43 articles pour l'année 2012

  • Matooyage
Journée internationale contre l’homophobie (IDAHO 2012)

Publié le Jeudi 17 Mai 2012 - 23:01
Catégorie: Matooyage

Comme l’année dernière, je voulais évoquer cette journée mondiale de lutte contre l’homophobie. J’ai reçu le rapport de SOS Homophobie et je l’ai lu malgré le moral à zéro que ça me colle à chaque fois. En effet, relire les mêmes insultes, et de nouveau imaginer toutes ces agressions, ou toutes ces personnes qui se font tancer encore et encore pour leur orientation sexuelle, est bien déprimant.

On oublie facilement qu’on est la cible d’homophobie, mais je me disais qu’il n’y a pas une année sans que j’ai à subir cela. Oui je peux facilement me rappeler d’un “pédé” lancé par ici, ou d’une remarque homophobe (ordinaire ou pas), d’un regard soupçonneux ou carrément agressif parce que je fais un bisou à mon chérichou dans le TGV ou ailleurs. Bref, on apprend tant à en faire l’impasse qu’on ne s’offusque même pas de cela. Et on oublie aussi tellement tous les efforts qu’on fait pour être discret, pour “que ça ne se voit pas”, pour ne pas se montrer, pour éviter moqueries, insultes ou agressions. Et moi au-delà de ça, je suis un énooooorme pétochard, et je renonce à afficher ma tendresse pour mon copain simplement parce que j’ai peur.

Et ça c’est pour un bon gros pédé parisien de 35 ans en couple depuis 5 ans, out à la famille comme au boulot, et comme vous pouvez le constater dans ces pages, plutôt à l’aise dans ses baskets. Alors imaginez ce qu’est l’homophobie pour d’autres populations plus fragiles… C’est une véritable épée de Damoclès qu’on a appris à oublier, ou à faire avec parce qu’il faut bien vivre.

Pourtant les choses vont mieux, ou c’est l’impression globale que l’on peut en avoir, et c’est vrai. Mais ce qui m’inquiète c’est que les évolutions et les progrès en la matière ressemblent un peu à l’évolution de notre société ces dernières décennies. La fameuse fracture qu’on nous ressort en politique à toutes les sauces est aussi vraie dans ce domaine. Donc ça va mieux pour une frange, mais c’est de pire en pire pour d’autres. Ainsi la moyenne est plutôt bonne et je pense que la moyenne des gens est moins homophobe qu’avant, mais cette progression globale cache des disparités et une hétérogénéité qui est le véritable risque sociétal. Ainsi il est plus dangereux aujourd’hui qu’hier de faire son coming-out dans certaines communautés ou régions de France…

Politiquement aussi, on n’est pas à l’abri d’une régression quand on voit de nouveau poindre des idées du genre “vivons heureux, vivons cachés”, et que l’on arrive encore à nous servir des justifications argumentées contre le mariage gay et l’adoption. C’est vraiment honteux mais surtout cela me paraît tellement incompréhensible et rétrograde d’y être opposé. Et encore une fois, je ne veux que l’égalité, je veux avoir le droit de ne pas vouloir me marier ou de ne pas vouloir avoir d’enfant, et sentir que mon couple est bien à l’égal en droit à celui formé (jadis) par mes parents.

Bon tout de même il y a un point positif à l’homophobie, et il faut bien le célébrer : Ben Cohen et sa fondation contre le “bullying”. Bah oui quoi, on a de la chance d’avoir un tel ultra-über beau gosse de rugbyman hétéro qui se dresse ainsi concrètement avec toute sa gayfriendliness et qui est un des chantres de la lutte contre l’homophobie. Cette année encore, il fait des siennes et continue à mener son combat pour nous.

Deux pédébédéblogueurs (ouai on se sous-communautarise très facilement huhuhu) ont lancé un site pour célébrer ce 17 mai à leur manière en proposant à une kyrielle de bédéblogueurs de participer en dessins à cette journée mondiale de lutte contre l’homophobie. On y retrouve des strips de blogueurs que vous connaissez sans doute dont Jéromeuhchou et celui que je surkiffe depuis quelques années : Pochep. Les planches ainsi réunies sont souvent bien senties et donnent un peu de baume au coeur.

Enfin un dernier clin d’oeil à ce cher Orpheus qui a écrit un billet qui vaut le coup d’oeil, et a concocté un jukebox bien sympathique pour l’occasion.

Rapport SOS Homophobie 2012

  • ThéâtrOpérage
Einstein on the beach de Philip Glass et Bob Wilson au Corum de Montpellier

Publié le Jeudi 17 Mai 2012 - 20:40
Catégorie: ThéâtrOpérage

Je vous ai déjà bien rebattu les oreilles à propos de Philip Glass dans ce blog, et là je ne pouvais évidemment pas faire l’impasse sur un événement si important. En effet, si j’ai d’abord découvert les morceaux de pure musique sérielle et répétitive, j’ai eu mon vrai coup de coeur pour Glass lors de l’écoute de sa fameuse trilogie d’opéras. Einstein on the beach en est le premier, et il fut présenté en 1976 à Avignon avec une mise en scène de Bob Wilson (dont j’avais tant été impressionné par le Quartett). Ces derniers sont aujourd’hui de véritables stars (dans leur domaine évidemment…) mais à l’époque des artistes à la carrière balbutiante. La trilogie est marquante par son ampleur, sa modernité, son originalité mais aussi ses qualités musicales intrinsèques. Les thèmes sont extraordinaires puisqu’ils sont autant de portraits de personnes qui, selon Glass, ont changé le destin de l’humanité ou ont influé son cours par leurs découvertes ou pensées, qui remettaient véritablement en question les crédos de leurs époques.

La trilogie se compose de Einstein on the Beach avec Einstein, Satyagraha pour Gandhi ou Akhnaten pour Akhénaton. Ce qui est drôle et inattendu c’est que les opéras sont joués dans les langues “originales” de leurs protagonistes, donc respectivement en anglais, sanskrit et égyptien (mais aussi akkadien et hébreu). Mais de tout ça, Einstein on the Beach est la création la plus radicale et décoiffante. L’opéra a été joué en 1976 pour la première fois, et la dernière fois en 1992, donc cette production est un événement d’une grande ampleur pour tous les fans à travers le monde.

On parle d’opéra pour Einstein on the Beach mais c’est bien plus que cela, il s’agit d’un spectacle total qui mêle danse, théâtre et musique, et qui révolutionne tous les genres qui le composent. C’est-à-dire que la musique n’est pas ce qu’on attend d’un opéra, et les chorégraphies totalement inimaginables ! Ne parlons pas de la mise en scène, la scénographie et les extraordinaires deus-ex-machina de Wilson, c’est simplement époustouflant ! On retrouve à peu près tous les codes familiers de Glass avec en figure de proue cette sacrosainte répétition et ces thèmes qui scandent les quatre heures et quelques de spectacle. La musique n’est pas vraiment symphonique mais jouée par un orchestre, mais très contemporaine et en partie synthétique, mais on entend beaucoup des instruments “nature”, mais on fait parfois jouer à des synthés des instruments de base, et on distord certains instruments, et les voix sont utilisées comme des sons tandis que des instruments résonnent comme des chants. Bref, ça foisonne d’inventivité et de force, et surtout la partition de Glass est portée par une pulsation répétitive captivante et hypnotisante. De la même manière la chorégraphie utilise les mêmes ressorts de répétition et de “motifs” gestuels. Incroyable !!

La difficulté de l’opéra réside dans sa longueur et son énorme potentiel à être ultra-chiant. En effet, pas d’histoire, pas vraiment de personnages, des éléments sériels et répétitifs qui finissent par user l’attention, et globalement un assoupissement garanti au bout d’une heure. Mais les choses sont claires pour Glass et Wilson, et les mêmes règles qu’en 76 s’appliquaient aussi ici. Donc l’opéra ne doit pas être une entrave à la liberté, et comme c’est répétitif et sans beaucoup de repères, les spectateurs on a la possibilité, et y sont même encouragés par les auteurs, à se lever, à aller faire une pause clope et globalement à faire ce qu’ils veulent.

Et autant j’ai adoré le spectacle et j’ai été passionné par ces quelques heures, autant au bout de deux heures j’en avais ma claque, et je commençais sérieusement à piquer du nez. Donc on est sorti, on est allé manger un morceau, et on est retourné voir la suite. Huhuhu. Cela ne m’a pas empêché de trouver l’opéra splendide à tous points de vue. La musique est géniale, les danseurs sont incroyablement talentueux, les chants sont fascinants, et les décors sont impensablement beaux et impressionnants.

L’opéra est dans un premier temps un peu surprenant dans le fond comme dans la forme, mais peu à peu les codes se mettent en place, et si on ouvre bien son esprit et qu’on se laisse prendre par la musique, les chants et la chorégraphie, on laisse vagabonder ses pensées, et c’est comme un flux et reflux d’idées, d’impressions… des mots qui s’impriment, et viennent scander ces motifs musicaux, ces mosaïques de mots qui se répondent en un écho infini… Le décor qui évolue comme un tableau de Mondrian, en lignes et en surfaces colorées, en jeux de lumière, avec autant de protagonistes qui évoluent dans cet univers foncièrement humain et humaniste. Tout est mélangé dans les décors, le passé, le futur, la nature et l’urbain, le manuel et l’industriel, la prison et le bureau, les moyens de transports…

Je vous assure que la vie vaut d’être vécue pour expérimenter des choses pareilles !!! Ok je suis dingue, mais sincère, et je crois avoir rarement autant ému que ce soir là. Il s’agissait vraiment d’un moment exceptionnel, et le public était globalement conquis par la richesse et puissance manifeste de cette oeuvre. Sa mère, sa race, c’était bien.

Philip Glass – Einstein on the Beach : Knee 5

Einstein on the beach de Philip Glass et Bob Wilson au Corum de Montpellier

  • Boukinage
Rêve de fer (Norman Spinrad)

Publié le Lundi 14 Mai 2012 - 22:26
Catégorie: Boukinage

Sacré bouquin dont j’ai cru dès les premières lignes qu’il me tomberait des mains, qui m’a accroché et alternativement fait décrocher, et au final complètement emballé. On y trouve un curieux mélange de genres et de styles, et des propos sous-jacents qui sont tellement stratifiés qu’on peut avoir du mal à capter le message réel de l’auteur. Mais non les choses sont claires pour moi, il s’agit d’une magistrale critique des totalitarismes en tout genre, et assénée de la plus brillante manière qui soit.

Le roman se présente comme une uchronie qui consiste en la présentation par l’auteur d’un roman “Le Seigneur du Svastika” de l’écrivain américain Adolphe Hitler (il a émigré d’Autriche en 1919). Ce dernier a même eu le prix Hugo pour cela, c’est dire si c’est un roman emblématique et important. Ensuite, on peut lire le roman en tant que tel, puis une passionnante postface d’un psychanalyste, Homer Whipple, qui donne son avis (peu reluisant) sur cet ouvrage avec un éclairage “psy” particulièrement acide et ironique pour les lecteurs de notre timeline. On comprend qu’Adolphe Hitler est un écrivain de pulp à succès, et dont la carrière en SF a été couronnée par “le Seigneur du Svastika”.

J’ai beaucoup aimé le roman en lui-même même s’il est une caricature parfois assez basique des premiers romans américains de SF. Mais surtout c’est assez fascinant de suivre le raisonnement d’Hitler qui nous présente une Terre irradiée par des bombes nucléaires et dont les populations ont plus ou moins muté. On a d’un côté des purhommes qui préservent leur patrimoine génétique et leurs valeurs d’Humanité, et de l’autre des Doms (Dominateurs) qui ont des capacités télépathiques leur permettant de contrôler à l’envi des êtres plus faibles. Or les zones irradiées ne manquent pas de peuplades génétiquement inférieures et débiles qui sont des esclaves pour les Doms. Dans ce monde, on suit un purhomme, Feric Jaggar, qui va rejoindre son pays, et qui décide de lutter contre l’infiltration des Doms et des dégénérés dans son monde parfait. Il va unir les purhommes et devenir leur chef, avant de former une invincible armée pour se battre contre les Doms.

Toute cette partie est grandiloquente à souhait et un peu ridicule parfois, mais il faut avouer qu’on se prend à cette haine contre les peaux-bleus et autres hommes-perroquets, ainsi que les Dominateurs manipulateurs et insidieux, jusqu’à ce que la métaphore saute aux yeux, et qu’on réalise l’horreur de ce qui est en fait narré là. On retrouve au final tous les ressorts des montées fascistes, et le roman figure donc une terrible fable dans le fidèle esprit d’un Hitler ayant transfiguré ses idées délétères dans un écrit de SF finalement classique et banal.

La postface déconstruit ainsi une à une les idées du bouquin, mais il sombre rapidement dans un très très curieux libelle et joute aggressive alors que le psy prouve qu’Hitler était un pervers homosexuel, mais qu’au final on pourrait bien profiter d’un Feric Jaggar pour réduire à néant sans prêchi-prêcha les vils communistes. Arf arf. Et en un clin d’oeil, on est de retour dans un fascisme d’un autre ordre, et dans la critique au vitriol d’une Amérique sans doute pas si uchronique que cela.

Les styles d’écriture sont parfaitement maîtrisées même s’il s’agit vraiment de grossir de trait et de souvent verser dans la caricature. Et il ne fait jamais l’ombre d’un doute que l’auteur décrie complètement les nazis (mais il a été interdit en RFA à cause d’une suspicion inverse). J’ai beaucoup aimé ce jeu subtile, et cet entrelacs de thèses, que Norman Spinrad prend un malin plaisir à construire, et dans lequel je suis allègrement tombé. Outre cela, le Seigneur du Svastika est aussi impressionnant qu’effrayant, et il fallait sans doute être drôlement gonflé pour écrire une chose pareille. Encore une fois il s’agit bien d’une oeuvre qui célèbre le genre SF avec tout ce qu’il possède en qualité littéraire et pour les idées qu’il véhicule comme rien d’autre ne pourrait le faire.

Rêve de fer (Norman Spinrad)

  • Outside
Brèves de Touitoir (20)

Publié le Jeudi 3 Mai 2012 - 17:37
Catégorie: Outside

Mes citatouites de la semaine (ouai bon du mois…) :

Mon niveau de relation social frôle le négatif. Aujourd'hui une amie m'a appelé. Enfin son téléphone. Tout seul.

Un lave vaisselle en marche de nouveau, un enduit de plinthes et une bite dans le cul. Un bon dimanche en somme.

Femme fontaine, je ne boirai plus de ton eau.

Les gens qui disent "si on autorise le mariage homo, pourquoi pas la polygamie ?". Mais la polygamie homo moi je suis à fond pour !!!

Le temps parisien, cette connasse aigrie.

Donc, quand j'écris "baguette", un nombre non négligeable de mes followers lit "braguette" #interestingfact

J'ai du faire une grosse bêtise: Twitter n'arrête pas de me proposer de suivre F. Lefebvre

Je me suis fait un plat de pommes de terre sautées. Le roi des repas équilibrés.

L'homme est un bo loulou pour l'homme.

Mon graphiste: "C'est quoi Forsqueen ?" - Moi : "C'est un service pour géolocaliser les drag queens." Il m'a cru. #jadoremongraphiste

Le chat est tellement content de notre retour qu'il en dort de joie.

J'attends ce fabuleux moment où Nadine retwittera Mickaël vendetta.

Mickael Vendetta qui quitte la France si Hollande est élu... Une très bonne raison de voter Hollande.

Le prince charmant ou l'homme idéal n'existent pas. En revanche moi je suis libre et disponible

J'emporte toujours un bouquin avec moi quand je fais caca. Cest parce que j'ai peur de me faire chier.

J'espère que Hollande a envoyé un texto "Si tu reviens... J'M'EN BATS LA RACE !!! T'as vu le débat ?! C'est qui ton boss ?!" à S. Royal.

Mon iPhone enchaîne Everytime et I run away, il veut que je saute par la fenêtre c'est certain.

Anaphorce tranquille

C'est l'heure de se laver le gland. Hop hop hop.

C'est calme Twitter, vous avez trouvé un vrai travail ?

Crucifie-moi Ponce Pilate, noie-toi dans l'eau écarlate...

Moi, président, je mangerais des quiches lorraines.

Et mes conversatouites de la semaine (oui bon ok, du mois on a dit !!) :

  • ThéâtrOpérage
Les liaisons dangereuses au Théâtre de l’Atelier

Publié le Mardi 1 Mai 2012 - 22:11
Catégorie: ThéâtrOpérage

J’avais beaucoup entendu parler de cette pièce et surtout de sa mise en scène signée par le très célèbre et célébré John Malkovich. Eh bien, c’est justement un des éléments qui m’a le plus plu dans la pièce, avec les décors, costumes et bien sûr cette histoire qui traverse les siècles en demeurant d’une redoutable actualité. Car retrouver les joutes verbales entre Merteuil et Valmont, et se replonger dans ces intrigues mêlant perversité, aventures sexuelles et manipulation de haut-vol, conservent une fraîcheur qui en dit long sur les moeurs de notre société.

La pièce est vraiment d’une excellente facture, et sa première qualité est de fournir un divertissement très efficace et qui ne souffre pas trop sur la longueur. Allez c’est un tantinet long sur la fin, mais c’est vraiment pour être tatillon que je dis cela. Encore une fois, les décors et costumes sont originaux et surfent agréablement entre l’époque du roman et une vision un peu plus contemporaine. J’ai beaucoup aimé les robes à moitié déchirées avec les paniers apparents, et un décor assez mobile qui dans la dernière partie de la pièce se transforme avec beaucoup d’emphase. Ensuite, le plein de compliments pour Malkovich et sa mise en scène puisque c’est le point fort du spectacle. Les comédiens occupent bien l’espace, et l’action est très vive et soutenue, ainsi on bénéficie de ce texte jouissif et délectable mais aussi d’un rythme et de trouvailles scéniques qui fonctionnent vraiment bien. Les comédiens restent tous sur scène par exemple, et s’assoient autour sur des chaises pendant qu’ils ne jouent pas, comme s’ils rejoignaient les spectateurs que nous sommes. Et globalement, j’ai apprécié la grande fluidité dans l’enchainement des scènes et des actes, tout est agréablement chorégraphié et équilibré.

Bon là où le bât blesse ce sont les comédiens… Aïe. Le point positif malgré tout c’est la jeunesse de ces interprètes, et le fait que leurs âges collent bien avec ceux des protagonistes qu’ils jouent. Mais on sent que ces lignes qui fleurent bon le XVIIIème siècle ont parfois du mal à prendre place dans leurs bouches, et on assiste à des bafouillages, hésitations ou prononciations malhabiles qui troublent un peu le spectateur exigeant (que je ne suis pas trop). Autant j’ai aimé un Valmont très dandy et plutôt pas mal, autant j’ai été un peu déçu par Merteuil que je ne trouvais pas assez pétulante et charismatique. Mais le pire c’était du côté de Danceny qui n’était carrément pas à la hauteur dans le fond et dans la forme… Bref on avait l’impression qu’il s’agissait de bons jeunes comédiens, et j’ai apprécié qu’on leur donne ainsi cette chance, mais du coup cela diminue un peu la qualité de la pièce.

J’ai malgré tout dans l’ensemble passé un très bon moment, et je me suis dis en sortant que cette histoire et ce texte avaient encore devant eux bien des lustres avant de sombrer dans la désuétude.

Les liaisons dangereuses au Théâtre de l'Atelier (John Malkovitch)

  • Matooyage
9

Publié le Mercredi 25 Avril 2012 - 22:03
Catégorie: Matooyage

Je l’oublie régulièrement mon bloganniversaire (le 3 avril), et là j’ai encore 3 semaines de retard, mais voilà on y est !! Cela fait 9 ans que je blogue !!! Et je suis encore là putain de sa mère sa race ! Huhuhu. Ouai ouai vous savez ce qu’on dit, les blogs sont morts et ce n’est pas faux, ils sont au moins bien moribonds dans leur forme originelle, et se sont surtout les blogueurs qui se sont transformés. Ces derniers ont renoncé à la vocifération bloguesque pour des supports plus simples à gérer, mieux connectés aux réseaux et surtout à la facilité du partage. Après tout c’était bien un des principes de base du blogging : partager des liens et des contenus.

Non seulement les blogueurs se sont réfugiés dans ces espaces de partage et convivialité en ligne, mais ces sites sont aussi devenus les plus visités au monde par tout un chacun. Ainsi les contributeurs d’avant sont devenus rapidopartageurs et microratiocineurs, mais les simples surfeurs du dimanche les ont rejoint sur les mêmes espaces virtuels. Tant mieux pour la popularité et l’intensité des échanges, tant pis pour l’orthographe et une certaine uniformisation des comportements en ligne.

Cette baisse de régime me concerne aussi directement… manifestement. Même si je ronge souvent mon frein et je me refuse à écrire des textes qui pourraient certainement heurter famille ou amis qui lisent à présent régulièrement ce blog. Pfff. Donc je me contente, et vous aussi, de ces chroniques de mon quotidien culturel, ce que je lis, je vois, j’écoute… Quelques petits posts qui sortent des sentiers battus de temps en temps, je pense qu’il ne faudra pas espérer plus. Mais je sais, et j’aime cela, que certains et certaines lisent parfaitement entre les lignes et savent pertinemment me lire au delà de la surface bien lisse des choses. Mais comme “tout le monde”, j’ai le réflexe touiteur et facebook pour poster mes photos en instantané ou partager mes états d’âme(érique).

Cela n’empêche que j’aime toujours cet espace où mon expression reste libre dans le fond comme la forme. Je m’étais depuis quelques années déjà donné cette cible des dix ans de blogging. J’espère bien au moins durer jusque là et même encore plus. On verra bien où tout cela nous mènera au final. J’aimerais dire que mon boulot ou mon chérichou ne me laissent plus autant de temps pour écrire, mais ce ne sont que futiles et fausses excuses. J’écris moins, je lis moins, pfff. Alors je m’oblige, je m’astreins, et cette gymnastique du récit de soi ou de la lecture de bouquin, comme n’importe quel sport, est d’abord douloureuse et source de courbatures, puis un véritable plaisir avant de redevenir cette délicieuse et addictive camelote.

(Bon maintenant faites moi un coucou à la caméra tiens !!!)

  • Boukinage
Dormir avec ceux qu’on aime (Gilles Leroy)

Publié le Mardi 24 Avril 2012 - 22:33
Catégorie: Boukinage

Qu’il est beau ce titre, et qu’il rime si bien avec le bouquin. On dirait qu’il s’agit vraiment d’une contraction à l’extrême de ce roman, et en somme il en résume parfaitement bien le contenu. Donc, le nouveau Gilles Leroy, il est comment !!? Bah il est vraiment bien !!

C’est un roman mais bien assumé comme une parenthèse autobiographique dans l’oeuvre de l’écrivain, et le bouquin rassemble ce qui me plait le plus dans cet auteur. En effet, on y retrouve son parler franc et superbe (ah là là quelle plume…), notamment son adorable candeur quant à l’homosexualité, et le mélange aussi curieux et charmant que pour Zelda avec l’incursion de l’épouse Ceaușescu !! Car tout commence par un voyage en Roumanie où l’auteur doit aller présenter un roman (il est très demandé depuis le Goncourt évidemment). Il y fait la rencontre fortuite de Marian, un jeune homme qui travaille pour une librairie, et là c’est le coup de foudre. En parallèle du récit de cette troublante histoire d’amour, Gilles Leroy conte les derniers moments d’Elena Ceaușescu, femme du dictateur communiste, et des deux fameux (horribles) époux dont on a suivi la chute sanglante en 1989.

Marian a 26 ans et Gilles en a deux fois plus. Ma première frayeur était de me dire que j’allais tiquer sur l’histoire d’amour un peu biaisée d’un homo français quinqua et son micheton roumain, ce qui suggère tout de suite une caricature bien glauque. Même si ayant lu l’auteur à maintes reprises et dans d’autres situations amoureuses, je me doutais que ça ne pouvait pas se résumer à cela. C’est évidemment tout le contraire qui se passe, et on succombe très rapidement à cette histoire d’amour sincère et qui bouleverse ses protagonistes. D’ailleurs Marian est très loin du groupie profiteur, et on se retrouve même dans une situation ironiquement opposée alors que le jeune roumain devient une star du rock montante et que leur idylle fait les gorges chaudes de la presse locale.

Gilles s’intéresse donc un peu plus que prévu à la Roumanie, et son dévolu sur Elena Ceaușescu surprend au premier abord, et ensuite plus du tout. Il n’est évidemment pas hagiographique à son propos, mais on ne peut s’empêcher de lire une réelle fascination (morbide ?) pour cette femme à la destinée si épique et tragique, en même tant que la collaboratrice active de cette tyrannie exercée en Roumanie de 1965 à 1989 (!!!). J’ai été d’autant plus marqué par ces “incisions” dans le roman qu’elles contrastent énormément avec l’autre intrigue. Cela donne en revanche un rythme bien plus agréable et une tonalité au roman beaucoup plus originale que si l’on avait lu que l’histoire d’amour entre les deux hommes.

J’ai en revanche toujours la même frustration avec Leroy depuis quelques bouquins. En effet, une fois que je suis rentré dans le bouquin, que ces deux intrigues m’ont alpagué, que son verbe m’a de nouveau conquis, voilà que cela s’arrête en bon chemin. Là plus que jamais, la rupture des intrigues est nette et chirurgicale. J’avais tellement envie d’en connaître plus, de passer plus de temps avec ces personnages et ces situations… Mais c’est peut-être là aussi une des facettes intéressantes de l’ouvrage, consistant à nous emmener dans son cheminement romanesque mais nous réveillant au bout d’un moment dans un sursaut avec une double-fin biographique dont on ne veut pas… Mais la réalité finit toujours par nous rattraper sans doute.

Dormir avec ceux qu'on aime (Gilles Leroy)

  • Matooyage
  • Télévisage
Homophobie ordinaire chez Direct 8

Publié le Mercredi 18 Avril 2012 - 22:04
Catégorie: Matooyage, Télévisage

Tout à l’heure, un journaliste de Têtu que j’ai connu il y a quelques années sur le net, Paul Parant, a diffusé cette vidéo. Il s’agissait d’une émission du matin de Direct 8 “Mon Bien-Être”, une émission consacrée aux femmes et dont le pitch aurait dû me mettre la puce à l’oreille : “Beauté, vie quotidienne, astuces consos, Mon bien-être teste pour vous toutes les tendances du moment: enfin, les femmes prennent du temps pour elles.” Ah oui d’accord…

Paul a publié un petit bouquin très cool qui promeut le coming-out pour les gays, et l’émission souligne un “Coming-out, est-ce devenu banal ?” qui augurait un sujet dont on ne pouvait pas deviner qu’il serait traité avec tant d’imbécillité. En effet, en quelques minutes les deux présentateurs, Caroline Ithurbide et Jean-Michel Cohen, font montre des archaïsmes les plus extraordinaires, des clichés les plus éculés, et ânonnent des assertions aussi stupides que révoltantes sur les gays. Ok ce n’est pas une émission intellectuelle, mais là c’est une honte d’avoir laissé diffuser une daube pareille.

L'homosexualité, ce douloureux problème pour… par TETUMAG

C’est bien cela l’homophobie rampante et ordinaire qui vérole notre société. Je trouve finalement bien salutaire cette vidéo dans ce qu’elle montre aussi à quel point nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Alors qu’on pense que le mariage gay est la prochaine étape de notre émancipation et de notre quête vers plus d’équité, on nous rappelle que certaines personnes se permettent encore de prôner la discrétion ou le mensonge sans vergogne “pour ne pas peiner papa et maman”… OH MEIN GOTT !!! Et je passe sur le témoignage du gay standard en la personne d’un type d’une émission de téléréalité. Même lui semble être abasourdi par les questions débiles de la présentatrice déneuronée. Paul paraît souvent étonné de devoir encore justifier des choses pareilles aujourd’hui, et je le trouve bien serein et déterminé, alors que je fulminais crescendo en découvrant cela.

C’est vraiment choquant et surprenant de constater qu’on dit ce genre de choses à la télévision, après “it gets better” et tous les progrès visibles dans la société, un tel retour en arrière est effarant et effrayant. Direct 8 s’affirme ainsi comme une chaîne aux moeurs rétrogrades et nourrissant une vision de société antédiluvienne et terriblement étroite d’esprit.

  • ThéâtrOpérage
Jacques et son maître au théâtre de la Pépinière (Milan Kundera)

Publié le Jeudi 29 Mars 2012 - 22:49
Catégorie: ThéâtrOpérage

J’ai mis toute la pièce à me dire que je connaissais bien ce comédien qui joue le rôle de Jacques, et c’est évidemment Nicolas Briançon que j’avais déjà trouvé très bon dans le (très moyen) “Songe d’une nuit d’été” de la dernière fois. Et cette fois ci, non seulement il est bon comédien mais il met en scène de main de maître cette pièce. Le texte est donc une adaptation de Milan Kundera de ce grand classique des bacs de Français qu’est Jacques le fataliste et son maître de Denis Diderot.

C’est rare que je le dise ainsi, mais cette pièce est parfaite… Un vrai truc de ouf, j’avais rarement pris autant de plaisir au théâtre. En effet, c’est servi par des comédiens extraordinaires, avec Nicolas Briançon donc, et Yves Pignot dans le rôle du maître. Le texte est succulent à souhait parce qu’il a conservé les qualités et l’originalité du roman de 1780 tout en étant adapté ce qu’il faut à notre langue et époque actuelle, mais aussi totalement repensé pour le théâtre. Et par dessus-tout une mise en scène inventive, vive et intelligente vient apporter sa pierre à l’édifice, en soulignant bien certains passages ou illustrant d’autres, tout en ne prenant pas le pas sur les comédiens ou le texte. Un savant dosage qui, selon moi, n’est vraiment pas légion, et mérite carrément le déplacement. Inspiré à la fois par Melpomène, Calliope et Thalie, la pièce prend le meilleur des genres qu’elle exploite et tout cela dans un bel esprit de théâtreux.

L’histoire est tout à fait similaire à celle du livre, et on retrouve Jacques et son maître qui marchent ensemble pour effectuer un périple. Sur le chemin, ils vont faire quelques rencontres et vivre des aventures, mais surtout ils parlent beaucoup. Ils ont une relation assez intime et qui va plus loin que la simple domesticité. Leurs digressions prennent la forme d’affrontements philosophique à travers des anecdotes souvent cocasses et parfois carrément bouffonnes. Et la mise en scène est fabuleuse parce qu’elle sert incroyablement bien les propos des compères en proposant de véritables flash au “Coeur a ses raison” (désolé pour l’image, mais vraiment c’est ça !!), et avec deux trois bouts de ficelles on est au coeur de l’histoire dans l’histoire. Une scène rehaussée, une fenêtre dérobée et quelques effets scéniques nous donnent à imaginer très rapidement la saynète qui est contée, et surtout on y voit du coup les protagonistes agir directement. Le jeu va plus loin puisque les comédiens ont parfois une action plus directe et un avis sur la mise en scène, tandis que les allers-retours entre les conversations, les digressions ou les rencontres réelles proposent un rythme très enlevé et pimpant.

Pour ne pas bouder notre plaisir, le texte est, comme beaucoup d’oeuvres de l’époque, particulièrement sagace et inventif (et à l’époque c’est une véritable rupture dans la production romanesque), et la plume de Kundera vient encore y ajouter quelques qualités formelles. Ce n’est pas une oeuvre intello, et même parfois carrément drôle, mais avec un fond philosophique non négligeable et des propos qui ont des acceptions évidemment plus profondes qu’ils en ont l’air. Non sincèrement, je ne vois rien à redire pour une fois… C’est top !

Jacques et son maître au théâtre de la Pépinière (Milan Kundera)

  • Outside
Brèves de Touitoir (19)

Publié le Mardi 27 Mars 2012 - 11:01
Catégorie: Outside

Mes citatouites de la semaine :

L'essentiel n'est pas dans Lactel mais dans ma bite.

Je comprends que Carla Bruni et sa fortune à 20 millioions, trouve que Nicolas et ses 2,7 millions reste un "gens modeste"

Je souhaite un poste de travail à roulettes, pour le faire pivoter sur lui-même en travaillant, comme le contrebassiste des Forbans.

Aujourd'hui j'ai décidé de mettre mon jean troué, tout le monde apercevra mon boxer comme ça. #Bitch

J'veux pas dire mais depuis que Shakira tente de chanter français, c'est la merde ici.

Après la papaye dans le Parkinson, Luc Montagnier pense traiter l'autisme par antibiotiques

Prochain scénario de James Bond : un homme d'affaires lance des Tumblr en surfant sur l'actualité et gagne des millions grâce à la pub.

Après la première séance de torture chez le dentiste, me voici chez le Terminator des follicules, le Slayer du cuir chevelu. #moncoiffeur

"ENTRE ICI JEAN MOULANT"

JE NE COMPRENDS PAS CE QU'IL Y A DE DRÔLE DANS LE FAIT QUE J'ADORE LES BANANES

C'est vraiment bête que Laure ai rage quit Twitter si vite. La question "et s'ils étaient roux ?" me taraude encore.

J'ai répondu "Sarkozy, zizi" à ma mère qui vient de me faire un sms hermétique disant "Mélanchon, chon chon"

C'est la faute :  aux jeux vidéo  aux 35 heures  à Internet  aux apéros Facebook.

On peut peut-être juste adresser nos condoléances et soutenir par la pensée les familles touchées par la #Fusillade de #Toulouse sinon.

Et mes conversatouites de la semaine :

  • Boukinage
ÉCRIRE LA RÉVOLUTION : 1784-1795 – Les lettres à Pauline de Gaston de Lévis

Publié le Mercredi 21 Mars 2012 - 0:15
Catégorie: Boukinage

Encore un bouquin dont j’ai entendu parler un samedi par Valérie Expert sur France Info en prenant mon bain !! Ils en faisaient un tel foin et j’ai pensé que c’était le type de bouquin qui pouvait me plaire. Oh sa mère, sa race, comme ça m’a plu !!!! On y trouve, un peu à la manière du recueil des correspondaces d’Isabelle Bourbon-Parme, une impressionnante série de 236 lettres de Gaston de Lévis à son épouse, Pauline, entre 1784 et 1795 (bon ok là je viens juste de paraphraser le titre du bouquin, arff).

Quand on lit d’ailleurs la vie de Gaston de Lévis, on se dit qu’il a vécu à cette époque où la France et la société française ont été remués et secoués comme jamais. Comment nous figurer ce qu’ont pu être les existences de ces personnages qui ont connu la Monarchie Absolue, la Révolution, la République, l’Empire, la Restauration de 1780 à 1830, en 50 ans !!! (Et j’en passe avec la Seconde République et le Second Empire à partir de 1851… 1871 pour le début de la IIIème République, c’était hier !!) Bref, je m’égare. Nous sommes entre 1784 et 1795, et en cette dizaine d’années c’est déjà des pans entiers de l’histoire de France qui sont ainsi illustrés. On pourrait penser que lire des lettres peut être un peu chiant à la longue, mais c’est sans compter cette époque où la relation épistolaire était un art, et Gaston de Lévis n’a pas volé son siège à l’Académie Française. En effet, ne sont parvenues que les missives de Gaston, mais aucune de Pauline, dont on peut seulement deviner le tempérament ou la teneur des conversations par ce que lui répond Gaston. Ce qui est passionnant dans cette correspondance c’est que c’est vraiment comme de lire un roman, tant c’est bien écrit et agréable à parcourir, mais la lecture en est d’autant plus délectable lorsqu’on sait que ce sont de véritables courriers, évoquant de vraies histoires de gens qui ont existé. Et outre cela, leurs vies à cette époque étaient particulièrement tumultueuses et passionnées !! Par dessus-tout cette somme épistolaire est un témoignage édifiant et poignant d’un amour assez dingue de Gaston à Pauline. Il le lui dit et redit avec une passion et des mots qui m’ont bouleversé !

Ce que j’ignorais en ouvrant le bouquin et que j’ai vite compris avec une immense surprise, c’est que je les connaissais assez bien ces deux là… Car Pauline n’est autre que Pauline D’Ennery… Eh oui (enfin juste pour moi hein), Ennery qui est un village à deux pas de… Oui vous l’aurez deviné, à deux pas d’Osny !!!! Pauline et Gaston, ce sont eux qui ont rénové ce château d’Ennery que je connais si bien !!! Rha là là là ! Et dans ses lettres, Gaston de Lévis évoque les nobles d’Osny qu’étaient les Lameth dont j’ai évoqué l’obélisque dans un de mes posts fétiches. Ils avaient des possessions sur Livilliers, Epiais, Grisy, Vallangoujard, Theuville, Nesles la Vallée et Pontoise. Lire tous ces noms de ville au détour d’une lettre de 1790, cela me touche forcément plus.

La trame de ce “roman” consiste en la simple publication des lettres dans l’ordre chronologique, avec une passionnante introduction qui est essentielle pour comprendre le contexte historique et mettre en lumière certains évènements qui vont émailler les courriers. Ensuite, on est plongé dans cette écriture fleurie et superbe du 18ème siècle, et on commence par des considérations très monarchiques très “ancien régime”, avec un jeune Gaston qui a tout juste 20 ans et vient se de marier avec son encore plus jeune et inexpérimentée épouse Pauline (elle a 13 ans !!!). Toute cette première partie (le bouquin regroupe les lettres par grandes périodes plutôt thématiques au final, même si chronologiques) consiste en les récits circonstanciés et journaux de Gaston à l’étranger (il part notamment en Prusse, car il doit attendre que Pauline vieillisse un peu avant de consommer leur union). Il voyage en tant que militaire, et c’est très drôle de lire son regard sur l’étranger à cette époque. Il revient en France, et on est encore dans des rapprochements de cour, notamment avec Monsieur…

Dès les prémices de la Révolution, on sent Gaston de Lévis très intéressé par les nouveautés que pourraient apporter des réformes pour le pays. Clairement il est pro-révolutionnaire au début, et change d’avis lorsque les horreurs débutent. Gaston reste monarchiste et rêvait d’un système à l’anglaise, il reste très chauvin et attaché à la France, jusqu’à ce que sa famille, ses amis et la royauté soient passés par les armes ou la guillotine. Alors il rejoint aussi les régiments anti-révolutionnaires au-delà des frontières. On le suit surtout avant, alors qu’il envoie Pauline dans les Flandres, en Hollande et puis à Londres, faisant des allers-retours pour ne pas être considéré comme un de ces nobles fuyards (dont on confisquait les biens…). Il a ainsi conservé le maximum, et le plus longtemps possible, de ses ressources et celles de sa famille et belle-famille. La vision de l’homme dans ces tourmentes est extraordinairement éclairée, et on ne peut que saluer l’intelligence et le parcours de ce noble aux idées hors-normes.

Chaque épisode raconte des faits en filigrane, mais il s’agit avant tout de lettres d’amour envers Pauline. Amour avec parfois engueulades terribles dues à beaucoup de jalousie. Il se plaint parce que Pauline n’écrit pas assez, ou pas assez tendrement. On comprend aussi que quelques tromperies réciproques (heureuse époque d’une certaine égalité des sexes…) ont parfois grévé leur relation, mais on lit une telle avalanche de sentiments et avec une sincérité qui touche droit au coeur.

En finissant le bouquin je me disais “merde mais s’il avait su qu’on aurait mis ses lettres dans un livre comme cela…”. Ah ah. En tout cas, j’ai pris un plaisir fou à lire cela, et la qualité littéraire de cette correspondance est simplement bluffante.

ÉCRIRE LA RÉVOLUTION : 1784-1795 - Les lettres à Pauline de Gaston de Lévis

  • ThéâtrOpérage
Avenue Q au théâtre Bobino

Publié le Mardi 20 Mars 2012 - 0:37
Catégorie: ThéâtrOpérage

J’avais hâte de voir cette comédie musicale à Paris quand j’avais lu qu’elle allait être produite, mais j’étais persuadé que ce serait une version originale. Il paraissait impossible de traduire un tel spectacle d’humour et de dérision, et dotée de références si anglo-saxonnes. Mais force est de constater que ça fonctionne, et même très très bien, grâce à un Bruno Gaccio qui a su traduire et adapter à la perfection le show. Après c’est un copier-coller de la production, avec en plus des chanteurs/animateurs de marionnettes d’un talent bluffant !!

J’ai lu une kyrielle de commentaires dithyrambiques, et eu d’autres échos beaucoup plus refroidis. Certains louant l’originalité et l’irrévérence, d’autres au contraire qui ne sont pas rentrés dans le spectacle et qui ont trouvé cela trop grossier et facile. Je fais partie moi des enthousiastes un peu critiques, puisque j’ai vraiment beaucoup beaucoup aimé, mais que j’ai en effet repéré quelques ombres au tableau.

Nous sommes à New York dans les quartiers peu reluisants de Brooklyn, et Princeton débarque sans le sou pour s’installer. Il trouve dans l’avenue Q un groupe de gens sympas, et prend une chambre chez Willy d’Arnold et Willy qui souffre d’être toujours pris pour Arnold. Le quartier est très vivant, habité par des humains et des “monstres” dont Kate Monster. Princeton et cette dernière ne tarde d’ailleurs pas à craquer l’un pour l’autre, mais leur histoire d’amour est plutôt semée d’embûches !! La comédie musicale a la particularité d’être composée de personnages qui sont des marionnettes du genre “Muppets show” ou “1, rue Sésame”. Elles sont animées par les chanteurs et si l’on met quelques minutes à s’habituer, on oublie ensuite complètement le stratagème.

Bon, le fond et la forme évidemment… Déjà la forme, à part des animations sur écrans LCD un peu pourries et un écran qui clignotait (pas très “show à l’américaine” selon moi), c’était parfait. Y’a pas à dire, c’est une production d’un excellent niveau et qui ne souffre pas des habituels défauts gaulois. Donc chapeau pour le décor (celui de la pièce d’origine clairement), les effets visuels, mais aussi globalement l’interprétation musicale live (donc avec un orchestre habilement dissimulé) et les chanteurs ou chanteuses. Sur ce dernier coup c’est complètement bluffant puisque les artistes endossent chacun deux rôles (avec pour certains de notables et superbes grands-écarts vocaux) et qu’ils sont à la fois très bons chanteurs et manipulateurs de muppets. Tous poussent la chansonnette avec justesse et une puissance qui impressionnent vraiment, tout en ne faisant qu’un avec le personnage qu’ils animent du bout de leurs bras. Superbe performance !! Il y a une chorégraphie impressionnante dans la manipulation du muppet qui fait que l’on voit plutôt le personnage ou plutôt le chanteur, et que les mouvements imprimés aux marionnettes sont ultra-expressifs. L’occupation de l’espace scénique est aussi plutôt chouette, avec un rythme haletant dans la première partie, beaucoup moins pour la seconde.

Vraiment la forme, pas grand chose à reprocher, c’est du beau boulot. Sur le fond aussi, on ne peut que saluer l’adaptation de Bruno Gaccio qui a vraiment créé un texte fidèle à l’original mais qui possède ses propres références françaises qui font mouche. J’ai aimé aussi que certaines chansons cultes de la comédie musicale gardent leur piquant. J’étais un peu circonspect sur l’usage du “pédé” pour “gay” mais dans le contexte de la chanson et du spectacle c’est exactement le mot qu’il fallait. Nous sommes moins politiquement corrects que les américains, et ça sonnait vraiment mieux. De même la traduction “internet is for porn” en “internet c’est pour le CUL” fonctionne à merveille et même mieux qu’en anglais j’ai l’impression. Il faut dire que les interprétations du Trekkie Monster sont à mourir de rire, et que la salle répond en écho avec beaucoup d’hilarité.

Le spectacle joue avec une irrévérence qui parfois apparaît comme facile et un peu vulgaire, mais qui a très bien fonctionné pour moi. Comme ce sont des marionnettes, ils en profitent pour leur faire faire ou dire des horreurs, et ça passe beaucoup plus facilement que si c’était des comédiens. Et ça va loin avec des scènes de cul dignes d’un vrai porno !!! (je double-clique avec ma bite, je mets du lubrifiant, un doit dans ton cul etc.) J’ai ri de bon coeur sur les chansons les plus anticonformistes et marrantes-choquantes, même si certainement plus édifiantes pour de (faussement) sages américains que pour de cyniques français. Il y a la chanson sur le racisme qui explique avec une hilarante décomplexion qu’on est tous un (ti ti) peu raciste, celle aussi où l’un des personnages explique à l’autre dans le placard qu’il l’aimerait même pédé, la première où Princeton explique que ça craint d’être lui (mais je préfère le “it sucks to be me” en anglais sur le coup) et encore “internet c’est pour le cul”. Les “amis pourris” sont aussi deux personnages irrésistibles dont j’aurais aimé qu’ils soient plus présents !!!

Donc qu’est-ce que je n’ai pas aimé puisque j’ai l’air de tout trouver si bien. Eh bien, en dehors de ces moments paroxystiques où la sauce prend bien, j’ai trouvé que le scénario global était un peu faiblard. Finalement l’histoire tient en deux lignes et demi, et il y a un énorme souci de différence de rythme entre la première et la seconde partie. Je ne sais pas si c’est à cause de l’entracte, qui fait tomber un peu l’ambiance et qui ensuite ne bénéficie plus de l’effet de surprise, mais je me suis un peu fait chier sur la fin. On sait exactement ce qui va se passer et comment… Ensuite, on reste finalement dans des choses assez sages et des ressorts de cul plutôt faciles comme certains l’ont reproché. Ce n’est pas faux. On est loin de South Park, et la comédie musicale “The Book of Mormon” est un sacré brûlot à côté d’Avenue Q.

Malgré ces quelques petites critiques, je suis globalement emballé par le spectacle et j’y ai passé un excellent moment. Je ne pensais pas qu’on avait d’aussi bons “performers” en France et c’est très positif pour qu’on puisse enfin avoir des artistes taillés pour la comédie musicale (ce qui n’est pas évident). Je retiens quelques chansons cultes qui passent particulièrement bien en français, et cette première partie aussi drôle qu’enlevée, surprenante et follement barrée.

L’avis des copines ci-dessous.
Ceux qui ont adoré : Zep, William.
Bien aimé avec quelques réticences : Fabisounours, Yagg, Laurent.
Pas vraiment : Rick et Pick.

Avenue Q au théâtre Bobino