Marya, une vie (Joyce Carol Oates)

J’avais été déjà très agréablement surpris par « Les chutes » de Joyce Carol Oates, mais ce bouquin confirme tout le bien que je pense d’elle. Pourtant il s’agit d’un roman à l’intrigue beaucoup moins construite, et dans la forme un page-turner beaucoup moins efficace. Mais j’y ai trouvé une plume incroyablement alerte et aiguisée, un style qui va plus que jamais révéler l’intime et l’inconscient du personnage. Elle incise, autopsie, découpe et met sous lamelles cette vie, et elle nous embarque dans ce long roman sans une once d’ennui.

C’est drôle ce « une vie » du titre car j’ai vraiment pensé à « Une vie » de Maupassant à bien des égards. Le bouquin narre en effet la vie de Marya Knauer de son enfance à l’âge adulte, et pour se terminer en drôle de conclusion, une pirouette finalement plutôt inattendue. Le livre pourrait bien être une biographie, mais en même temps la forme propose une complète distanciation d’écrivain. Le fait que cette jeune Marya devient écrivain donne encore plus la puce à l’oreille évidemment.

Tout commence par Marya qui se retrouve élevée par son oncle et sa tante, elle a perdu son père, et sa mère l’a littéralement abandonné. Elle apprend à intérioriser toutes ses émotions, et surtout elle transforme l’horrible manière dont elle est traitée par une intelligence supérieure. Elle nourrit pendant des années ce complexe de supériorité et une certaine cruauté envers autrui, et on la suit étudiante puis auteure à succès. Chaque étape traite autant de quelques faits nourrissant une maigre intrigue que d’une exploration détaillée et nuancée des pensées de Marya Knauer. Et c’est cette dernière facette qui est la plus fascinante du roman. Joyce Carol Oates écrit merveilleusement bien, et elle a un talent fou pour trifouillé dans la tête de son héroïne, avec quelques gimmicks concernant l’enfance, les souffrances de la vie et un certain atavisme psychologique.

C’est étonnant car quand je regarde tout cela objectivement, le bouquin aurait pu me tomber des mains parce que trop long ou chiant. Mais non, l’écriture, le souffle et l’intérêt grandissant pour le personnage principal m’a rendu le tout très agréable et même plus. Et quand on devine que Joyce Carol Oates est elle-même proche de son personnage, ça fait un peu peur !! Elle s’est à la fois livrée sous couvert d’un roman de fiction, mais en fournissant un portrait psychologique flippant si elle s’est vraiment décrite !!

Marya, une vie (Joyce Carol Oates)

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Un commentaire sur “Marya, une vie (Joyce Carol Oates)

  1. Je suis entrain de lire « de la Boxe » offert par mon fils. C’est un essai, qui devrait selon lui me faire aimer la boxe (par sûre) mais c’est très intéressant alors que là aussi cela me semblait de prime abord plutôt rébarbatif. Elle écrit très bien.

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