Articles de la catégorie “Boukinage”

Boukinage La Dame à la Licorne (Tracy Chevalier)

Publié le Lundi 26 Juillet 2010 - 0:37
Catégorie: Boukinage

J’avais lu (et vu) la “Jeune Fille à la Perle” de cette même auteure, et on retrouve là ni plus ni moins le même procédé. En effet, nous sommes à la fin du 15ème siècle et Jean Le Viste commande une série de tapisserie pour agrémenter une salle à manger, et pour marquer son évolution dans la noblesse de l’époque. Ces 6 tapisseries figurent à chaque fois dames et licorne, et illustrent un sens. Elles furent cédées à travers les siècles et finirent à l’abandon, rongées par la vermine, jusqu’à ce que Prosper Mérimée les redécouvre en 1841, apparemment largement poussé par George Sand. Elles sont à présent un des trésors du musée de Cluny, et le témoignage du talent incroyable des lissiers bruxellois de cette période.

Tracy Chevalier a alors imaginé tout un roman autour de ces tapisseries : qui fut l’auteur des cartons (qui servent de modèles ensuite aux tisseurs), qui les a tissé, pourquoi ces motifs et personnages, etc. On est vraiment dans un cadre très proche de la “Jeune Fille à la Perle” avec des chapitres dont les narrateurs sont à chaque fois des protagonistes différents.

Elle imagine donc que l’auteur des cartons est un célèbre miniaturiste de la cour de Charles VIII : Nicolas des Innocents. Ce dernier n’est qu’un fieffé coureur de jupons qui tente de séduire la fille des Le Viste, mais c’est la mère, Geneviève de Nanterre, qui tire les ficelles et réussit à convaincre le peintre de représenter des licornes plutôt qu’une scène de bataille (idée première de Jean Le Viste). Nicolas des Innocents suit aussi le déroulé de la conception des tapisseries en se rendant dans l’atelier à Bruxelles. Là il tombe amoureux de la fille aveugle du tapissier, et s’ensuit une étrange aventure…

Vraiment ce roman n’a rien de transcendant mais il est tout à fait plaisant à lire, et gentiment distrayant avec ses sources bien documentées qui permettent un sympathique voyage dans le temps et les mœurs médiévaux. De plus, l’écrivain a tramé une histoire assez passionnelle et tumultueuse qui mêle aventures amoureuses, découvertes culturelles (notamment sur le métier des lissiers et les modes de confection de l’époque) et suspense dans la production finale de la tapisserie dont la date de livraison était quasi-impossible à honorer. Cela se lit bien et on sent que l’approche n’est pas idiote, tout en étant complètement romanesque.

La Dame à la Licorne (Tracy Chevalier)

Boukinage L’oreille interne (Robert Silverberg)

Publié le Dimanche 25 Juillet 2010 - 3:41
Catégorie: Boukinage

Je disais que Robert Silverberg usait parfois de la veine fantastique à dose homéopathique dans ses romans, mais là c’est encore plus discret. C’est pourtant un de ses meilleurs bouquins selon la critique, et en effet c’est certainement le mieux écrit et le plus “fin”.

David Selig est doté d’un pouvoir qui aurait pu lui apporter gloire et fortune : il peut lire les pensées d’autrui. Au contraire, il a un peu une vie de merde, sans amour, sans vie sociale, et un job qui consiste à écrire les devoirs d’étudiants new-yorkais flemmards moyennant quelques dollars. Pour couronner le tout, David sent son pouvoir exponentiellement décliner, et il comprend que dans quelques mois il en sera totalement dépourvu.

Voilà donc un roman de SF des plus surprenants, puisque ce David Selig a beau être télépathe, on a plutôt l’impression de suivre les péripéties d’un bon Woody Allen. Robert Silverberg a clairement écrit là une quasi biographie, en mettant en tout cas beaucoup de lui dans ce liseur de pensées à l’existence bien morne et tourmentée. David Selig raconte comment il a découvert son don, et tous les épisodes de sa vie, enfance, adolescence, rencontres importantes… Et les femmes évidemment, et surtout Toni qu’il perd un peu bêtement, en lui révélant notamment son pouvoir.

Le roman est puissant dans sa faculté à nous faire rentrer dans l’esprit de cet homme qui lit les esprits des autres. Mais surtout, Robert Silverberg donne là un récit assez inhabituel avec beaucoup de mélancolie, d’introspection, de doute et de remise en question, de questionnements philosophiques que le héros formule pour mieux se situer face à son destin et son “habileté”. De la SF sans faire de la SF mais qui finalement donne un sacré roman de SF, voilà c’est un peu ça… Hé hé.

L'oreille interne (Robert Silverberg)

Boukinage Le temps des changements (Robert Silverberg)

Publié le Dimanche 25 Juillet 2010 - 2:39
Catégorie: Boukinage

Je continue ma découverte de ces auteurs de SF que j’aime tellement, et qui vont en gros des années 50 à 70. Robert Silverberg en fait partie, et je l’aime particulièrement pour son inventivité en termes de systèmes sociaux originaux qui sont aussi éloignés de nous qu’ils en deviennent des critiques très fines de notre propre société. Son sens de la SF ou du fantastique n’est pas toujours aussi hyper décalé ou “tape-à-l’œil ” que certains, mais sa vision des sociétés humaines est toujours finement ciselée et souvent fascinante.

C’est exactement le sujet de ce bouquin, qui est écrit sous forme de journal. Son auteur, Kinnal Darival, est un noble d’une planète dont les colons terriens sont peu à peu parvenus à construire leur propre civilisation. Et sur cette planète, il est un tabou ultime c’est celui de dire “je”. Il est totalement proscrit de parler de soi, et surtout d’exprimer ce “je” individuel et purement égotiste. Ces individus ont seulement “une sœur et un frère de lien” qui sont des êtres choisis à la naissance et avec lesquels ils partagent tout et peuvent se montrer un peu plus proches et singuliers, mais toujours sans aller jusqu’au sacrilège du “je”. Le bouquin décrit le parcours de Kinnal et son émancipation, grâce notamment à la rencontre d’un terrien voyageur un peu marginal.

Ce récit est la description pleine d’aventures et de rebondissements d’un homme qui veut dire “je” envers et contre tous, et encore un fois la dimension SF est subtilement instillée tout en conservant le focus sur cette société étrange, et finalement assez proche de nous. On découvre alors comment Kinnal reconnaît le besoin de s’exprimer, de crier ses émotions et son ressenti, et comment cette société va le bannir, le pourchasser, et finalement vouloir le tuer.

J’aime vraiment beaucoup l’écriture de cet auteur, et surtout la manière dont ses engagements et opinions politiques peuvent ainsi transparaître si facilement dans ses œuvres. Voilà un écrivain de SF qui donne beaucoup à penser sur aujourd’hui, tout simplement.

Le temps des changements (Robert Silverberg)

Boukinage Dans ma maison sous terre (Chloé Delaume)

Publié le Vendredi 23 Juillet 2010 - 0:23
Catégorie: Boukinage

L’extrait que j’avais posté du bouquin le résume tellement bien que je n’ai plus grand chose à écrire.

Chloé Delaume est une sorte d’Augusten Burroughs qui écrit ses romans à partir de différents épisodes de sa vie, et qui a vécu des choses tellement “denses” qu’on a l’impression que la source est loin d’être tarie. J’avais lu avec beaucoup de curiosité “Les mouflettes d’Atropos” et j’avais été marqué par le talent littéraire de cette auteure. Là encore, c’est un bonheur que de suivre sa prose, et je la lis avec une soif inextinguible tant j’adore son sens de la formule. Elle pratique aussi un français très châtié mais pas hermétique ou pédant, elle use simplement de notre langue avec une acuité et une beauté qui m’épate.

Difficile de qualifier ce roman, comme il était déjà difficile d’appeler roman l’autre ouvrage que j’avais lu, qui possède bien quelques sections narratives, mais qui est avant tout une plongée étonnante dans l’esprit de Chloé Delaume. Et quelle personnalité… C’est toujours la même femme blessée et meurtrie par son histoire si tragique et traumatisante, mais elle est plus adulte et épanouie, c’est déjà Chloé l’écrivain qui parle. Chloé qui s’en est “sortie”. Ce qui change énormément dans le ton et dans le cours (lapsus calami, j’avais écrit “cœur”) des événements c’est qu’elle s’est muée en véritable Némésis, et que la vengeance envers sa grand-mère est ce qui nourrit tout le fil du bouquin. Elle est alors d’une âpreté et cruauté assez extraordinaire en expliquant comment cette femme est la source de toutes les souffrances et de cette damnation familiale. L’auteure conjure le sort en sortant saloperie sur saloperie, et assassine littérairement sa grand-mère pour mieux s’en libérer.

Je ne préfère pas en dire plus, parce que je pense que chacun doit interpréter ce genre de romans, soit en le prenant pour une narration pure (mais c’est difficile), soit en considérant toutes les résonances avec sa propre histoire, ce que je fais allégrement. Du coup cette lecture devient aussi catharsis à la fois pour l’auteure, mais surtout pour son lecteur empathique. En tout cas, c’est encore une drôle de putain d’écriture géniale !!

Dans ma maison sous terre (Chloé Delaume)

Boukinage Juliet, Naked (Nick Hornby)

Publié le Jeudi 1 Juillet 2010 - 23:54
Catégorie: Boukinage

Jusqu’à “Vous descendez ?“, j’avais pas mal suivi les bouquins de Hornby avec notamment “Haute Fidélité” (1995) (génial !!), “A propos d’un gamin” (1998) ou “La bonté, mode d’emploi” (2001). Mais j’avais été un peu déçu par “Vous descendez ?” (2005), et donc j’avais perdu l’auteur de vue. “Juliet, Naked” est un heureux retour en force de l’auteur. J’y décelé avec bonheur l’essence même du talent de Hornby : dépeindre des couples improbables et dépressifs sur fond de musique encore plus dépressive. Car lire un roman de Nick Hornby, c’est bien souvent écouter les disques qu’on passe dans le bouquin, et il a une incroyable capacité à faire entendre de la musique par l’écrit.

Le roman démarre par un couple boiteux, c’est un type, Duncan, dont la passion ultime dans la vie est d’être fanatique d’un chanteur has-been des années 80 : Tucker Crowe, et sa petite amie, Annie, qui supporte un voyage aux USA consacré à suivre à la trace le parcours (minable) de cette idole oubliée. Ils rentrent dans leur petite ville balnéaire de Gooleness, dans le nord-est de l’Angleterre, et Annie retourne à son organisation d’exposition au musée local. Duncan est hyper assidu à un site internet de fans du chanteur, et ses contributions font de lui un personnage remarqué de cette communauté. Il reçoit un jour un CD d’une maison de disque qui lui demande son avis de fan, c’est une compilation de démos jamais sorties de l’album mythique de Tucker Crowe : Juliet. L’album va s’appeler “Juliet, Naked”. Duncan est tellement content d’avoir en main avant tout le monde cet album qu’il s’emballe un peu et en pond un billet dithyrambique sur son forum. Annie qui en pense le contraire se fend d’une critique un peu plus franche et acerbe, ce qui agace fortement son petit ami… Ce dernier finit par coucher avec une femme, et le couple se délite rapidement. Entre temps, Annie reçoit un email en réponse à sa critique sur le forum, et c’est Tucker Crowe lui-même qui lui écrit pour la féliciter de la justesse de son texte. Ce dernier vit en ermite avec son fils et la mère de celui-ci, qui vient de le larguer. Annie et Tucker commencent une relation épistolaire intense, tandis qu’ils mènent des existences assez déprimantes.

Le roman fait un peu plus de 300 pages, ce qui n’est pas énorme, mais j’ai à peine brossé le début du commencement de l’intrigue, et c’est aussi une des qualités de Nick Hornby : il raconte plein de choses. Sa narration est dense et riche, pleine de rebondissements, de flash-backs, de descriptions aussi visuelles qu’auditives, et on a l’impression d’avoir lu des milliers de pages alors que pas du tout. Ce qui est marrant c’est que le récit est en effet très riche, mais dans le fond il s’agit tout de même de gens dépressifs avec des vies de merde, qui écoutent des chansons tristes. Du coup ce contraste est frappant mais il en fait tout l’intérêt et l’originalité du bouquin. Il faut préciser aussi que Nick Hornby a aussi un humour et une ironie bien britanniques qui rendent certains passages plus légers et parfois franchement drôles.

Tout cela n’est vraiment pas sans rappeler “Haute Fidélité” et c’est vrai que les échos ne sont vraiment pas anodins, même avec 15 ans d’écart. On y retrouve en tout cas le même humour et dérision, tout en continuant à s’interroger sur la vie de couple, et sur l’après-jeunesse. Les personnages sont très touchants, et j’ai été facilement embarqué dans leur vies un peu mornes, et tellement ordinaires. J’ai, en revanche, été un peu plus décontenancé sur la fin, et sur une mécanique narrative qui s’épuise assez rapidement. En effet, on se demande un peu si l’auteur n’a pas eu du mal à trouver même une fin à son ouvrage. Elle arrive un peu rapidement, parce qu’on tournait autour bien sûr, mais sans que les intrigues soient clairement terminées, en tout cas sans un fil très clair et un chemin bien balisé pour le lecteur. D’où un arrière-goût d’inachevé qui ne me plaît pas trop, mais qui est souvent l’apanage des bouquins dans lesquels on se sent bien !

Juliet, Naked - Nick Hornby

Boukinage A mon coeur défendant (Thibaut de St Pol)

Publié le Vendredi 28 Mai 2010 - 1:01
Catégorie: Boukinage

J’avais lu le second roman de Thibaut de St Pol, Pavillon noir, et je n’avais pas été emballé malgré quelques qualités. En tout cas, j’étais assez curieux pour lire ce roman-ci. Je ne peux pas dire que j’ai adoré, mais j’ai trouvé que le roman était vraiment mieux ficelé, et bénéficiait surtout d’une histoire très prenante et originale. En revanche, c’est dommage qu’avec une idée de base aussi fantastique, on a l’impression que l’auteur se contente du minimum syndical en terme de prose et d’écriture.

Car cette histoire, je me demande même si Hollywood ne l’achèterait pas pour en faire un film !! Il y a vraiment tout ce qu’on trouve dans un de ces romans amerloques, mais sans le page-turner qui aurait pourtant pu inscrire le roman dans une veine assez efficace. L’histoire est en fait triple, puisque nous suivons en parallèle trois narrateurs. Le personnage principal c’est d’abord Madeleine en 1940 qui fuit l’occupation. Elle est une employée assez insignifiante du Ministère des Affaires Etrangères, à qui l’on confie l’incroyable tâche de protéger et transporter l’original du Traité de Versailles (justement parce qu’elle n’attirera pas l’attention). En effet, Hitler a pour objectif premier en s’emparant de la Capitale de récupérer et détruire ce témoignage de l’humiliation des allemands. Madeleine n’écoute que son courage, et on va suivre son périple dans cette France vaincue et sans dessus dessous.

En alternance avec ces chapitres, nous avons deux autres protagonistes. Heinrich est à la recherche de Madeleine, cet officier allemand de la Wehrmacht doit récupérer le traité, et il traque la jeune fille sans merci. Il s’agit de son journal que nous lisons, et ce même journal a été lu par son petit-fils, Théo, de nos jours, qui est le troisième narrateur. Ce dernier cherche à savoir ce qu’a été la vie de son grand-père, et qui est cette mystérieuse jeune fille que le journal évoque. Il va jusque dans le sud de la France pour le découvrir…

Evidemment, les trois récits se répondent, et cette fascinante course-poursuite dans la France occupée est propice à des scènes d’action très efficaces dans un cadre original. En outre, cela permet aussi une approche assez traditionnelle du thriller ou du roman de suspense, puisque c’est une époque dans moyens de communication ou de transport ultra-modernes. J’ai beaucoup aimé ce mélange de ton et de rythme, entre récit historique, péripéties à la blockbuster de base, et la petite histoire d’amour qui va bien.

En somme, comme je le disais précédemment, lorsque j’ai commencé le bouquin j’ai jubilé sur l’inventivité de l’histoire et de sa mise en place, mais j’ai aussi rapidement déchanté. Et là c’est le côté négatif de mon opinion sur ce livre. En effet, la narration n’est pas toujours à la hauteur de l’histoire, ou du moins de ce que j’en attendais, alors que je voulais des détails, des anecdotes, une action soutenue et haletante, je n’ai eu que des jolis passages très factuels et descriptifs. Il y avait là matière à en délayer des centaines de pages, avec n personnages et épisodes intermédiaires, mais au lieu de cela c’est un livre très (trop) court et qui laisse sur sa faim. Même le retournement final (le fameux twist de nos séries made in USA) est décevant car il arrive trop vite, alors qu’on s’attache à peine à Madeleine, et son amour de la France qui lui fait tenir le coup pour sa mission périlleuse.

Mais bon, je ne boude pas mon plaisir, et je reconnais avoir passé quelques bonnes pages, et avoir cru que ce roman récolterait tous les suffrages. Ce n’est pas encore ça, mais au moins je suis intimement persuadé qu’il y a de quoi faire un film génial à partir de ce scenario, certes plutôt convenu mais qui possède un ton vraiment original et sympathique.

A mon coeur défendant (Thibaut de St Pol)

Boukinage Matage Certains l’aiment chaud et Marilyn (Tony Curtis et Mark Vieira)

Publié le Vendredi 28 Mai 2010 - 0:05
Catégorie: Boukinage, Matage

Je suis un immense fan de “Certains l’aiment chaud”, cet immortel film de Billy Wilder de 1959 avec Marilyn Monroe, Tony Curtis et Jack Lemmon. Cette comédie est classée parmi les films les plus drôles de l’histoire du cinéma, et pour l’époque c’était certainement un joli coup dans la fourmilière du puritanisme. En effet, Tony Curtis et Jack Lemmon sont deux musiciens de Jazz qui assistent à un règlement de compte entre gangsters. Ils s’enfuient et sont recherchés par la pègre, et pour mieux se cacher, ils décident de se travestir et deviennent musiciennes dans une troupe de femmes. Là, ils font la connaissance de Sugar (Marilyn Monroe), et Tony Curtis se fait passer pour un jeune milliardaire pour la séduire, tandis qu’il devient sa meilleure amie en tant que femme…

Ce film est une succession de scènes très marrantes, et quelques bons moments d’anthologie avec sa conclusion célèbre et inattendue ” Nobody’s perfect”. On y trouve aussi quelques passages qui ont bien nourri “The Celluloid Closet” (célèbre documentaire qui compile les scènes cryptogays du cinéma hollywoodien), mais aussi la célèbrissime chanson de Marylin : I want to be loved by you.

Le bouquin est donc une compilation des souvenirs de Tony Curtis avec une attention particulière sur sa relation avec Marilyn. L’acteur nous raconte tout ce qu’il sait sur ce film mythique et délivre une tonne de potins. Cela nourrit donc notre soif de gossips et autres éléments d’envers du décor toujours sympa à lire, mais surtout on voit les réalités d’Hollywood. A travers cette bio parcellaire de Tony Curtis, le miroir aux alouettes se révèle encore plus brutal et cruel que ce que je pensais.

On y suit donc la petite carrière du comédien et sa rencontre prématurée avec Marylin, sa liaison aussi, et leurs retrouvailles dans “Some like it hot”. Tout le récit autour de la genèse du film avec Billy Wilder et son scénariste IAL Diamond est vraiment passionnant, et mériterait à lui seul un film ou un bon documentaire. Et évidemment, les difficultés à faire bosser la Diva peroxydée sont décrites et parfaitement circonstanciées. On y pressent aussi son mal-être et tout ce qui préfigure son funeste destin.

C’est donc avant tout un petit bouquin idéal pour l’été, frais et sympathique, qui nous ramène agréablement dans cette Amérique en voie de libération sexuelle des sixties. Ce n’est pas une écriture géniale, mais c’est fluide et tout à fait digeste. Pour les amateurs de Marilyn et du film, c’est un témoignage intéressant aussi parce que Tony Curtis est un peu le survivant de cette époque, et qu’il raconte sans vraiment blesser quiconque (ils sont morts). Du coup, on sent qu’il se lâche un peu et une certaine sincérité dans ses propos, du panégyrique au libelle on sent le gars qui n’a plus grand chose à craindre. Cette vision du cinéma aussi avec des comédiens sous contrat, avec le choix du noir et blanc, la grande bataille des studios, est aussi l’occasion de se remémorer une autre époque du 7ème Art (que je n’ai pas connu, et que je prends ainsi plaisir à m’imaginer) et surtout de l’industrie Hollywoodienne.

Certains l'aiment chaud et Marilyn (Tony Curtis et Mark Vieira)

Boukinage Je suis très à cheval sur les principes (David Sedaris)

Publié le Dimanche 16 Mai 2010 - 3:30
Catégorie: Boukinage

Je partais plutôt avec de bons à priori sur ce bouquin parce que j’avais déjà lu avec plaisir du Sedaris, et que j’avais bien envie de lire des nouvelles marrantes et légères. Et c’est exactement ce que recèle ce bouquin, avec des courtes histoires qui sont des anecdotes croquées avec beaucoup d’esprit et d’humour so british (mais il est américain !) et souvent irrésistiblement queer (même si Sedaris n’est pas un immense militant, et ne met pas spécialement son homosexualité en avant).

Du coup, ma première impression était bonne, et j’ai lu le bouquin avec un certain plaisir. En revanche, je suis rapidement resté sur ma faim. Ses nouvelles sont autant d’articles potentiels de blog que j’aurais vraiment pu lire sur un carnet en ligne ou chez un chroniqueur dans un quotidien, et malgré leur frivolité et leur humour sympathique, je me suis dit qu’aujourd’hui j’attendais du coup plus de la littérature. D’autant plus de la part de Sedaris, que je sais être un bon auteur, je pense que j’attendais autre chose, un petit peu plus de matière et de substance.

On y lit malgré tout, en passant un agréable moment, ses turpitudes d’homo à la cinquantaine en couple et en prise à toutes sortes de problèmes, tous plus épineux et drolatiques les uns que les autres. Ce sont des clichés instantanées de situations que l’on connaît bien, et avec parfois des réponses qui sont particulièrement cocasses et bien senties. Sedaris avoue ses petits défauts, ses maniaqueries et autres confidences inavouables qui rendent l’auteur particulièrement sympathique et névrosé.

Mais encore une fois, cela manquait un peu de sel et de consistance pour moi. Un Stephen McCauley utilise pour moi les mêmes ficelles tout en pondant des romans qui accrochent beaucoup plus. En même temps, je ne pense pas que David Sedaris avait d’autres ambitions que de faire sourire son lecteur, et de rester dans l’anecdote et ce format très concis et rapide. C’est juste que cela ne me convenait pas vraiment sur le coup, et que je considère vraiment qu’aujourd’hui ce format n’est plus vraiment adapté à un roman mais plus à des billets en ligne.

L’avis de Jonathan D.

Je suis très à cheval sur les principes (David Sedaris)

Boukinage A rebrousse-temps (Philip K. Dick)

Publié le Mercredi 5 Mai 2010 - 0:10
Catégorie: Boukinage

Je continue cahin-caha à parfaire ma connaissance des romans de ce dieu de la SF qu’est Philip K. Dick pour moi. Mais là j’avoue que le livre est inférieur à ce que j’avais lu avant, il s’agit plus pour moi d’une excellente idée de départ au sein d’un roman assez mineur et quelconque.

Car l’idée géniale et complètement dingue qui soutient le roman tient à un phénomène naturel découvert par un certain Alex Hobart (d’où l’effet Hobart). Ce scientifique a découvert qu’à partir de 1986, il y aurait un effet rétrotemporel global qui ferait que toute la nature irait en sens contraire… Ainsi les gens rajeunissent, les morts ressuscitent, et il y a des entreprises spécialisées, comme celle de Sebastian, pour récupérer les macchabées moribonds qui suffoquent dans leurs tombes et essaient d’attirer l’attention. Du coup cela change terriblement les règles et les us sur notre planète, avec des gens qui ne mangent plus vraiment mais régurgitent, des cigarettes qui se défument ou bien des livres qui se désécrivent. Cette société est à la main de plusieurs mouvances politicoreligieuses dont les Oblits, les Udites ou le Vatican.

Toutes ces congrégations sont sur le qui vive lorsque Sebastian découvre par hasard la dépouille tout juste revigorée de l’Anarque Thomas Peak, le prophète charismatique du mouvement Udi, et de la LMN (Libre Municipalité Noire). Tout le monde se met sur le dos de Sebastian pour récupérer le bonhomme, pour le célébrer, le tuer ou le tromper, et bien d’autres choses.

Comme dans tous les romans de ce type, on trouve aussi une ou deux amourettes un peu débiles, mais surtout cet imbroglio politique pas toujours bien ficelé, et cette trame temporelle à rebrousse-poil qui est particulièrement fascinante. C’est vraiment le fond du bouquin que j’ai aimé, et qui m’a accroché, et on retrouve là toute l’imagination fertile de K. Dick, et son sens bien propre et singulier de la SF. De même, le bouquin a été publié en 1967, et ce n’est pas anodin du tout quand on lit entre les lignes des masses politiques ainsi imaginées. Mais globalement, j’ai trouvé que le livre se lisait moins bien que les autres, avec quelques soucis de crédibilité ou de cohérence, et une histoire qui tend à se perdre dans des méandres narratifs.

Rien que pour l’idée et sa mise en scène, je suis très content de l’avoir lu !

A rebrousse-temps (Philip K. Dick)

Boukinage Les carnets blancs (Mathieu Simonet)

Publié le Vendredi 30 Avril 2010 - 15:12
Catégorie: Boukinage

Ah c’est toujours un exercice difficile que de parler du bouquin d’une personne que l’on connaît. Et Mathieu cela fait près de dix ans je pense que nous nous fréquentons de près ou de loin, souvent par le plus grand des hasards. J’avais déjà évoqué ce curieux phénomène (merde le post en question date de 2004 !!!) qui consiste à ce que nous nous croisions sans arrêt pendant quelques semaines, puis plus du tout, puis par des connaissances communes lointaines… Bref, c’est très imprévu et agréable car toujours inopiné. Il y a eu cette première rencontre à l’anniversaire d’un pote de pote, puis l’anniversaire suivant de cette même personne, après quelques rencontres par hasard dans la rue, puis son blog sur GayAttitude, et puis le net qui nous a forcément rapproché car mis dans une sphère plus « communicante ». Et les trois dernières années, j’ai eu l’honneur d’être chroniqueur de l’émission de radio qu’il animait, et où je parlais de blog (il faut d’ailleurs que je remette ce truc en ligne).

Depuis que je le connais, Mathieu écrit, il tente de publier, et se fait rembarrer. Il persiste. Il fait ses jeux littéraires, il « joue » avec ses carnets. Ironie du sort, son premier roman que voici est le récit circonstancié des carnets dont il s’est débarrassé !! Et ces journaux intimes, il a commencé à les écrire dans les années 80 (préadolescent), et il est arrivé avec une centaine de carnets dans les années 2000. Pour une raison assez floue pour moi, il a fallu qu’il s’en sépare, mais pour bien marquer la chose, et surtout, je pense, avec un truc un peu narcissique et flamboyant, il a organisé une véritable démarche artistique. Les carnets ont été transformés en œuvre plastique, en robe, cachés dans des vêtements, sur des gens, détruits de façons diverses et variés, sublimés en parfum ou utilisés comme palimpsestes et encore bien d’autres idées plus fantasques et farfelues les unes que les autres.

Le roman suit ce triple cheminement, il y a les extraits de carnets, la vie et « post-vie » de ces journaux, et le parcours même de l’écrivain qui mène à l’édition du présent ouvrage. J’ai beaucoup aimé le bouquin aussi parce que tout cet univers m’était familier, et je ne sais pas comment ça peut être perçu par autrui. Du coup c’est bien de l’autofiction, mais qui ne rentre vraiment pas dans les standards du genre.

Et puis, il y a le contenu, et là on retrouve tout l’univers de Mathieu Simonet. On y lit donc des relations familiales aussi importantes que dysfonctionnelles, une affirmation flagrante de son orientation sexuelle, des projets artistiques qui naissent tous les quarts d’heure, et surtout une passion dévorante et sincère pour l’écriture. Il y a parfois des choses assez énormes et qui paraissent gênantes pour le lecteur, car nous lisons des journaux intimes, et l’auteur s’y livre donc avec authenticité et (sa) vérité. Mais l’écrivain traite tout cela avec une certaine distance, parfois comme un étalage de faits, et une simplicité de ton qui fait passer les anecdotes les plus troublantes. Mathieu n’est pas du genre à rougir de ses attitudes ou des péripéties de son existence, et en tout cas ses écrits témoignent d’une saine et rafraîchissante liberté de ton.

Roman, parcours initiatique, lutte pour écrire, journal intime, démarches artistiques, on trouve de tout dans ce bouquin polymorphe et assez unique en son genre.

En revanche, le ton un peu chirurgical et factuel des récits finit un peu par lasser, c’est le seul bémol que je noterais. Évidemment le fait d’être son propre héros limite un peu l’imagination et les scénarios un peu plus piquants, même si l’auteur a une vie bien assez tumultueuse pour au moins susciter de la curiosité et accrocher le lecteur. Mais parfois j’aurais aimé un peu plus de retour sur les faits et les actes qui sont plus consignés qu’utilisés pour parler au lecteur, ou jouer avec. Il y a au final un petit goût d’inachevé, une impression de “bon d’accord et maintenant ?” qui ne gâche pas l’ensemble, mais m’a désappointé.

Maintenant j’attends surtout avec impatience le prochain bouquin car j’aimerais bien lire du Mathieu Simonet avec son style et tous ces machins qu’il a dans la tête.

Les Carnets Blancs (Mathieu Simonet)