Les bêtes du sud sauvage

Il est difficile de ne pas être aussi dithyrambique que tous les gens dont j’ai lu les papiers à droite et à gauche, et avec tous les prix aussi collectés par ce film, je vais vraiment passer pour un rabat-joie. Mais force est de constater que je n’ai pas été touché comme les autres par cette oeuvre, pour autant non dénuée de charmes, mais trop percluse de maladresses et d’une poésie bancale (selon moi).

Nous sommes en Louisiane au bord d’une zone de mangrove appelée la baignoire (the « bathtub ») par les locaux. Ces derniers sont une bande de paumés qui se sont adaptés tant bien que mal à une vie rude, faite de violence, d’alcoolisme et d’une certaine lutte pour leur survie. Parmi eux, il y a la petite Hushpuppy et son père qui entretiennent une relation familiale à la fois orageuse et pleine d’amour. La petite fille cherche sa mère qui est partie un beau jour, tandis que les eaux montent et menacent d’envahir complètement le bathtub.

Le film prend des airs de conte ou de fable avec la vision toute fantasque et enfantine de Hushpuppy, et l’actrice Quvenzhané Wallis est sans aucun doute l’immense point positif de ce film. Elle joue incroyablement bien pour son âge, et l’incursion du fantastique ou d’une certaine fantaisie dans cette oeuvre donne une patte très particulière et plutôt sympathique à l’ensemble. En revanche, j’ai trouvé que l’histoire tenait dans un mouchoir de poche, et je me suis un peu fait chier. Les intrigues partent un peu dans tous les sens et on ne sait pas trop pourquoi, jusqu’au bout d’ailleurs on est dans ce même flou artistique, et malgré l’arrivée des aurochs (vraiment ridicules, mais bon je n’étais pas là pour un truc crédible non plus) je n’ai pas été convaincu par le scénario.

Ensuite j’ai un problème avec la manière dont les personnages sont figurés. J’ai l’impression d’une vision bobo-américaine de film indépendant avec des gens à la vie miséreuse dont on montre à la fois la violence et l’incurie, mais dont le mode de vie est défendu et presque « loué » par l’auteur. J’ai été gêné par cela, on se demande vraiment si on peut envier ou s’identifier à cela. J’ai trouvé ça bien hypocrite du coup. De la même manière, le mélange entre nature et des hommes complètement en décalage fonctionne étrangement. On pourrait croire de temps en temps à la fable écologique, mais ce qu’on voit ce sont des vies et attitudes polluantes absolument dans les standards américains, et des images qui ne sont pas belles du tout.

Donc je n’ai pas aimé du tout, et j’ai du mal à comprendre l’engouement général… Je ne dois vraiment pas être assez sensible !! Arf.

Les bêtes du sud sauvage

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3 commentaires sur “Les bêtes du sud sauvage

  1. (je vais spoiler un peu hein. Vous êtes avertis) Moi, j’ai aimé ce film. Je reconnais que ça part dans tous les sens. Mais bon, on suit la petite Hushpuppy qui ne parle pas beaucoup et simplement nous montre, du haut de ces 5-6 ans.

    Je trouve ta critique de leur mode de vie très dure. Effectivement, nous, nous voyons l’alcoolisme, la misère (faut voir dans quoi ils vivent..!)… Mais faut sortir de ça. C’est pas ça que le film nous montre. Pas du tout. Il nous montre des gens qui vivent au jour le jour, avec leurs habitudes et leurs lois, et s’ils ont envie de rester malgré une tempête parce que c’est chez eux, ou bien s’ils ont pas envie d’être placés en foyers parce qu’ils veulent être chez eux, et s’ils ont envie de se coller une race, et s’ils ont envie de faire quelque chose qui les rend heureux, et bien ils le font.
    À l’inverse, il doit très certainement exister des films de gens qui lâchent leur boulot de cadre supérieur ++ pour se lancer dans une carrière tout à fait différente et moins stable. Qui va seulement dire « Rho le mec il lâche tout pour ça… » ? Personne ! On va faire preuve d’empathie parce qu’on imagine plus facilement sa vie et ses frustrations de bonhomme qui vit dans une société occidentale. On va se dire « C’est bien, il vit sa passion… » et on va approuver cette prise de risque.
    Et pour ce film, avec des rôles inversés, tu vois des miséreux dont on essaie de vanter le mode de vie… Il faut voir leur liberté d’être heureux. Evidemment, en vrai, leur vie est très certainement dure (chômage, ne pas savoir de quoi va être fait le lendemain…) mais ce n’est pas ça que le film nous montre. Je trouvais.

    Et ça reste un film, la vision d’une enfant de 5-6 ans. Comment peut-elle avoir la moindre notion de pollution alors qu’elle vit dans un taudis qui sera incendié puis submergé ? On se rend compte que la pollution existe depuis qu’on subit ses effets néfastes. Mais le fait de polluer, ça, ça existe depuis bien plus longtemps… Et dans son bayou et son esprit, la pollution n’existe pas : c’est une terre vierge et naturelle, quoiqu’on lui fasse subir.

    Bon, voilà, je me suis un peu emballé :)

    • J’accepte ton ressenti et ce qui t’a fait vibrer, et je reconnais bien quelques qualités de cet acabit au film. En revanche, j’ai une autre opinion sur la représentation que tu ne vois que factuelle. Bah moi j’y vois aussi un certain message, et il me paraît délétère… Je peux me tromper évidemment, mais ça a suffit à me troubler et me détourner de cette vision enfantine.

  2. Pas aimé non plus, et je dois dire m’être ennuyée zaussi. Mais bon, j’ai l’habitude de ne pas aimer ce qu’il faudrait adorer… Quoique, je me suis prise à être emportée par « Lore », film surprenant de subtilité qui esthétise aussi, mais avec un fond autrement plus intéressant que ce maladroit « Bêtes du Sud sauvage »… J’en parlerai demain je pense, je ne peux que te le conseiller.

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