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Tableaux d’une exposition (Patrick Gale)

Publié le Mercredi 16 Novembre 2011 - 0:22
Catégorie: Boukinage

Lorsqu’en 2004 j’avais fermé “Chronique d’un Eté” de Patrick Gale, je savais que j’allais recroiser cet auteur qui était entré ainsi dans mon panthéon en grande pompe. Il m’a fallu 7 ans pour tomber par hasard sur ce roman sur les étals d’une librairie, et je n’ai pas hésité une seconde alors.

Le titre seul m’a fait penser tout de suite à Moussorgski et ses fameuses dix pièces pour piano. Je les avait découvertes par le plus grand des hasards alors que j’avais 14 ans et que mes parents avaient reçu avec une platine CD un pack de disques de classique gratuits. Restés dans la poussière des années, la curiosité m’a un jour poussé à les écouter avant de les jeter. Et finalement, je les ai encore avec moi, et ce sont les seuls CD que j’ai gardé. Parmi cet autodécouverte de la “Grande” musique (comme disait ma grand-mère) j’avais été fasciné par Moussorgski et ses “tableaux d’une exposition“, dans lesquels chaque pièce illustre son ressenti d’un tableau d’un ami peintre.

Musique d'Or

J’ai eu l’agréable surprise de constater une vraie parenté avec le roman, même si je n’ai trouvé nulle part sur le web ce rapprochement (donc j’hallucine peut-être en direct, huhu). En effet, le roman de Patrick Gale se compose de chapitres dont les débuts sont des pages d’un catalogue d’exposition des peintures de l’héroïne, Rachel Kelly. Ainsi, chaque texte illustre à sa manière, exactement comme Moussorgski, un des tableaux de Rachel Kelly, et son Art est tellement indisociable de sa personnalité et de son histoire, que l’on pénètre ainsi dans l’intimité de sa famille.

Tout commence par une adolescente paumée et enceinte de son prof de fac qui rencontre Antony, un autre étudiant qui se passionne immédiatement pour elle. Elle est désespérée, et Antony décide de quitter la fac, et de l’emmener dans sa famille, à Penzance, en Cornouaille anglaise. Là ils emménagent dans la maison de famille, et elle a l’enfant qui devient comme cela le leur. Comme je l’ai dit chaque chapitre est une oeuvre, et il y a une forte résonance entre la description du commissaire d’exposition et le récit qui s’en suit. On apprend par touches, à la fois sur l’oeuvre artistique mais aussi sur des épisodes de la vie des protagonistes de cette famille. Car Rachel et Antony ont élevé Garfield, et on eut trois autres enfants tous les deux, Hedley, Morwenna et Petroc. Garfield est un peu l’enfant parfait mais qui n’arrive pas à avoir d’enfant avec son épouse, Hedley est un homo épanoui en apparence, Morwenna aussi fragile et artiste que sa mère, et complètement en rébellion contre sa famille, et le mystérieux Pétroc est mort on ne sait comment il y a des années…

Ces personnages sont autant d’évocations picturales et de récits qui constituent peu à peu la trame du roman. J’ai beaucoup pensé à l’excellent Chronique d’un Eté du même auteur, mais aussi aux bouquins que j’aime tant de Michael Cunningham et surtout son “De chair et de sang”. En effet, on est vraiment dans le roman psychologique familial par excellence, avec une mère artiste bien maniaco-dépressive qui fuit les médocs, et des enfants marqués par ses crises, autant qu’une bonne couche de névroses transgénérationnelles (Rachel Kelly est née au Canada, mais on ne sait rien sur elle, ni si c’est vraiment son nom et pourquoi elle s’est retrouvée en Angleterre…). Patrick Gale a surtout une écriture qui me parle comme rarement, et je suis capable de le lire sans me lasser sur des centaines de pages. C’est le genre d’auteur dont le style me parle totalement, et j’aurais pu me délecter de sa fresque familiale pour encore 500 pages supplémentaires. De plus l’ambiance toute britannique et ces paysages cornouaillais de fin du monde m’ont beaucoup plu, et donné envie de visiter cette région de Penzance (ils ont même un Mont Saint Michel : le St Michael’s Mount).

Evidemment on finit par découvrir quelques secrets fascinants, mais comme d’habitude on en a plus appris en parcourant le chemin qu’en atteignant la fin… Huhuhu. Ah là là, c’est tellement ma came ce type de roman… Bien écrit, aux névroses familiales bien imbriquées et alambiquées, sans pathos outrancier ou mièvrerie déplacée, mais avec une acuité qui donne à la fois beaucoup de plaisir et permet aussi d’en apprendre un peu sur soi au passage. J’ai aussi rarement lu de descriptions qui rendent aussi bien la peinture et ses couleurs, textures, émotions etc.

Tableaux d'une exposition (Patrick Gale)

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Oscar Wilde et le cadavre souriant (Gyles Brandeth)

Publié le Mercredi 12 Octobre 2011 - 0:08
Catégorie: Boukinage

Ce bouquin avait relativement tout pour me plaire, d’abord avec cette collection “Grands Détectives” de 10/18 dont je me délecte souvent des enquêtes dans des époques passées. Et puis là le héros c’est Oscar Wilde, avec comme toile de fond le Paris des années 1880. Ce dernier donne à lire un petit texte à son pote Conan Doyle et le challenge afin qu’il trouve le fin mot de l’étrange histoire que nous lisons aussi.

Cette narration, véritable roman dans le roman, est une enquête que mènent Oscar Wilde et son fidèle compagnon, Robert Sherard, qu’il vient de rencontrer à Paris. Mais tout commence aux USA où le dandy anglais fait la connaissance d’une troupe de théâtre parisienne avec en figure de proue l’impressionnant Edmond La Grange. Toute la famille de ce dernier fait aussi partie de la troupe dont un couple de jumeaux, garçon et fille, qui sont de talentueux comédiens. Premier mystère : on retrouve le chien de la mère d’Edmond La Grange mort étouffé dans une malle pleine de terre en pleine traversée transatlantique. Mais ce n’est que le début des cadavres qui s’alignent et d’intrigues très alambiquées et étranges. Le roman figure un Oscar Wilde très parisien, et c’est l’occasion de rencontrer les sommités de l’époque, telles le poète Maurice Rollinat ou le peintre portraitiste Jacques-Émile Blanche mais surtout l’immense comédienne Sarah Bernhardt.

J’ai beaucoup aimé la peinture d’époque de Gyles Brandeth dont on sent qu’il maîtrise parfaitement son sujet, autant Wilde que le Paris de cette époque. De plus, l’écriture est à la fois très enlevée, agréable et d’un bon niveau pour coller aux lèvres d’un auteur aussi mythique qu’Oscar Wilde. On ne peut pas lui faire dire n’importe quoi, et de ce point de vue là c’est assez réussi. En revanche, je n’ai pas compris comment il faisait pour passer les 400 pages du roman sans même effleurer l’homosexualité de son personnage principal… Mais bon pourquoi pas, ce n’était certes pas le sujet du bouquin (et c’est le 3ème tome, apparemment dans les autres c’est beaucoup plus explicite).

Ce qui m’a plus dérangé, et qui a fait que le bouquin ne m’a vraiment pas plu, c’est que c’est terriblement long et qu’il ne se passe pas grand chose. En outre, les intrigues sont totalement fumeuses et la conclusion ne vient pas éclairer grand chose, sinon en se disant qu’il a un peu abusé d’avoir construit une histoire aussi abracadabrante (à peu près aussi crédible qu’un épisode des “Mystères de l’Ouest”). C’est dommage car les quelques incursions historiques m’ont vraiment intéressées, mais l’auteur noie cela dans beaucoup trop de blablas, rodomontades et pérégrinations narratives bien superfétatoires ! Le bouquin a donc fini par me tomber des mains, et j’ai souffert pour le terminer. Je ne pense pas que je tenterais du coup la lecture des autres tomes. Tant pis !

Oscar Wilde et le cadavre souriant (Gyles Brandeth)

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L’Affaire de l’esclave Furcy (Mohammed Aïssaoui)

Publié le Mercredi 5 Octobre 2011 - 0:05
Catégorie: Boukinage

Le bouquin (enfin son auteur Mohammed Aïssaoui) a eut le Prix Renaudot (essais) 2010, et c’est mérité, même si jamais un livre n’avait pour moi mélangé avec autant de talent l’essai, l’investigation, la chronique d’époque et le roman. Cela paraît fou, mais il arrive à faire tout cela dans un petit livre digeste et profond, émouvant mais pas mièvre,et surtout qui ne sombre jamais dans la facilité.

Car tout commence vraiment comme dans un roman policier alors que Mohammed Aïssaoui démarre son récit par la découverte aux enchères de Drouot en 2005 des archives d’une affaire judiciaire concernant un esclave de la Réunion, Furcy. Ce dernier ayant eu la preuve qu’il était né alors que sa mère avait été légalement affranchie (mais sa propriétaire avait un peu oublié de lui dire…), il doit alors être lui-même reconnu libre. Il essaie de faire entendre raison à son maître mais en vain, et décide donc, en 1817, d’ester en justice contre Joseph Lory pour recouvrer sa liberté. Le 23 décembre 1843, il gagne son procès, seulement quelques années avant l’abolition de l’esclavage.

Le bouquin évoque à la fois la manière dont les archives sont lues et décryptées, mais aussi certains faits qui permettent de reconstituer peu à peu cette anecdote énorme. L’auteur émaille aussi son texte de passages entiers qu’on pourrait trouver dans un roman traditionnel, et dont lui-même indique le caractère hypothétique. Mohammed Aïssaoui agit un peu comme un profiler et se met dans la tête de Furcy pour essayer d’exprimer ses sentiments et de cerner son fonctionnement. Aussi on se retrouve par flashback presque dans l’Île Bourbon de 1817, et on vit cette histoire au coeur même de ses péripéties. L’auteur s’arrête aussi régulièrement sur des faits qui expliquent comme l’esclavage était particulièrement dur dans la colonie française, et met bien en perspective l’anecdote dans son contexte historique plus large.

Furcy après avoir porté plainte a été débouté, puis enfermé en prison par son propriétaire, avant d’être loué au frère de Joseph Lory sur l’Île Maurice. Mais Furcy n’a jamais renoncé, et a continué ses démarches, a écrit sans cesse au procureur général Gilbert Boucher et son substitut, Jacques Brunet, qui l’ont aidé à constituer son dossier et ont été écartés de la colonie pour cette raison. Le pire c’est que Furcy était déjà affranchi lorsqu’il se rend à Paris pour le jugement en cassation plus de 25 ans après sa première action en justice. En effet, il avait été emmené sur l’Île Maurice, sous domination anglaise, et n’avait pas été déclaré en douane comme toutes les marchandises le doivent. Du coup, il avait été légalement et administrativement déclaré “libéré” par les lois anglaises, une législation concernant les choses et non les hommes. Mais il n’a pas abandonné pour autant son affaire française, il avait 58 ans lorsque le juge enfin le déclare “né libre”.

Je suis bien souvent resté pantois quant aux descriptions sur l’esclavage. Je sais que c’est très candide de ma part, mais j’ai toujours du mal à croire que ça fait juste 160 ans que l’abolition a eu lieu… Seulement ? Mais comment a t-on pu faire un truc pareil ? Et cette hypocrisie à peine camouflée qui fait que la plupart des esclaves ont été affranchis mais sont devenus employés (forcés, pour éviter la banqueroute en assurant une transition économique la plus transparente possible) de leurs anciens maîtres dans des conditions à peine différentes.

Et je ne dis vraiment pas tout là, il y a tellement de choses à apprendre dans ce modeste bouquin de 200 et quelques pages. Le style de l’auteur est simple et fluide, on sent qu’il s’adresse au lecteur avec sincérité et une vraie passion dans sa quête. On le devine aussi possédé par l’esprit de Furcy, et c’est bien communicatif.

 L'Affaire de l'esclave Furcy (Mohammed Aïssaoui)

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“L’Ecrivain” et “L’imposture des mots” (Yasmina Khadra)

Publié le Jeudi 22 Septembre 2011 - 0:37
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J’ai poursuivi ma découverte de Yasmina Khadra par ces deux livres que je chronique exceptionnellement ensemble parce qu’ils forment une sorte de “tout”, même si le premier est un roman autobiographique et le second une réponse sous forme d’essai romancé à une presse courroucée par les révélations du premier ouvrage.

En effet, Yasmina Khadra est un homme malgré son choix de pseudonyme (les deux prénoms de son épouse), et en plus de cela c’est un militaire de carrière (son père est aussi militaire). Il a publié plusieurs romans (la plupart sur des thèmes liés à la guerre civile dans les années 90 et l’islamisme) qui ont eu énormément de succès en Algérie mais aussi en France et ailleurs, et il a décidé au bout d’un moment de révéler son identité et de vivre de sa plume. Le bouquin “L’Ecrivain” est passionnant puisque l’auteur raconte sa propre histoire et sa construction personnelle en tant qu’écrivain. On le surnommait ainsi alors qu’il était cadet à l’école militaire et qu’il était connu pour ses talents dans ce domaine. “L’imposture des mots” est la réponse aux scandales et polémiques qui ont éclaté suite à cette découverte, en effet les militaires ne sont pas spécialement en odeur de sainteté auprès des intellectuels algériens ou français. Je lisais aussi que beaucoup de femmes et féministes pensaient sincèrement que Yasmina était une femme, et on avait nourri les plus belles espérances sur ce talent féminin à l’acuité si extraordinaire et au talent littéraire plus à prouver. Donc réaliser qu’il s’agissait d’un homme, et qui plus est militaire, a causé bien des désillusions… Yasmina Khadra habite depuis cette période en France, et le second bouquin se passe tout le temps dans notre pays. Les journalistes ont aussi soufflé le chaud et le froid laissant l’auteur parfois dans un grand trouble, et une solitude dont il parle avec beaucoup d’émotion et de sincérité.

L’autre chose que je voulais évoquer m’a été rapportée par des algériens qui m’ont écrit directement par email pour m’expliquer que Yasmina Khadra était un plagiaire et reconnu comme tel (c’est la mode…). Apparemment en effet, un bouquin serait reconnu comme tel et certains ont de gros doutes sur un de ses best-sellers. L’auteur lui s’en défend tout à fait. Je ne prends aucun parti dans ces polémiques, et je me suis rassuré sur le fait que les quatre bouquins lus sont bien de lui et bénéficient d’une plume brillante et qui m’enchante.

On reconnaît déjà dans le récit de l’enfance de Yasmina Khadra les prémices des deux premiers romans que j’ai lu, avec quelques personnages dont on imagine facilement la transposition de sa vie réelle à sa vie de papier. Et dans le second j’ai beaucoup aimé que l’auteur soit en conversation avec quelques uns de ses personnages les plus marquants, et pas les plus sympathiques. Il y a d’ailleurs le nain Zane avec qui il converse assez violemment, et cela a encore renforcé l’effet qu’avait eu sur moi ce curieux protagoniste.

Je me suis peut-être fait avoir, et j’admets être candide, mais j’aime vraiment la manière dont il se raconte avec ses souffrances, ses hésitations, sa relation tourmentée avec son père, la brutalité de sa formation militaire, et finalement tout ce qu’il a tiré de bon de cette expérience. Bien évidemment en tant que militaire et notable de cette société pourrie qu’il décrit aussi dans ses bouquins, il est parfois difficile de le mettre d’un côté ou de l’autre… Bon ou mauvais ? Ce serait tellement facile si l’on pouvait être aussi manichéen, mais les choses sont toujours plus complexes et nuancées. L’Ecrivain nous explique surtout le rapport à l’écriture et l’amour des mots, la relation particulière à la langue française qui me touche beaucoup, et cette nécessité impérieuse et foncière de coucher tout et rien sur le papier.

L’imposture de mots se termine bien pour l’écrivain qui conservant droiture, sang-froid et loyauté envers ses idées, et qui par une lettre ouverte à ses détracteurs, finit, j’ai l’impression, par imposer sa tempérance et son indécrottable respect de l’armée algérienne et de ses opinions, aussi contrastées soient elles.

"L'Ecrivain" et "L'imposture des mots" (Yasmina Khadra)

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Les agneaux du seigneur (Yasmina Khadra)

Publié le Mercredi 21 Septembre 2011 - 23:37
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La lecture du premier bouquin de Yasmina Khadra m’a tellement marqué que j’ai été obligé d’en lire plus. Bien m’en a pris car j’ai énormément apprécié découvrir l’écrivain puis l’homme avec deux autres livres beaucoup plus personnels en plus de ce roman-ci. J’en ai encore cité quelques passages, et ai été de nouveau impressionné par la qualité de l’écriture et du style.

Il y a une claire résonance et filiation avec “A quoi rêvent les loups ?” puisque nous sommes dans un récit de montée d’islamisme et de guerre civile enragée, mais cette fois l’intrigue et l’action ont lieu en pleine campagne, dans le milieu le plus fermé et autarcique. C’est d’autant plus étonnant car on imagine plus facilement ce genre de phénomène dans des villes où les gens se connaissent finalement peu, et où on se figure que les mouvements sociaux ont plus de chance de prendre.

Là nous sommes donc à Ghachimat, un village algérien typique, et le roman se compose de deux parties assez distincte. La première est assez longue et m’a presque perdu à un moment, en effet, je ne voyais pas trop où l’auteur voulait en venir, et je commençais à trouver le temps long. Il s’agit d’une mise en place très minutieuse et précise d’une situation, d’un milieu, de descriptions morales et physiques pour nous plonger complètement dans l’univers de cette bourgade. Du coup tout y passe, on a l’instituteur, l’imam, le traître qui était vendu aux français et dont les enfants souffrent encore de l’opprobre, un nain (Zane, c’est le personnage qui m’a le plus marqué) revanchard, veule et inquiétant, et des familles avec leurs particularités et petites histoires. Yasmina Khadra dessine là sa propre comédie humaine avec quelques traits très balzaciens et purement algériens. On sent et voit poindre les rivalités, les jalousies, les puissants et les pauvres, les amoureux et les éconduits, etc.

La rupture vient comme dans le bouquin précédent de l’arrivée presque subite et inopinée de l’islamisme et de la guerre civile dans ce long fleuve tranquille. Alors tout se mélange entre crise politique et religieuse, revanche, prise de pouvoir et le drame prend des proportions extraordinaires. Dans ce petit village, des meurtres ont lieu toutes les nuits, et petit à petit plus personne n’est à l’abri. Encore une fois, j’ai beaucoup aimé l’approche de l’auteur qui fait bien comprendre le bienfondé des idées qui ont mené à cette révolution intérieure, et on y souscrit largement. Mais la soif de pouvoir, l’extrémisme, et dans ce cas, les luttes intestines et les vengeances mesquines transforment le message originel et mutent des agneaux en loups sanguinaires et barbares.

Les descriptions sont tout autant saisissantes et parcimonieuses dans la seconde partie, avec des moments donc très pénibles, et qu’on imagine malheureusement plutôt réalistes. Le bouquin m’a laissé essoufflé et stressé sur la fin, cette barbarie gratuite et vengeresse paraît tellement évidente et dingue à la fois. Cela fait peur de se dire que c’est un mécanisme tristement banal. Et en plus de tout cela, le romancier a le talent pour insuffler une vraie âme à ses personnages, malgré des portraits un peu caricaturaux et “allégoriques”, et on y croit donc d’autant plus, et on est d’autant plus touché.

Les agneaux du seigneur (Yasmina Khadra)

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A quoi rêvent les loups ? (Yasmina Khadra)

Publié le Samedi 13 Août 2011 - 20:11
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Yasmina Khadra est le pseudonyme de cet écrivain algérien qui a ainsi emprunté les prénoms de son épouse, et qui livre là un bouquin à l’écriture qui m’a bluffé et surtout à la fibre romanesque très impressionnante. Je ne m’attendais pas à un roman aussi bon et surtout dans tous ces domaines, en effet l’écriture est superbe (j’ai cité un extrait il y a quelques semaines), et d’autant plus pour un algérien, l’histoire est géniale et elle marie tout aussi bien le roman et l’authenticité de tristes évènements dont on a beaucoup entendu parlé. Nous sommes dans les années 90, et on suit le destin de Nafa Walid, un jeune algérois “moyen”, qui voulait devenir comédien, et qui finira islamiste…

J’avais quelques à priori en me demandant si ça n’allait pas être chiant car trop politique ou orienté, et si cela n’allait pas léser l’aspect romanesque, de même le bouquin est assez court et je doutais de la capacité à raconter autant en si peu. Mais en quelques dizaines de pages, j’ai compris que je découvrais un auteur majeur de la langue française, et tous mes doutes se sont vite dissipés, non seulement l’histoire est passionnante mais on s’identifie facilement avec les personnages, et on a l’impression de mieux comprendre ce qui s’est passé pendant cette sombre période de l’histoire récente algérienne.

Nous sommes au début des années 90, et Nafa est un jeune homme qui rêve de devenir une star de film, mais il doit bosser et donc finit par être chauffeur pour une riche famille algéroise. C’est une société très inéquitable, corrompue et globalement sans espoir. On partage rapidement les frustrations des gens qui doivent composer avec quelques notables qui se prennent pour des nababs dans une ambiance mafieuse délétère. Cette même période est celle de l’islamisation galopante, et on suit donc Nafa être approché par des islamistes et céder peu à peu à leurs sollicitations et propositions. Le talent de Yasmina Khadra est de nous mettre dans la peau de Nafa, un jeune homme qui n’est pas dupe, et on souffre avec lui de cette société inique et pourrie. On comprend d’autant plus cela qu’il y a de fortes résonances avec la récente révolution en Tunisie. Mais pour autant on voit les courants islamistes pour ce qu’ils sont, il s’agit avant tout de prendre le pouvoir, et par une révolution violente et sanguinaire. Le pire c’est que la révolution en elle-même est totalement justifiée, mais il y a de grande chance que cela corresponde à passer de Charybde en Scylla.

Le roman apparaît donc comme un récit très factuel et dont la narration nous explique bien plus que les centaines de choses que j’ai pu lire sur le sujet. Et même comme un récit fictif pur, cela fonctionne parfaitement. On y trouve de l’amour, des péripéties familiales, des coups de feu et des courses-poursuites, mais surtout une belle réflexion en filigrane sur ce que les horreurs que des hommes, à la base innocents, sont capables de commettre. Mais tout se tient tellement que même quand Nafa, auquel on s’attache énormément, se met à assassiner froidement, eh bien le cheminement et la mécanique de ce phénomène conservent toute crédibilité et désespèrent encore plus le lecteur.

Superbe bouquin, et je vais de ce pas rattraper mes lacunes quant à ce Yasmina Khadra !!!

A quoi rêvent les loups ? (Yasmina Khadra)

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Politique Virale 2012 – L’ascension du Président des Pédés

Publié le Vendredi 22 Juillet 2011 - 0:04
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Eh oui vous ne rêvez pas, un livre vient de sortir sur mon histoire personnelle !!! Alors c’est juste un peu du domaine de l’anticipation et ce roman biographique a été largement nourri et agrémenté par deux amis chers, Gonzague et Florian. Ils m’ont ainsi beaucoup fait rire alors que je lisais le bouquin dans le métro le matin. Voilà un cadeau d’anniversaire génial pour mes 35 ans, qu’ils ont concocté en remplissant un gros questionnaire sur un site spécialisé, et quelques photos plus tard, ça donne un bouquin personnalisé des plus drôles et étonnants.

L’ouvrage est très soigné et possède même une jolie (et juste) notice biographique à mon propos :

Et aussi des références indispensables sur les deux prolifiques et talentueux auteurs (dont on saluera le travail de documentation) :

Le plus fou c’est que l’histoire se tient bien et est plutôt bien ficelée et agréable à lire. Un jour, alors que nous nous promenons en vacances avec Chérichou, on débarque par hasard en Corrèze et voilà qu’on tombe sur Chirac ! Ce dernier aussi décalé et gâteux qu’on le connaît aujourd’hui décide de faire une bonne blague tout en étant très sympa avec moi, et en me questionnant sur mes opinions politiques (assez connes hein… mais c’est pas grave). Au sortir de cette rencontre, Jacques Chirac confie à un journaliste qu’il m’a rencontré et qu’il est fasciné, que je suis l’espoir politique de la France et qu’il me soutient pour être candidat en 2012. MOuahahahahah. Les médias s’emparent de l’affaire et grâce à mon influence blogosphérique cette grosse farce devient incroyablement de plus en plus concrète, et d’autant plus quand un des pontes de la gauche se fait arrêter à New York dans une fâcheuse posture. Huhuhu.

Comme Martine, j’ai aussi droit à mon article dans Paris-Match évoquant une rumeur de tromperie avec Ségolène !!! Mouahahah.

Extrait Paris Match - Mathieu B. ou la peur du scandale

J’ai formé une campagne et un futur gouvernement avec plein de potes, et ça c’est bien cool ! Mais j’ai découvert aussi d’autres surprises qui m’ont bien fait rire !!!

— Ségolène Royal en ministre de la Bravitude, Bertrand Delanoë en ministre de l’Intérieur, Eva Joly en ministre de l’Ecologie, Marc Lévy en ministre de la Culture, Dominique Strauss-Kahn en ministre des Affaires Morales, entre autres… Aucune des personnalités politiques pressenties ne vous a pourtant donné son accord ?

— Ces choix n’engagent que moi. Ils sont en revanche, très éclairants sur l’idée que je me fais de la politique.

— Plus curieux encore, on trouve dans votre liste de parfaits inconnus : Henri F. à la Jeunesse et aux Sports, Sébastien C.-T., Arthur L. et David H. Qui sont ces gens ?

— Ce sont des citoyens. Des gens que je connais. Des gens formidables. Ils ont une compétence irremplaçable pour un gouvernement : ils n’ont jamais appris la langue de bois. Ils pensent par eux-mêmes et parlent sans détour.

— Décidément avec vous, on ne manque pas de scoop. En voici un qui ne va pas forcément vous faire plaisir. Le Canard Enchaîné cite Pheel, le célèbre blogueur décadent. Selon cette personne, votre poubelle sent le sperme.

L’extrait donne une bonne idée du degré de personnalisation du livre, et je passe sur les récits d’enfance à Osny (évidemment) ou Cergy… Hihihi. Le tout s’étale tout de même sur 169 pages pour découvrir comment je suis devenu président de la République Française ! Eh ouai, rien que ça !

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Les profondeurs de la terre (Robert Silverberg)

Publié le Mercredi 13 Juillet 2011 - 0:47
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Etrange et fascinant roman de Robert Silverberg (c’est donc le 5ème de lui que je lis) qui m’a bien agréablement transporté pendant quelques jours. Apparemment, il s’agit d’un hommage à Joseph Conrad, mais comme je n’ai jamais rien lu de cet écrivain, ça ne m’a pas vraiment sauté aux yeux (ouuuuh la honte). On est dans la SF américaine bien classique que je révère, une période avant les ordinateurs et les réseaux, où les humains vont sur de lointaines planètes et tentent d’apprendre des choses sur des étranges civilisations. Evidemment c’est sur eux qu’ils en apprennent le plus sur le chemin…

Là c’est une planète loin de la Terre qui était une colonie, largement exploitée pour la sécrétion d’une bestiole qui donne un médicament anticancéreux des plus efficaces et permet de catalyser les repousses d’organes pour les humanoïdes (très pratique). Nous sommes huit ans après que la planète ait gagné son indépendance, et un des anciens pontes, Gundersen, revient sur Belzagor pour un motif flou. On comprend que les hommes ne se sont pas forcément bien comportés envers les autochtones, et le livre nous découvre peu à peu une civilisation locale très archaïque et sauvage. Il ne reste plus que quelques centaines d’hommes sur toute la planète, et avec eux une poignée de robots et d’installations sommaires, à peine fonctionnelles pour recevoir des touristes en mal de sensations fortes.

Belzagor possède étonnamment deux espèces dominantes (normalement il n’y en a qu’une), on les voit illustrées sur la couverture ci-dessous. Il y a les nildoror et les sulidoror (on dit respectivement un “nildor” et un “sulidor”). Les premiers paraissent les plus évolués et ressemblent à des éléphants, tandis que les seconds sont plus mystérieux et plus humanoïdes… Gundersen s’interroge sur la notion de “renaissance” que les nildoror semblent tous avoir connu et qui est clef dans leur développement. Lorsqu’ils en ressentent le besoin ils se dirigent vers le Pays des Brumes (dominés par les sulidoror), et ils renaissent sans qu’aucun homme n’en connaisse plus intimement le sens ou le processus. Gundersen demande officiellement à un chef nildor d’aller au Pays des Brumes pour en savoir plus, mais on devine que son voyage a un but bien plus personnel, initiatique et en somme celui d’un véritable pénitent…

Rhaaaa que c’était sympa comme lecture, avec un choc de civilisations comme je les aime, une forte importance de la nature que Clifford D. Simak n’aurait pas renié, et une énigme qui se découvre peu à peu jusqu’à un twist final bien troussé (je me doutais un peu de la fin, mais je n’ai pas boudé mon plaisir). Ce n’est pas de la littérature de haut-vol, et Robert Silverberg, avait déjà fait montre d’une plume un peu plus affutée, mais l’histoire et les personnages compensent cette faiblesse. Les personnages extraterrestres surtout sont bien campés et m’ont beaucoup plu.

Les profondeurs de la terre (Robert Silverberg)

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Mary Ann en Automne (Armistead Maupin)

Publié le Dimanche 3 Juillet 2011 - 3:10
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Le dernier opus Michael Tolliver est vivant du même Armistead Maupin avait eu des critiques très mitigées, malgré le fait de célébrer cela comme un 7ème tome des fameuses “Chroniques de San Francisco”. Armistead Maupin a publié sa série fétiche à la fin des années 70, et seulement à partir de 1998 en France. Le dernier bouquin ne pouvait pas avoir la même force que la série écrite dans les années 70, mais il en était vraiment très très loin. Ce 8ème tome “Mary Ann en Automne” a le mérite d’avoir beaucoup plus de similitudes dans l’écriture et les gimmicks familiers des Chroniques de San Francisco. Mais ça ne vole malheureusement pas très haut…

Armistead Maupin est plus que jamais en identification avec son personnage principal : Michael Tolliver, qui vit toujours en tant que “daddy” avec son mari Ben. Il a moins cette manie de justifier leur couple, et surtout le fait qu’ils baisent encore, donc c’est déjà ça. L’histoire se focalise plus ou moins sur Mary Ann qui est donc de retour à SF, après avoir quitté son mari, qui l’a trompée en direct sur Skype avec son coach de vie. Mary Ann est aussi là pour être opérée d’un cancer de l’utérus, et ce n’est pas la joie évidemment… On retrouve en plus Madame Madrigal et Shawna qui poursuivent leur bonhomme de vie, Madrigal toujours protégée par Jake (le collaborateur F to M de Michael) et Shawna connue être la Maïa Mazaurette de SF !!

Le bouquin se lit vraiment bien, comme d’habitude, mais il ne s’y passe pas grand chose. Du moins, j’ai eu l’impression que ça allait décoller quand il y a eu quelques intrigues avec une tonalité et modus operandi purement “chroniques de San Francisco”. On a vu alors des protagonistes qui se rencontrent par des hasards incroyables avec un enchevêtrement de circonstances extraordinaires, un excellent rappel au dernier tome de la série, et ce même rythme jouissif de sitcom qui pousse à tourner pages après pages. Mais ça ne dure pas, et c’est comme une barre de dynamite dont la mèche fait pschiiiit. Hop, le bouquin est fini.

D’un autre côté, je ne jette pas la pierre à Armistead Maupin, il serait ridicule et anachronique de continuer les chroniques sur le même ton, et Michael Tolliver est vivant n’était vraiment pas terrible. Celui-ci pourrait être le début d’un renouveau avec un certain charme, mais je n’y crois pas. Je crois qu’il ferait mieux d’écrire autre chose, il sait très bien le faire d’ailleurs (j’avais beaucoup aimé “Maybe the moon”), et définitivement remisé ses géniales chroniques qui resteront à la postérité. J’imagine que c’est plus une histoire financière et marketing, et que son éditeur ne doit lui demander qu’une suite assurant ainsi une vente presque garantie. Mais s’il continue, j’ai peur qu’il se grille complètement, on sent en plus qu’il n’a plus le “feu sacré” pour écrire comme quand il avait 35 ans de moins, et on ne le blâme pas pour cela…

Ah malgré tout quand les intrigues ont commencé à se croiser de cette manière toute familière, j’ai eu des frissons de bonheur en pensant au plaisir que j’avais eu de “vivre” ces Chroniques de San Francisco à leurs sorties en France. Il vaut mieux rester sur ces 6 bouquins là, et après pour les aficionados et les accros, bon oui vous pouvez lire aussi les deux derniers…

Mary Ann en Automne (Armistead Maupin)

  • Boukinage
Maurice Sachs, ou les travaux forcés de la frivolité (Henri Raczymow)

Publié le Mardi 28 Juin 2011 - 0:32
Catégorie: Boukinage

Je n’ai aucune idée de la manière dont j’ai entendu parlé de Maurice Sachs, sans doute une émission radio ou une de ces balades virtuelles qui m’a mené de pages en pages. J’ai été arrêté et stupéfait en lisant grosso modo qu’il s’agissait d’un type détestable et qui avait été simultanément et dans le désordre séminariste, homosexuel, escroc, faussaire, trafiquant, juif, converti au catholicisme, écrivain, conférencier aux USA, résistant, collabo, etc. Oui car il y aurait encore quelques adjectifs pour définir cet homme dont la biographie se lit comme un roman tant cela paraît du domaine de la fiction. En réalité, à lire cette biographie de Maurice Sachs par Henri Raczymow, justement sous-titrée “les travaux forcés de la frivolité”, j’ai cru me retrouver avec mon héros favori de la littérature américaine : Ignatius J. Reilly !!

Alors que je pensais découvrir ce curieux personnage, j’ai eu la surprise de constater qu’Embruns lui avait consacré un article en 2004 !! C’est un personnage secondaire de son époque, et c’est marrant car le bouquin est très “name dropping” avec une succession impressionnante du Paris des années 20, et surtout le gotha gay de l’époque. Maurice Sachs étant né en 1906, c’est une génération déjà trop lointaine pour que mes parents même en aient entendu parler, et en effet quand je leur ai posé la question, ils ne connaissaient pas. De même certains noms ne m’étaient pas totalement inconnus même si je ne les connaissais pas vraiment : Jacques Maritain, Paulhan, Jouhandeau, Max Jacob etc. D’ailleurs j’ai passé un nombre d’heure dingue sur Wikipédia à en apprendre plus sur tous ces gens !! A cela il y avait aussi d’autres noms plus illustres comme Cocteau (et Jean Marais, très jaloux de Sachs), Gide, Mauriac, Pierre Fresnay, Violette Leduc

La biographie que dessine là Henri Raczymow est très classiquement chronologique, mais revêt des qualités littéraires non négligeables, et bénéficie surtout d’un sujet en or ! L’auteur prend bien son temps et nous instruit de chacun des épisodes reconstitués ou directement chroniqués, parfois par Maurice Sachs lui-même (avec plus ou moins de déformations…), le bouquin est assez volumineux mais se lit avec une facilité déconcertante, et me concernant, un plaisir jouissif. J’ai adoré vivre un peu dans ce Paris des années du Boeuf sur le toit où toute la clique de Cocteau, Maurice inclus, se retrouvait tous les soirs pour faire la fête dans la plus grande insouciance.

Mais pour vous retracer brièvement qui était Sachs, il faut savoir qu’il avait des relations difficiles avec une mère froide et distante, qu’il s’est retrouvé seul à 17 ans, et que sa grand-mère, avec qui il a vécu bien plus tard, avait épousé en seconde noce le fils de Georges Bizet. Maurice Sachs est éduqué dans une bonne famille juive mais totalement laïque, et lorsqu’il se retrouve seul, il est plus ou moins recueilli par Maritain et sa femme Raïssa qui l’amènent sur le chemin de la conversion au catholicisme. Il rencontre Jean Cocteau avec qui il partage aussi cette passion chrétienne, mais déjà il commence à tremper dans quelques malversations… Il termine tout de même au séminaire, dont il est expulsé parce qu’il a dévoyé la moitié des résidents !!! De retour à Paris c’est la grande période d’insouciance et de folie furieuse, Maurice s’enivre sans fin en devenant pilier du Boeuf sur le toit et s’endette pareillement. Il fait les bals homos et commence déjà à entretenir quelques amants de passage. En même temps, il écrit et voudrait devenir un écrivain célèbre et reconnu comme certains de ses amis et mentors (il finira par se brouiller avec tous à force d’escroquerie). Il fréquente même Gaston Gallimard qui lui fait confiance à plusieurs reprises dans le cadre de la prestigieuse NRF. C’est fou aussi de constater que la plupart de ces gens décrits dans le bouquins sont des demi-mondains assez insupportables, globalement très à droite et enclin à des sympathies nauséabondes avant et pendant la guerre (et ils avaient tous l’air pédé, voilà bien un truc qui a changé aussi dans la communauté).

Il déconne tellement (il y a notamment une sombre histoire de fausse lettre qui lui permet de vendre une partie des affaires de Cocteau) qu’il est contraint de fuir créanciers et anciens amis passablement énervés. Il part aux USA et contre toute attente devient conférencier assez réputé outre-atlantique, il finit même par devenir protestant pour épouser la fille d’un pasteur. Mais il la quitte car l’appel de la bite est trop fort. Huhuhu. Il repart en France avec un jeune homme californien, un de ses grands amours. Il y a bien la curieuse Violette Leduc qui est apparemment toute sa vie restée amoureuse de Sachs, et lui profite vaguement d’elle comme de tout son entourage. Il ment, il abuse, il manipule pour continuer à gagner quelques kopeks et de quoi assumer son mode de vie mondain. Il finit tout de même par écrire une pièce de théâtre pour Fresnay et Yvonne Printemps, mais là aussi c’est un semi-échec. L’arrivée de la guerre le voit s’enfuir puis rapidement revenir à Paris, complètement insouciant… Mais non encore plus fort, il se lance avec un insolent succès dans le marché noir, et se refait une “santé”. Alors qu’il était considéré par la Gestapo comme un dangereux antifasciste suite à une émission de radio, il décide, alors qu’il est ruiné et acculé par les dettes, de partir pour l’Allemagne et le STO !!! A Hambourg, il se roule encore plus dans la fange tout en jouant les informateurs de la Gestapo, mais ils ne peuvent tellement pas avoir confiance en Maurice, que ce dernier se retrouve arrêté, honni par tous. Il meurt en 1945 d’une balle dans la nuque alors qu’il est trop fatigué et malade pour suivre les prisonniers convoyés pendant la débâcle.

Et là je n’ai que résumé, il y a encore des centaines de pages passionnantes qui décrivent ses relations amoureuses, avec un excellent Henri Raczymow qui nous le resitue dans son contexte politique et culturel, et nous offre surtout un intéressant profil psychologique de Sachs. Maurice Sachs a beaucoup écrit sur son époque et ses livres sont aujourd’hui un témoignage important sur l’entre-deux-guerres à Paris. Personnage aussi passionnant que détestable, j’ai été happé par cette existence hors norme et d’une flamboyante médiocrité. A découvrir !!!!

Maurice Sachs, ou les travaux forcés de la frivolité (Henri Raczymow)