plusieurs témoignages en enregistrant les gens, et ensuite ils ont écrit un petit article sur le séjour. Sympa, sympa !!

Et voilà que le soir même du plantage de palmiers, le gars vient nous voir avec mes collègues, et nous demandent si on veut bien parler de ce qu’on pense du voyage. Tout le monde me regarde, et me voilà propulsé porte-parole… Aheum… Je préviens le gars : « Nan mais je ne suis pas le meilleur des exemples tu sais… J’ai une opinion assez cynique et tranchée de la situation… Je ne crois pas que ça passerait, ou même qu’on me comprendra bien… ». Evidemment l’autre était tout excité : « Oh nan nan c’est cool, c’est bien d’avoir des avis différents et puis je vais essayer de te convaincre du contraire ! ».

Donc j’ai expliqué mon point de vue… En gros, un peu comme dans mon post, j’ai expliqué que l’idée de contribuer à l’achat de plants de palmier pour un type qui en avait besoin était très bien. Et puis, j’ai enchaîné sur la manière dont nous, les petits blancs néo-colons, nous avions sali nos petits bermudas pendant deux heures pour faire joujou, tandis que des gens essayaient vraiment de travailler et de subsister. Et donc que cela n’avait rien à voir avec une quelconque vision de tourisme solidaire, mais encore une fois un « événement » dans notre Disneyland de voyage, ce qui m’avait choqué et rendu honteux.

Bizarrement, il n’a pas essayé de me convaincre du contraire… Il est plutôt resté coi. J’ai fini l’enregistrement en rigolant, en me disant que j’allais me faire virer moi avec mes idées révolutionnaires néo-bolchéviques. Mais c’était sans compter l’audace des rédacteurs de la com’, et l’incroyable retranscription et utilisation de mes propos.

Des palmiers et des hommes... dans l

Et bah voilà. J’ai hâte de voir l’article dans l’intranet du Groupe !!! :mrgreen:

  • Concertage
  • Matage
K, JP Nataf et Jeanne Cherhal au « Café de la Danse »

Publié le Mardi 25 Mars 2008 - 23:09
Catégorie: Concertage, Matage

J’ai vu Jeanne Cherhal, il n’y a pas si longtemps, à la Maroquinerie, mais je n’ai pas résisté à y retourner là pour la revoir sur scène. Elle m’avait tellement marqué en live, que je tenais à revivre un peu de ces petits moments qu’elle offre à son public. Et une fois de plus, j’ai pu retrouvé sa bonne humeur, son humour et ses adorables facéties.

Il y a d’abord eu K, un jeune chanteur suisse, qui n’a pas fait l’unanimité parmi mes amis. Je suis moins négatif qu’eux, même si j’ai aussi pensé que ce garçon a encore besoin de faire ses armes et d’aiguiser un peu sa plume. En effet, ses chansonnettes étaient un peu trop légères et candides pour vraiment nous accrocher. Pourtant je lui ai trouvé beaucoup de qualités, une bonne présence scénique, et du moins pas mal de potentiel.

Ensuite, ce fut JP Nataf, et en effet la transition fut assez rude. Ce dernier est un putain de chanteur, qui a beaucoup évolué depuis « les Innocents », dont il était le leader, jusqu’à ses chansons d’aujourd’hui. Musicalement irréprochable, la particularité de la soirée était d’avoir les trois artistes en solo avec un instrument, JP Nataf m’a énormément séduit en chantant ses textes accompagné d’une guitare électrique qui prenait vie sous ses doigts. Ses paroles sont plutôt tristes ou mélancoliques, mais vraiment transcendées par la manière dont il les habite sur scène.

Et puis, Jeanne Cherhal a clôt la soirée, avec trois quart d’heure de concert toujours aussi efficace et émouvant. Bien sûr, ce n’était pas aussi bien que la « Maroquinerie » qui était un concert assez emblématique, mais quel bonheur de l’écouter au piano nous égrener ses magnifiques chansons. Comme toujours entre rires et larmes, ironie mordante et souvenirs alambiqués, elle a raconté ses histoires avec une vitalité extraordinaire, et une alacrité communicative. Car c’est avant tout une conteuse de « ces petits riens qui sont tout ».

Elle nous a gratifié de quelques nouvelles chansons qui, encore une fois, promettent un très bel album. Il y a notamment ce texte superbe qui raconte l’histoire d’amour entre Juliette Gréco et Miles Davis. Mais dans un registre plus tragicomique, elle a remis le couvert en rechantant son aventure avec son boucher, qui a débouché sur une phobie des porcs… J’ai capturé tout cela… Désolé pour la qualité, c’est du live !! J’ai retranscrit ce que j’entends, avec quelques lacunes… mais ça permet de suivre.

Il avait les mains blanches et larges,
et avait un coup de taureau.
Le dos cassé par tant de charges,
à sa manière, il était beau.
Sur son tablier éclatant,
on apercevait quelques traces
de lymphe séchée et de sang,
d’animaux devenus carcasses.
Le jour où je l’ai rencontré,
au milieu d’un fatras de viandes.
Il n’a rien eu à me montrer,
j’ai su comprendre sa demande.
Un seul clin d’oeil a suffit,
pour que je le suive en silence.
Il m’a ouvert son paradis,
sa chambre froide c’était Byzance.

Ô mon boucher, Ô mon roi,
viens me coucher contre toi.
Ô mon boucher, Ô mon roi,
viens te coucher contre moi.

Pendus au bout de leurs crochets,
ils étaient trente à m’observer.
Roses comme un corps de ballet,
allaient-ils se mettre à danser ?
Le boucher m’attrapa les hanches,
et me bascula en arrière.
J’étais comme un [...] qui penche
vers [...] de l’air.
L’étreinte qui suivit fut brève
et magnifique, et angoissante.
Il me revient souvent en rêve,
le goût de sa bouche insistante.
Cernés par les cadavres nus,
des porcs voués à son billot,
je l’ai aimé sans retenue,
je l’ai aimé sans dire un mot.

Ô mon boucher, Ô mon roi,
viens me coucher contre toi.
Ô mon boucher, Ô mon roi,
viens te coucher contre moi.

Quand il s’abandonna enfin,
j’entendis comme un grognement.
Un petit râle un peu [...],
qui n’était pas de mon amant.
Mais qui d’autre pouvait gémir?
Levant les yeux dans un effort,
Oh je du admettre le pire :
l’un des porcs n’était pas mort.

Il respirait si faiblement,
que je crus d’abord me tromper.
Mais en l’entendant, mon amant,
était debout à mes côtés.
Il attrapa une arme blanche,
et la leva vers le porcin.
L’attaque fut précise et franche,
le cochon décéda soudain.

Ô mon boucher, Ô mon roi,
viens me coucher contre toi.
Ô mon boucher, Ô mon roi,
viens te coucher contre moi.

Je n’ai pas revu mon amour,
et les néons des chambres froides.
Depuis j’ai banni pour toujours,
le goût des porcs, même en salade.
Mais je garde comme un trésor,
le souvenir chaud de ses mains.
J’oublie le cochon demi-mort,
et je dors, et je dors, et je dors,
jusqu’au lendemain.

K, JP Nataf et Jeanne Cherhal au « Café de la Danse »

  • Boukinage
La route

Publié le Lundi 24 Mars 2008 - 23:08
Catégorie: Boukinage

Les choix d’un bouquin à l’aéroport, c’est toujours assez casse-gueule, donc je me dirige souvent sur les manchettes familières genre « Prix Médicis » ou bien « Pulitzer », histoire d’éviter les Marc Lévy et consorts… Et là je suis assez ravi de mon choix, « la route » de Cormac McCarthy a obtenu le Pulitzer 2007, et l’auteur, qui n’en est pas à son coup d’essai, a selon moi bien mérité ce couronnement.

Je ne m’attendais pas vraiment à un tel récit d’anticipation, qui décrit la quête et la survie d’un homme et de son jeune fils (8-10 ans je pense) dans un monde qui a subi l’apocalypse. On ne sait pas vraiment où on est, ni quand, mais il est arrivé un grand malheur… un gigantesque incendie qui a réduit à néant la quasi-intégralité de la faune, la flore et le monde tel qu’on le connaît. Ce dénuement complet laisse les survivants se débattre sur une terre stérile et couverte de cendres, et chercher une nourriture presque inexistante, se défendre contre des bandes dangereuses et parfois anthropophages.

C’est dans cet univers de fin du monde, menant un caddie contenant quelques biens et denrées, que l’homme et son fils (dont on ne connaîtra pas les patronymes, de toute façon ça ne sert pas à grand-chose) tentent de rejoindre l’océan. Il faut éviter les « méchants », trouver à tout prix de quoi manger, et essayer de ne pas perdre la raison.

Imaginez donc un décor et une ambiance à la « Mad Max », mais dont l’histoire et la quête ont pu me faire penser à « Ravage » de Barjavel, et les personnages, les réflexions, les « accents » avaient plutôt une résonance avec « Le voyage d’Anna Blume » de Paul Auster. Néanmoins Cormac McCarthy y apporte sa plume efficace et même parfois redoutable. Car il est à la fois excellent pour la manière dont il tient en haleine son lecteur avec des péripéties et une aventure constamment en ébullition, mais il élabore aussi l’univers intérieur des deux personnages avec beaucoup de talent et d’émotion.

J’ai été très très sensible au ton du roman et à son sujet, car il est très rare d’avoir une situation pareille. En effet, il s’agit avant-tout d’un père qui survit et se bat pour que son fils vive, pour que son fils survive dans cette vision apocalyptique d’une authenticité qui fait froid dans le dos à maintes reprises. Et le bouquin est le cri d’amour désespéré et sans limite de ce père pour son fils. Ce n’est pas si courant de voir traiter ainsi l’amour paternel, et surtout avec une telle force, et au final une telle évidence. On n’a pas trop l’habitude d’être ému pour le dévouement et le sacrifice d’un père pour son fils, et réciproquement de ressentir l’amour filial en retour. Mais le livre est assez bien écrit et originalement fagoté pour que cela tombe sous le sens. Du coup l’émotion est d’autant plus palpable, et est naturellement véhiculée au lecteur (enfin moi, en tout cas !).

On voit aussi le gamin évoluer à mesure que le récit se poursuit. Le père tente d’inculquer à son fils le minimum pour qu’il puisse se débrouiller, mais aussi certaines valeurs. Et réciproquement, le fils maintient le père dans une certaine humanité, et fait tout pour qu’ils restent « les gentils ». J’ai beaucoup aimé cette image de l’enfant qui n’est pas qu’une réplique miniature de l’adulte, mais un être à part entière, qui même s’il se « construit » possède une personnalité et des crédos.

Concernant l’écriture, on n’est dans une littérature américaine comme j’aime… Tranchante, efficace, agréable à lire et plutôt « simple », qui sans user d’artifice et de chichis ne verse pas non plus dans l’aridité ou « l’emporte-pièce ». Cormac McCarthy a le mot juste et l’expression qui fait mouche. Son style reflète incroyablement bien l’univers qu’il décrit, gris et violent, inhumain et imprégné des dernières notes d’espoir portées par les deux protagonistes.

La route - Cormac McCarthy

  • Matooyage
Rencontre pascale

Publié le Dimanche 23 Mars 2008 - 21:19
Catégorie: Matooyage

Pâques a toujours été une fête assez importante dans ma famille. Malgré le fait de le célébrer dans un cadre totalement agnostique ou même athée, on se rassemble, on se fait un gigot, on attend les cloches, et on cherche les poules et les lapins en chocolat dans le jardin de ma grand-mère.

Comme il n’y a pas encore de petits-enfants pour mes parents (je crois que j’en aurais même avant mon frangin, si ça continue…), c’est un peu moins drôle mais j’y tiens tout de même. Tous les ans donc, on se fait un déjeuner de oufs, et je repars avec mes Kinders. :mrgreen:
Et puis, ma môman est quand même la meilleure des mômans, il faut l’avouer.

- Allo Mathieu ? C’est maman. Tu viens dimanche de Pâques pour déjeuner, ou bien vous êtes peut-être en week-end avec Alex ?
- Ah nan, nan, pas de problème, je comptais venir à la maison pour Pâques.
- Bon mais tu sais ce serait bien si tu venais avec Alex. Depuis le temps, j’aimerais bien le connaître moi. Et puis, Pâques c’est une bonne occasion.
- Ah… ouai, ouai cool, je vais lui demander.
- Très bien, ça me fait super plaisir si vous pouviez venir tous les deux.

Et comme cela, nous sommes allés toute à l’heure à Osny, et mon chérichou a fait connaissance avec môman, pôpa, mon frère, ma grande-tante et un oncle et une tante. Et c’était vachement bien. On a bien mangé, bien ri, bien papoté et supporté ma grande-tante (ses impôts, ses jeunes années dans la zone, à la bute aux cailles, sur le boulevard Richard Lenoir, les barreaux de la salle de bain trop peu rapprochés et qui lui font risquer le viol tous les jours etc.).

J’ai de la chance que cela soit si simple, si évident, si harmonieux finalement, alors que je décris régulièrement ma famille comme un gros noeud de névroses et de complications existentielles. Mais à ce niveau là, je suis verni, je n’ai jamais eu trop de problème avec ma pédésexualité, et absolument aucun souci à présenter mes petits-copains à ma famille.

Bon maintenant, mon oncle et ma tante vont répandre la nouvelle, et je vais avoir droit à des invitations en rafales de mes cousins et cousines. « On veut le voiiiiir nous aussi !!!!!! »

  • Boukinage
La nuit vient

Publié le Samedi 22 Mars 2008 - 22:22
Catégorie: Boukinage

L’auteur de ce livre, John Rechy, a été connu aux US pour avoir écrit en 1963 « City of lights », un bouquin dans lequel il évoquait directement sa vie de prostitué gay. Il est un auteur « queer » assez emblématique, et ce roman précis, publié en 1999 (2001 en France), a la particularité de se dérouler pendant l’été 1981, soit quelques mois avant l’épidémie de Sida. C’est donc en cette curieuse période de « relapse », de sortie des années noires de l’épidémie, qu’il sort un bouquin qui narre par le menu la sexualité des gays de Los Angeles « avant ». Et c’était d’autant plus marquant pour moi, que ce bouquin avait été édité par « Le Rayon/Balland », la fameuse collection dirigée par Guillaume Dustan.

Je vais encore jouer les vieilles tatas, mais il se trouve que ces années 1996-2002 correspondent en gros à ma vingtaine, et à mon entrée dans la vie gay parisienne. Je me souviens de ces temps étranges où l’homosexualité a été sur le devant de la scène, comme une énième libération sexuelle, entre les plateaux de Mireille Dumas, la publicité de la Gay Pride et des Drag Queens, ou bien d’un Guillaume Dustan qui choquait à sa manière. Ce dernier avait de quoi choquer avec son attitude si outrancière, mais surtout son goût prononcé pour le barebacking. Je dois avouer que j’avais une grand fascination pour le personnage, et même si j’étais loin d’adhérer à ses idées et ses propos (au contraire même), j’ai suivi de près ses bouquins et son influence dans la littérature et la fameuse « autofiction ».

C’est ainsi que j’ai acheté pas mal des romans « gay » de Balland, mais globalement ce n’était pas terrible… J’avais tout de même beaucoup aimé « Je mange un oeuf » de Nicolas Pages, et « Nicolas Pages » de Dustan, et justement « La nuit vient » de John Rechy. (Il y avait aussi l’étonnante bio de Joey Stefano par Charles Isherwood, chez Balland/Modernes.) Mais revenons à nos moutons !

« La nuit vient » est donc un roman qui se passe juste avant le Sida à Los Angeles. John Rechy y raconte une journée de l’été 1981, en dix chapitres qui s’étalent du matin au soir. Chaque tête de chapitre marque un lieu emblématique de LA qui est un lieu de drague gay de la ville. L’auteur explique comment on s’y rend, et ce qu’il s’y passe… Cette journée est marquée par l’influence du Sant’Ana, ce vent brûlant qui rend fou et qui fait bouillonner les appétits sexuels. Chaque chapitre est construit de la même manière, il s’agit d’une succession de points de vue de personnages identifiés. Ils vivent chacun leur journée, et peu à peu, ils se croisent ou interagissent discrètement les uns avec les autres, jusqu’à l’ultime chapitre qui marque leur rencontre inopinée.

On croise donc les destinées de n personnes, dont Jesse qui est le parfait petit minet qui compte bien célébrer ses 22 ans d’une manière bien spéciale. Il veut s’économiser jusqu’au soir, où là il se fera baiser par un maximum de mec. Buzz, Toro et Linda sont trois hétéros, racailles homophobes du coin, qui traînent dans les quartiers et cassent occasionnellement du pédé. Le père Norris est ce matin même chargé d’une mission particulière par une mère désespérée. Il doit retrouver un « Angel » qui se prostitue sur Hollywood, et qui a un Christ géant et nu tatoué dans le dos. On suit aussi Za-Za (on reconnaît aisément Chi-Chi Larue) et ses comédiens qui sont en train de tourner un film porno en plein air pour un richissime producteur voyeur et ses amis. D’un autre côté, Thomas Watkins est le gay quadragénaire, intello, fan d’opéra par excellence, il recherche l’amour avec un grand A, et va de désillusion en désillusion. Orville est un gay black qui assume son côté bourgeois, tout en voulant éviter les petits blancs qui ne fantasment que sur sa couleur de peau. Paul et Stanley sont en couple depuis quelques années. Mais Paul est fidèle, et il endure un petit ami qui vit ouvertement son libertinage sexuel. Nick est hétéro, mais il tapine pour quelques dollars sur les boulevards de LA. Clint est un quadra sexy et à tendance SM qui est dans son hôtel, et se remémore ses nuits chaudes et cuirs à New York. Ernie est une gym queen qui ne vit que pour la beauté de son corps body-buildée, et a un sérieux problème avec la taille de son sexe… Mitch et Heater sont deux hétéros en couple, mais bon elle regarde un peu trop les nanas, et lui les mecs. Dave, enfin, est l’archétype du gay viril et dominateur qui cherche la proie de son futur fantasme.

Dave croise Jesse, la boucle est blouclée. Les personnages commencent à se rencontrer, se frôler, se bousculer, dans un véritable « Short-Cuts » gay, et tous les chapitres se composent de ces 12 points de vue qui font évoluer le récit. Tout est clairement structuré et expliqué, donc on est jamais perdu, et les moments où les protagonistes sont en contact sont très plaisants pour le lecteur, qui a eut le temps de faire connaissance de chacun d’eux.

La première remarque sur ce roman est déjà qu’il est incroyablement bandant. Je dois vraiment donner cette qualité à John Rechy, il sait faire bander son lecteur dans le métro le matin en allant au boulot. Car les récits tournent tous autour de personnages qui sont tous affolés par cette journée de chaleur, et surtout dans une culture gay qui est basée sur la sexualité et son exercice débridée.

Au-delà de l’histoire et de son caractère sympathiquement érotique, tout l’intérêt tient dans les multiples portraits de gays qu’il dépeint ici. On a vraiment un éventail incroyablement complet et assez authentique des « typologies de gays » qu’on pourrait encore aujourd’hui trouver dans le Marais à Paris. Evidemment, l’auteur se sert pour cela de toutes les caricatures qu’il connaît, mais en en servant autant, il arrive finalement à nous faire voir une galerie assez représentative. Ce que j’apprécie dans cela, c’est qu’il ne juge pas ses personnages. Ok, ce n’est pas le portrait le plus reluisant qui soit, mais au moins on en a une description de toutes ses facettes, autant dans le minet qui veut se faire défoncer, que le quadra SM, celui qui est dépressif et malheureux, la gym-queen à petite bite, l’hétéro refoulé, le prostitué ou bien encore l’acteur porno.

Grâce à tous ces points de vue, John Rechy peut aussi jouer sur tous les sentiments, et nous servir d’un côté une histoire d’amour, de l’autre un plan cul, ou encore une bouffonnerie lors du tournage avec Za-Za, ou une improbable quête mystique du curé, etc. Du coup, ce qu’on peut prendre au premier abord pour un roman assez basique et « simpliste » revêt, à mon sens, des qualités bien plus saillantes.

Je ne sais pas pourquoi John Rechy a écrit un bouquin pareil à cette période… Voulait-il marquer une similitude aux moeurs de l’époque, et à ceux de maintenant ? Ou bien dénoncer des dérives qui ont été en grande partie normaliser par notre époque plus puritaine ? Ou au contraire exprime-t-il un regret de cet âge d’or du sexe libre et débridé ? La conclusion du roman ouvre sur encore plus de questionnements, voire de remises en question…

Malheureusement, je vois que le bouquin n’est disponible qu’en occasion… Pourtant, il me paraît être un « must read » pour tous les homos, et au moins une bonne occasion de lire d’excellents passages de cul bien meilleurs que ceux de la littérature spécialisée. Et encore une fois, je vois dans ce roman une finesse bien plus intellectuelle et sociologique, que ce qu’il peut faire croire au premier abord.

La nuit vient - John Rechy

  • Matooyage
Traverser

Publié le Jeudi 20 Mars 2008 - 23:13
Catégorie: Matooyage

C’est marrant, tu pars à 6h30 du matin, tu prends le TGV gare de Lyon, tu arrives à bon port quelques heures plus tard, tu passes la journée là-bas, enfermé dans une salle climatisée, tu repars, tu reprends le TGV, tu prends une photo devant la gare.

Marseille, vue de la gare Saint Charles

Tu arrives à 21h15 à Paris, tu reprends le métro, tu arrives chez toi. Fatigue.

(Heureusement chérichou a fait une super salade : frisée, fenouil, cresson, pignon, noix… chèvres chaud sur toasts… dessert chocolachépakoi à tomber par terre. :love: )

  • Linkage
Les pédéblogs en revue

Publié le Mercredi 19 Mars 2008 - 20:02
Catégorie: Linkage

Poulpi, sacré Poulpi, nous expose sa vision des différentes typologies de pédéblogs… Et “Les blogs, ils se ressemblent tous” selon lui !! :mrgreen: