314 articles pour l'année 2009

  • ThéâtrOpérage
« Platée » de Rameau à l’Opéra Garnier

Publié le Jeudi 31 Décembre 2009 - 11:58
Catégorie: ThéâtrOpérage

On m’avait déjà dit depuis longtemps que cet opéra était un must et que cette production de 1999 devait absolument être découverte. Laurent avait notamment beaucoup aimé en 2006, et j’avais manqué de peu cette même représentation. Je me souviens que Palpatine aussi l’avait vu, et apparemment il y est retourné il y a quinze jours avec grand plaisir.

Il faut dire qu’ils font très fort avec un chef d’orchestre réputé, Marc Minkowski, Laurent Pelly pour la mise en scène, Laura Scozzi pour les chorégraphies et Chantal Thomas pour les décors. Et la prouesse est de réussir à rassembler tout ce petit monde et d’excellents chanteurs et chanteuses baroques pour former un spectacle absolument merveilleux ! Car tout fonctionne et se répond parfaitement dans cet opéra, ou plutôt ce « ballet bouffon ». On y découvre une histoire très drôle (et pas trop longue), des personnages attachants et truculents, une musique (totalement baroque) superbe, des décors et costumes qui illustrent parfaitement les marécages et ses verdâtres habitants, et un rythme global tonitruant et diablement divertissant.

Platée est une nymphe très moche et qui se croit plutôt pas mal. Or Jupiter a très envie de faire comprendre à Junon qu’elle est trop jalouse et que ça ne sert à rien. Sur une idée de Mercure (de Cithéron en fait), il décide de faire croire à Junon qu’il va épouser Platée. Et Mercure va dire à Platée que Jupiter en pince carrément pour elle, ce qui la rend folle de joie et ne la surprend pas une seconde. Ce petit jeu doit aller jusqu’à l’union, et Junon comprendra d’elle-même en voyant la dégaine de Platée, que ce n’était qu’une plaisanterie et que son petit mari l’aime d’Amour !

Apparemment, cet opéra avait fait beaucoup de bruit à son époque, car il contrevenait de manière bien audacieuse à tous les canons français du moment. Ainsi Rameau produisait un opéra marrant et décalé, avec ses rimes en “coi” pour mieux imiter la grenouille ou la présence de la Folie, personnage haut en couleur qui représente la Musique. Platée est un protagoniste aussi surprenant puisque joué par un homme et ridicule du début à la fin, avec une humiliation finale des plus burlesques (et pas gentille du tout pour elle !). Les scènes de danse sont nombreuses et très plaisantes, elles donnent encore plus de légèreté et de pimpant à cette comédie.

Mon seul bémol reviendrait aux différences de puissances vocales qu’on peut remarquer chez les chanteurs. Certains couvrent à peine la musique, tandis que d’autres (Jupiter, Thespis, La Folie, Momus) font montre de prouesses beaucoup plus notables. On est de toute façon dans un registre très différent des opéras que je vois (et écoute) habituellement, et là clairement ce n’est pas du bel canto italien à la Verdi, mais vraiment un discours chanté. La musique aussi possède cet accent baroque singulier que j’aime beaucoup et qui évoque (trop peut-être) pour moi le 17ème siècle et la musique ancienne, les ballets renforcent encore cet effet (un peu comme pour ces pièces de Molière et Lully que j’avais vues à la Comédie Française).

Le spectacle est complet et réussi sur tant de points et de facettes que c’est un petit bonheur ! La musique, la danse, le chant, les décors, avec ces pointes d’humour qui font mouche, sont autant de moments de plaisir. Et des apparitions, comme celle de la Folie, dont la beauté des airs, de son texte et de son impétuosité marquent durablement, donnent à cette oeuvre une originalité et une vigueur au final très modernes.

L’avis des copines : Laurent, Palpatine, Kozlika.

« Platée » de Rameau à l'Opéra Garnier

  • Outside
Microsoft Exelmans 2010

Publié le Mercredi 30 Décembre 2009 - 15:38
Catégorie: Outside

Je vais au resto avec des collègues, et je monte en voiture avec l’un d’eux. On passe rue du Général Exelmans à Vélizy. Et il s’ensuit la conversation ubuesque suivante :

Lui : Oh là là, y’en a partout des Exellemanne* ici. C’est quoi ?

Moi : Oh tu sais c’est un général Napoléonien**, comme beaucoup sur Paris, avec tous les boulevards et les grandes avenues qui portent des noms comme ça.

Lui : Un quoi ?

Moi : Un général de Napoléon. C’est lui qui a inventé Excel. (Et je pouffe parce que c’était une bonne blague qui rebondissait sur sa prononciation du début.)

Lui : Ah ouai ? Ah bah ouai, ExcelMan, c’est normal.

Moi : Nan mais sans déc quoi, Napoléon… juste après la révolution française… Les 18ème et 19ème siècles… C’est pas vraiment les mêmes époques.

Lui : Ah ok. Ah bah oui t’as raison, sinon y’aurait un c à Excel !! Chuis pas réveillé.
:croa:
*Il le dit avec cette prononciation là !
** A vrai dire je n’en savais pas plus sur Exelmans, mais apparemment il n’a pas fait que ça !!

  • Linkage
Caricature et réalité…

Publié le Mercredi 30 Décembre 2009 - 15:14
Catégorie: Linkage

Muriel a publié et illustré son livre pour enfants qui évoque l’homoparentalité. Dans ce cadre, elle a prudemment réfléchi à la manière de figurer le couple lesbien, et son rapport à l’enfant. Deux nanas féminines ? Une butch ? Qui porte l’enfant ? Que fait l’autre ? Elle se pose plein de (bonnes) questions et hésite à mon avis, entre cliché ou caricature, mais qui sont bien basés sur des faits ou des statistiques plus ou moins personnelles, et peinture “positive” du couple lesbien. Rien qu’en écrivant ces phrases, je me rends compte que j’aimerais mettre des tonnes de guillemets à tous les mots, tant on entre dans un domaine des plus casse-gueules. Entre politiquement correct et assomption (dans son acception la moins virginale siouplé) simple et lucide, ce n’est pas facile de choisir. En fait, ça dépend tout bêtement de l’audience, de sa compréhension et de ses valeurs, et il est impossible de satisfaire tout le monde…

  • Cinéphage
Avatar

Publié le Lundi 28 Décembre 2009 - 23:14
Catégorie: Cinéphage

On nous l’a tellement annoncé comme un film événement celui-là qu’il devait vraiment ne pas décevoir. Or, il plait énormément à ce que j’en lis à droite et à gauche, mais à moi moyen-moyen-bof en fait. Et pourtant dieu sait que j’ai adoré Cameron en son temps, avec ses Terminators, Alien 2 ou Abyss (qui est un chef d’oeuvre pour moi). C’était pour moi le faiseur de blockbuster vraiment doué pour pondre des films à la fois divertissants, dotés de bons effets spéciaux et pas trop cons. Là il arrive avec ses gros sabots, et non seulement on en attend beaucoup de lui, mais en outre il nous avait fait mijoter avec des idées de « révolution numérique 3D » et de film qui décoifferait sérieusement.

Le résultat n’est pas mauvais, mais certainement médiocre en comparaison de ce qui est vendu, et qui pouvait être escompté d’un type pareil. Le premier aspect positif du film c’est en tout cas le divertissement qui fonctionne bien. C’est un bel univers, avec de bons comédiens, une production qui tient la route, et des moyens gigantesques. Le film est onirique à souhait dans ses décors, propose une morale toute proprette, et n’est vraiment pas compliqué à comprendre. Les fans de Cameron retrouveront aussi avec plaisir certains de ses gimmicks, comme ses vaisseaux spatiaux, ses capsules d’hibernation, ses exosquelettes etc. Et puis, on a Sigourney Weaver qui est, il faut avouer, toujours impeccable (I love you Sigourney !!!).

La 3D en termes d’image de synthèse est époustouflante (j’essaie de mettre le paquet là parce que je suis moins dithyrambique par la suite) et Cameron n’a pas lésiné sur les moyens. En revanche, le cinéma relief ne me convient pas personnellement. Je trouve la fatigue visuelle vraiment importante, et je retire les lunettes une minute toutes les vingt ou trente minutes. A ce moment, là je réalise comme l’effet 3D rend l’image sombre, et que j’adorerais voir le film en 2D pour mieux profiter de la qualité du rendu. J’aime aussi regarder les détails de décor dans ce genre de film et pas toujours les personnages centraux. Or j’ai l’impression que la 3D focalise le regard sur les personnages, et ne rend pas hommage à la qualité intrinsèque des images. Bref, la technologie même ne me convainc pas. Évidemment pour les quelques scènes où l’on se retrouve dans la peau d’un autochtones sur son dragon volant, c’est vrai que ça fait un effet boeuf…

Outre cela, faire tout un film en images de synthèse (ce qui est quasiment le cas pour Avatar) nécessite d’immenses moyens, mais aussi certainement quelques recherches d’économies… Du coup, les bestioles en 3D glossy, shiny et tout le toutim sont évidemment plus « faciles » à modéliser et rendre que des bêtes à poils ou à plumes. De même, les scènes nocturnes à grands renforts d’effets fluorescents et très « Rencontre du Troisième Type » ont aussi permis à mon avis quelques coupes budgétaires (et du coup un aspect assez facile pour un film avec cette ambition). Il était évidemment très difficile d’être au top à chaque plan, et certains films récents font beaucoup mieux en intégrant des scènes 3D dans des prises réelles. Globalement la vision de cet Eden de la planète Pandora m’a troublé dans sa ressemblance, et dans la faune et dans la flore, avec les paysages et décors imaginés pour Nausicaä et d’autres films de Miyazaki. C’est certes très beau, mais rien de vraiment supra-original, et plus fanstasy que SF ce qui ne me plait pas de la part de Cameron (mais c’est un avis très personnel, j’en conviens).

Pandora est donc cette mystérieuse planète qui est convoité par les (méchants) hommes qui veulent en soutirer un métal précieux. La planète est habitée par les (gentils et proches de la nature) Na’vis qui refusent de quitter leur habitat, alors qu’ils ont le cul posé sur un gigantesque gisement (les nuls). Pour les arnaquer bien profond, on crée des avatars : des hybrides homme/na’vis qui sont animés à distance par l’esprit des hommes et femmes qui ont servi de base aux avatars. Manque de pot l’un des avatars devait être conduit par le frère de Jake Scully (le supra bandant Sam Worthington, qui jouait déjà dans Terminator 4), un marine en fauteuil roulant, meurt et on demande donc à son frère jumeau de prendre sa place (ce qui est génétiquement compatible). Mais voilà que lors d’une vadrouille dans son corps de na’vi, Jake se retrouve aux prises avec une tribu indigène. Finalement, les na’vis acceptent de se lier avec les humains en adoptant Jake et en lui enseignant leurs coutumes, mais ce dernier n’est là que pour les trahir…

Bon le scénario ce n’est pas compliqué, et c’est bien le problème, il se résume en une ligne : « Pocahontas » rencontre « Danse avec les loups ». Voilà c’est tout. Jake rencontre la Pocahontas locale, elle lui montre le secret des fleurs et des graines locales, elle parle à l’oreille des iguanes volants, et lui explique comme c’est beau Pandora vu du ciel. Et lui il danse avec les na’vis, et il aime ça, et il aime bien sa copine Poca. Bon bah ça Cameron : c’est de la meeeeerde !! DE LA MERDE !!! Quand est-ce que les scénaristes et auteurs de tout poil se décideront à affronter l’anthropomorphisme (et à prendre son contre-pied) qui est la tentation de base pour expliquer l’inexplicable, ou pour trouver un sens là où nous ne pouvons en trouver facilement.

Le truc vraiment dommage c’est qu’il y a un potentiel de fou !! De fou je vous dis !!! Notamment sur un des aspects du scénario qui n’est pas trop creusé alors qu’il me paraît fondamental, et la véritable originalité du film. En effet, il y a tout un pataquès sur le fait que les na’vis et tous les êtres vivants de Pandora sont connectés les uns aux autres, ils partagent une mémoire commune, mais possèdent aussi concrètement des périphériques de communication. Ce truc de connexion par les nattes des na’vis est assez ridicule, mais l’idée (encore une fois très anthropomorphique) même de ces arbres en réseau, et de toute la planète interconnectée m’a touchée (bon ok, c’est mon côté cyberaddict qui parle). Je pense qu’il y avait des éléments intéressants à tirer de cette partie du scénario (SF à souhait), mais qui a été étouffée dans l’oeuf à peine ébauchée par Sigourney.

Bon bah voilà hein ! Donc les images sont belles, mais les rendus, animations et modélisations 3D ne sont pas si extraordinaires que cela, l’histoire est cacaboudin, la réalisation se tient ainsi que les comédiens et comédiennes, et selon moi ce n’est pas une révolution cinématographique, juste un chouette divertissement bon teint et bon pied bon oeil, tout à fait dans le politiquement correct actuel.

L’avis des copines : Maxime, Lâm, Nicolinux, Jarod_, Tambour Major, Pouxi, Zefrog, [elle].

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  • Cinéphage
In the loop

Publié le Dimanche 27 Décembre 2009 - 23:44
Catégorie: Cinéphage

Le cinéma anglais nous réserve régulièrement des surprises, et en particulier dans le registre des comédies où il faut avouer leur capacité à pondre des oeuvres souvent bien déjantées. C’est largement le cas dans ce film qui porte haut leur excellence dans l’irrévérence et l’absurde, tout en étant en fait un libelle politique diablement efficace. Il s’agit en fait d’un film plus ou moins tiré d’une série, même si la thématique en est là complètement différente, qui s’appelle : The Thick of It. Cette satire du monde politique britannique est saignante à souhait, et dans le film on se penche particulièrement sur la prise de décision des USA, soutenu par les anglais, de l’invasion del’Irak.

Le film présente des ministres et politiques anglais vu de l’intérieur même du système administratif. Tout démarre par une saillie deSimon Foster, Secrétaire d’Etat britannique au développement international, qui déclare que la guerre est impossible à prédire, mettant ainsi le feu aux poudres. Mais c’est plus compliqué que cela, puisque nous voyons rapidement les américains tout aussi mal organisés et embrouillés dans d’effroyables cabales internes, etl’ONU où des kyrielles de commissions et d’assistants en tout genre viennent encore complexifier les choses. Bref, c’est un énorme imbrogliopolitico-politique et diplomatico-démago-langue-de-bois ! Cela se termine bien évidemment par une intervention américaine, mais qui correspond alors à un extraordinaire foutage de gueule !!

Le film est vraiment drôle et propose une caricature qui ne laisse pas insensible. Ainsi les personnages sont parfaitement campés, on en reconnaît même certains, et frisent un ridicule qui paraît finalement crédible (c’est tellement énorme qu’on peut se dire que ça a pu se passer ainsi).Évidemment la politique et les systèmes administratifs ultra-complexes tels ceux qui régissent les organisations internationales en prennent pour leur grade. En outre, la manière de tourner est très réalise et le côté “pris sur le vif” ajoute encore à une mise en scène des plus énergique et rythmée. Du coup, on ne s’embête pas une seconde avec une succession de saynètes, et une intrigue qui part dans tous les sens.

En revanche, l’aspect négatif de ce que je viens d’évoquer, c’est qu’il manque justement une vraie ligne directrice, et qu’on est vite fatigué par cette accumulation de scènes qui ne mènent pas à grand-chose. Disons qu’on se doute assez rapidement de la fin, et qu’elle vient à arriver, c’est tout quoi… Le film ressemble du coup un peu à des gags qui se répondent plus ou moins, mais qui nuisent à un propos un peu plus posé et réfléchi. Mais l’aspect politicard et enfumage est ainsi plus flagrant et bien démontré !

In the loop

  • Linkage
I feel the earth move…

Publié le Dimanche 27 Décembre 2009 - 2:10
Catégorie: Linkage

Ah mon cher Philip Glass voit là son Einstein on the beach, qui est un opéra assez incroyable, superbement animé par Zviane (qui tient un excellent blog by the way…). Je vous conseille le coup d’oeil, c’est remarquablement visuellement traduit. [Via un partage GReader de David M.]

  • Linkage
Encore aujourd'hui…

Publié le Dimanche 27 Décembre 2009 - 1:58
Catégorie: Linkage

On peut lire ce genre d’article dans les journaux [via Media-G]. Donc plus que jamais il faut avoir conscience de ce genre d’histoire, finalement assez courante. :-(

  • Linkage
Les conseils de Tata Mr 3

Publié le Mardi 22 Décembre 2009 - 11:47
Catégorie: Linkage

Mr 3 a reçu une de ces requêtes Google que nous aimons tant, mais celle-ci possède un arrière-goût un peu amer : « je ne veut pa etre pd ». Heureusement, il lui répond avec un de ses précieux conseils. ;-)

  • Linkage
Vienne la nuit sonne l'heure

Publié le Samedi 19 Décembre 2009 - 17:39
Catégorie: Linkage

Cela fait déjà longtemps que la nuit parisienne est considérée comme moribonde, tandis que Berlin ou Londres restent des références en la matière. [Via Yagg] Je lis cet article de Ian Brossat qui met en garde contre ce laisser-aller. Entre les contraintes administratives et une société parisienne qui évolue, il semble qu’un funeste destin soit réservé au Paris-By-Night.

  • Matooyage
De l'hérédité dans ta face

Publié le Mercredi 16 Décembre 2009 - 0:18
Catégorie: Matooyage

Mon papa à mon âge.

Quand j’ai montré cette photo à A., il m’a dit « bah quoi ? ». Idem avec ma collègue qui n’a pas réagi, et les deux qui m’ont dit sans ciller : « bah c’est une photo de toi quoi ! ». Bah non !!! C’est une photo de mon papa à mon âge actuel en fait, et moi-même je suis troublé par la ressemblance !!!

  • Cinéphage
Le ruban blanc

Publié le Lundi 14 Décembre 2009 - 20:54
Catégorie: Cinéphage

Celui-là même s’il n’avait pas eu la palme à Cannes, je pense que j’aurais voulu le voir. En effet, Haneke réalise un cinéma qui m’intrigue au plus haut point, et même si sa filmographie est très diversifiée, les quelques films que j’ai vus de lui ont un point commun. J’avais beaucoup aimé « La pianiste » et « Caché » (les seules oeuvres que je connais de Michael Haneke), et « Le ruban blanc » est dans cette même lignée. Ce sont des films longs et lents, avec peu de mouvements et quelque chose de posé et contemplatif par moment. Mais en aucun cas, ce sont des films chiants, ce qui est une véritable prouesse vu la manière dont ils sont tournés. En vérité, l’action dans ces métrages est omniprésente et on ne s’y ennuie pas une seconde, avec beaucoup de dialogues, une véritable progression dans l’intrigue, et surtout des sentiments et passions aussi exacerbés que renfrognés, et qui sont une véritable marque de fabrique.

Le ruban blanc était utilisé par le pasteur de ce village autrichien de 1913 pour montrer aux enfants la pureté de leur jeunesse. Cette stricte et froide éducation n’est pas si efficace puisque devant les fautes répétées de ses aînés, le pasteur décide de leur recoller ce ruban au bras pour les influencer positivement. Nous suivons les péripéties très locales de ce village, avec l’école et son instituteur, le docteur, sa sage-femme et son fils handicapé, le pasteur donc et le baron qui règne sur son domaine, ses terres et ses ouvriers agricoles.

Ces derniers apparaissent quasiment comme des serfs d’une époque médiévale, et on n’a du mal à situer la date exacte, tant cette ambiance féodale pourrait nous faire croire à l’Ancien Régime. D’ailleurs, c’est bien là où le bât blesse puisque mes repères français sont purement biaisés, et le film permet de bien se rendre compte d’un coin d’Europe voisin sans Révolution oui loi de 1905 pour changer un peu la donne, et déserrer l’étau des nobles et des curés. Michael Haneke pose les bases de son intrigue avec tous ces personnages, des notables et leurs enfants, de simples paysans, et il compose son tableau avec une palette minimaliste. Le film est en noir et blanc, et cela donne un côté encore plus ancien, décalé, et en même temps esthétiquement très efficace et léché.

Tout commence par un câble tendu entre deux arbres qui provoquent une très grave chute en cheval du médecin du village, et son séjour en hôpital. Suite à cela, d’autres malversations sont découvertes, du kidnapping et petite torture du fils du baron à des sévices plus graves par la suite, et à chaque fois les enfants, ces innocents chérubins, reviennent comme les auteurs les plus probables de ces méfaits. On sent cette tension terrible dans les familles, cette éducation qui est une chape de plomb sur toute émotion, et cette conduite au fascisme que Haneke décrit là du point de vue de plus psychologique et sociétal. Le réalisateur dit plus exactement :

J’ai à l’esprit ce projet depuis plus d’une dizaine d’années. Je souhaitais évoquer un groupe d’enfants à qui l’on inculque des valeurs absolues et la façon dont ils intériorisaient cet absolutisme. Je tenais à en décliner les conséquences, à savoir un terrorisme de toutes sortes. Si l’on érige à l’absolu un principe, que ce soit un idéal politique ou religieux, il devient inhumain. J’avais pensé à La Main droite de Dieu comme titre éventuel. Ces enfants se prennent pour la main droite de Dieu ; ils en ont compris les lois et suivent les idéaux à la lettre. Ils deviennent alors les punisseurs de ceux qui ne vivent pas selon leurs principes. C’est ainsi que le terrorisme prend sa source. Ce film ne doit pas uniquement être considéré comme une oeuvre sur le fascisme.

Les comédiens sont tous fabuleux, et pourtant pas professionnels ce qui paraît complètement dingue tant ils m’ont impressionné. Les gamins surtout lancent de ces regards et expressions qui marquent profondément.

Il y a pléthore de personnages, et encore une fois on ne peut pas dire que le rythme soit syncopé, et que ça bouge dans tous les sens. Mais Haneke véhicule des milliers d’idées, de sensations et d’émotions dans les moindres plans, dans les regards, dans des bouts de dialogues, dans des secrets de famille, les enfants muselés ou les amours interdites. Donc le film est d’une extraordinaire richesse, il n’est pas du tout soporifique malgré sa lenteur, et il distille au contraire sa douleur et son funeste présage (la guerre de 14 arrive) avec une implacable efficacité. Le film reste tout à fait supportable, malgré quelques scènes difficiles.

C’est un grand film, et il méritait mille fois ce grand prix. Formellement déjà avec ce noir et blanc, cette direction d’acteur, sa manière de filmer, mais aussi pour son histoire qui m’a alpagué en quelques minutes, et cette démonstration par l’image de la haine qui peut surgir d’une société trop corsetée.

L’avis des copines : Julien, Titem, Philoo, Xavier, Nicolinux.

Le ruban blanc

  • Concertage
Juliette à la salle Gaveau

Publié le Dimanche 13 Décembre 2009 - 22:51
Catégorie: Concertage

Je ne connaissais pas trop Juliette en fait, et je ne l’avais jamais vu sur scène, mais sur les conseils de mon cherichou, j’y suis allé avec deux amis. Eh bien, aucun regret car j’ai passé un moment génial, et cela m’a tout a fait convaincu de mieux écouter les textes de cette fantastique chanteuse.

Il s’agissait plus d’ailleurs d’un spectacle complet de d’un simple concert, tant la chanteuse interprète ses textes à la façon d’une véritable comédienne et sublime conteuse. Outre cela, elle est plus qu’à l’aise sur scène, et à l’aide de son piano et de sa verve, elle nous a enchanté pendant deux heures à raconter ses histoires. En effet, Juliette est l’incarnation même de la chanteuse à textes, et il faut écouter ce qu’elle raconte pour bien en profiter. De plus, elle possède l’incroyable pouvoir de faire passer son audience du rire aux larmes en quelques couplets bien sentis.

Cette manière de chanter et de communiquer avec son public m’a fait penser au ressenti des concerts de Jeanne Cherhal, même si le style de Juliette est résolument différent. Cette voix si puissante et ferme, avec un ton de stentor parfois et surtout un accent ironique, grinçant et souvent cinglant, donne à Juliette un charisme terrible. Elle n’apparaît pas du tout comme une fille gentille, parfois carrément saignante, et n’est même pas spécialement tendre avec le public, mais c’est certainement ce qui la rend autant attachante et originale.

Le concert est passé en un claquement de doigt, et elle avait un public conquis d’avance. Un public composé de la manière la plus bigarrée qui soit avec une bonne surreprésentation en homos, mais beaucoup de gens de l’âge de mes parents, et des familles de fans avec des ados qui accompagnaient clairement leurs parents. C’était marrant car il y avait notamment une famille juste devant, et manifestement ce point commun culturel n’était pas anodin pour eux. Cela m’a surpris de voir que tant de gens différents, en style, en âge, pouvaient partager cela.

Juliette à la salle Gaveau