A y réfléchir, tout a commencé en mai… Le matin de cette soirée d’anniversaire, j’avais sorti mes aiguilles et du fil pour faire un grossier ourlet à mon beau pantalon de capitaine. Et là angoisse : impossible de voir le chas de l’aiguille et donc encore moins d’y faire passer un fil. Alors que j’avais toujours mes 12/10e de près et de loin en janvier, une telle perte de vue m’avait surpris, mais je m’étais résigné. Semaines après semaines, j’avais de plus en plus de moments dans la journée où ma vue se fatiguait, et quand mes lectures matutinales ont commencé à faire apparaître des lettres tremblantes et troublées, je suis allé voir un ophtalmo. Évidemment, on m’a prescrit des lunettes pour soulager ma vue pour lire et basta. Au final, j’ai ces lunettes depuis début septembre (ouai j’ai du mal à faire ces choses là rapidement).
Mais dans ces quelques mois, j’ai aussi perdu du poids, ce qui me faisait très plaisir, et que je croyais dû à mes salades du midi à la Défense (je faisais totalement abstraction des pizzas et autres cochoncetés ultracaloriques junkfoodiennes du soir avec mon chérichou). Et puis j’ai commencé à beaucoup boire, mais je trouvais ça bien car ça contribuait certainement à ma perte de poids. Mais alors j’avais de plus en plus soif (wéééééé géniaaaaal !!), et je pissais autant que je buvais, en toute logique. Tout cela est allé crescendo, et je suis rentré de vacances plutôt fatigué et même avec une bronchite carabinée. Mais encore une fois il était difficile de mettre tout cela bout à bout, car je n’avais pas eu beaucoup de vacances (une semaine), et je pensais que j’avais besoin de plus pour me reposer vraiment. En outre, chérichou était parti aux US pour la suite de ses vacances, et j’étais un peu tout déprimé tout seul à l’appart.
Finalement, crevé à partir de 15h00 tous les jours, à me lever toutes les heures la nuit pour pisser et boire des litres sans m’arrêter (j’aurais bu à en vomir parfois), me bâfrant de chips tout en maigrissant, et avec mes toutes nouvelles lunettes Prada, je narrais ces quelques innocents symptômes à ma mÔman. C’était je pense la première fois que moi-même je faisais le compte de tous ces petits trucs à la con. Et ma mÔman a tout de suite percuté : “Oh merde, on dirait du diabète ça !! Il faut que tu ailles absolument consulter !! On se sait jamais.”.
En bas de la tour où je bosse, il y a un cabinet médical, et un généraliste dont mes collègues parlaient en rigolant. C’est le docteur que j’étais allé voir pour la bronchite en rentrant du Maroc, et il me faisait marrer aussi car je ne comprenais pas un mot sur deux avec son accent vietnamien à couper au couteau. Il fait plein de traits d’humour mais comme on ne comprend pas ce qu’il dit, il faut juste rire en même temps que lui. MOuahahaah. Bon et moi je suis pas raciste donc le gars il a son diplôme, je lui fais confiance. Je suis allé le voir pour me faire prescrire rapidement des tests sanguins. Je n’ai pas encore bien compris ses blagues, mais je suis reparti avec une glycémie à jeun et tout le tintouin.
Quelques jours plus tard, je vais chercher ces examens, et j’avais des taux tellement anormaux que c’en était fascinant, à croire qu’on avait dilué mon sang avec du sirop d’érable !!! J’ai déposé les résultats chez le médecin de la Défense, et je suis monté au boulot. Il me rappelle dans l’après-midi :
- Monsieur Matoooooooo ?
- Oui Docteur, bonjour. Alors vous avez eu les résultats ?
- Oui. Monsieur Matoo, U-gences, tout de suite. Résultats, hôpital Saint Antoine, trop fort. U-gences u-gences u-gences !!!
- Hein ??? Quoi quoi quoi ? On peut se voir plutôt que vous m’expliquiez tout ça ??
Je passe le voir vers 17h, et là rien à voir. Il rigolait et il me disait que je mangeais certainement très mal. Et il rigolait encore. “Si vous continuer, moi vous envoyer u-gences hein ? Ahahahaahahaha.”
Et puis, il me dit que pour être certain, on refait les mêmes analyses, et qu’avec quelques médicaments et un régime, ça ira mieux.
Donc j’ai attendu, et j’ai refait des examens. Et avec ces résultats de nouveau catastrophiques, je suis retourné le voir un peu dubitatif. Alors là, il ne parlait plus d’urgences, mais paraissait très confiant et plus hilare que jamais. Cela m’a tout de même inquiété, et muni de mes résultats, je suis allé vendredi soir (le 17 octobre) chez ma docteure FAP. Je lui ai décrit mes symptômes, lui ai montré mes examens, et elle est s’est exclamée comme elle le fait si bien “MAAAAAAAAAaaaaais Mathieu, c’est la cata !!!! Qu’est-ce que tu me ramènes là encore ??? Mon dieu mais tu es diabétique mon cher !!!”. Ah ?
Elle me demande d’uriner pour tester mon taux d’acétone, et elle se décompose en regardant la couleur de la bandelette. Elle me dit : “Bon je ne suis pas sure de moi, donc on va appeler quelqu’un, mais si ce n’est pas possible, je t’envoie directement aux urgences de Saint-Louis. Je pense que tu es diabétique de type 1, et qu’il faut qu’on te mette tout de suite sous insuline.” Elle se saisit de ses PagesJaunes et appelle le diabétologue le plus proche. J’ai de la chance, il est en consultation et quand elle lui annonce mon taux d’acétone, il accepte de me prendre en urgence.
Quelques minutes plus tard, je suis dehors et j’accuse le choc, je n’ai qu’à parcourir l’avenue Parmentier jusqu’à l’Hôpital Saint-Louis où le spécialiste a son cabinet privé juste en face. J’appelle chérichou et l’informe, j’appelle une amie pour qu’elle annule notre soirée théâtre. En quelques minutes de diagnostique, il me confirme de très lourds soupçons sur un diabète de type 1 et la nécessite d’être immédiatement hospitalisé, soit dans son service de diabétologie juste en face, soit aux Urgences. Avec le taux d’acétone que j’ai dans le sang, je peux tomber dans le coma d’un instant à l’autre, donc c’est plutôt sérieux.
Il m’explique très calmement et pédagogiquement ce que j’ai. J’apprends que le diabète est une maladie auto-immune, autrement dit mes globules blancs ont attaqué mes propres cellules pancréatiques et ont réduit à jamais à néant ma capacité à produire de l’insuline. Je me souvenais assez bien de ces histoires d’insuline de cours de biologie qui permet au sucre de rentrer dans les cellules. Le médecin complète l’information en m’apprenant que sans sucre, mes cellules ont utilisé mon gras et mes muscles tout en produisant de l’acétone dont les taux ont grimpé dans mon sang. Le sucre lui n’étant pas absorbé est évacué dans mon urine, ce qui me donne cette soif inextinguible et cette irrépressible envie de pisser. Malgré cela j’étais déshydraté car on ne boit pas suffisamment par rapport à ce qu’on pisse. Je dois apprendre à l’hôpital à m’injecter de l’insuline avant chaque repas, à des doses qui correspondent à la quantité de sucre ingérée.
Allez hop direction les urgences… Je passe un coup de fil à mon doudou, à qui je dis de ne pas venir, parce que ça ne sert à rien. Une heure plus tard il débarque tout de même. Heureusement qu’il l’a fait parce que ça m’a fait un bien fou de ne pas être seul à ce moment là, surtout dans cette salle d’attente glauquissime. Ensuite tout s’est enchaîné assez naturellement et simplement une fois pris en charge par le service des urgences.
A. est allé me chercher un sandwich car je mourrais de faim, et qui vois-je revenir à sa place ? Caroline !!! Truc de dingue, ma grande copine lesbienne des années 95 que je n’avais pas revu depuis des lustres, et qui était à l’hosto pour voir une copine qui voyait des patients en psycho. Elle est tombée sur A. et elle venue me tailler une bavette. C’était la rencontre la plus inattendue et surprenante qui pouvait être dans cet endroit !
Après j’ai été pris en charge, mais A. a pu rester avec moi jusque plus de 22h, et le personnel était juste adorable et compétent. Le diabétologue que j’avais vu plus tôt est même passé vers 21h30 pour être certain que j’allais bien et que j’étais bien en main. J’ai eu droit à ma perfusion d’insuline, et des contrôles de glycémie toutes les heures pendant 48 heures. Donc une nuit aux urgences bien peu folichonne, mais j’en ai profité pour me faire toute “l’Allée du roi” et ça m’a bien fait passer le temps. Le lendemain, j’étais transféré au service de diabétologie, et mon grand apprentissage de Jedi pouvait commencer. J’avais déjà lu à peu près 10 Mo d’infos sur le sujet, donc on ne peut pas dire que j’ai été long à la détente.
J’ai passé quelques jours à m’acclimater à la mesure de glycémie et aux injections d’insuline, et tout cela n’est pas bien sorcier, même si terriblement désagréable et contraignant.
J’ai surpris et beaucoup fait rire les médecins et infirmières. Mon stoïcisme et mes blagues les ont surpris, mais force était de constater que je n’étais pas déprimé, et que je n’étais pas “troublé” outre mesure de ce qui m’arrivait. J’ai expliqué ce côté “Marc-Aurèle” à un médecin qui m’a vraiment pris pour un taré, et j’ai beaucoup plaisanté avec la nutritionniste à qui j’expliquais que je pensais avoir un super pouvoir pour maigrir ainsi tout en commandant de la junk food tous les soirs. Huhu.
Comme pour les ruptures amoureuses ou simplement toute sorte de rupture dans la vie, je pense que le plus douloureux est la transition entre deux états, mais que passé cette adaptation, on se retrouve dans un “état de fait” qu’il faut simplement accepter, et donc réduire la période “caliméro” au maximum histoire de ne pas être chiant pour les autres et pour soi. De même que je ne maîtrise pas ce qui m’est arrivé, mais c’est arrivé et c’est irréversible, donc faisons avec et au plus vite !
Combien est ridicule et étrange l’homme qui s’étonne de quoi que ce soit qui arrive en la vie ! Livre 12 – XIII
[...]
Celui qui n’admet pas que le méchant commette des fautes est semblable à celui qui n’admettrait pas que le figuier porte du suc aux figues, que les nouveaux-nés vagissent, que le cheval hennisse, et toutes autres nécessités de cet ordre. Que peut-on supporter, en effet, en se trouvant dans une telle disposition d’esprit ? Si tu es exaspéré, guéris-toi de cette façon d’être. Livre 12 – XVI
Lorsque tu t’impatientes contre quelque chose, tu oublies que tout arrive conformément à la nature universelle ; que la faute commise ne te concerne pas, et aussi que tout ce qui arrive est toujours arrivé ainsi, arrivera encore et arrive partout, même à l’heure qu’il est. Tu oublies quelle parenté unit l’homme à tout le genre humain, parenté qui n’est pas celle du sang ou bien de la semence, mais qui provient de la participation commune à la même Intelligence. [...] Livre 12 – XXVI
Du coup, je suis sorti assez rapidement de l’hôpital vu que je comprenais bien le BA-ba de cette nouvelle vie, et que c’est par la pratique que l’on affine peu à peu les choses. Donc me voilà de retour, mais diabétique, et un des premiers effets des retours à une glycémie normale fut une vision encore pire qu’avant. J’ai vu très trouble et c’était super flippant. C’est normal, et cela va revenir au fur et à mesure des semaines, les médecins m’ont dit que je pourrai même abandonner mes belles Prada (çaaaaa jamais, je leur ai dit !!). Cela fait deux jours que je peux de nouveau lire et écrire avec mes lunettes sans trop me fatiguer la vue, donc je me remets à bloguer. Eh oui !