20 articles pour le mois de Octobre 2009

  • Cinéphage
Mary & Max

Publié le Jeudi 29 Octobre 2009 - 1:08
Catégorie: Cinéphage

Je suis toujours ébahi par ces véritables artistes qui passent plus d’une année à faire un film à base de pâte à modeler, et qui, à l’époque des images de synthèse et du tout « ordinateur », se prennent la tête à modéliser des décors entiers, et à nous servir les 24 images par seconde nécessaire pour donner vie à leur histoire. Pour « Mary & Max » cela va encore plus loin, puisque non seulement les décors et les personnages sont d’une stupéfiante et magnifique beauté et expression, mais en outre le scénario est étonnant, drôle et émouvant. Bref, j’ai été conquis.

Mary est une gamine australienne de 8 ans qui est assez malheureuse dans la vie. En effet, elle n’a pas d’amis, une mère pas très sympathique, mais heureusement beaucoup d’imagination et d’espoir. Elle décide notamment un jour de jeter une bouteille à l’eau et prend un nom au hasard dans l’annuaire. Elle tombe sur un certain Max Horowitz de New York, et elle lui écrit une lettre pour qu’il devienne son ami. Ce dernier est un autiste (atteint du syndrome d’Asperger, tout comme Daniel Tammet) qui vit aussi très seul, et tente de maîtriser ses crises de panique et d’anxiété dès que ses rituels sont troublés. Max répond à Mary, et les deux olibrius vont mener une relation épistolaire sur plus de vingt ans !!!

Ce film est un bijou d’inventions, de drôleries, d’une narration parfois neurasthénique et dépressive, souvent très poétique et pleine d’émotions, qui saisit bien fréquemment le spectateur. Comme souvent avec la pâte à modeler les expressions des visages sont très précises et ciselées, et ces productions artisanales permettent souvent (comme pour celles de Nick Park et Peter Lord) d’incroyables prouesses qui surpassent les images de synthèse, et font que ce genre a un style et des qualités intrinsèques indéniables. Et là je pense qu’Adam Elliot a particulièrement assuré… Les décors sont en effet géniaux, malgré des palettes de couleur très uniformes (noir et blanc pour New York, ou marron pour l’Australie), et on imagine sans peine le travail titanesque pour réaliser tout cela. De même que l’animation des personnages est impeccable, et que la réalisation est tout bonnement analogue à celle d’un « vrai » film.

Et pourtant le film prend son temps avec un récit qui se déroule à la vitesse des échanges de courrier entre les deux héros. La première partie se focalise sur Mary et son histoire, et puis ensuite on découvre Max et sa propre genèse, et c’est seulement après que les échanges épistolaires commencent. Mais je n’ai pas trouvé ça long ou chiant, malgré un rythme vraiment pas enlevé. Je crois que c’est dû à ces deux personnages qui sont si attachants, et dont les histoires fourmillent de tant de névroses et de péripéties que ça pousse vraiment à s’attarder sur eux, et à avoir très rapidement envie d’en découvrir plus, et de connaître la suite de leur relation. Les voix de Toni Collette, Philip Seymour Hoffman (les deux héros), mais aussi Eric Bana en un désopilant (et très sexually confused) Damian Popodopoulos, contribuent aussi à la réussite de cette oeuvre.

C’est tout sauf un blockbuster américain ou même un film d’auteur froid et intello, on est vraiment dans ce que j’aime tant dans le cinéma. Il s’agit d’une oeuvre simple et belle, intelligente et sensible, avec quelques ressorts assez faciles je le consens, mais qui mêle avec une rare alchimie une histoire dense et attachante, un divertissement efficace et une forme plutôt puérile (celle des films pour enfants en pâte à modeler en tout cas) qui se révèle diablement efficace.

L’avis des copines : Le Juif, Julien.

Mary & Max

  • Cinéphage
La proposition

Publié le Lundi 26 Octobre 2009 - 1:30
Catégorie: Cinéphage

Bon ! Je fais l’effort de parler de tous les films que je vais voir, donc je ne vais pas vous le cacher, je suis allé voir celui-ci… Hu hu hu. J’avoue d’ailleurs sans vergogne avoir une certaine tendresse pour Sandra Bullock dont je trouve un véritable talent pour la comédie (Je pense surtout à l’irrésistible « Miss Détective », putaaaaaaaaain je viens de voir que le film datait de 2000 !!! Mein gott!). Mais là ce n’est pas un chef d’oeuvre de drôlerie, même si ça le laisse tout à fait regarder. Disons qu’il ne faut rien avoir d’autre à faire ou à voir, et ça peut passer dans un grand moment de désoeuvrement et pour faire le vide dans sa tête (oui vraiment, le vide !).

Sandra Bullock est une grande éditrice à New York, une sorte d’Anna Wintour de la presse, qui mène la vie (très) dur à ses employés, et en particulier à son assistant, Ryan Reynolds. Mais elle est canadienne et a négligé quelques formalités administratives qui font qu’elle doit être expulsée. Elle annonce alors in extremis qu’elle doit se marier avec son assistant pour éviter de perdre son job et sa situation. Evidemment l’immigration intervient et mène l’enquête, elle convainc son assistant de faire un mariage blanc contre la publication d’un de ses romans, et ce dernier l’embarque pour l’Alaska où elle doit faire la rencontre de sa future belle-famille.

Le film n’est qu’une accumulation de clichés et est cousu de fil blanc d’une manière tellement maladroite et manifeste que c’en est troublant. On a droit à tous les poncifs : l’histoire d’amour impossible qui se réalise, la bourge qui méprise les péquenots (mais finit par les aimer), l’assistant passionné de littérature dont la famille possède la moitié de l’Alaska (et qui agit contre l’avis de son papa), les quiproquos et autres malentendus censés être marrants, les petites saynètes scabreuses qui vont bien autour du futur couple qui en réalité se déteste etc. Il y a bien la présence de seconds rôles tous très connus, comme Betty White toujours aussi pimpante et drôle (Rose dans les « Golden Ladies »), et globalement des comédiens qui essaient de donner le maximum. En fait, même Bullock ou Reynolds ne sont pas mauvais, mais les pauvres ils sont bien obligés de dire leur texte, et de jouer ce truc !!

L’originalité et le petit plus du film résident dans le fait d’avoir inversé les rôles avec une femme puissante et plus âgée qui s’amourache de son secrétaire, à qui elle menait une vie infernale au bureau. Habituellement, on aurait plutôt vu un homme dans ce rôle avec la gentille secrétaire en héroïne. Bon allez, j’arrête là, ça suffit !!

L’avis d’une seule copine : Patrick-Antoine.

La proposition

  • Linkage
Embruniseries

Publié le Samedi 24 Octobre 2009 - 0:19
Catégorie: Linkage

Laurent aka Embruns est un mec que j’admire sincèrement à bien des égards, et certains épisodes de son blog, comme les superbes photos qu’il publie aujourd’hui, ou celle de ses 19 printemps, sont de biens gaies réminiscences. Comme quoi les époques et les moyens techniques changent, mais le fond est toujours le même !!! ;-)

  • Linkage
Etude de jeunesses comparées

Publié le Vendredi 23 Octobre 2009 - 0:15
Catégorie: Linkage

Moktoipas a trouvé les bonnes références pour parler aux générations, hé hé hé.

Pour ceux qui étaient jeunes dans les années 80, imaginez que c’est comme trouver Maradona dans un sachet d’autocollants Panini.
Pour ceux qui étaient jeunes dans les années 90, imaginez que c’est comme trouver un POG brillant dans le sachet.
Pour ceux qui étaient jeunes dans les années 2000, imaginer que c’est comme trouver Pikachu dans un sachet de cartes Pokemon.

  • Cinéphage
The September Issue

Publié le Vendredi 23 Octobre 2009 - 0:04
Catégorie: Cinéphage

Aller voir un documentaire sur la conception du numéro de septembre de Vogue ce n’était vraiment pas un réflexe pour moi, mais j’y suis allé, et j’ai adoré. Ce film de R.J. Cutler est extraordinaire, et mérite bien les éloges que j’ai pu lire à son sujet. Pourtant le sujet a de quoi décontenancer les prosaïques comme moi ou enflammer les fashionistas parisiennes qui étaient dans la salle : suivons Anna Wintour et son staff de Vogue pendant les semaines qui précèdent la sortie du plus gros magazine Vogue jamais réalisé !

Eh bien le résultat est génial parce qu’il mixe à merveille tous les genres du cinéma. Ce n’est pas seulement un documentaire, mais c’est aussi cela, c’est une émission de téléréalité, un film d’action trépidant, une comédie romantique, et une oeuvre pleine d’humour, d’ironie saignante et de rebondissements inattendus.

Et si Anna Wintour est bien la gorgone du « Diable s’habille en Prada », on voit rapidement se démarquer la véritable héroïne du docu, la vraie gentille de l’histoire. Il s’agit de Grace Coddington. Cette directrice de création, qui fut à la base une mannequin anglaise des années 60, est un véritable génie de la photo et de la mode. Le fil rouge du documentaire est en réalité la relation ténue qui rapproche les deux femmes, et les fait autant s’adorer, s’admirer et se détester. Grace propose séries de photos sur séries de photos toutes plus somptueuses, originales, décalées, glamour, et vraiment saisissantes. Quant à Anna Wintour, elle déteste et chasse des maquettes du magazine : tout ce que le spectateur adore en un coup d’oeil.

Anna Wintour est toute en clichés avec sa froideur légendaire, ses opinions tranchantes (ou pires), son personnel dévasté par la peur, ses fringues « Edna Mode », sa coiffure douteuse et son visage bien artificiellement déridé. Grace Coddington est franche, vive, aussi radieuse que marquée par les années, mais charmante et authentique, elle ne vit que pour ses photographies, et elle irradie son entourage de son entêtement et de sa bonne humeur. Aussi leur ping-pong est souvent irrésistible, et très drôle, même si on devine des fureurs sous-jacentes pas très catholiques.

Le docu est évidemment une occasion unique de montrer l’industrie de la mode dans son acception la plus mercantile et terriblement superficielle. Voilà les créateurs du monde entier qui se prosternent devant cette déesse suprême de leur Art, et qui a droit de vie et de mort sur leur carrière. Et on la voit autant booster la carrière d’un sympathique créateur débutant, que critiquer vertement un autre couturier pour avoir choisi le noir comme principale couleur de vêtement. Et d’ailleurs le type repart bredouille en expliquant qu’il doit tout revoir !

Anna Wintour c’est aussi une cour à la « Ugly Betty », avec des pédales fashionistas mauvaises et calculatrices qui font beaucoup glousser, des assistantes revêches et maigres qui espèrent se démarquer, et certainement beaucoup de passionné(e)s qui se désillusionnent mais qui sont au moins arrivés à la Mecque de leur rêve de gamin(e)s. Et donc seule Grace Coddington à l’ancienneté, le talent, (les couilles,) et la considération (habilement dissimulée) de la harpie en chef pour incarner la parfaite héroïne de cette fable moderne.

Je ne sais pas à quel point le montage nous donne à voir l’histoire qui a été plus ou moins écrite ou scriptée, mais le résultat est un divertissement de 1h28 qui est haletant et passionnant, et dont on a hâte de connaître l’issue. J’ai vraiment été épaté d’être autant intéressé, et complètement accroché par ce documentaire.

L’avis des copines : Brice, Oslo, Zéro Janvier.

The September Issue

  • Cinéphage
A propos d'Elly

Publié le Jeudi 22 Octobre 2009 - 0:02
Catégorie: Cinéphage

Voilà un de ces films qui a fait parler de lui par un bon bouche-à-oreilles (et son Ourson d’argent berlinois) et qui se révèle aussi bon que surprenant. Surprenant plus par mon étroitesse d’esprit j’imagine qu’autre chose, car j’ai été plutôt abasourdi par l’image des femmes iraniennes par rapport aux clichés que j’entretenais sur le sujet. Même s’il s’agit d’une jeunesse dorée et d’un milieu très particulier, il n’empêche qu’on nous montre là des femmes qui ne sont pas soumises ou réduites au silence, mais au contraire un éventail de personnages qui étonnent par leur liberté de ton, leur indépendance et leur autorité sur les (leurs) hommes.

Outre cela, le film présente une histoire simple mais rondement menée, comme un étrange mélange entre thriller, comédie de moeurs et récit contemplatif. On ne sait pas bien où le réalisateur va nous mener, et ce mélange des genres en oxymoron est au final des plus agréables. Elly (Taraneh Alidousti), puisque c’est « à propos d’elle », est une jeune institutrice qui est invitée par la maman d’une de ses élèves à passer un week-end entre couples d’amis à la campagne, près de la mer. Et il y a notamment Ahmad (Shahab Hosseyni) qui est en visite alors qu’il vient d’Allemagne, et qu’il est récemment divorcé. Implicitement, la bande d’amis voudrait rapprocher les deux célibataires. Ces joyeux lurons commencent leur week-end en galérant pour trouver une maison délabrée sur la plage, mais tout le monde y met du sien et l’ambiance est chaleureuse, même si Elly reste discrète et mystérieuse. Alors que cette dernière surveille les enfants d’un des couples qui jouent près du rivage, elle disparaît… Accident, fugue, suicide ? On ne sait pas…

Le film présente ces couples modernes comme autant de facettes de cette jeunesse iranienne plutôt à l’aise financièrement, et colle à ce qu’on en connaît tout en cassant pas mal de clichés. C’est-à-dire qu’on y voit des matrones castratrices, comme des femmes indépendantes et rigolardes, mais aussi des épouses discrètes et dévouées. Les hommes sont aussi des maris tendres et compréhensifs, comme plutôt violents et dominateurs selon les couples figurés. Mais je trouve que la différence entre mes clichés et cette réalité là réside aussi dans la manière dont les femmes portent le voile. Il s’agit d’un foulard coloré qui laisse voir quelques mèches de cheveux, évidemment qu’elles ne le quittent pas, mais il a tout d’un ornement et apparaît beaucoup plus comme un élément d’apparat classique et rituel, que comme un instrument sexiste et réducteur.

La réalisation et le jeu des comédiens sont vraiment excellents, et le film a une touche résolument moderne. Je veux dire par là que ce n’est absolument pas chiant ou « arty », mais au contraire tourné et raconté d’une manière simple et universelle. Ainsi on ne peut qu’être touché par cette histoire qui pourrait arriver à n’importe qui dans mon entourage. Et cela fait du bien de voir un film iranien dont on se dit que l’intrigue pourrait être transposée en Bretagne (par exemple) quasiment sans retouche ou adaptation !

Certains moments sont un peu plus lents mais m’ont paru magnifiques, et servant merveilleusement l’intrigue et cette ambiance singulière. En outre, moi qui ai toujours un peu de mal avec les mystères non résolus et laissés à l’appréciation des spectateurs, je n’ai pas été déçu puisqu’à la fin toutes les explications sont données, et on comprend le pourquoi du comment. Cela m’a donné envie de découvrir les autres films de Asghar Farhadi, mais encore faudrait-il pouvoir se les procurer…

A propos d'Elly

  • Matage
  • Outside
Sacrée Brigitte Fontaine !!

Publié le Lundi 19 Octobre 2009 - 22:50
Catégorie: Matage, Outside

La revoilà complètement barrée, complètement défoncée, et plus que jamais la vieille qui vous encule avec son look de libellule ! Bravo surtout à ce journaliste de France3 qui tient bon jusqu’au bout de son interview et qui tente, tant bien que mal, de la canaliser. Mais elle divague et disserte avec toujours autant de majesté et d’à-propos sur les thèmes qui lui sont chers. Elle évoque ainsi l’équipe de foot gay qui n’a pas pu jouer contre une équipe musulmane et homophobe, mais aussi les détenus en prison, les sans-papiers ou encore les fous qu’on empêche de fumer en HP, entre deux aaaaaaaaauuuuuh ooooiiiih hééééééééérrrrr.

Elle conclut :

Je suis pour les paradoxes, les oxymores et la réunion des contraires.

Brigitte !!! :love:

  • Linkage
  • Outside
L'apologie de la queue

Publié le Dimanche 18 Octobre 2009 - 20:23
Catégorie: Linkage, Outside

[Via Matorif] Et c’est à Winnie l’Ourson que nous devons cela !!! Si c’est pas un scandale !!

  • Linkage
Bears as Glee

Publié le Vendredi 16 Octobre 2009 - 23:48
Catégorie: Linkage

[Via une vidéo sur Yagg] Hu huhu, excellents ces trois pédés bears qui se déhanchent devant la caméra et miment une scène de la série TV Glee. Ils sont folles et sexy comme il faut, j’adore ! :mrgreen:

  • Linkage
Lady Ga(y)ga(y)

Publié le Vendredi 16 Octobre 2009 - 23:38
Catégorie: Linkage

[via une vidéo sur Têtu] Lady Gaga est vraiment une chanteuse aussi barrée que géniale. Elle dégage à chaque intervention une dose de folie absolument délirante et paraît totalement dévastée, mais toujours ultra-sympathoche, et outre cela quelle excellente artiste elle est !!!

Là chez Nagui, elle déclare qu’elle préfère le Marais à Paris car tous ses amis sont gays ! Elle est bien la chanteuse la plus gay-friendly qui soit, et une qui assume tout haut son FAPisme aigüe ! Clap clap clap !!!!

  • Matooyage
PACS melior est quam iustissimum bellum

Publié le Mardi 13 Octobre 2009 - 23:54
Catégorie: Matooyage

Eh oui ce sont déjà les dix ans du PACS, rha là là là, qui l’eût cru ? On oublie vite ces choses là, mais en se remémorant un peu cette période me sont aussi revenus les curieux acronymes de CUS, CVS ou encore PIC. Ces derniers ont été tués dans l’oeuf et c’est finalement le PACS qui est passé in extremis, plus ou moins soutenu par la gauche, et maladroitement décrié par la droite.

Ce qui est chouette avec l’homosexualité c’est que sa condamnation, sa tolérance, son acceptation ou son adhésion profonde transcendent parfaitement les genres, les orientations politiques ou religieuses, les milieux sociaux et toute autre case. Il y a des pédés (et des gouines) partout, dans tous les quartiers, de toutes les confessions et pour toutes les bourses (sans jeu de mot aucun… non, non, je n’oserais pas). Habituellement, on ne vit pas son homosexualité de la même manière si l’on est dans une caste ou une autre, mais heureusement ce trait de personnalité, cette tare génétique, ce hobby ou cette déviance (rayer la mention inutile) font qu’on se retrouve pour la plupart dans une grosse strate transverse, pleine de suceurs de bites décomplexés et plus ou moins en harmonie avec ses névroses (disons ni plus ni moins que nos cousins hétérosexuels).

Je me souviens donc de cette période curieuse qui voyait les gens s’exprimer tout haut sur leur propre notion de l’homosexualité, de l’orientation sexuelle pure à son expression la plus « sociale », et sur la possibilité de voir naître un véritable mariage gay en France. Et là on a vu et entendu l’homophobie… L’homophobie dans sa pire acception, ce que j’ai d’ailleurs trouvé fort intéressant et éclairant. En effet, alors que mes parents pensaient franchement que c’était une histoire d’obscurantistes bigots, ils ont pu se rendre compte que c’était un phénomène beaucoup plus global et profondément ancré dans les valeurs de notre société actuelle.

« Les pédés au bucher. » Quelle formidable aphorisme des temps modernes !! Et il y avait même (évidemment) quelques pédérastes pour défiler dans ces marches moyenâgeuses ! Et notre chère Madame Boutin en fer de lance de ces gens qui continuent à clamer haut et fort que nous ne sommes que des citoyens de seconde zone, des personnes dont les couples ne sont pas assez « bons » pour bénéficier des mêmes droits. Or je ne requiers rien d’autre que cela, la reconnaissance et l’égalité. Il est juste honteux de constater que la France est assez rétrograde pour continuer dans son refus de donner le même mariage pour tous.

Le résultat de cette lutte d’il y a dix ans, c’est donc le PACS, et c’est une bonne chose évidemment. Je ne vais pas bouder cela, mais pour moi le PACS est au mariage, ce que le Minitel était à l’Internet. On a créé ce contrat, en avance sur tout le monde, de vrais précurseurs, comme un véritable consensus qui calmait les homophobes de tout bords en pondant un sous-mariage, tout en donnant un cadre légal et une obole fiscale aux homos qui voulaient avant tout payer moins d’impôt. Les mairies restent réservés aux hétérosexuels, tandis que les homosexuels peuvent organiser un simulacre de mariage, et tout le monde est content.

Comme pour le Minitel à la fin des années 90, on est à présent coincé avec ce truc bancal et inique, sur lequel les homophobes se concentrent pour nous contenir et nous ralentir au maximum dans nos visées légales expansionnistes. Les autres pays nous ont largement rejoint et dépassé, et nous voilà comme des cons, avec ce contrat dont on n’arrive pas à s’affranchir, et on voudrait encore qu’on soit content de cette situation.

Je suis hors de moi quand j’entends les propos de la Boutin aujourd’hui. Sa mère, sa race, comment ose-t-elle expliquer qu’elle a permis le dialogue sur le PACS et surtout de contribuer à sortir les gays du placard en France ? Franchement, putain de merde, elle a un sacré culot !!! (Cet article de l’Express retrace bien l’ambiance et les discours de l’époque). Elle explique aussi aujourd’hui avec un extraordinaire aplomb que les gays ne veulent pas du mariage, et sa preuve c’est l’énorme surreprésentation des PACS conclus entre hétéros. Cela me rappelle à peu près les propos de Nicolas Sarkozy dont le conseiller en matière de mariage gay n’était autre que Steevy !!!

Je ne veux pas conclure de PACS avec mon chérichou, je veux me marier avec, je veux l’épouser à la mairie, comme mon papa et ma maman l’ont fait en ce 1er décembre 1973. Ni plus, ni moins, comme mes grands-parents, mes oncles et tantes, et cousins cousines, je veux simplement que l’on reconnaisse à mon couple la même valeur, une valeur certes légale, mais aussi, et avant-tout, une valeur sociale, morale et affective. C’est cela qui fera réellement progresser les mentalités, et qui soulagera tous les gays qui souffrent, et les trop nombreux jeunes pédés qui commettent l’irréparable.

Et même s’il ne devait y avoir qu’une poignée de pédés qui se marient, même si le mariage est ringard et obsolète, je veux l’égalité !! Je veux avoir le droit de refuser de me marier, je ne veux pas que ce soit un tiers qui me l’affirme sous prétexte que je n’ai pas les moeurs qu’il faut. Car au final, c’est toujours cela, et je suis persuadé que même parmi mes proches (parents ou amis) hétéros, beaucoup pensent que « ce n’est pas la même chose » lorsqu’on évoque un couple d’hommes ou un couple composé d’un homme et une femme. Et ça arrange bien les gens ce « PACS » ce machin curieux et exotique, qui doit faire original dans les dîners en ville, et qui se pratique tout comme un mariage, sauf que ça n’en porte pas le nom. Bien heureusement car « ce n’est quand même pas la même chose ».

Si peu de pédés sont pacsés, c’est peut-être aussi que, comme moi-même, ceux-là croient encore en autre chose qu’un sous-mariage. Je sais qu’en attendant c’est « mieux que rien », et je vois le bonheur de certains qui ont franchi le pas, et je sais aussi que le PACS est pratique dans sa forme, et moins « impliquant » etc. Mais je n’en démords pas !!!

PS : Une petite pensée en passant pour Edouard et cette manifestation outre-atlantique pour les droits homos. ;-)

  • Boukinage
Insurrections ! en territoire sexuel (Wendy Delorme)

Publié le Lundi 12 Octobre 2009 - 23:55
Catégorie: Boukinage

Prologue :
Tout a commencé il y a quelques mois, alors que je changeais d’appartement et cherchais donc un hypothétique repreneur de mon ancien logis. J’avais informé mon « réseau » de cette opportunité en touitant tout simplement l’info. J’ai eu suite à cela des contacts avec des personnes qui étaient en recherche d’un appartement. Parmi ces gens se trouvait une connaissance de Baptiste, à qui il avait transmis ce plan, une certaine Stéphanie.

Cette dernière m’a contacté pour visiter l’appartement, elle m’avait aussi dit qu’elle était thésarde et prof de fac. La meuf semblait super sérieuse, et venant de Baptiste, je me suis dit que ça devait être le cas (Bah oui de la part d’un éminent sociologue spécialiste des sexshops… Carrambaaa j’aurais dû m’en douter !!!). Nous prenons donc rendez-vous à mon ancien appartement, et je découvre une très belle jeune femme blonde et souriante. Nous papotons et je la trouve vraiment sympathique et agréable. Elle a en outre un petit côté iconoclaste qui me plait énormément. Je pousse le bouchon un peu trop loin (Maurice), et je lui explique dans la conversation les divers obstacles surmontés pour trouver l’appartement magique et la proprio gayfriendly.

Ayant fait mon coming-out, voilà t-y pas qu’elle s’y met à son tour !!!! Et là je suis sur le cul, elle ne fait pas du tout cliché lesbien ! Autant elle a dû griller en deux secondes la grosse tapette que je suis, autant elle est l’alter ego de mon meilleur ami pédé qui ressemble à s’y méprendre à un hétéro (à part son assuétude pour Madonna et les crèmes de beauté). Bref, nous continuons à tailler le bout de gras, et elle m’explique un peu plus qui elle est. Elle a l’air tellement sérieuse avec ses études, son job d’enseignante et son air de femme des années 80, femmes jusqu’au bout des seins, que j’hallucine encore sur sa lesbianité, mais en apprécie d’autant plus le discours militant.

Elle me demande comment je connais Baptiste et je lui explique alors que je ne l’ai jamais rencontré, mais que je le « connais » de blog uniquement. Elle me dit qu’elle tient elle-même un blog, me lance un curieux sourire, narquois et espiègle à la fois, et me souffle qu’elle m’en enverra l’url.

Nous avons échangé quelques emails concernant la location, et elle m’envoie l’adresse de son myspace alors que je suis au boulot. Clic clic, je suis trop curieux pour attendre, et découvre son carnet… Je lis quelques lignes et je manque de m’étouffer en déchiffrant rapidement le récit d’un week-end à Berlin où la jeune fille dit avoir pris son pied dans un show mêlant fist et domination et où je comprends qu’un poing dans la chatte et un autre dans le cul sont les plus bonnes choses au monde. Alors lààààààà, ça colle encore moins avec la jolie blonde, mais je jubile encore plus. Non seulement elle est lesbienne, activiste et barrée, mais aussi performeuse, artiste de burlesque, écrivaine et totalement made in Musardine. Huhuhu. J’adoooooooore !

Suite à cela, nous avons dîné ensemble à deux reprises, et il me semble qu’elle me découvre à chaque fois une couche supplémentaire qui me fait tomber de ma chaise. Et avec tout cela, elle est aussi cette belle femme prof et lettrée, elle est tout autant cette militante lesbienne avec ses attirances pour des FTM, ses envies d’irrévérence et d’insurrection qu’elle mène à bien tout en étant « elle ».

Donc vous l’aurez deviné, j’avais fait la rencontre de Wendy Delorme, et j’ai été marqué par le personnage, et par la nana qui est juste derrière. Donc j’ai lu son bouquin !!!

Fin du prologue (Oui je sais, c’était long.).

Difficile d’appeler cet ouvrage un roman, il s’agit plus d’un essai, ou d’un fourre-tout littéraire qui flirte entre biographie, pamphlet militant, élan romanesque et pure jubilation. Wendy y dissèque sa vision des femmes, et surtout y explique son propre modèle. On comprend son mode de vie, ses désirs et ses principes, ses trips et ses amours. Elle ne badine pas sur la crudité, mais cela donne au livre un souffle de liberté et de vérité qui est très agréable.

Elle commence doucement par une partie assez biographique et intime, pour vélocement nous conduire à cette destinée de femme, ou même à cette reconquête de la femme intérieure, la femme pure et désincarnée, débarrassée de toutes les contingences masculines, qui assume sa sexualité et ses désirs. Elle explicite alors ses jeux, de très innocents à assurément (et assumément) pervers, avec de la domination, des gang-bangs en veux-tu en voilà, et cet éloge de la main qui vous fait voir ensuite une bite comme un bien pauvre et peu efficace outil à jouir !

Et ce qui est profondément touchant chez Wendy Delorme, c’est sans aucun doute la manière dont elle exprime ses sentiments et son amour pour sa moitié. La suite du bouquin est consacré aux « Amours », mais on y trouve autant cette émotion amoureuse que la jalousie ou même la haine. Ce sont d’ailleurs à mon avis les passages les mieux écrits du bouquin, et ceux qui m’ont vraiment plu (Elle livre d’ailleurs un chapitre sur les « bisounours » qui est saisissant !).

On démarre par la petite fille, on débarque du côté du sexe sans tabou, et on termine par un libelle bien politique et sociétal. La fin du bouquin renoue avec la militante et la féministe qui a quelques vérités (les siennes) à nous balancer à la gueule. Et là encore, ça fonctionne plutôt bien !

Je ne peux pas dire que ce soit de la littérature de haute-voltige, ni un bouquin de chevet pour vos mamans, mais il y a un intérêt dans le bouquin, à la fois son existence, et le fait de le lire. C’est une expérience certainement palpitante et excitante pour une lesbienne (je me demande bien quel effet il pourrait avoir sur une femme hétéro), pour un garçon j’ai trouvé cela épatant. En effet, Wendy vous transporte dans ses mots, son univers et ses trips avec une facilité et une fluidité déconcertantes, on se retrouve donc en moins de mots qu’il n’en faut pour le lire dans la peau d’une lesbienne enragée et insurgée.

Après ça se lit très rapidement en quelques heures, et n’a pas une portée supraluminique. Néanmoins, dans le genre de bouquin militant lesbien, je ne doute pas qu’il y trouve une place de choix.

(C’est Wendy Delorme qui est elle-même en couverture.)

Insurrections ! en territoire sexuel (Wendy Delorme)