20 articles pour le mois de Avril 2009

  • Matooyage
  • Outside
Un astérisque en péril, des astérismes en oubli.

Publié le Mercredi 29 Avril 2009 - 23:23
Catégorie: Matooyage, Outside

Petit à petit, j’ai bien senti que l’on perdait purement et simplement l’usage de ce mot, de son genre aussi. D’un astérisque, une astérix s’est odieusement substituée, et on parle même « d’une étoile » de temps en temps. Quel dommage, un si joli mot, si plein de sens et d’étymologie !! Mais il faut se rendre à l’évidence, et puis la langue doit vivre.

C’est bien simple j’ai survécu à une réunion de 9h à 18h ce mardi, et il a été longuement évoqué certains détails juridiques. Au milieu des mentions légales, obligations procédurales, et tutti quanti, j’ai entendu avec stupéfaction et désolation cette directrice juridique m’ébouillanter les oreilles et le crâne avec ses astérix par ici, et « une » astérix par là. Mein gott!! Si même les juristes s’y mettent, alors c’est que c’est bien la fin des haricots.

Et dieu sait que l’on commence à couramment entendre aussi des obélix en lieu et place de notre bel obélisque (c’est fou comme j’ai envie que ce nom commun soit féminin par contre…). Je me demande si ces déformations existaient déjà avant le gaulois blondinet à l’orientation sexuelle floue (Nan mais c’est vrai quoi, il est un peu pédale sur les bords l’Astérix ?), et son gros ami à braies qui, comme moi, aime les menhirs (et qui est tout de même un peu bear sur les bords) !! Parce que c’est vrai que ce ne sont pas des mots si faciles à prononcer, et que l’on peut intuitivement céder à leur goscinnuderzation.

Mais bon, ne soyons pas réac, et acceptons cette évolution, comme nous avons fini par passer du trentain au trente et un, ou bien du basque à la vache (espagnole) etc. Et comme nous finirons bien aussi à parler de la découverte du poteau rose (pourquoi pas hein, par rapport au pot-aux-roses ce n’est pas si bête), et j’ai bien écrit pendant des années le solylès (sot-l’y-laisse), qui est connu comme la meilleure partie du poulet !! Ah il y avait aussi cette expression que j’adore : « partir à vau l’eau », que j’ai pendant bien trop longtemps imaginé s’écrire : « partir à vollo ». « Vollo » devait être un truc italien assez explicite pour bien signifier ce « partir en couille » poli. J’espère qu’on n’officialisera jamais « être né dans la cuisine de Jupiter » (initialement blague de Coluche) que j’ai déjà maintes fois ouïe (je ne suis jamais très sûr pour l’accord… pfff). Parce que être sorti de la cuisse de Jupiter, comme Dionysos, ça tape vachement plus sa mère, sa race.

Si vous aimez les expressions, vous devez écouter les podcasts « learn french » de Katia & Kyliemac dans lesquels ces deux adorables jeunes femmes décortiquent (en anglais) nos expressions idiomatiques les plus pittoresques. Personnellement, j’ai une préférence pour les expressions désuètes de ma grand-mère, donc j’utilise assez fréquemment par exemple « roupie de sansonnet » (mon père disait plutôt « ça vaut peau de bite », mais j’ai toujours trouvé ça moins joli) ou « cautère sur jambe de bois » (même pas mal !!) etc.

J’ai aussi retenu certaines règles à la con du collège, et je n’en démords pas. C’est un peu naze vu les fautes que je commets ici, mais je déteste entendre un « malgré que » (on fait suivre malgré d’un substantif) ou un « des fois » (on dit « parfois »).

Bref, les astérisques sont en danger !! Mais je crois que les astérismes aussi après tout. Et pourtant c’est vachement mieux de dire astérisme plutôt que les trois petites étoiles qui séparent les chapitres. Un astérisme c’est ça (U+2042 d’Unicode). Cool non ?

  • Concertage
Antony and the Johnsons au Grand Rex

Publié le Samedi 25 Avril 2009 - 19:32
Catégorie: Concertage

J’ai longtemps voué aux gémonies Toli pour avoir vu Antony en concert, et pas moi !! Mais ce dernier m’avait carrément pris la place pour ce concert-ci, donc qu’il en soit vivement remercié car ce fut un moment fabuleux. Je n’étais même jamais allé au Grand Rex, et il est vrai que rien que les fauteuils valent le déplacement. Nous étions ainsi dans les meilleures conditions pour nous régaler d’un chanteur à la sensibilité si exacerbée, et que l’on a envie d’écouter chanter dans un cadre « cocon » intimiste. En première partie, ce furent quelques chorégraphies surréalistes d’une danseuse grimée et ailée (!!) qui avait l’air d’exécuter des rites païens bien singuliers (mais assez chouettes).

Première fois donc que je passais de l’écoute solitaire à la découverte « live », et je suis plus que conquis par ce concert. Antony and the Johnsons est un groupe fantastique, avec Antony évidemment en figure de proue : ses textes, sa voix, ses facéties, sa timidité et ses éclairs de confiance qui l’ont fait nous raconter les plus étonnantes anecdotes ! Pas de grosses différences vocales ou musicales de qualité entre le disque et la réalité, on retrouve toute l’originalité du timbre du chanteur (à la sexualité ambivalente), et le charme de ses vocalises qui lui sont tellement propres. Je me suis dit que c’était presque un excellent syncrétisme entre un Chris Garneau, pianiste délicat, émotif et angélique, et un Sigur Rós, poète mystique, possédé par sa musique et usant de sa voix comme d’un instrument.

Finalement le gros changement ce sont les bourdes ! C’est certainement ce qui m’a le plus surpris et fait rire pendant le concert. En effet, à maintes reprises, Antony se trompe dans ses textes, n’est pas en rythme, ou bien troublé, et donc il s’arrête, s’excuse, et tente de reprendre. Et en plein milieu du concert, alors qu’il butte sur « You are my sister » où au moins trois fois, il nous fait profiter de fausses notes, il se met à évoquer Jésus, et son rapport à lui. Le public est médusé, et Antony s’explique :

“Je ne suis pas un chrétien, je suis une sorcière.”

“Adolescent, poursuit-il, j’étais persuadé que Jésus était mon petit ami. Il était si mignon et avait l’air de souffrir autant que moi. Vers 27 ans, j’ai compris que tout cela n’était qu’un rêve. En fait, j’en avais assez de ce Dieu mâle. J’ai pensé qu’il était temps que Jésus revienne en femme. Deux mille ans de masculinité ont conduit la planète aux portes de l’enfer. Il faut aujourd’hui adopter une vision féminine et maternelle du monde. Je pense que c’est le cas avec Obama. D’ailleurs sa femme, Michelle, a d’abord été sa patronne.”

“Si le cercle des mères prend le pouvoir, avance Hegarty, le pape pourra prendre sa retraite.”

[Source]

Et hop, il a enchaîné avec une autre chanson… Ah là là, l’audience était évidemment en transe, et le chanteur nous a régalé, est revenu maintes fois, et a remporté tous les suffrages. Je suis dithyrambique sur le sujet, et j’ai hâte de le revoir en juillet prochain à Pleyel !

Antony and the Johnsons au Grand Rex

  • Linkage
Un coming out de plus, c'est chouette ! :)

Publié le Jeudi 23 Avril 2009 - 19:35
Catégorie: Linkage

Matorif évoque son coming-out, et c’est vachement bien. Je suis toujours très ému par ces histoires personnelles, et qui sont de véritables instants charnières dans nos vies (de pédés).

  • Matooyage
MatooBlog : Sponsor officiel du 31ème kilomètre du marathon de Madrid (de Pablo, huhuhu)

Publié le Jeudi 23 Avril 2009 - 11:27
Catégorie: Matooyage

[Via la fée Kozlika évidemment.]

Tout cela se passe chez Pablo : il va courir le marathon de Madrid, et souhaite donner un coup de pouce à Otir. Et comme on a tous envie de donner ce coup de pouce à Otir (elle soutient l’école spécialisée dans lequel son fils, autiste, reçoit un soutien essentiel à son épanouissement), j’ai trouvé l’idée vraiment chouette.

Donc me voilà sponsor officiel du 31ème kilomètre du marathon de Madrid de (ce dingue qui va en courir/souffrir 42) Pablo !!!

Vous aussi devenez sponsor : en faisant un don à la Foundation for Educating Children with Autism (F.E.C.A.). Ensuite allez indiquer dans les commentaires de Pablo, le kilomètre qu’il doit courir pour vous !

Vite, vite, les kilomètres sont en raréfaction, et ça commence dans deux jours !!!
:afro:

  • Citage
A beginning is a very delicate time…

Publié le Mercredi 22 Avril 2009 - 1:50
Catégorie: Citage

Nous ne sommes qu’au début de l’écriture de l’espace public numérique. Les quelques millions de blogueurs actuels sont des pionniers étranges, dont on regardera dans quelques années les pratiques comme autant d’archaïsmes, tant nos outils et nos réflexes d’organisation sont rudimentaires. Une chose reste sûre : l’extension gigantesque de l’espace public n’est pas terminée, et la révolution qu’elle impose dans nos manières de penser n’en est qu’à son début.

Citation extraite de “De la Démocratie numérique” de Nicolas Vanbremeersch. Page 104-105.

  • Citage
Le jeu et la chandelle

Publié le Mercredi 22 Avril 2009 - 1:45
Catégorie: Citage

Chacun de nous doit peu à peu se confronter à la question de sa participation à cet espace, des traces qu’il y laissera, et de l’image de lui qu’il transmettra dans un attrape-tout permanent. Chacun va devoir s’interroger, au fur et à mesure du développement du phénomène, sur sa publicité personnelle, pour une raison simple : cette publicité est la contrepartie – à choisir, à accepter, à limiter – de bénéfices immenses, de découvertes et de connaissance…

Citation extraite de “De la Démocratie numérique” de Nicolas Vanbremeersch. Page 104.

  • Citage
Je ne suis rien sans vous (hu hu hu humilité).

Publié le Mercredi 22 Avril 2009 - 1:38
Catégorie: Citage

Un “gros” blogueur n’est rien en effet sans les autres blogueurs qui lui accordent de l’attention. Il vit de leur regarde, de leurs liens, de leur apport d’informations, de nouvelles. Lorsque mon blog était considéré comme l’un des plus “influents” des blogs politiques, beaucoup n’ont pas compris cette logique, et ont cru que je l’avais fabriquée tout seul, ou qu’elle était inhérente à ma publication. En réalité, ce n’était qu’un jeu social, qui a fait que j’ai peu à peu pris le rôle d’animateur de réseau dans cette communauté informelle que sont les blogs politiques. Ôtez les 500 blogs qui entourent le mien, je ne suis plus rien. Ôtez-moi : le réseau se reformera.

Citation extraite de “De la Démocratie numérique” de Nicolas Vanbremeersch. Page 65.

  • Citage
Que gagne-t-on à bloguer ?

Publié le Mercredi 22 Avril 2009 - 1:33
Catégorie: Citage

L’auteur évoque la monétisation des blogs, et la poignée de blogueurs qui parviennent à réellement gagner de l’argent grâce à cela. Au final, il y a très peu d’élus, il explique donc à son sens ce qu’on y “gagne” (en ce moment en tout cas), et comment “monter” dans sa sphère. Tout cela est tellement juste que ça fait peur !!

La monnaie de ces échanges est ailleurs. La première est évidemment le plaisir de l’échange, sous toutes ses formes. La joie du commentaire posté sous un billet est quelque chose que tout blogueur connaît. Je donne, on me rend. Non point en monnaie, mais en jugement, en connaissance. Le plaisir de la discussion et des découvertes qu’elle engendre est au coeur de ces échanges. Nulle vision angélique ici : ce principe est souvent trop égoïste, l’égo du blogueur aime à être flatté, mais il est réel.

L’autre monnaie de ces échanges, c’est la réputation. On aime à se faire reconnaître de ses pairs ; comme un bon scientifique attend avec impatience de suivre les citations et réactions sur son article publié dans une revue prestigieuse, le blogueur aspire à être repris par d’autres blogs, commenté en abondance. On espère voir sa réputation s’étendre par la circulation de sa pensée, on se réjouit d’avoir de plus en plus de lecteurs.

Evidemment, cet espace est également peuplé de mondains du web. Ils lient, flagornent, sont présents à tous les événements de leur communauté, et peuvent gagner en crédibilité. De fait, l’autorité ne s’alloue pas de manière scientifique et garantie aux meilleurs. Un des déterminants les plus actifs du mécanisme d’allocation d’autorité à un blogueur est sa participation. Soyez rare ? On vous oubliera. Publiez comme un fou, devenez indispensable en commentant tout ce qui passe autour de vous (avec une once de talent, c’est mieux), vous pourrez devenir, dans ces microsociétés, un noeud de réseau essentiel à leurs vies. On n’est pas, ici, dans le monde pur des idées, mais bien dans une logique sociale, en réseau : les fluidificateurs, les noeuds d’information, les distributeurs d’attention sont aussi essentiels que les bons écrivains, les experts et les polémistes de talent.

Citation extraite de “De la Démocratie numérique” de Nicolas Vanbremeersch. Page 56-57.

  • ThéâtrOpérage
Macbeth (Verdi) à l'Opéra Bastille

Publié le Mardi 21 Avril 2009 - 1:01
Catégorie: ThéâtrOpérage

Un an que je n’étais pas allé à l’opéra, ah ça m’avait drôlement manqué en fait, et surtout en si bonne compagnie, avec un ribambelle de blogamis (c’est nouveau, c’est mieux que « blogueurs », et c’est plus juste, depuis le temps…). J’étais aussi ravi de retrouver Verdi et mes petits opéras de concierge, et « Macbeth » m’a vraiment enchanté par sa musique et ses chants. Je suis beaucoup plus réservé pour la mise en scène et les décors… Argh.

Macbeth c’est avant tout un couple et dans l’opéra de Verdi surtout une Lady Macbeth. Son mari reçoit de sorcières des révélations qui le troublent au plus haut point. En effet, il doit devenir roi, et son compagnon d’armes, Banquo, doit voir ses enfants régner plus tard. Quand Lady Macbeth apprend cela, elle ourdit rapidement un complot, et hop ils zigouillent le roi, et font porter le chapeau à son héritier. Macbeth devient roi… une bonne chose de faite ! Mais comme ce sont les enfants de Banquo qui doivent régner, le sympathique couple décide de tuer son ancien pote et sa famille. Le fils de Banquo s’enfuit in extremis… Les sorcières reviennent délivrer à Macbeth un sombre et sibyllin présage…

Comme je le disais plus haut, j’ai été conquis par la musique et par l’histoire. Là, vraiment rien à dire, c’est magnifique, même pas chiant, et certains airs m’ont hanté des jours durant. Par contre, en terme de performances vocales, on ne peut pas dire que c’était le pied intégral… Oh là là. Pas de grosse catastrophe non plus, mais rien de bien convaincant ou troublant, à part Lady Macbeth (Violeta Urmana aka la grosse dame) qui a franchement bien assuré et qui a tenu toute la troupe à bout de bras/voix (parce que Macbeth est assez transparent pour qu’on puisse aisément renommer l’opéra « Lady Macbeth ») ! Il y a aussi l’air de Macduff (Stefano Secco) qui se démarque carrément et qui a fait frissonner toute l’audience. Mais bon, je n’ai toujours pas compris l’intérêt de l’avoir fait chanter couché dans un parc pour bébé, entouré de haillons et de légos…

Car là où le bas blesse vraiment, c’est au niveau des décors et de la mise en scène de Dmitri Tcherniakov. Merde alors, moi je voulais des rois, des sorcières, des châteaux et des forêts qui avancent !!! A la place, j’ai eu des décors un peu merdiques, des sorcières qui ne ressemblaient à rien, des zoom/dézoom Google Earth entre chaque acte de qualité médiocre, des plans vus par la fenêtre etc. Bref des trouvailles qui en elles-mêmes ne sont pas si mauvaises, mais qui n’ont strictement aucun intérêt, et qui en plus nuisent à la compréhension de l’intrigue. Car comment comprendre cette histoire de sorcières devineresses, de roi assassin, avec un plan de banlieue sur maps, une maison en 3D isométrique des années 20, une scène réduite à un rectangle découpé qui ne produit pas vraiment son effet, etc. Bon bah, je n’ai pas été convaincu…

Bon, faut pas déconner, je veux vraiment retourner à l’opéra avant l’année prochaine !!!!

L’avis des copines : Chondre, Orphéus, Oh!91.

Macbeth (Verdi) à l'Opéra Bastille

  • Boukinage
Lettres à l'archiduchesse Marie-Christine 1760-1763 : Je meurs d'amour pour toi… (Isabelle de Bourbon-Parme, présentées par Elisabeth Badinter)

Publié le Lundi 20 Avril 2009 - 23:28
Catégorie: Boukinage

Isabelle de Bourbon-Parme… petite-fille de Louis XV du côté de sa maman, et petite-fille de Philippe V d’Espagne du côté du papa. Bref, c’est de la sacrée ascendance ça !! Mais je dois avouer que je la respecte beaucoup plus pour avoir eu l’insigne honneur d’attirer l’attention d’Elisabeth Badinter, illustre femme s’il en est. Cette dernière présente là la correspondance entre Isabelle de Bourbon-Parme et sa belle-soeur, l’archiduchesse Marie-Christine.

Isabelle était apparemment dotée de tous les charmes et de toutes les qualités, une coqueluche de toutes les cours et les salons. Elle épouse le futur empereur Joseph II d’Autriche, et là encore elle fait la conquête de toute sa belle-famille, notamment sa belle-mère Marie-Thérèse qui n’arrête pas de louer les qualités d’Isabelle. La petite Bourbon-Parme, à en lire ses lettres, était surtout une habile stratège et fine psychologue, qui se faisait beaucoup aimer avec un certain machiavélisme. Elle révèle quelques secrets d’entourloupette dans ses missives qui montrent qu’elle n’était pas si innocente et candide.

Mais si Elisabeth Badinter s’y intéresse c’est à la fois parce qu’il s’agissait d’une personne d’une rare intelligence, quelque-chose de pas si commun à l’époque pour une femme, une de ces « princesses philosophes », mais aussi pour cette incroyable correspondance. En effet, Isabelle écrit billets sur billets à sa belle-soeur Marie-Christine et les sentiments qu’elles nourrissent l’une pour l’autre, sont assez explicites. Clairement elles étaient lesbiennes !!

L’intérêt de l’ouvrage réside presque plus dans la large préface d’Elisabeth Badinter que dans les contenus des billets en eux-mêmes. Le texte introductif est bourré de références et d’explications vraiment passionnantes, tandis que les billets sont l’exacte représentation de ce qui serait aujourd’hui une conversation MSN ou bien un échange de SMS. Mais du coup il y a un certain charme à lire cela, et on se retrouve vite terriblement surpris de la liberté des propos, surtout saphiques !! On y trouve aussi quelques traits d’époque qui sont assez choquants maintenant, mais qui apparemment étaient tout à fait courant. Par exemple, elle s’exprime très largement sur son transit intestinal en y mettant des formes « assez » crues.

On y lit avant-tout déclarations sur déclarations, les plus enflammées et passionnées, et on imagine bien les sentiments qu’Isabelle nourrissait pour Marie-Christine (apparemment réciproques). Mais le style, même s’il est assez flamboyant et précieux parfois, n’est pas non plus extraordinaire, et ce n’était pas le but, puisque nous sommes au contraire dans une correspondance superficielle et « jetable ». Il est d’ailleurs drôle de constater que les modes de communication que nous inventons pour le plus grand nombre, existaient finalement il y a déjà quelques temps pour quelques uns.

Vraiment ce n’est pas une lecture impérissable, mais le tout revêt un certain charme. Comme si l’on avait accès aux échanges MSN de deux jeunes femmes mariées et dignes qui s’écrivent des mamours et des remarques plus salaces, mais il y a 250 ans !!

L’avis des copines : [elle] et Tolichou avec plein de citations qui illustrent très bien mes propos !!

Lettres à l'archiduchesse Marie-Christine 1760-1763 : Je meurs d'amour pour toi... (Isabelle de Bourbon-Parme, présentées par Elisabeth Badinter)

  • Magazinage
2040 selon Fluide Glacial…

Publié le Dimanche 19 Avril 2009 - 23:18
Catégorie: Magazinage

Je ne sais pas si vous avez lu le dernier hors-série (Série Or en fait) de Fluide Glacial, mais vous devriez il est, comme d’habitude, excellent !! Cette thématique de “2040″ selon les dessinateurs de Fluide donne lieu à des visions particulièrement vitriolées et grinçantes, mais foncièrement drôles.

J’ai toujours adoré Charb (notamment pour ses participations légendaires dans Charlie-Hebdo), mais je crois que je suis de plus en plus sensible à Lindingre. Ces deux auteurs montrent bien mon genre d’humour !!! Et en faisant le tour du magazine, ce sont naturellement sur ces deux dessinateurs que ma préférence s’est portée.

On y trouve par exemple de jolies images de notre président actuel :

"Sarkozy en 2040" par Charb - Fluide Glacial Série Or N°46

"Sarkozy en 2040" par Lindingre - Fluide Glacial Série Or N°46

Que de belles projections dans les 30 ans à venir… Mouahahaha. :mrgreen:
Beaucoup d’auteurs se plaisent aussi à imaginer les conflits dont nous sommes habitués depuis des lustres et qu’on imagine pas vraiment avoir une fin. Evidemment on y trouve des évocations aigres-douces concernant le conflit israélo-palestinien. Mais il est plus drôle finalement de lire cette brève sur un énième projet de partition belge…

Une nouvelle partition de la Belgique ? - Fluide Glacial Série Or N°46

Et puis pour être complet, il faut ajouter un peu de réflexion sociétale et bioéthique :

Lindingre et la génétique en 2040 - Fluide Glacial Série Or N°46

Une pincée de people…

"Tokyo Hotel en 2040" par Lindingre - Fluide Glacial Série Or N°46

… et un brin de religion :

"Jésus revient" par Charb - Fluide Glacial Série Or N°46

Et moi, je me marre. :lol:

  • Boukinage
Erevan de Gilbert Sinoué

Publié le Vendredi 17 Avril 2009 - 1:06
Catégorie: Boukinage

Gilbert Sinoué est cet immense écrivain qui a écrit le non moins immense « Avicenne ou la route d’Ispahan » que j’affectionne tant. Il a publié plusieurs romans à la veine historique forte, et là il a fait très fort en narrant le génocide arménien. A la manière d’un véritable roman, passionnant et dramatiquement épique, il dresse un témoignage saisissant et habilement documenté sur cette partie sombre de l’histoire turque moderne.

La trame romanesque mêle de véritables personnages historiques à la famille Tomassian, fictive mais très réaliste. Hovanès est un des députés arméniens du Parlement turc, tandis que son frère Achod vit avec sa femme et ses jeunes enfants, sa fille Chouchane et son fils Aram, à Erzurum. Le roman démarre par l’épisode historique de l’attaque de la Banque Ottomane en 1896, pendant lequel des arméniens tentent d’attirer le regard des européens sur les massacres du sultan Abdülhamid. L’un des participants de l’attaque, Armen Garo, est envoyé en France avec les autres « terroristes », mais il revient en Turquie pour devenir un de ces députés arméniens, avec Hovanès Tomassian. Les Jeunes-Turcs qui ont renversé le sultan sont d’abord la promesse d’une ère meilleure pour les arméniens, mais en définitive c’est aussi l’avènement d’un terrible nationalisme, qui va précipiter le génocide du peuple arménien.

Le livre est une mine de renseignement sur les us et coutumes de l’époque, sur les événements de ces années de première guerre mondiale, mais aussi sur la situation géopolitique de la Turquie de 1915. On comprend comment les arméniens représentaient un frein à l’unification musulmane, notamment, du pays, et comment insidieusement l’attaque des russes pendant la première guerre mondiale a été un argument fallacieux pour justifier des massacres et des déportations (les arméniens étaient accusés de comploter avec les russes). Gilbert Sinoué a réussi l’incroyable alchimie en alliant des informations historiques qui seraient rébarbatives dans un autre contexte, avec les témoignages de ses personnages qui nous transmettent cette dimension humaine unique et indispensable à la pleine compréhension de l’horreur.

Il est incroyablement troublant de lire comme ce génocide a des points commun avec celui des juifs pendant la seconde guerre mondiale… On y trouve les mêmes procédés, des actes de barbaries similaires dans cette suppression pure et simple de tout un peuple. Même la diaspora qui s’en est suivie, et la vendetta contre les responsables turcs est un trait commun. En ce sens, j’ai beaucoup pensé au film « Munich », avec la fin du roman qui se penche sur Soghomon Tehlirian, un héros arménien qui est aussi un des personnages du bouquin.

On voit et on vit le génocide, avec ce qu’il a de plus cruel et une crudité parfois à peine soutenable. Je repense à des descriptions de viol ou de tuerie d’enfants qui m’ont donné des hauts le coeur, mais qui ont le mérite de dépeindre (à mon avis encore en dessous de la réalité) une partie des exactions de 1915. Gilbert Sinoué décrit aussi les centaines de milliers d’arméniens qu’on a mené dans le désert, sans eau ou nourriture, juste de points en points pour les faire mourir de fatigue, maladie ou multiples rapines…

Les européens composent avec la grande guerre, mais surtout avec leurs intérêts, et en cela rien a vraiment changé. La Turquie appartient complètement aux pays d’Europe, et cela fait bien penser à « Persépolis », qui y gèrent avec de très confortables bénéfices les infrastructures, les industries, le tabac ou les ressources naturelles. On voit bien quelques bonnes volontés, comme cet ambassadeur américain Henry Morgenthau, ce diplomate anglais Lord James Bryce ou bien la missionnaire danoise Karen Jeppe, qui a suivi et apporté secours aux arméniens en déportation. Mais tout cela est noyé dans le conflit mondial, et certains conflits d’intérêts largement économiques.

Gilbert Sinoué offre là un ouvrage qui non seulement est un excellent roman, mais qui constitue un témoignage et une mise en perspective essentielle pour le devoir de mémoire, et la formalisation, la projection concrète et terrible de ce génocide. Il intéressera évidemment à plus forte raison les arméniens et personnes d’origines arméniennes, mais aussi tous ceux qui veulent en savoir plus, et tout le monde devrait être dans ce cas. En outre il y a beaucoup d’arméniens en France, et on a tous un ou une amie qui est indirectement concerné par ce fait avéré. Pour ma part, j’ai pensé pendant toute ma lecture à mon amie Naïri, qui est une personne très touchée par ce passé, et qui verra dans ce bouquin un tribut aussi douloureux que nécessaire et digne.

Erevan de Gilbert Sinoué