On m’avait déjà dit depuis longtemps que cet opéra était un must et que cette production de 1999 devait absolument être découverte. Laurent avait notamment beaucoup aimé en 2006, et j’avais manqué de peu cette même représentation. Je me souviens que Palpatine aussi l’avait vu, et apparemment il y est retourné il y a quinze jours avec grand plaisir.
Il faut dire qu’ils font très fort avec un chef d’orchestre réputé, Marc Minkowski, Laurent Pelly pour la mise en scène, Laura Scozzi pour les chorégraphies et Chantal Thomas pour les décors. Et la prouesse est de réussir à rassembler tout ce petit monde et d’excellents chanteurs et chanteuses baroques pour former un spectacle absolument merveilleux ! Car tout fonctionne et se répond parfaitement dans cet opéra, ou plutôt ce « ballet bouffon ». On y découvre une histoire très drôle (et pas trop longue), des personnages attachants et truculents, une musique (totalement baroque) superbe, des décors et costumes qui illustrent parfaitement les marécages et ses verdâtres habitants, et un rythme global tonitruant et diablement divertissant.
Platée est une nymphe très moche et qui se croit plutôt pas mal. Or Jupiter a très envie de faire comprendre à Junon qu’elle est trop jalouse et que ça ne sert à rien. Sur une idée de Mercure (de Cithéron en fait), il décide de faire croire à Junon qu’il va épouser Platée. Et Mercure va dire à Platée que Jupiter en pince carrément pour elle, ce qui la rend folle de joie et ne la surprend pas une seconde. Ce petit jeu doit aller jusqu’à l’union, et Junon comprendra d’elle-même en voyant la dégaine de Platée, que ce n’était qu’une plaisanterie et que son petit mari l’aime d’Amour !
Apparemment, cet opéra avait fait beaucoup de bruit à son époque, car il contrevenait de manière bien audacieuse à tous les canons français du moment. Ainsi Rameau produisait un opéra marrant et décalé, avec ses rimes en “coi” pour mieux imiter la grenouille ou la présence de la Folie, personnage haut en couleur qui représente la Musique. Platée est un protagoniste aussi surprenant puisque joué par un homme et ridicule du début à la fin, avec une humiliation finale des plus burlesques (et pas gentille du tout pour elle !). Les scènes de danse sont nombreuses et très plaisantes, elles donnent encore plus de légèreté et de pimpant à cette comédie.
Mon seul bémol reviendrait aux différences de puissances vocales qu’on peut remarquer chez les chanteurs. Certains couvrent à peine la musique, tandis que d’autres (Jupiter, Thespis, La Folie, Momus) font montre de prouesses beaucoup plus notables. On est de toute façon dans un registre très différent des opéras que je vois (et écoute) habituellement, et là clairement ce n’est pas du bel canto italien à la Verdi, mais vraiment un discours chanté. La musique aussi possède cet accent baroque singulier que j’aime beaucoup et qui évoque (trop peut-être) pour moi le 17ème siècle et la musique ancienne, les ballets renforcent encore cet effet (un peu comme pour ces pièces de Molière et Lully que j’avais vues à la Comédie Française).
Le spectacle est complet et réussi sur tant de points et de facettes que c’est un petit bonheur ! La musique, la danse, le chant, les décors, avec ces pointes d’humour qui font mouche, sont autant de moments de plaisir. Et des apparitions, comme celle de la Folie, dont la beauté des airs, de son texte et de son impétuosité marquent durablement, donnent à cette oeuvre une originalité et une vigueur au final très modernes.
L’avis des copines : Laurent, Palpatine, Kozlika.

















du coup malgres la longueur je me ferais bien une intégrale...





