MatooBlog
Pectus est quod disertos facit

Vendredi 25 Avril 2008

Boukinage Bonheur, marque déposée

Classé dans: Boukinage — Tags: , @ 23:53:36

Ce bouquin avait très très bien commencé pour moi. Un de ces romans comme je les aime : une plume américaine (canadienne en fait) ironique et grinçante, qui crache des portraits au vitriol, et nous fait rencontrer des personnages hauts en couleur. Mais rapidement, le récit s’est essoufflé, et je n’ai pas réussi à bien accrocher… Je me suis perdu en chemin. Pourtant Will Ferguson a l’air d’être un écrivain avec beaucoup de talent et d’imagination.

Le héros est un éditeur d’une maison somme toute classique, avec son patron tyrannique, et son lot de businessmen et businesswomen de la littérature. Pour Edwin de Valu son domaine c’est le développement personnel, et un jour, pris dans un étau professionnel, il décide de publier le premier truc qui est sur son bureau, un manuscrit qu’il avait d’ailleurs noté de mettre à la poubelle. Après quelques péripéties, il publie finalement ce livre qui se trouve être une sorte de « manuel du bonheur » d’un certain Vitthal Chakjur. Alors qu’Edwin reste complètement insensible aux conseils prodigués dans le bouquin, c’est une véritable révolution qui est en marche, et pas une petite…

Il y a un côté « Thursday Next » dans ce roman, avec son monde un peu particulier, un peu du nôtre avec quelques années de plus, et un système de valeurs légèrement différents. Bref entre anticipation et fable moderne, Will Ferguson dessine à la fois un portrait du monde impitoyable de l’industrie littéraire, et « industrie » porte là tout son sens, mais aussi de toute la planète dont la quête ultime reste bien celle du bonheur. L’auteur monte alors une gigantesque supercherie qui atteint des sommets d’originalité, d’irrévérence et provoque quelques sourires non simulés.

Mais malheureusement, au bout de quelques temps, il ne se passe plus grand-chose, ou alors rien de bien « significatif ». Je me suis alors peu à peu désintéressé d’une histoire qui stagne, ou s’attarde sur des détails qui ne m’ont pas aiguillonné et remis dans la narration. Je m’attendais aussi à des révélations un peu plus piquantes et à l’humour aussi décalé que le début du bouquin pouvait le laisser présager, mais ce n’est pas arrivé. Donc le bouquin se termine, et je me suis dit « Ah oui ok, y’a plus de pages là, c’est donc la fin. » Et c’est dommage, car l’auteur écrit vraiment bien, et il a l’air d’avoir assez d’idées pour bien ficeler son histoire. Mais j’ai peut-être tout simplement raté le coche.

Bonheur, marque déposée - Will Ferguson

Jeudi 24 Avril 2008

Boukinage Michael Tolliver est vivant

Classé dans: Boukinage — Tags: , @ 01:55:20

Ah là là, que c’est difficile de parler d’un tel bouquin… En effet, j’ai découvert les chroniques il y a une dizaine d’années, avec la merveilleuse série des bouquins au « Passage du Marais » dont les couvertures étaient superbes. Et comme tout le monde, j’ai dévoré et adoré ces bouquins d’Armistead Maupin. Jamais on avait écrit une littérature à la fois si légère, drôle, pétillante, et sexuelle, dérangeante, sulfureuse, mais aussi facile à lire et accessible, sans verser dans le roman à deux sous. Bref un mélange extraordinaire qui s’était étalé sur 6 bouquins, et nous avait fait traverser les joies et les misères du 28 Barbary Lane des années 70 aux années 80.

Et figure de proue de cette série mythique : le gay Michael alias Mouse, mais aussi son ancienne logeuse transsexuelle Madame Madrigal qui est devenue comme une mère « logique » pour le héros. On les retrouve donc dans ce roman mais de nos jours… Anna Madrigal est donc une femme de plus de 80 ans, et Michael accuse une bonne cinquantaine. Bref, on n’est plus que jamais dans une certaine réalité de l’écrivain, qui disait qu’il y avait beaucoup de lui dans Mouse.

Il a finalement trouvé l’amour dans la personne de Ben, un fringant jeune-homme d’une trentaine d’années qui aime son « Daddy ». Mais les seventies sont passées, et depuis tout ce temps, la jeunesse s’est envolée, ainsi que beaucoup de ses amis morts du Sida. Lorsque la mère de Mouse, homophobe de base et grande manipulatrice, est sur le point de passer l’arme à gauche, il se rend à son chevet. Mais sa véritable famille c’est bien celle du coeur, celle de San Francisco…

A la base, je me doutais que ce serait un exercice incroyablement périlleux pour Armistead Maupin que de finir la série, et surtout en se plaçant aujourd’hui. Car s’il avait complètement suivi l’esprit des Chroniques, cela pouvait décevoir, et s’il avait complètement innové, cela pouvait aussi sûrement décevoir. Eh bien au final, le résultat n’est pas mauvais du tout.

Disons que c’est un bouquin qui est indispensable aux aficionados comme moi, qui retrouveront avec plaisir leurs personnages fétiches et l’humour intact de l’auteur, son talent de conteur et son esprit fantasque. Par contre, pour ceux qui ne connaîtraient pas la série, ça n’a pas grand intérêt à mon avis…

En effet, il ne se passe pas grand-chose, sinon la confirmation de la célébration de la famille réelle selon Armistead Maupin, c’est-à-dire celle qu’on se compose soi-même avec ses ami(e)s. Et évidemment c’est toujours plaisant de voir ce que sont devenus certains protagonistes, comme Mary Ann. Mais ça ne casse pas plus de briques que cela… D’autant plus que le côté « Daddy » et tous les aspects sexuels qui sont mis en exergue m’ont relativement agacé plus qu’autre-chose. On sent une constante justification de l’auteur pour sa relation avec un mec plus jeune. Et toutes les mises-en-scène prouvant sa vigueur sexuelle n’apporte vraiment pas beaucoup de sens à la narration.

Mais j’ai tout de même eu mes petites émotions, et celles-ci aussi tangibles et à fleur de peau que lors de la lecture des premiers tomes. Et rien que pour cela, je suis content de l’avoir lu.

Comme pour son précédent bouquin (Une voix dans la nuit), je me le suis fait dédicacer par l’auteur aux « Mots à la bouche ». Oh yeah!! ;-)

Michael Tolliver est vivant - Armistead Maupin - Dédicace

Michael Tolliver est vivant - Armistead Maupin

Lundi 14 Avril 2008

Boukinage Le théorème d’Almodovar

Classé dans: Boukinage — Tags: , @ 00:31:19

J’ai acheté ce bouquin pour son titre seulement, lorsque je l’ai vu sur un étal de ma librairie, et c’est en le googlant il y a quelques minutes, que j’ai appris qu’il marchait bien. J’ai aussi du coup eu vent des articles à son sujet, et surtout à propos de son auteur, Antoni Casas Ros. Il faut savoir que l’auteur et le narrateur sont une même personne, un homme qui est défiguré depuis qu’il a réchappé d’un terrible accident de voiture alors qu’il avait 20 ans (sa petite amie de l’époque n’y a pas survécu). L’auteur ne s’est jamais montré aux éditeurs ou journalistes, on peut donc croire beaucoup de choses, de JT Leroy à Brad-Pitt Deuchfalh en quelque sorte…

Antoni Casas Ros parle donc de lui, un garçon moitié espagnol par son père (un franquiste repenti) et italien par sa mère (prof de maths de gauche), qui vit à Gênes (pour le narrateur, car l’auteur vit à Rome selon le dos du bouquin) et qui donne des cours de maths par internet. Son visage l’empêche de sortir de chez lui, et il vit relativement reclus. Le bouquin est structuré par chapitres qui commencent tous par une citation de Newton, et le ton de l’écrivain est malgré tout éminemment littéraire, et il possède une plume qui m’a beaucoup charmée.

Le héros passe du temps seul, et il nous raconte comment il en est arrivé là. Et puis, au fur et à mesure où l’on entre dans son esprit et ses digressions intellectuelles, on ne sait plus trop si on est dans la réalité ou son imagination débordante. Mais ce n’est pas si grave, car la fibre romanesque est bien là, et le tout est ficelé avec intelligence et sensibilité. Donc j’ai rapidement cessé de me demander si tout cela était un récit concret ou une simple métaphore (et puis c’est souvent les deux…). Si en plus on rajoute le doute sur la personnalité même de l’auteur, il vaut mieux désamorcer tout cela, et revenir à la pure qualité littéraire du bouquin.

Et le bouquin est vraiment pas mal. Car l’auteur se met à penser que seul Pedro Almodóvar pourrait rendre correctement son histoire, et voilà que ce dernier, en effet, décide de faire un film à partir du scénario d’Antoni Casas Ros (le bouquin qu’on est en train de lire en fait… mise en abîme vertigineuse). Et voilà qu’une transsexuelle, Lisa, entre dans son existence, et les deux entament une relation assez particulière. Ajoutons à cela, un cerf, celui de l’accident apparemment, qui arrive chez l’auteur et qui est tout de suite adopté par le couple.

En effet, Almodóvar pourrait tout à fait s’emparer d’une histoire pareille !! Mais l’intérêt, outre ces aspects surréalistes, réside vraiment dans les qualités d’écriture de l’auteur, et dans toutes les ressources qui lui ont permis de transcender sa douleur, voire de lui faire refuser une opération de chirurgie car il s’est habituer à ne pas être « normal » et en a fait l’un des piliers de son existence.

Il faudrait voir ce que donnera un prochain roman de l’écrivain, pour vraiment se rendre compte de son talent, car on est là dans un exercice très particulier. Mais pour un premier opus, il faut reconnaître une originalité assez extraordinaire, et comme je le soulignais, d’indéniables qualités littéraires.

Le théorème d’Almodovar - Antoni Casas Ros

Samedi 12 Avril 2008

Boukinage L’assassin et le prophète

Classé dans: Boukinage — Tags: , @ 23:43:05

Je craque toujours pour cette collection « Grands détectives » de 10/18, et en particulier les enquêtes qui ont lieu dans des époques lointaines, avec souvent l’incursion de personnages originaux dans de véritables faits historiques. Un petit meurtre là-dedans et hop, le polar historique prend tout son sens, et parfois est de grande qualité.

C’est le cas de ce bouquin de Guillaume Prévost qui m’a conquis de son intrigue, ses références et son captivant dénouement. Du coup, je ne peux pas en dire tant que ça sinon je déflorerais trop ce qui fait la grande qualité de l’ouvrage. Nous sommes en tout cas en 6 après Jésus-Christ, à Jérusalem, dans une Palestine qui est conquise par les romains. Les communautés juives voient d’un très mauvais oeil cette occupation, mais certaines confréries sont plus permissives que d’autres, notamment celles qui sont impliquées dans le business du Temple comme les saducéens. A l’opposé, les pharisiens ou les esséniens sont beaucoup plus retors à la domination romaine. Judas le Galiléen, notamment, mène une résistance armée farouche contre l’ordre de l’Empire. A noter : en 6 après JC, Jésus a en fait 12 ans, si l’on prend en compte l’erreur du moine Denys le Petit lorsqu’il a aidé à la refonte du calendrier grégorien.

Voilà en peu de phrases le contexte historique fascinant et passionnant dans lequel Guillaume Prévost nous plonge. On apprend une kyrielle d’autres choses concernant le judaïsme et l’ambiance électrique de la vie au Temple à Jérusalem. C’est dans ce contexte politique tendu que débarque Philon d’Alexandrie pour célébrer la Pâque. Ce dernier est le héros du bouquin, et à peine met-il le pied dans la ville, on apprend que le chef des pharisiens a été assassiné. Rapidement Philon commence à enquêter, et à découvrir des indices. Il y a d’abord un étrange morceau de prophétie qu’il retrouve dans la bouche du cadavre, et qui indique une singulière relation avec la secte des esséniens.

Bon, je n’en dis pas plus, mais sachez que tout cela nous remet en plein dans les manuscrits de la mer morte, dans l’avènement de Jésus en tant que Messie, dans les diverses sectes juives qui se disputent le pouvoir, et en plus, il y a cette série de crimes crapuleux qui déstabilisent encore plus la situation explosive avec les romains.

Ah là là, quel roman génial ! En effet, Guillaume Prévost a réussi le challenge d’écrire un ouvrage à l’étonnante et foisonnante érudition tout en étant très simple, et très agréable à lire. L’action est à toutes les pages en même temps que les implications politiques et historiques viennent donner un piment incroyable à l’intrigue. Du coup, j’ai lu la fin du roman avec une fébrilité toute particulière, et la manière dont il a lié l’intrigue policière aux faits historiques et archéologiques, et aux récits bibliques en fait un livre vraiment précieux.

En outre, le héros, Philon d’Alexandrie, est un véritable personnage historique qui correspond tout à fait au rôle endossé dans le bouquin. Je vous le conseille, c’est un excellent moment de lecture.

L’assassin et le prophète - Guillaume Prévost

Lundi 31 Mars 2008

Boukinage King Kong Théorie

Classé dans: Boukinage — Tags: , @ 23:31:08

Le 24 octobre 2006 je disais “Je vais le lire”, et Juju répondait “Je suis impatient de lire ta critique.”. Ouai bon, okééééé, on est juste un an et demi plus tard. Mais quand je retiens que je dois lire un bouquin, il finit toujours par tomber dans mon escarcelle.

J’ai toujours eu un faible pour Virginie Despentes, et ce bouquin me rend carrément amoureux d’elle. J’aimais son ton si libre et émancipé, même si ses oeuvres ne sont pas forcément ma tasse de thé, mais j’y ai toujours reconnu beaucoup de talent. Et j’aimais son mythique blog évidemment !! Et puis Virginie Despentes c’est aussi la traductrice de Poppy Z. Brite ou bien l’auteure d’une des plus belles chansons de Placebo : « Protège-moi ».



Protège-moi - Placebo

Ce livre est une gigantesque claque dans la gueule, et ça fait du bien de lire autant de choses si vraies et bien écrites, ce point de vue tranché et argumenté, ce cri punk qui est en fait d’une finesse redoutable. Et quels sujets… Virginie Despentes y parle de la prostitution, de la pornographie et globalement du féminisme. Elle se sert de ses propres expériences, de jeunesse qui ont vu le viol ou bien les galères qui iront jusqu’à la prostitution occasionnelle, ou même lorsqu’elle est auteure ou bien réalisatrice et qu’elle doit faire face à d’autres embûches et préjugés.

Chaque anecdote est mise en abîme avec une réflexion bien élaborée et étayée, avec son style bien virago qu’elle assume, et en même temps une sensibilité qu’on sent à fleur de peau, puisqu’elle ne s’est finalement jamais autant dévoilée. Ce bouquin fait énormément de bien par sa clairvoyance, et l’évidence de certaines idées, et il déprime aussi allègrement par l’étendue de la tâche qui nous attend, et surtout les femmes… L’auteure descend une à une les idées reçues et les injustices qu’elle dénote sur la prostitution et la pornographie, deux univers où les femmes ne sont pas les mieux loties.

On ne peut pas toujours être d’accord avec elle, mais elle a le mérite de s’exprimer avec son vécu, ses tripes et, encore une fois, un ton criant de vérité et de sincérité. Je crois que ce bouquin mérite vraiment d’être découvert, et je vais m’en faire un prosélyte.

L’avis des copines : Juju, Lionel Labosse, Le chevalier Enguerrand (et 2).

King Kong Théorie - Virginie Despentes

Lundi 24 Mars 2008

Boukinage La route

Classé dans: Boukinage — Tags: , @ 23:08:18

Les choix d’un bouquin à l’aéroport, c’est toujours assez casse-gueule, donc je me dirige souvent sur les manchettes familières genre « Prix Médicis » ou bien « Pulitzer », histoire d’éviter les Marc Lévy et consorts… Et là je suis assez ravi de mon choix, « la route » de Cormac McCarthy a obtenu le Pulitzer 2007, et l’auteur, qui n’en est pas à son coup d’essai, a selon moi bien mérité ce couronnement.

Je ne m’attendais pas vraiment à un tel récit d’anticipation, qui décrit la quête et la survie d’un homme et de son jeune fils (8-10 ans je pense) dans un monde qui a subi l’apocalypse. On ne sait pas vraiment où on est, ni quand, mais il est arrivé un grand malheur… un gigantesque incendie qui a réduit à néant la quasi-intégralité de la faune, la flore et le monde tel qu’on le connaît. Ce dénuement complet laisse les survivants se débattre sur une terre stérile et couverte de cendres, et chercher une nourriture presque inexistante, se défendre contre des bandes dangereuses et parfois anthropophages.

C’est dans cet univers de fin du monde, menant un caddie contenant quelques biens et denrées, que l’homme et son fils (dont on ne connaîtra pas les patronymes, de toute façon ça ne sert pas à grand-chose) tentent de rejoindre l’océan. Il faut éviter les « méchants », trouver à tout prix de quoi manger, et essayer de ne pas perdre la raison.

Imaginez donc un décor et une ambiance à la « Mad Max », mais dont l’histoire et la quête ont pu me faire penser à « Ravage » de Barjavel, et les personnages, les réflexions, les « accents » avaient plutôt une résonance avec « Le voyage d’Anna Blume » de Paul Auster. Néanmoins Cormac McCarthy y apporte sa plume efficace et même parfois redoutable. Car il est à la fois excellent pour la manière dont il tient en haleine son lecteur avec des péripéties et une aventure constamment en ébullition, mais il élabore aussi l’univers intérieur des deux personnages avec beaucoup de talent et d’émotion.

J’ai été très très sensible au ton du roman et à son sujet, car il est très rare d’avoir une situation pareille. En effet, il s’agit avant-tout d’un père qui survit et se bat pour que son fils vive, pour que son fils survive dans cette vision apocalyptique d’une authenticité qui fait froid dans le dos à maintes reprises. Et le bouquin est le cri d’amour désespéré et sans limite de ce père pour son fils. Ce n’est pas si courant de voir traiter ainsi l’amour paternel, et surtout avec une telle force, et au final une telle évidence. On n’a pas trop l’habitude d’être ému pour le dévouement et le sacrifice d’un père pour son fils, et réciproquement de ressentir l’amour filial en retour. Mais le livre est assez bien écrit et originalement fagoté pour que cela tombe sous le sens. Du coup l’émotion est d’autant plus palpable, et est naturellement véhiculée au lecteur (enfin moi, en tout cas !).

On voit aussi le gamin évoluer à mesure que le récit se poursuit. Le père tente d’inculquer à son fils le minimum pour qu’il puisse se débrouiller, mais aussi certaines valeurs. Et réciproquement, le fils maintient le père dans une certaine humanité, et fait tout pour qu’ils restent « les gentils ». J’ai beaucoup aimé cette image de l’enfant qui n’est pas qu’une réplique miniature de l’adulte, mais un être à part entière, qui même s’il se « construit » possède une personnalité et des crédos.

Concernant l’écriture, on n’est dans une littérature américaine comme j’aime… Tranchante, efficace, agréable à lire et plutôt « simple », qui sans user d’artifice et de chichis ne verse pas non plus dans l’aridité ou « l’emporte-pièce ». Cormac McCarthy a le mot juste et l’expression qui fait mouche. Son style reflète incroyablement bien l’univers qu’il décrit, gris et violent, inhumain et imprégné des dernières notes d’espoir portées par les deux protagonistes.

La route - Cormac McCarthy

Samedi 22 Mars 2008

Boukinage La nuit vient

Classé dans: Boukinage — Tags: , @ 22:22:25

L’auteur de ce livre, John Rechy, a été connu aux US pour avoir écrit en 1963 « City of lights », un bouquin dans lequel il évoquait directement sa vie de prostitué gay. Il est un auteur « queer » assez emblématique, et ce roman précis, publié en 1999 (2001 en France), a la particularité de se dérouler pendant l’été 1981, soit quelques mois avant l’épidémie de Sida. C’est donc en cette curieuse période de « relapse », de sortie des années noires de l’épidémie, qu’il sort un bouquin qui narre par le menu la sexualité des gays de Los Angeles « avant ». Et c’était d’autant plus marquant pour moi, que ce bouquin avait été édité par « Le Rayon/Balland », la fameuse collection dirigée par Guillaume Dustan.

Je vais encore jouer les vieilles tatas, mais il se trouve que ces années 1996-2002 correspondent en gros à ma vingtaine, et à mon entrée dans la vie gay parisienne. Je me souviens de ces temps étranges où l’homosexualité a été sur le devant de la scène, comme une énième libération sexuelle, entre les plateaux de Mireille Dumas, la publicité de la Gay Pride et des Drag Queens, ou bien d’un Guillaume Dustan qui choquait à sa manière. Ce dernier avait de quoi choquer avec son attitude si outrancière, mais surtout son goût prononcé pour le barebacking. Je dois avouer que j’avais une grand fascination pour le personnage, et même si j’étais loin d’adhérer à ses idées et ses propos (au contraire même), j’ai suivi de près ses bouquins et son influence dans la littérature et la fameuse « autofiction ».

C’est ainsi que j’ai acheté pas mal des romans « gay » de Balland, mais globalement ce n’était pas terrible… J’avais tout de même beaucoup aimé « Je mange un oeuf » de Nicolas Pages, et « Nicolas Pages » de Dustan, et justement « La nuit vient » de John Rechy. (Il y avait aussi l’étonnante bio de Joey Stefano par Charles Isherwood, chez Balland/Modernes.) Mais revenons à nos moutons !

« La nuit vient » est donc un roman qui se passe juste avant le Sida à Los Angeles. John Rechy y raconte une journée de l’été 1981, en dix chapitres qui s’étalent du matin au soir. Chaque tête de chapitre marque un lieu emblématique de LA qui est un lieu de drague gay de la ville. L’auteur explique comment on s’y rend, et ce qu’il s’y passe… Cette journée est marquée par l’influence du Sant’Ana, ce vent brûlant qui rend fou et qui fait bouillonner les appétits sexuels. Chaque chapitre est construit de la même manière, il s’agit d’une succession de points de vue de personnages identifiés. Ils vivent chacun leur journée, et peu à peu, ils se croisent ou interagissent discrètement les uns avec les autres, jusqu’à l’ultime chapitre qui marque leur rencontre inopinée.

On croise donc les destinées de n personnes, dont Jesse qui est le parfait petit minet qui compte bien célébrer ses 22 ans d’une manière bien spéciale. Il veut s’économiser jusqu’au soir, où là il se fera baiser par un maximum de mec. Buzz, Toro et Linda sont trois hétéros, racailles homophobes du coin, qui traînent dans les quartiers et cassent occasionnellement du pédé. Le père Norris est ce matin même chargé d’une mission particulière par une mère désespérée. Il doit retrouver un « Angel » qui se prostitue sur Hollywood, et qui a un Christ géant et nu tatoué dans le dos. On suit aussi Za-Za (on reconnaît aisément Chi-Chi Larue) et ses comédiens qui sont en train de tourner un film porno en plein air pour un richissime producteur voyeur et ses amis. D’un autre côté, Thomas Watkins est le gay quadragénaire, intello, fan d’opéra par excellence, il recherche l’amour avec un grand A, et va de désillusion en désillusion. Orville est un gay black qui assume son côté bourgeois, tout en voulant éviter les petits blancs qui ne fantasment que sur sa couleur de peau. Paul et Stanley sont en couple depuis quelques années. Mais Paul est fidèle, et il endure un petit ami qui vit ouvertement son libertinage sexuel. Nick est hétéro, mais il tapine pour quelques dollars sur les boulevards de LA. Clint est un quadra sexy et à tendance SM qui est dans son hôtel, et se remémore ses nuits chaudes et cuirs à New York. Ernie est une gym queen qui ne vit que pour la beauté de son corps body-buildée, et a un sérieux problème avec la taille de son sexe… Mitch et Heater sont deux hétéros en couple, mais bon elle regarde un peu trop les nanas, et lui les mecs. Dave, enfin, est l’archétype du gay viril et dominateur qui cherche la proie de son futur fantasme.

Dave croise Jesse, la boucle est blouclée. Les personnages commencent à se rencontrer, se frôler, se bousculer, dans un véritable « Short-Cuts » gay, et tous les chapitres se composent de ces 12 points de vue qui font évoluer le récit. Tout est clairement structuré et expliqué, donc on est jamais perdu, et les moments où les protagonistes sont en contact sont très plaisants pour le lecteur, qui a eut le temps de faire connaissance de chacun d’eux.

La première remarque sur ce roman est déjà qu’il est incroyablement bandant. Je dois vraiment donner cette qualité à John Rechy, il sait faire bander son lecteur dans le métro le matin en allant au boulot. Car les récits tournent tous autour de personnages qui sont tous affolés par cette journée de chaleur, et surtout dans une culture gay qui est basée sur la sexualité et son exercice débridée.

Au-delà de l’histoire et de son caractère sympathiquement érotique, tout l’intérêt tient dans les multiples portraits de gays qu’il dépeint ici. On a vraiment un éventail incroyablement complet et assez authentique des « typologies de gays » qu’on pourrait encore aujourd’hui trouver dans le Marais à Paris. Evidemment, l’auteur se sert pour cela de toutes les caricatures qu’il connaît, mais en en servant autant, il arrive finalement à nous faire voir une galerie assez représentative. Ce que j’apprécie dans cela, c’est qu’il ne juge pas ses personnages. Ok, ce n’est pas le portrait le plus reluisant qui soit, mais au moins on en a une description de toutes ses facettes, autant dans le minet qui veut se faire défoncer, que le quadra SM, celui qui est dépressif et malheureux, la gym-queen à petite bite, l’hétéro refoulé, le prostitué ou bien encore l’acteur porno.

Grâce à tous ces points de vue, John Rechy peut aussi jouer sur tous les sentiments, et nous servir d’un côté une histoire d’amour, de l’autre un plan cul, ou encore une bouffonnerie lors du tournage avec Za-Za, ou une improbable quête mystique du curé, etc. Du coup, ce qu’on peut prendre au premier abord pour un roman assez basique et « simpliste » revêt, à mon sens, des qualités bien plus saillantes.

Je ne sais pas pourquoi John Rechy a écrit un bouquin pareil à cette période… Voulait-il marquer une similitude aux moeurs de l’époque, et à ceux de maintenant ? Ou bien dénoncer des dérives qui ont été en grande partie normaliser par notre époque plus puritaine ? Ou au contraire exprime-t-il un regret de cet âge d’or du sexe libre et débridé ? La conclusion du roman ouvre sur encore plus de questionnements, voire de remises en question…

Malheureusement, je vois que le bouquin n’est disponible qu’en occasion… Pourtant, il me paraît être un « must read » pour tous les homos, et au moins une bonne occasion de lire d’excellents passages de cul bien meilleurs que ceux de la littérature spécialisée. Et encore une fois, je vois dans ce roman une finesse bien plus intellectuelle et sociologique, que ce qu’il peut faire croire au premier abord.

La nuit vient - John Rechy

Dimanche 09 Mars 2008

Boukinage Un sale boulot

Classé dans: Boukinage — Tags: , , @ 21:01:56

Ah là là, je ne suis vraiment pas un fanatique des bouquins de fantasy… Et la lecture de ce roman de Christopher Moore le confirme encore. Il m’a pourtant bien plu, et je l’ai lu avec plaisir, mais je n’ai pas accroché tant que cela, je n’ai pas été pris dans le récit, ni hilare de l’humour qui s’en dégage.

J’y ai bien retrouvé, à la fois dans la thématique, l’écriture, et l’humour, ce que j’avais découvert, et dont on m’avait parlé, dans le seul bouquin de Neil Gaiman que j’ai lu : « De bons présages ». Et similairement, j’ai trouvé ça… sympa ? Bref, ça se lit bien, c’est divertissant et original, mais ça ne me fait pas triper. Le plus saillant pour moi est cette manière de modifier notre relation avec la mort et les mythes religieux judéo-chrétiens, qui ne sont pas très « modernes », pour en faire quelque-chose de plus drôle et en prise avec notre réalité, un peu plus comme on pourrait trouver dans la culture nippone (de la mort).

Charlie Asher habite à San Francisco, il est proprio d’un magasin d’articles d’occasion, un vieux local avec plein de vieilleries. C’est un type un peu banal et commun, mais dont l’existence bascule quand il perd sa femme, alors qu’elle vient d’accoucher de leur petite fille : Sophie. C’est en voyant un type étrange près du lit de sa femme, et quand il réalise que les gens tombent comme des mouches à son contact, que son agenda se remplit de noms et de dates, qu’il voit les objets qui l’entourent auréolés de rouge, qu’il réalise : il est devenu l’un des employés de la Mort. Il est chargé de prendre les âmes des gens, et de les refourguer à d’autres, et surtout pas aux démons qui s’en nourrissent.

Mais les choses sont compliquées… Une de ses employés lui pique son manuel de marchand de mort, sa fille tue les gens en disant le mot « miaou », des succubes étranges des égouts lui veulent du mal, et il vit très mal sa nouvelle vocation. Et puis tout se précipite, la fin du monde est peut-être proche…

On y retrouve vraiment tous les ingrédients du bouquin de Gaiman, avec des gens blasés par la mort, et dans une ville comme San Francisco, où de toute façon les excentricités ne troublent personne. On y voit des démons égrillards et au langage très actuel, des marchands de morts qui vivent presque comme tout le monde, et notre Charlie qui essaie de faire son deuil, tout en élevant sa petite fille seul. Heureusement il a l’aide de sa sœur, un personnage lesbien très drôle, et de deux voisines, une russe et une chinoise, qui ânonnent quelques mots d’anglais.

Le bouquin présente toute une galerie de personnages dont on sent parfaitement le potentiel comique, et qui prêtent régulièrement à sourire. Mais globalement, je ne trouve pas cela très bien ficelé. Je n’arrive vraiment pas à me mettre dans ce mélange entre fantastique et aujourd’hui, et puis les démons, les sorcières, les cerbères et la Mort, nan ça ne me parle pas… Vraiment je ne suis pas amateur de fantasy, là c’est clair. En outre, j’ai deviné toute l’intrigue et subodoré le déroulé du bouquin une centaine de pages après l’avoir commencé (or, je suis normalement très mauvais à cela). Du coup, je n’ai eu aucune surprise du début à la fin…

Il reste juste quelques traits humoristiques qui sont en effet bien sentis et qui peuvent faire mouche. L’histoire qui est originale et enlevée a aussi son intérêt, même si elle ne m’a pas super convaincu. Je n’arrive pas à jubiler comme certains de mes amis avec ces bouquins, et ça m’énerve de ne pas réussir à avoir aussi ça en commun avec eux. Mais bon, on ne se refait pas.

Un sale boulot - Christopher Moore

Lundi 03 Mars 2008

Boukinage Ambiguïtés

Classé dans: Boukinage — @ 23:35:30

Je suis tombé un peu par hasard sur ce bouquin, mais j’avais bien accroché sur la quatrième de couverture. Un bonne histoire de famille bien alambiquée, complexe et riche, un bon exutoire pour mon état actuel, et puis 850 pages pour me plonger dans ce genre de roman anglo-saxon que j’aime tant. Je ne suis pas spécialement féru de littérature australienne (dont je ne connais pas grand-chose), mais Elliot Perman est un auteur australien qui m’a bien épaté avec ce bouquin.

Il y a sept grandes parties à ce roman, et je dis « grandes » car ça peut parfois prendre cent pages. C’est un récit qui prend son temps, qui s’installe, et qui utilise une forme assez particulière pour se poser. Il s’agit d’une narration à sept voix, sept protagonistes d’une même histoire, d’une même trame familiale et humaine. De manière chronologique, sept narrateurs se succèdent et racontent une histoire de leur point de vue, pas exactement la même histoire, mais en tout cas une intrigue connexe à celle de départ.

Tout part de Simon qui ne se remet pas de sa rupture avec une ancienne petite-amie : Anna. Simon était instituteur, et le jour où un de ses petits élèves a été enlevé par un kidnappeur, il a subi un traumatisme dont il ne s’est pas remis. Le voilà alcoolique et perdu dans une existence morne, avec pour obsession son ex copine de fac. Cette fameuse Anna a depuis bien refait sa vie, elle a même un mari, Joe, qui est trader, et un petit garçon, Sam. Simon est bizarre, il suit les faits et gestes de cette famille, et un jour il sauve même Sam de la noyade dans leur piscine, alors qu’il n’est pas surveillé.

Le père de Simon s’inquiète tellement pour son fils qu’il paye un psychiatre pour s’en occuper, le docteur Alex Klima. Simon rencontre aussi une prostituée Angélique, elle tombe follement amoureuse de lui, et elle fait tout pour lui venir en aide. Il y a aussi Mitch, un collègue de boulot de Joe, un analyste financier qui a un gros projet à lui proposer.

Le bouquin commence par la rupture dans le récit qui est initiée par un geste de Joe, une folie. Un jour, il va chercher Sam à l’école au lieu de ses parents. Il « enlève » le garçon, mais sans lui faire de mal, simplement par un « coup de folie ». C’est Angélique qui, inquiète, prévient la police, et Simon se retrouve en taule, accusé de kidnapping.

Et là, les sept personnages racontent, tour à tour, leur vie, leurs incidences ou rôles dans cette histoire. On comprend peu à peu les liens du hasard, ou pas, qui étreignent tous ces protagonistes. Les styles se suivent sans se ressembler, mais les témoignages sont chronologiques, et peu à peu, ils racontent aussi le fil de l’histoire. Ce que devient Simon, ce qu’il risque, le pourquoi du comment… Et c’est un livre éminemment psychologique, qui nous emmène dans une quête initiatique troublante qui mélange famille, amour, folie, bonheur…

J’ai adoré la manière dont les personnages sont travaillés, et il faut reconnaître dans Elliot Perlman un auteur de talent pour cela. On entre dans la peau des personnages, et on est rapidement dans leur intimité, leurs faiblesses, leurs drames et leurs défauts, autant que leurs fragilités leur donnent une certaine dose d’humanité et des « circonstances atténuantes » pour certains actes malveillants. Le roman est assez dramatique et dur dans ce qu’il présente des facettes de personnages qui ne sont pas toujours folichonnes. Mais ce n’est pas non plus un récit noir et pessimiste, plutôt quelque-chose d’authentique, et qui au final livre une « certaine » part d’espoir.

L’auteur tient aussi sur la longueur ce qui est assez épatant. Même s’il y a quelques passages un peu longuets, globalement j’ai été absorbé par ma lecture, et ce jeu de piste entre les personnages a quelque-chose d’autant peu crédible qu’on finit par y adhérer. Car ils sont tous liés quasiment, et une génération plus tard, on en trouve encore les séquelles et les stigmates. En cela, j’ai d’ailleurs pas mal pensé à « De chair et de sang ». Et ce chassé-croisé de point de vue avait pas mal de points communs avec la trilogie de Lucas Belvaux (que j’avais beaucoup aimée à l’époque).

J’ai cité une phrase de la fin du roman, et elle est assez typique des thèmes qui sont évoqués, plus ou moins en filigrane. Mais c’est certainement le titre même du livre (Seven types of ambiguity en VO) que je ne me lasse pas de relire, et qui est tellement juste que ça me laisse sans voix.

L’avis de la copine : Monsieur CRE.

Ambiguïtés - Elliot Perlman

Lundi 11 Février 2008

Boukinage Les arabes dansent aussi

Classé dans: Boukinage — Tags: , @ 23:46:34

Sacré titre hein ? Sacré titre pour un sacré bouquin d’ailleurs ! Sayed Kashua signe là un livre qui fait la part belle à sa propre histoire mais qui est bien un roman. Il a pour héros, comme son auteur, un jeune arabe qui vit dans un de ces villages « non juifs » en territoire israélien. Ce jeune auteur (il est né en 1975) est aussi journaliste dans un hebdo de Tel Aviv (il écrit aussi dans Haaretz), et partage donc avec son narrateur cette terrible schizophrénie. On découvre donc dans ce roman à la plume assez candide et sincère, la vie d’un jeune arabe qui vit pourtant en Israël, et qui peu à peu découvre avec stupéfaction qu’il aime beaucoup les juifs. Ah là là, et pourtant il est bien arabe et fier de l’être, et il comprend aussi le combat des siens, mais culturellement il se sent tellement israélien !!

Le livre raconte chronologiquement la vie du narrateur, avec une famille assez traditionnelle, un père plutôt militant communiste et qui veut lutter contre Israël, une relation très proche et touchante avec sa grand-mère, et puis l’école à la mode palestinienne : des coups dans la gueule et une étrange pédagogie, etc. Et puis, entre les affaires du père qui l’emmènent en prison, et le narrateur (on ne sait pas son nom je crois…) qui après un grave accident devient « normal » (apparemment c’était un gamin insupportable avant), ce dernier se retrouve, au vu de ses résultats scolaires, catapulté dans une école israélienne (il gagne aussi un concours d’énigme lors d’un passage bien désopilant). Et là c’est le choc des cultures.

Le garçon se retrouve alors dans une « nouvelle vie » à la mode israélienne avec des profs qui ne frappent pas leurs élèves (choquant !!), des garçons et des filles qui sortent ensemble, de la musique « moderne » et au final un grand sentiment de liberté, voire de licence. Et après quelques temps, le voilà heureux qu’on ne le prenne pas pour un arabe, qu’il n’ait aucun accent quand il parle hébreux, et totalement déchiré entre ses racines et son pays… Bref, on est en pleine quête d’identité. Et tout cela est finement illustré par ces bouts de vie qui ont l’air si authentiques et tragicomiques (il finit tout de même par épouser une arabe, tout en devenant alcoolique et presque athée).

Le roman n’est pas vraiment drôle et pourtant cocasse par moment, pas vraiment triste ou tragique mais il dépeint une situation qui en a toutes les caractéristiques, il n’est pas non plus un libelle politique, et néanmoins on y trouve à boire et à manger pour les partisans de l’un ou de l’autre des bords. J’ai vraiment aimé cette histoire qui en décrivant de manière si sincère la perverse ironie de son existence nous montre à quel point la situation n’est pas si manichéenne.

J’ai aussi lu une grande résonance avec mon propre ressenti lorsque j’étais allé en Israël fin 2006. Du coup, je me suis forcément senti très proche de l’auteur, et j’ai encore plus adhéré à son récit. Et le pire là-dedans c’est que c’est à coup sûr un bouquin qui doit autant avoir de fans que de détracteurs du côté juif et du côté arabe…

Les arabes dansent aussi - Sayed Kashua

Dimanche 03 Février 2008

Boukinage Je tremble, ô matador

Classé dans: Boukinage — Tags: , @ 23:12:56

Je ne connaissais pas cet auteur chilien, Pedro Lemebel, qui a apparemment toujours montré sa différence et son originalité à travers ses œuvres et performances. Dans ce roman, il figure une histoire vraiment singulière en pleine dictature de Pinochet, en 1986. Il s’agit donc d’un bouquin très politique, et en même temps très « romanesque ». Un mélange assez étrange mais qui au final tient carrément la route, certainement grâce à cette verve piquante et irrévérencieuse, typiquement sud-américaine.

Le personnage principal n’a pas vraiment de nom sinon cette appellation « la folle d’en face », et en effet, il s’agit d’un travesti qui a dépassé la quarantaine (qui porte un dentier apparemment… donc bien sur le retour) et qui est « hurlante ». Il habite dans un quartier miteux de Santiago où tout le monde le connaît, dans un immeuble brinquebalant qu’il astique et entretient comme un sou neuf. Le voisinage se moque de lui, mais avec une certaine gentillesse au final, et surtout, malgré le persifflage, la manière dont il tient son intérieur est fort respectée par les commères du coin. Il vivait de prostitution, mais aujourd’hui il réalise des travaux de couture et de broderie pour des notables. Il s’est entiché d’un jeune chilien hétéro, Carlos, qui vient régulièrement chez lui pour cacher des objets. Carlos est gentil avec pour obtenir ses faveurs. La folle fait semblant de ne pas voir la réalité, même si elle n’ignore pas qu’il cache autre chose que des livres (plutôt des armes), et se réfugie au contraire dans ses rêves et son incorrigible romantisme.

On suit d’un autre côté les pensées intimes d’Augusto Pinochet en personne ! On le voit en compagnie de sa femme, détestable, hautaine, insupportable avec lui, et fanatique d’un certain Gonzalo, qui la conseille en matière de mode et plein d’autres sujets très gais. Pinochet vieillit, il s’ennuie, il en a marre de sa soûlante de femme, et surtout il a peur…

Donc vous imaginez bien, on a là deux livres en un, qui se rejoigne par l’initiative de Carlos qui veut attenter à la vie du dictateur. De la plus improbable manière, donc, Pinochet croise le chemin de la folle et de son « crush » qui partent en pique-nique pour surveiller les habitudes du vieux général. Et que ce soit en voiture ou chez lui, personne n’imagine qu’une grande folle avec son chapeau à la Lady Di et ses nappes brodées pourrait fomenter un quelconque attentat !

J’ai retrouvé dans la description de la folle de Pedro Lemebel, un peu des personnages de travelos d’Hubert Selby Jr. La folle est totalement amoureuse de son Carlos, elle ferait tout pour lui, et elle n’est que romantisme et eau de rose concentrée. Lui l’utilise au maximum, mais il finit par avoir de l’affection pour elle, et fait son possible pour lui éviter des ennuis. Evidemment le personnage de la « folle d’en face » est caricatural au possible, mais là il est vraiment réaliste et je le voyais en le lisant vraiment comme une « Madame Sata » chilienne.

Le bouquin est aussi l’occasion de nous plonger dans ces années de dictature qui furent très difficiles pour le peuple chilien et les opposants au régime de Pinochet. On y voit la cruauté de la répression, et par exemple, la lutte des mères pour retrouver leurs enfants et maris disparus. La grande originalité de Pedro Lemebel est de s’être mis dans la peau même de Pinochet, d’ailleurs présenté comme très homophobe, et de présenter l’homme avec finalement pas mal d’humanité, ou en tout cas sous une forme assez cocasse. C’est difficile d’exprimer ce qui émane de cela… Il est à la fois « humanisé » et en même temps, on comprend aussi bien la terrible détermination de ce meurtrier.

Les passages qui décrivent la folle sont très ampoulés et n’en finissent pas d’épithètes et de périphrases qui dégoulinent de fioritures et dentelles. Mais au bout d’un moment, j’ai malgré tout pensé qu’il en faisait un peu trop… (C’était peut-être l’effet escompté.) Le livre se lit très vite, et malgré son intérêt et l’histoire qui se découvre avec plaisir, j’ai regretté que l’intrigue ne soit pas un peu plus fournie et dense. On a l’impression que tout cela aurait tenu dans une nouvelle, et qu’elle a là été délayée en roman mais sans y ajouter beaucoup de matière.

Pedro Lemebel - Je tremble, ô matador

Samedi 02 Février 2008

Boukinage Là-bas

Classé dans: Boukinage — Tags: , @ 16:18:45

Voilà le type de roman que j’affectionne particulièrement, une bonne histoire de famille un peu trouble et pleine de secrets inavoués… Un mari mort, la femme et l’amante qui vivent dans la maison endeuillée, le frère pédé qui habite à deux pas, un étudiant qui débarque pour faire une thèse. Un cocktail de Peter Cameron à la fois subtil et détonnant, où on sent la révolution des émotions qui secouent les personnages, tout en conservant leur bourgeoise componction.

Omar Razaghi est un jeune thésard, un iranien qui étudie au Kansas, qui a décroché une bourse pour écrire une biographie sur l’auteur d’un unique roman, Jules Gund. Il envoie une lettre aux trois légataires, la femme, l’amante et le frère qui vivent en Uruguay, mais prend les devants et s’engage comme s’ils avaient accepté. Seulement, Omar reçoit une lettre de refus ! Complètement désarçonné et passablement désespéré, poussé par sa petite amie, il débarque dans un coin perdu d’Uruguay pour défendre sa cause et tenter de mieux comprendre les raisons des héritiers. Il fait alors la rencontre de Caroline (une française), la femme de Jules, ainsi qu’Arden l’amante qui vit avec Caroline et sa fille dans la maison de l’écrivain. Le frère de l’auteur décédé, Adam, un vieil homo qui vit avec son jeune ami asiatique Pete, décide de donner un coup de main à Omar pour convaincre les deux femmes.

Le livre possédait toute la matière pour en faire une comédie fracassante à coup de secrets dévoilés et de retournements de situation, mais ce n’est pas du tout l’histoire de Peter Cameron. Le roman est beaucoup plus calme et posé, beaucoup plus réaliste aussi, et m’a conséquemment beaucoup plus touché que n’aurait pu le faire une version plus « américaine ». Les choses se mettent en place assez doucement, et l’auteur s’attarde beaucoup sur ses personnages. Il nous les rend tous extrêmement attachants, même s’ils sont parfois sympathiques ou plutôt antipathiques, jamais caricaturaux. Ainsi on n’a pas vraiment de héros qui brille là-dedans, juste des hommes et des femmes avec un vécu et des souffrances.

Peu à peu, les confidences se font, les secrets se découvrent, pas si énormes que ça d’ailleurs, mais d’une justesse assez troublante. Comment une femme et l’amante peuvent vivre dans une même maison, qui était donc ce Jules Gund pour avoir laissé une empreinte si tangible dans les existences de ces protagonistes ? On comprend rapidement que les trois légataires refusent la publication d’une biographie, mais Omar qui débarque là-dedans va évidemment changer la donne. Car ce personnage majeur du roman n’est pas là par hasard, ce voyage en Uruguay et le contact avec cette singulière famille est la quête initiatique qui le verra changer, mieux se percevoir lui-même, et enfin prendre sa vie en main.

Au final donc, un excellent bouquin qui m’a touché, et dont la sensibilité ne doit pas pouvoir laisser quiconque de marbre. Les dialogues sont ciselés pour dévoiler des bouts de personnalités, des morceaux d’âmes, d’expériences et de sincérités, avec cette qualité qu’on trouve dans les romans américains. Je n’ai pas été étonné d’apprendre que le livre donnera bientôt naissance à un film, d’autant plus réalisé par James Ivory, avec Charlotte Gainsbourg, Anthony Hopkins et Laura Linney… Oooh que je le sens bien !

L’avis des copines : In Cold Blog, Psykokwak.

Là-bas - Peter Cameron

Lundi 28 Janvier 2008

Boukinage Les robots

Classé dans: Boukinage — Tags: @ 23:13:19

De temps en temps, je n’ai plus rien à lire. Si si, dingue ! Et donc, je cherche un bouquin… Et ce sont toujours les mêmes qui reviennent à la charge, souvent ceux de la sélection déjà présentée, ou alors quelques bouquins fétiches qui représentent « plein de trucs » pour moi. « Les robots » fait donc parti de cette catégorie.

J’ai découvert Isaac Asimov par ce bouquin, c’est d’ailleurs un livre qui appartenait à mon père, et que je lui ai piqué alors qu’il jetait au détritus toute une partie de ses livres (l’autodafé est un phénomène que je ne supporte pas). La couverture m’avait attiré, et mon père m’avait déjà parlé avec beaucoup d’admiration dans la voix de cet auteur, l’auteur du fameux cycle « Fondation » (que je n’avais donc pas lu à l’époque). J’ai dévoré « les robots » en une soirée, et j’ai été marqué une bonne fois pour toute par cet auteur de génie. Les lois de la robotique, les cerveaux positroniques et la célèbrissime Susan Calvin ont depuis été mes fidèles compagnons. J’ai lu toute la série des robots, bien d’autres romans d’Asimov, et bien d’autres de SF (principalement américaine des années 50, ma préférée).

Ce roman est un recueil de nouvelles qui est en fait une compilation de souvenirs de Susan Calvin, qui a mené une longue carrière de Robopsychologue à l’US Robots. Nouvelles par nouvelles, ce sont des confidences qui sont relatées à un journaliste qui s’intéresse à l’histoire des robots, et comment tout a commencé. Des robots sans voix et massifs, aux super-cerveaux qui contrôlent l’économie ou bien même au très célèbre robot à l’apparence humaine qui devint président du monde, le docteur Calvin narre des anecdotes de sa longue expérience robotique. On y trouve avec plaisir les deux baroudeurs Mike Donovan et Greg Powel, qui se retrouvent toujours à essuyer les plâtres avec les nouvelles inventions de l’US Robots.

J’adore relire ce bouquin, parce qu’il me procure toujours les mêmes grisantes impressions. Un petit côté désuet très cocasse dans une description du futur et de la robotique qui est très décalée avec la réalité, mais qui reste bluffant pour le stupéfiant imaginaire cybernétique de l’auteur. Le film « I, Robot » (c’est le titre original du livre) a repris quelques traits de ce roman, mais surtout des autres livres du cycle des « Robots ». On y retrouve cependant le thème fondateur de ce cycle, un élément tellement important et sagace qu’il a même été récupéré par les scientifiques. En effet, Asimov a inventé les trois règles qui devraient régir un cerveau de machine, trois lois immuables qui imprègnent les cerveaux positroniques (là-encore une invention farfelue mais drôlement créative et inventive), des lois qui sont censées nous protéger d’un « complexe de Frankenstein ».

Première Loi : Un robot ne doit pas causer de tort à un humain ou, restant passif, laisser un humain subir un dommage.
Deuxième Loi : Un robot doit obéir aux ordres d’un humain, sauf si l’ordre donné peut conduire à enfreindre la Première Loi.
Troisième Loi : Un robot doit protéger sa propre existence aussi longtemps qu’une telle protection n’est pas en contradiction avec la Première Loi et/ou la Deuxième Loi.

Toutes les nouvelles sont alors construites sur la manière dont des robots plus ou moins perfectionnés assimilent et interprètent ces lois. Cela donne l’occasion d’histoires passionnantes de robots qui se prennent pour des prophètes, d’autres qui deviennent fous de ne plus savoir comment concilier les lois de la robotique, ou certains qui arrivent à les contourner à force d’interprétations détournées. En outre, l’écriture d’Asimov est à mon avis d’une très grande qualité, et il nous parle autant de notre société et civilisation, de nos moeurs et de nos ambiguïtés, qu’il nous projette dans ce futur anticipé.

J’aime beaucoup cette couverture (j’ai scanné mon bouquin) qui n’est plus vraiment d’actualité, mais qui sied parfaitement à mon édition « J’ai lu » imprimée en 1973 (l’édition originale date de 1950, et 1967 pour la traduction française). On imagine bien Susan Calvin, la froide et rigique robopsychologue, qui discute avec une machine et tente de percer son intellect positronique. C’est d’autant plus fascinant qu’Isaac Asimov (1920-1992) avait imaginé que cette dernière était née en 1982. Elle aurait donc déjà 26 ans cette année ! Cette interview se situe alors qu’elle a 75 ans, donc en 2057. Elle raconte comment en « 2008, elle obtint le diplôme de docteur en philosophie et fut engagée à l’United States Robots… ». Le premier robot qu’elle évoque est « Robbie », c’était une bonne d’enfant, en 1996…

Les robots, Isaac Asimov

Samedi 26 Janvier 2008

Boukinage Le guide du Paris Savant

Classé dans: Boukinage — @ 22:08:12

Voilà le genre de bouquin qui doit normalement se lire en feuilletant, de temps en temps, opportunément quelques pages. En passant dans une rue ou bien en recherchant précisément un scientifique dont on voudrait en savoir plus, ou bien encore un curieux cadran solaire à l’origine inconnue qui orne un vieux mur de la capitale… Mais moi non, j’ai commencé à la première page, et je me suis tout enfilé sans respirer. Bonheur !!!

Il s’agit donc d’une somme passionnante qui renseigne assez précisément, arrondissement par arrondissement, sur tout ce qui peut-être ou a pu être scientifique à Paris. Ainsi les rues, les noms de rues, les bâtiments officiels, monuments ou musées sont passés au crible, et sont l’occasion de revenir sur une découverte célèbre et de non moins célèbres savants.

On retrouve donc principalement les explications biographiques et scientifiques des savants qui ont aujourd’hui leur nom sur les plaques des rues. Ainsi j’ai pu m’étonner de certains grands noms qui ne sont pas vraiment connus aujourd’hui, ou apprendre un tas de choses (inutiles et donc indispensables) sur le Paris des Sciences des siècles passés. Certains quartiers sont évidemment mieux achalandés que d’autres, mais globalement chaque parcelle de cette ville recèle un nombre impressionnant de rue « scientifiques », et de lieux spécifiques qui ont vu une quelconque découverte éclore.

De Parmentier à Newton, en passant par Buffon, Daguerre, Darwin, Humboldt, ou encore Nicot, Appert, Curie, Linné… Aucun détail n’échappe à la sagacité de ce docte ouvrage. Il m’a en tout cas convaincu d’un besoin irrépressible maintenant : il faut absolument que j’aille à la chasse de tous les cadrans solaires (plus d’une centaine) qui sont visibles sur nos murs parisiens, et qui sont là répertoriés.

Le bouquin est passionnant parce qu’il est en plus écrit dans un style assez léger et souvent drolatique, ne lésinant pas sur les jeux de mots (parfois un peu poussifs). Mon enthousiasme durant cette lecture a en tout cas bien confirmé mon évidente épistémophilie.

Le guide du Paris Savant

Dimanche 13 Janvier 2008

Boukinage La fille au pied de la croix

Classé dans: Boukinage — Tags: @ 22:53:31

Jean-Christophe Duchon-Doris signe ce nouveau roman qui possède un souffle mystique très particulier, tout en conservant sa verve de détective des siècles passés. En effet, la fille au pied de la croix n’est autre que Marie-Madeleine qui aurait supplié un gradé romain, Longinus, de ne pas briser les membres de Jésus pour l’achever, car ce dernier était déjà mort. C’est alors que le fameux épisode de la lance aurait eu lieu (Longinus perce le flanc du Christ pour vérifier qu’il est bien mort), et le romain reçoit même du sang dans les yeux, ce qui a pour résultat de lui redonner une vue parfaite.

Jean-Christophe Duchon-Doris se sert de la légende des Saintes-Maries-de-la-Mer pour imaginer son roman et son intrigue. En effet, Marie-Madeleine, sa sœur Marthe, son frère Lazare, Marie Jacobé, sœur de la Vierge, et Marie Salomé, mère des apôtres Jacques et Jean, auraient peu après la mort du Christ débarqué en Camargue d’une embarcation qui venait de Judée. Ces premiers chrétiens ont laissé des reliques et des lieux de pèlerinage dans la région.

A partir de là, le roman se focalise sur la quête de Longinus. Il veut retrouver Marie-Madeleine et savoir ce qui est exactement arrivé à Jésus. Il a entendu parler de cette histoire de résurrection et il pense que le Christ n’était peut-être pas mort lorsqu’il lui a percé l’abdomen sur la croix. De plus, depuis cet épisode, il est fasciné par la sainte, et un peu amoureux aussi, et le miracle de sa vue recouvrée lui fait se poser beaucoup de questions. Il arrive donc vers les fosses mariennes (un canal dans le delta du Rhône), et commence son enquête pour essayer de débusquer Marie-Madeleine.

Nous voilà donc dans une quête à la fois policière et mystique. Pour le premier volet, pas de souci, l’auteur n’en est pas à son coup d’essai, et il démontre là encore son talent en émaillant intelligemment et avec érudition son récit de détails historiques, et d’anecdotes qui ancrent bien le lecteur dans cette époque antique. Nous sommes donc en pleine essor de la culture gallo-romaine, et on retrouve des tribus gauloises locales, ainsi que les premières villas et oppida. Longinus débarque donc clairement dans une région barbare et prend rapidement des risques en empruntant le delta du Rhône qui est aux mains de tous les brigands celtes du coin. Il rencontre des romains qui vont l’aider, comme le riche propriétaire terrien Aulius Annius Camars dont le nom donnera « Carmargue », et il raconte à tout ceux qu’il croise son étrange histoire et ce qu’il cherche.

On est bien là dans ce qui a fait le succès des œuvres de Duchon-Doris, et d’autres écrivains qui puisent dans l’histoire pour créer des romans policiers originaux. Là où le roman est un peu plus délicat c’est bien évidemment dans la parabole biblique. En effet, au début du roman, j’ai cru qu’il allait traiter l’histoire d’un point de vue purement factuel, mais ce n’est pas le cas et la fin notamment est au contraire très métaphysique et religieuse. Du coup, cela m’a pas mal déçu. De même que j’ai eu l’impression que la question de la mort du Christ a finalement été évacuée sans qu’on n’y réponde.

Le roman terminé, j’étais encore sur ma faim, et j’ai eu l’impression d’un gros « Tout ça pour ça ? ». Pourtant j’ai bien aimé le roman, les facettes historiques et les petites anecdotes culturelles de l’époque, la manière dont l’auteur a réinterprété la légende des Saintes-Maries-de-la-Mer avec Longinus, et même les interrogations mystiques de ce dernier (notamment dans ce qui fait de Jésus un être à part, et qui a touché les gens). Mais en se raccrochant à une vision des faits très religieuse, je n’ai forcément pas été bien sensible à la chose… Donc c’est le gros bémol qui m’a déplu dans ce bouquin.

Malgré tout, il s’agit d’un roman qui a beaucoup de qualités, et notamment celle de nous faire imaginer le sud de la France des années 0 et quelques !! Il mêle avec subtilité dans toute la première partie les éléments historiques, les légendes et ce qu’a pu représenter à l’époque la crucifixion « d’un Jésus », en faisant même de Longinus du coup un de ses prosélytes (sans le vouloir). Mais cette fin vraiment… dommage.

Jean-Christophe Duchon-Doris - La fille au pied de la croix

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