32 articles pour le mois de Janvier 2011

  • Matage
  • Matooyage
In the Upper Room (Philip Glass / Twyla Tharp)

Publié le Lundi 31 Janvier 2011 - 0:58
Catégorie: Matage, Matooyage

J’ai déjà parlé de tout cela, et j’ai parfois l’impression de bien radoter au bout de 7 ans et demi à broder ici, mais j’ai une telle relation avec ce ballet, que je dois encore en reparler. Car j’ai évoqué en 2003 déjà comment j’ai été intronisé à Philip Glass par une de ces rencontres qui changent la vie, et plus tard mon père qui avait enregistré ce bout de ballet à la télé. Il est resté des années un simple extrait sur une antédiluvienne VHS jusqu’à ce que j’en parle ici et qu’un blogueur me confie que l’American Ballet Theatre allait le danser à Paris quelques semaines plus tard. J’ai alors pu enfin goûter au bonheur apporté par ce spectacle qui, pour moi, dépasse l’entendement, transcende tout ce que j’avais pu voir et ressentir jusqu’alors.

Au hasard de mes pérégrinations sur le web, j’ai trouvé une vidéo, manifestement enregistrée de la RAI, qui présente le ballet en entier. Je n’ai pas pu résister à l’encoder et à la poster ici.

Je suis une terrible bille en termes de ballet, mais je vis ce spectacle avec toute ma candeur et mes tripes. Je sais que Glass n’est pas considéré comme de la “grande musique” par les mélomanes, mais ce n’est pas grave, et dans ce cas précis, je n’ai jamais vu expression corporelle plus adaptée, plus en résonance avec la musique que cet “In the Upper Room”. L’ambiance vaporeuse sur la scène, les costumes blancs, rouges ou les zones dénudées, les danseurs et danseuses en solo, en couple, les oppositions, les ruptures ou les harmonies ainsi créées, tout me plait, m’intrigue, me fascine dans ce spectacle.

Les sentiments aussi varient avec des moments de tension extrême et d’autres plus calmes et parfois sombres. Mais il y a surtout cette énergie créatrice et vivifiante qui irradie tout au long de la chorégraphie, j’imagine d’ailleurs que les artistes sont complètement éreintés à la fin d’une telle dépense physique. Le ballet se joue autant d’un ensemble de corps en mouvement, que de petits détails qui viennent émailler une scène globale, et cette vitalité fait que l’on ne s’ennuie pas une seconde. Au-delà des performances athlétiques et chorégraphiques, la poésie qui se dégage est aussi troublante et émouvante, et c’est ce dernier point qui me paraît si extraordinaire. On peut exprimer des choses avec la danse, une histoire, des émotions ou une corrélation avec la musique. Mais pour moi ce ballet devient un pur moment de poésie, et j’en deviendrai proprement synesthésique en ne sachant plus quel sens me procure exactement cela.

Ok j’en fais des tonnes. Mais vraiment j’aime beaucoup beaucoup.

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  • Matooyage
Lapsus Filii

Publié le Dimanche 30 Janvier 2011 - 15:10
Catégorie: Matooyage

Hier après-midi, nous étions en pleine discussion à bâtons rompues avec ma môman. Elle évoquait une situation où certains proches avaient du mal à comprendre que mon frère et moi-même ne sommes plus des minots, mais bien des adultes. Et voilà comment elle a dit ça :

- Bah oui tout de même, vous êtes deux célibataires mais vous avez bien plus de trente ans maintenant !!

(Là je la regarde avec les yeux écarquillés… Et elle comprends que l’assertion me trouble.)

- Oui enfin bon, toi t’es pas vraiment célibataire bien sûr… Mais bon… Bref, vous avez largement passé l’âge des gamineries quoi !

Il s’agissait notamment d’une comparaison avec mes cousines qui sont en couple, ou mariées, et mamans depuis pas mal d’années déjà. Mais voilà moi qui suis en couple depuis presque 4 ans avec mon chérichou, qu’elle connaît parfaitement, dont elle connaît bien le père, et avec qui nous avons fêté Noël dernier, eh bien je suis “célibataire” ou au mieux “pas vraiment célibataire”.

Hu huhu. (mais rire un peu jaune tout de même)

  • Citage
Une famille “normale”

Publié le Dimanche 30 Janvier 2011 - 2:05
Catégorie: Citage

Décidément, Olivier Adam et moi, on a plein de points communs. Hé hé hé.

Mes parents étaient ainsi, et Clara leur ressemblait, obsédés par les apparences, terrifiés par tout ce qui dépasse ou dépare, par le qu’en-dira-t-on le jugement. Jamais ils n’auraient pu se résoudre à dire à qui que ce soit que Nathan était alcoolique, cliniquement maniaco-dépressif, autodestructeur et profondément malheureux. Même pas à eux. Même pas alors que ça crevait les yeux. Rien ne devait troubler ni remettre en cause les catégories définies pendant l’enfance : j’étais mature, effacée sérieuse et responsable, Clara la benjamine était pleine d’énergie, volontaire et brillante, et Nathan bien sûr, bien que l’aîné, perdu au beau milieu, était “hypersensible”, émotif, et éprouvait des difficultés à trouver sa place mais rien de plus. Nous étions une famille “normale”, sans particularité. Comme si ça avait un sens. Comme si ça existait quelque part.

Citation extraite de “Le cœur régulier” d’Olivier Adam. Page 58.

  • Citage
Les yeux des matins trop brutaux

Publié le Vendredi 28 Janvier 2011 - 0:18
Catégorie: Citage

Un auteur déjà cité précédemment que je retrouve dans un ouvrage similaire (un recueil de nouvelles avec de multiples auteurs), et c’est encore un passage d’une de ses nouvelles qui m’a touché. C’est ensuite que j’ai compris que c’était le même que la dernière fois, comme quoi j’ai vraiment un truc avec son écriture. Belle, ciselée, et poétique.

Les yeux des matins trop brutaux, après un lourd et trop profond sommeil.

Et je me rends compte que ces vieux d’aujourd’hui, ces vieux si éloignés les uns des autres mais qui se rencontrent dans ma tête par la seule évocation de leur dissemblance, n’ont, somme toute, que vingt ou vingt-cinq ans de plus que moi.

Vient une saison de la vie où les vieux sont de moins en moins vieux, de moins en moins lointains sur le chemin ouvert devant nous, de plus en plus inquiétants, bientôt des camarades épaules contre épaule et finalement… plus rien.

Déjà derrière nous.

Et quand ceux d’ici, leurs mâchoires entrouvertes sur un sourire chevrotant, leurs mains décharnées qui me saluent d’une reconnaissance amicale, presque fraternelle, me regardent passer, qu’ils m’effraient tout à coup d’être si proches, telles des promesses vers moi tendues et un jour inévitablement tenues, l’autre, celui de là-bas, traverse parfois ma mémoire et des doigts alertes, de longs doigts aux phalanges noueuses, très blanches, presque translucides, courent alors sur l’archet d’un antique violon.

Citation extraite de “Douze cordes”, un recueil de nouvelles sur la musique, de Bertrand Redonnet. Page 51.

  • Exposage
L’Or des Incas à la Pinacothèque de Paris

Publié le Mercredi 26 Janvier 2011 - 23:52
Catégorie: Exposage

Aïe, aïe, grosse déception pour cette exposition… On y voit une profusion d’œuvres plus magnifiques les unes que les autres, mais les explications sont le plus souvent absentes ou parcellaires. Il y a bien des grands textes indigestes et trop longs sur des pans de mur, mais qui ont l’air d’être recopié de bouquins d’histoire d’une antédiluvienne université, et presque rien sur les pièces incroyables présentées en vitrines (à part l’époque et la matière). Tandis qu’on est invité à consulter son audioguide ou son application iPhone, le clampin moyen comme moi reste sur sa faim. Et comme j’aime bien faire des expos avec des amis, je n’ai pas spécialement envie de me retrouver avec des écouteurs en solo…

Au contraire, j’aime que les expos puissent non seulement (pour le prix d’une entrée à 10 euros) me permettre de pénétrer dans le musée, mais aussi d’y recevoir le minimum d’explications et d’accompagnement pédagogique qui vont avec les œuvres présentées. Mais là ce n’était vraiment pas le cas…

Et pourtant c’est une invitation au voyage et un vrai passage dans les “Mystérieuses Cités d’Or” avec des pièces superbes et qui décrivent tout ce que cette civilisation comptait d’artisanat et de maîtrise du métal et de la joaillerie. Avec en conclusion, une flippante momie très Rascar Capac qui m’a glacé d’effroi. On y croise aussi des quipus (sans Zia) et mille autres surprises. Malheureusement, je suis ressorti de là tout aussi ignorant, et je le regrette amèrement…

L'Or des Incas à la Pinacothèque de Paris

  • Boukinage
Le noyé du Grand Canal (Jean-François Parot)

Publié le Mercredi 26 Janvier 2011 - 23:35
Catégorie: Boukinage

Cahin-caha nous voici arrivés au 8ème bouquin de la série Nicolas Le Floch. Au final, c’est assez frustrant car je pourrais écrire exactement la même chose que pour l’opus précédent, “Le cadavre anglais“. En effet, je pourrais continuer à en lire comme cela des dizaines, et le niveau global de ces bouquins est exceptionnel dans la documentation, l’écriture 18ème siècle et sa verve historique, mais tout de même les intrigues sont de moins en moins passionnantes.

En effet, il ne se passe plus grand-chose dans la vie de notre Marquis de Ranreuil. Comme je le disais déjà dans mes précédents articles, on souffre là du phénomène “tout le monde il est gentil”, et donc le bouquin dans son fil conducteur transverse n’est qu’une succession de gentilles petites figures bien en avance sur leur temps (ça c’est le phénomène Rahan, fils des âges farouches…). Le vieux notaire, les servantes, la cuisinière, même les animaux de compagnie, le chirurgien, l’amante, le fiston et j’en passe, ils sont tous gentils tout plein, et le roman en perd autant en saveur. Comme si ce n’était pas suffisant, voilà que le Nicolas s’amourache d’animaux en plus, un cheval et un chien qu’il adopte dans toute sa mansuétude…

Les intrigues depuis quelques bouquins ont aussi tendance à se standardiser, et à manquer de sel. Bref, même avec une qualité constante, je subis un effet d’étiolement, peut-être dû à l’accoutumance, et je pense qu’il va être temps pour moi de renoncer à la suite. Mais il est fortiche tout de même ce Jean-François Parot, car je meurs d’envie malgré tout de retrouver mon petit commissaire du Châtelet ! A chaque sortie des bouquins en poche, je les achète et je m’en délecte pendant ces quelques jours de voyage dans le temps. Et même si c’est répétitif, et si je trouve la galerie de personnages un peu niais, il n’en reste pas moins que la reconstitution est toujours aussi minutieuse et efficace.

C’est bien là où je ne me lasse pas, et où l’auteur continue à briller, car le fond historique est toujours aussi bien ficelé et tramé dans la fiction. On n’y voit que du feu, et il arrive à rendre tout cela diablement crédible. D’abord par la connaissance impeccable des faits historiques, autant les grandes dates que les faits divers, mais aussi l’actualité culturelle ou culinaire, la géographie urbaine parisienne, les découvertes scientifiques du moment etc. Et Jean-François Parot compose avec bonheur une narration fluide, et au langage si docte et fleuri, où on accepte sans ciller les malversations liées à Marie-Antoinette, sur fond de guerre avec les Anglais, où rodent d’étranges castrats qui sont passés de mode, ou bien un peintre (Gabriel de Saint-Aubin) qui n’a pas son pareil pour croquer Paris.

Rhaaaaa, je vais encore me faire avoir pour le prochain…

Le noyé du Grand Canal (Jean-François Parot)

  • ThéâtrOpérage
Cirque Eloize “Rain – Comme une pluie dans tes yeux” au Théâtre du Rond-Point

Publié le Mardi 25 Janvier 2011 - 23:45
Catégorie: ThéâtrOpérage

A la façon d’un célébrissime Cirque du Soleil, le Cirque Eloize est aussi une compagnie québécoise qui a créé un cirque particulièrement artistique et créatif. Cela m’a permis de mieux jauger le précédent spectacle de cirque, aussi très contemporain, que j’avais eu la chance de voir à la Villette, celui de l’ESAC de Bruxelles. Ce dernier était clairement doté de meilleurs athlètes, avec une vraie insistance sur la technicité et les prouesses acrobatiques, mais là où “Rain” est fascinant c’est dans l’aspect artistique pur et dans la grâce infinie développée à chaque tableau.

Le Cirque Eloize utilise toute la gigantesque scène de la salle Renaud-Barrault et déploie ce spectacle “Rain” avec une rare poésie et beauté. Ce sont des dizaines d’artistes et performers de cirque qui filent la métaphore aqueuse à travers leurs numéros et une musique envoûtante. J’ai retrouvé les usages de l’ESAC dans les athlètes qui se tiennent dans des grands cercles métalliques, les acrobates qui remontent le long de grands rubans, des types et jeunes femmes qui sautent dans tous sens avec des catapultes et autres bascules, et même des clowneries avec une drôle de contorsionniste. Mais au-delà de certains numéros assez épatants, on est surtout bluffé par la fusion parfaite entre le cirque et l’expression abstraite. Tout cela n’est que poésie et visions oniriques, un vrai petit moment de bonheur.

Petite déception tout de même pour la partie concrètement “mouillée” qui est l’apothéose du spectacle, et que j’ai un peu trop attendu pendant tout le spectacle. Mais c’est un tout petit biais, surtout dû à ce que j’en avais lu ou vu ailleurs.

Cirque Eloize "Rain - Comme une pluie dans tes yeux" au Théâtre du Rond-Point

  • ThéâtrOpérage
Encore un tour de pédalos (Je hais les gais) au Théâtre du Rond-Point

Publié le Mardi 25 Janvier 2011 - 23:09
Catégorie: ThéâtrOpérage

Je suis assez féru en général des spectacles du Théâtre du Rond-Point, et là en plus il s’agissait d’un truc bien pédé (d’un auteur connu et reconnu dans le milieu du spectacle musical), conseillé par Orphéus himself, donc je me disais que cela augurait du bon ! Arghhhh, je n’ai vraiment pas aimé ça… Cela se voulait, selon les textes de présentation, anti-cliché et égratignant la bienpensance gay parisienne… Au contraire d’Orphéus, j’ai plutôt été optimiste les premières minutes, et puis à mesure que les chansons se sont succédées, j’ai carrément déchanté.

Il s’agit d’un tour de chant assez minimaliste exécuté par quatre chanteurs obviously gay et tous les quatre bien typés : un blanc (Philippe d’Avilla), un black (Steeve Brudey), un beur (Djamel Mehnane), un feuje (Yoni Amar). La scène est plutôt dépouillée, et les quatre hommes réalisent aussi quelques chorégraphies qui illustrent avec plus ou moins de bonheur les chansons. Je dois reconnaître que les chanteurs sont plutôt doués, et que même quand ce n’est pas vocalement épatant, il y a un charme global qui se dégage de la plupart des prestations.

Les textes… Alors d’abord une petite précision sur l’historique du spectacle :

Il y a trente ans, en complicité avec Jean-Michel Ribes, Alain Marcel et ses complices triomphaient dans Essayez donc nos pédalos, coup-de-poing dans le bas-ventre des idées reçues. En France ou off-Broadway, ces premiers Pédalos répondaient en 1979 aux préjugés véhiculés par le succès de La Cage aux folles. Ils tordaient le cou à une middle class rance qui confondait déjà pédé et pédophile, sexualité et maladie. « Nous les tantes », chantaient-ils en choeur.

[Source]

Bon ok… Donc ça a super bien marché et c’était il y a 30 ans un tour de force par rapport à l’époque et son homophobie encore largement répandue. Je veux bien le reconnaître. Et là clairement, le scénario a été révisé, et en effet on y trouve quelques mise en boite de certaines typologies de pédé. Ok ok. Mais pourquoi le faire avec tant de vulgarité même pas drôle ? Et surtout pourquoi choisir des mecs bien foutus et jolis garçons qu’on finit par mettre à poil ? Nan mais c’est pas du cliché ça, et quel intérêt sans déconner ? Bah moi j’en vois aucun… Un chasseur de clichés actuels qui ne voit pas à quel point il cultive ceux d’hier et d’avant hier.

Cela m’a un peu fait l’effet d’un “Equus” dont la mise en scène et le mode opératoire faisaient vraiment spectacle pour exciter des vieux pédés. Eh bien là idem, j’ai eu l’impression que c’était dans les textes et les chorégraphies uniquement des références et une “gestuelle” pour plaire et exciter des gays d’un certain âge (qui peuplaient largement le public). Je n’ai pas du tout été sensible aux métaphores véhiculées, et même à des rapprochements spécieux. Malgré quelques sourires ça ne m’a vraiment pas plu…

Encore un tour de pédalos (Je hais les gais) au Théâtre du Rond-Point

  • Exposage
Mondrian / De Stijl au Centre Georges Pompidou

Publié le Mardi 25 Janvier 2011 - 0:07
Catégorie: Exposage

Voilà une exposition tout à fait dans la lignée des grandes expos du Centre Georges Pompidou, didactique, pédagogique et richement dotée !

Le titre est à la fois très explicite et pourtant porteur d’une certaine confusion. En effet, on pourrait croire que le mouvement “De Stjil” (aaaah ces néerlandais) est le mouvement créé par Mondrian ou bien auquel il est complètement assimilé, mais ce n’est pas tout à fait ça. Disons que les deux sont clairement en résonance, et relativement indissociables lorsqu’on doit évoquer l’un ou l’autre. En revanche, Mondrian était peintre avant, et a gardé sa propre autonomie créative et théorique, tandis qu’il a été un des grands contributeurs du mouvement néoplasticien, et qu’il s’est ensuite clairement détaché de “De Stijl”.

L’exposition traite des deux sujets de manière relativement distincte, à tel point qu’il y a même deux commissaires d’expo, chacun sur un des deux thèmes. On commence par l’explication très pédagogique de ce qu’est le mouvement “De Stjil”, et puis on passe à Mondrian (ses débuts, ses expérimentations cubistes, abstraites, ses vitraux, et son apothéose bien connue avec ses quadrillages). On conclut par des applications du style “De Stijl” (gros pléonasme puisque “De Stijl” veut dire “Le Style” en néerlandais) avec des incroyables pièces d’architecture, des projets décoiffants et des visions concrètes de ces théories qui sont bien bluffantes.

Le parcours est vraiment bien pensé et fluide, il est ponctué d’explications par salle, mais aussi sur certaines œuvres emblématiques ou majeures. Exactement ce qu’il faut pour apprécier la scénographie et bien comprendre la mécanique en jeu, de quoi se passer d’un audioguide tout en se disant que ce serait le complément idéal pour “aller plus loin”. La scénographie est assez “facile” mais plutôt réussie avec une chouette mise en abîme, puisque les cloisons font penser à ces célèbres quadrillages de Mondrian avec des grands pans blancs et des lignes noires épaisses qui délimitent des espaces d’expression ou de vide. Sympa, sans être trop prise de tête, encore une fois j’ai bien aimé.

Il y a aussi cette gentille reconstitution de l’atelier de Mondrian qui permet de se mettre dans la peau de l’artiste, et d’imaginer aussi l’application de ses théories jusque dans l’agencement de son lieu de travail. Mais la grande découverte, et j’ai honte de n’avoir pas su cela avant, est celle du véritable instigateur et fondateur de “De Stijl” en la personne de Theo van Doesburg. La très grande partie des œuvres hors Mondrian sont de cet autre artiste néoplasticien, et il est fascinant de constater son anonymat relatif (à mon incurie) alors qu’il était doté d’une créativité tout aussi féconde et intéressante. Ses vitraux sont notamment des pièces magnifiques et des motifs qui sont aujourd’hui des bien manufacturés qu’on peut couramment voir chez des particuliers.

La focalisation sur Mondrian présente une passionnante rétrospective de l’artiste qui permet de facilement comprendre et appréhender son cheminement artistique. A la manière d’un Malevitch dont on comprend très bien l’ultime “Carré Noir” lorsqu’on a suivi toute l’approche suprématiste, Mondrian et son néoplasticisme deviennent limpides dès qu’on voit concrètement la succession de tableaux qui le mène de la figuration à l’abstraction. Le plus évident est la transformation de la forêt en lignes puis quadrillage, et l’effacement des couleurs composées jusque la quintessence des aplats monochromes. Evidemment, j’ai pensé à la merveilleuse Aurélie Nemours, ou au fascinant Jean Hélion.

La fin de l’exposition démontre l’apport très pragmatique des artistes “De Stijl” à l’architecture et l’urbanisme, intérieur, extérieur, tout est pensé, repensé et traduit en concepts cohérents. On peut y voir des plans ambitieux de maisons, d’immeubles ou de quartiers entiers, qui sont entièrement conçus dans cet état d’esprit d’avant-garde. C’est étonnant d’ailleurs de constater comme ces projets ont gardé leur facette futuriste et moderniste, alors même qu’ils sont complètement désuets à bien des égards, comme une vision uchronique, un de ces avenirs alternatifs que nous ne connaîtrons jamais.

J’ai aussi eu une pensée pour le 124 rue Saint Maur que j’ai évoqué l’année dernière, ce qui prouve que l’œuvre de Mondrian n’a pas cessé d’inspirer même les architectes d’aujourd’hui.

(Ah ouai donc j’ai bien aimé hein, en fait, c’était ça que je voulais dire… en gros.)

Mondrian / De Stijl au Centre Georges Pompidou

  • Boukinage
Nos étoiles ont filé (Anne-Marie Revol)

Publié le Lundi 24 Janvier 2011 - 0:49
Catégorie: Boukinage

Ce bouquin, je ne peux pas vraiment en parler comme je le fais habituellement. Déjà parce que ce n’est pas un sujet de fiction, mais un de ces faits-divers sordides dont on reste épouvanté la journée quand on le lit dans le journal le matin. L’auteur, Anne-Marie Revol, raconte comment en août 2008, elle a perdu ses deux petites filles, Pénélope et Paloma, dans l’incendie de la maison de ses parents. Ensuite, l’écrivain est “Marie” pour moi. Marie de “Marie et Luc”. Luc qui est le meilleur ami de mon ex amoureux à qui j’ai consacré assez de billets ici : M.

Nous venions de passer une semaine de vacances ensemble en Bretagne, et quand M. (qui est cité plusieurs fois dans le bouquin) m’a appelé pour m’apprendre la nouvelle, j’étais comme beaucoup de monde estomaqué, et lui-même avait du mal à digérer la chose. Il s’est ensuite rendu rapidement auprès de Luc et Marie pour les aider. Je n’ai jamais su comment réagir, et si je devais ou pouvais réagir. Cela faisait quelques années que je ne les avais pas vu, depuis la rupture, à part deux ou trois fois dans le coin de République par hasard. Je me souviens à l’époque avoir voulu envoyer un mot, et puis j’y avais renoncé. Il me semblait que c’était déplacé, et que ça faisait trop “scoop” et en décalage avec notre relation. En revanche, je m’étais dit que la meilleure chose à faire était de soutenir M. et de l’aider à être assez fort pour à son tour aider ses amis. J’appliquais une sorte de règle de transitivité amicale, dont j’ignore si elle a vraiment porté ses fruits.

En réalité, j’avais écrit un mot un mois plus tard, mais je ne l’ai pas envoyé. Autant pour les raisons indiquées plus haut (décalage, indécence), mais aussi parce que j’étais comme je suis toujours, un peu trop terre-à-terre, un peu trop stoïcien, et je sais que les gens ne sont pas toujours prêts à entendre cela.

J’ai lu avec bonheur ce livre, malgré son funeste sujet, parce qu’il traite de la manière dont ils se sont relevés de ce drame. En cela, il est plein d’espoir et de perspectives de joies à venir. Marie y écrit des lettres à ses deux gamines, et elle fait cahin-caha son deuil, et elle dit l’indicible, et elle explique comment ils se remettent peu à peu à rire et à vivre. Il y a évidemment des hauts et des bas, des recours aussi (que ce soit la religion ou le psy), beaucoup d’amis et surtout beaucoup d’amour entre les deux parents (elle évoque aussi d’ailleurs cette inextricable et insoluble perte du “statut” de parent).

J’ai lu différemment l’ouvrage puisqu’il me semblait l’avoir en face de moi à chaque paragraphe, et je suis admiratif du ton et du procédé. C’est bien elle, c’est bien lui aussi. Ils ont certainement été sérieux quand ils se sont demandés s’il ne valait mieux pas se suicider, mais finalement ils ont surmonté l’insurmontable, et un enfant est venu confirmer leur choix, et le bien-fondé de ce dernier. Le bouquin est un incroyable exercice de catharsis, et j’ai été rassuré quelque-part de constater qu’ils partageaient finalement un peu de mon stoïcisme.

Nos étoiles ont filé (Anne-Marie Revol)

  • ThéâtrOpérage
“Nono” au Théâtre de la Madeleine

Publié le Dimanche 23 Janvier 2011 - 23:29
Catégorie: ThéâtrOpérage

Incroyable comme cette pièce de Sacha Guitry de 1905 n’a pas pris une ride. Et concernant ce spectacle au Théâtre de la Madeleine, tout est absolument parfait. Les comédiens, comédiennes, la mise en scène, les décors, rien à redire, et puis le texte est irrésistiblement “Guitry”, à la fois très drôle, enlevé et bien écrit. Nono (Julie Depardieu) est une jeune et jolie fille un peu écervelée (c’est un euphémisme) qui a pour amant Jacques (Xavier Gallais). Ce dernier veut la présenter à son meilleur ami, Robert (Michel Fau) qui se débat lui-même avec son amante (Brigitte Catillon), avec laquelle il veut rompre.

Finalement Robert fait la conquête de Nono, et ils s’en vont en vacances en province. Mais évidemment les amants éconduits les retrouvent (en ignorant qu’ils sont ensemble), et c’est le début des quiproquos et autres marivaudages. Oh l’intrigue n’est pas nouvelle ou follement originale, mais j’étais surpris d’un ton pareil et d’un tel contenu pour une pièce de 1905. En effet, le libertinage qu’on y trouve paraît drôlement déplacé pour l’époque (c’est aussi comme cela qu’on confirme que la libération des mœurs n’est pas une fonction strictement croissante).

On ne s’ennuie pas une seconde lors de la pièce, et elle est surtout servie par de superbes comédiens avec en tête de proue un génial et très sexy Xavier Gallais (surtout quand il part en crise…), une excellente Julie Depardieu et aussi superbe Brigitte Catillon (dont j’ai toujours particulièrement aimé le timbre de voix). La mécanique est vraiment bien huilée, et je n’ai pas vu le temps passer. On rit de bon cœur (mais sans se taper le cul par terre) et l’ambiance 1900 (du décor et des magnifiques costumes) contribue aussi à se replacer dans l’époque et ses codes. Cela m’a rappelé le “KWTZ” de Guitry qu’a joué mon cher et tendre il n’y a pas si longtemps, et m’a donné envie de voir d’autres pièces de l’auteur.

"Nono" au Théâtre de la Madeleine

  • ThéâtrOpérage
“Le repas des fauves” au Théâtre Michel

Publié le Dimanche 23 Janvier 2011 - 19:58
Catégorie: ThéâtrOpérage

Le repas des fauves est à la base un film de Christian-Jaque de 1964. Cette adaptation en pièce de théâtre narre la même histoire, il s’agit d’un repas d’amis, rassemblés pour célébrer l’anniversaire de leur hôte, Sophie. Nous sommes en plein Paris occupé dans les années 40, et cette même soirée un officier nazi est tué sous les fenêtres où se déroule la célébration. La Gestapo débarque et informe de l’exécution de 2 otages par appartement. L’officier allemand qui vient annoncer cela, rend la chose encore plus perverse : il demande aux personnes de l’assistance de décider eux-mêmes qui seront les deux condamnés. Et voilà que le repas de fête prend une tournure tragique voire sordide, et que la peur rend les hommes et les femmes à la fois plus “vrais” et impitoyables.

L’histoire est vraiment pas mal, même si un peu cousue de fil blanc, avec quelques personnalités “clichés” qui croisent les armes pendant la pièce. En tout cas, entre le libraire, le médecin, le businessman, le vétéran aveugle ou le prof de philo (obviously gay), on voit toute une galerie de protagonistes qui vivent assez bien l’occupation. Entre marché noir, débrouillardise ou commune collaboration, ils n’ont pas l’air de trop souffrir de cet état de fait. En revanche, ce choix impossible va mettre en exergue toutes les différences sociales, politiques ou les profils psychologiques non-dissimulés des hommes et des femmes. Ce sera l’occasion de veulerie, de retournement de veste, de tentative de corruption et de toutes les joyeusetés que vous pouvez imaginer dans une telle situation.

La pièce possède aussi cette originalité d’avoir une fenêtre sur l’extérieur, concrètement un écran avec vidéoprojection. Ainsi certaines séquences intermédiaires viennent ponctuer le fil de l’histoire, et on y vit les quelques évènements extérieurs notables, notamment l’assassinat de l’officier allemand ou l’escapade d’un des invités. Les vidéos sont des animations dont le style se rapproche de celui de “Valse avec Bachir“, plutôt réussies et très bien intégrées à l’ambiance de la pièce.

Je n’ai pas grand-chose à reprocher aux costumes, décors ou même aux comédiens et comédiennes, l’ensemble est d’une facture tout à fait correcte et sympathique. En revanche, j’ai trouvé qu’on avait rapidement compris le pourquoi du comment et après une passionnante mise en place, on finit par attendre avec un peu trop d’impatience le dénouement. Ensuite, je reproche aussi un peu les débordements hystériques qui m’ont paru surjoués et qui ne servent pas du tout la crédibilité de certaines scènes “en tension”. On attend un retournement de situation, et il arrive, on se doute de qui est qui et leurs réactions : c’est ce qui arrive. Tout cela fait que la pièce perd un peu du souffle premier très excitant et intrigant.

Aussi malgré un bon moment passé au global, je me suis un brin ennuyé, et je n’ai pas compris certains partis pris dans la direction des comédiens. Mais ce n’est pas mauvais du tout, je suis un peu dur je crois. Huhuhu.

"Le repas des fauves" au Théâtre Michel