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Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants (Mathias Enard)

Publié le Lundi 6 Juin 2011 - 23:11
Catégorie: Boukinage

Ce roman a reçu le prix Goncourt des Lycéens (2010), et souvent j’aime bien cette sélection. Là, je ressors de la lecture de l’ouvrage plutôt déçu… mi-figue mi-raisin tout au mieux. D’après ce que je lis tout le monde a été complètement charmé par l’écriture, le style mais aussi l’histoire du bouquin, et moi bizarrement j’ai été un peu désappointé sur tous ces domaines.

Il faut dire que je suis normalement friand de ce genre de bouquins qui se basent sur un fait historique et brodent un roman autour d’un héros qui est aujourd’hui quasiment un mythe. Clairement Michel-Ange est un de ceux-là, et entre l’artiste, l’architecte et l’homme aux mœurs licencieuses, ça ne pouvait que me plaire ! Sauf que mes références en la matière se résument en deux livres phares : “Avicenne ou la Route d’Ispahan” de Gilbert Sinoué, et “La course à l’abîme” de Dominique Fernandez, mettant respectivement en scène l’immortel médecin et scientifique (et tout plein de choses) Ali Ibn Sina (connu chez nous sous le nom Avicenne), et le peintre aussi fabuleux que sulfureux qu’on appelle Le Caravage. Ces deux romans sont merveilleusement bien écrits, porteurs d’un vrai souffle épique, tout en reposant sur de solides recherches et précisions historiques.

Mon problème est certainement d’avoir voulu calquer une démarche similaire sur l’oeuvre de Mathias Enard, or ce n’était certainement pas son objectif. On est sur un bouquin beaucoup plus court et elliptique. Pourtant un héros comme Michel-Ange a une biographie qui ne donne que l’embarras du choix pour écrire des romans de dingue. Pour “Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants” ça commence plutôt bien, on découvre un Michel-Ange invité par le sultan Bajazet à dessiner et construire un magnifique pont sur le Bosphore. Le maître accepte parce qu’il n’est pas franchement bien traité (et surtout payé) par le pape Jules II, et que le sultan a précédemment refusé un projet présenté par Léonard de Vinci (rien que ça). On suit donc l’arrivée de Michel-Ange en cette cour mystérieuse de la Constantinople des années 1500. Il est notamment épaulé par le poète Mesihi qui s’éprend rapidement de l’artiste, mais ce dernier est surtout fasciné par une danseuse androgyne.

Le livre est très court (150 pages) et j’ai été frustré car le démarrage m’avait bien accroché, mais j’ai trouvé qu’il ne faisait qu’effleurer son sujet, et quand l’auteur se met à des errances poétiques qui se veulent inspirées, je n’ai pas été du tout convaincu. Cela m’a paru un plutôt mièvre et avec un style peut-être un peu trop contemporain. Bref, tout cela m’a semblé bien maladroit et plein de dissonances… Je n’ai pas été charmé par le forme, et déçu du fond… Et pourtant comme le livre est court et bien ficelé, il se lit assez bien et je n’ai pas non plus souffert lors de la lecture.

Mais à lire toutes ces bonnes critiques, je crois décidément que c’est ce thème et la perception qu’intuitivement j’ai eu un d’un tel roman qui ont gâché les choses. Si j’avais pris le roman en étant un peu plus ouvert et à l’écoute du “projet” de l’auteur, j’imagine que j’aurais pu mieux l’apprécier. Mais nan, pas ma came encore une fois !

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants (Mathias Enard)

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Les voix de l’asphalte (Philip K. Dick)

Publié le Dimanche 5 Juin 2011 - 1:18
Catégorie: Boukinage

Il est toujours extrêmement tentant de se jeter sur un bouquin d’un de ses auteurs favoris, alors qu’il est mort en 1982, et que le livre en question est inédit !! Même si c’était un roman refusé par l’éditeur à l’époque, même si ce n’est pas de la SF alors que c’est aussi ce qu’on attend (et aime) chez cet écrivain, on est forcément curieux. Et Philip K. Dick est un putain d’auteur pour moi, un de ces auteurs qui comptent dans ma “vie” littéraire.

Mais là je dois avouer une relative déception à la lecture de ce gros roman. J’en comprends pourtant bien le contexte, Philip K. Dick a envie d’écrire un texte plus long et abouti que d’habitude, un texte sans SF ou du moins pas dans les formes qu’il a exploité jusque là. Moi qui ai toujours regretté qu’il ait écrit tant de nouvelles, et qu’il nous laissait parfois trop vite dans des univers qu’on aurait voulu explorer plus avant, eh bien là ce n’est pas le cas. Mais pas de pot (pour moi), le manque de fibre SF a été fatal, et surtout mon désintérêt bien prosaïque pour ses protagonistes et l’intrigue…

Petit problème donc, malgré de vraies qualités littéraires et une écriture toute dickienne très plaisante, ainsi que la récurrence de thèmes fétiches tels la religion, l’intolérance et ce mal-aise existentiel qui vire à la paranoïa du gars qui “a tout pour plaire” en apparence. Mais le souci, c’est qu’après avoir compris l’intrigue de base, j’ai trouvé que l’auteur nous enlisait dans des considérations un peu fumeuses et surtout répétitives.

C’est l’histoire d’un gars, Stuart, qui a une vie tout à fait banale et sympathique avec une gentille femme, un gentil job en tant que vendeur de télé, une gentille ambition etc. Mais il sait que tout cela n’est pas pour lui tout en ne sachant pas quelle décision prendre, et puis il y a l’incursion dans sa vie de ce prophète d’un nouveau mouvement religieux, Theodore Beckheim, qui change la donne. Stuart est intrigué par la société des Gardiens de Jésus et ses préceptes. Mais tout cela est plutôt l’occasion d’une descente en flammes de l’American Way Of Life à coups de crédits pour entrer avec ses deux sabots dans la sacrosainte société de consommation. (Mais merde, ça fait pas 478 pages !!)

Donc j’étais content d’avoir un K. Dick qui se pose pour fouiller ses personnages, mais je n’arrive pas à le suivre sur le coup, je le trouve aussi confus que son protagoniste principal, et cette curieuse symétrie entre l’écriture et le héros hésitant et parano, m’a rapidement fait lâcher le bouquin. Je me suis fais violence pour terminer mais sans plaisir aucun (à part ce petit truc grisant quand on termine n’importe quel roman, mais j’essaie de m’en distancier là).

Les voix de l'asphalte (Philip K. Dick)

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Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates (Mary Ann Shaffer, Annie Barrows)

Publié le Jeudi 19 Mai 2011 - 22:58
Catégorie: Boukinage

Cela faisait longtemps que je n’avais pas goûté à un 10/18 Domaine Etranger, une collection qui me tient particulièrement à coeur. Celui-ci c’est ma maman qui me l’a prêté parce qu’elle l’avait apprécié. Je ne peux pas dire que je n’ai pas pris de plaisir à lire ce bouquin, non c’était plutôt agréable à bouquiner, mais il a un gros problème pour moi : il est dans la droite lignée de l’Elégance du hérisson… Il y a de l’idée, des bons mots, beaucoup de bonne volonté, mais aussi une histoire qui finit par devenir franchement peu crédible et un épanchement de bons sentiments qui confinent à l’écoeurement.

Mais vraiment il y a de chouettes choses, à commencer par la forme du roman qui est une somme d’échanges épistolaires entre l’héroïne, Juliet Ashton, qui est une écrivain en mal d’inspiration au sortir de la seconde guerre mondiale, et des habitants d’une île Anglo-Normande . En effet, tout commence par un de ses anciens bouquins (un livre de Charles Lamb) qui se retrouve entre les mains d’un insulaire de Guernesey, Dawsey Adams, et ce dernier décide d’écrire une lettre à Juliet pour lui demander si elle pouvait lui procurer d’autres ouvrages de l’auteur. C’est ainsi qu’une correspondance débute entre les deux protagonistes, et que Juliet apprend la manière dont la guerre s’est déroulée sur les seules possessions anglaises occupées par les allemands. C’est pendant cette période trouble qu’a vu le jour un curieux cercle littéraire au nom farfelu : “Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates”. Petit à petit, tous les gens du cercle écrivent à Juliet, et elle décide d’écrire un roman sur leurs aventures pendant la guerre. Lettres après lettres, elle apprend à connaître ces gens attachants et noue des liens intimes avec certains. Il y a beaucoup de mésaventures drolatiques, mais aussi des drames qui sont un peu passés sous couvert, mais que Juliet finit par débusquer.

Vraiment ça se lit très bien et facilement, c’est une jolie écriture enlevée, avec énormément d’humour anglais, un brin nawak et excentrique. Les personnages sont tous très drôles et souvent émouvants, avec une peinture de l’île pittoresque et pleine d’affect. Mais le souci c’est que cette manière de faire dans les bons caractères et les histoires qui finissent bien devient rapidement chiant et un peu niais. Et puis, on a du mal à croire que les habitants de l’île soit tous de cet acabit, avec comme par magie des péquenauds plus fins et lettrés que des thésards en philosophie, et tolérants, libéraux, ouverts, sympathiques, accueillants etc. Oh il y a bien un personnage négatif pour contraster, mais tout le monde se fout de sa gueule dès le début. Bref, c’est vraiment ce que j’appelle le syndrome l’Elégance du hérisson. Le bouquin est trop consensuel, trop lisse, et finalement on passe un bon moment mais rien de plus.

Le roman est très couramment comparé à l’Elégance du hérisson, donc je n’ai pas été le seul à y voir une filiation. Et comme ce dernier, il a eu un énorme succès en librairie et auprès du public. On y voit aussi assez facilement de la matière pour un film, et cela pourrait en effet donner un truc à la Saving Grace, dans le genre indie gentiment farfelu et peu crédible. Je ne le conseille pas comme un grand roman, mais ça doit pouvoir carrément se lire en vacances ou pour se détendre…

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates (Mary Ann Shaffer, Annie Barrows)

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On n’y voit rien – Descriptions (Daniel Arasse)

Publié le Mardi 3 Mai 2011 - 23:50
Catégorie: Boukinage

C’est après avoir discuté “art” avec mon ex boss qu’elle m’a offert ce bouquin. Je disais que j’aimais beaucoup les descriptions et explications de peintures, et notamment cette émission d’ARTE “Palettes” qui se prend grave la tête à coup de dissections géométriques et fouilles de l’histoire de l’Art. Donc j’ai dévoré ce bouquin en quelques heures, et j’ai vraiment adorer me plonger dans ces tableaux classiques tout en profitant de ces “descriptions” éclairées.

Ce qui est original, c’est qu’on a plus l’impression que l’auteur, un vrai critique d’art Daniel Arasse, est en train de deviser dans un rade avec une bière et un bol de cacahuètes. Il met tout de suite son lecteur à l’aise, on ne va pas se prendre la tête, on va ouvrir nos chakras, et essayer d’être simple et imaginatif. Les chapitres sont autant de descriptions d’oeuvres mythiques (que je ne connaissais pas toute, ignare que je suis) de Tintoret, Titien ou Bruegel. Daniel Arasse décrit d’abord le tableau, le situe parfois dans son contexte artistique et historique, parle du peintre, et puis il commence à regarder avec une fausse candeur et peu à peu il dévoile symboles après symboles et hypothèses après interprétations, des plus crédibles aux plus loufoques, et parfois même il reconnaît qu’il faut en arrêter là avec la masturbation intellectuelle.

Le premier texte est celui qui m’a le plus plu, car il est extrêmement drôle et enlevé, mais en plus il se focalise sur un élément minuscule de la scène : un escargot au bas de l’Annonciation (1470) de Francesco del Cossa. La page wikipédia du peintre évoque d’ailleurs ce premier chapitre du bouquin. Et c’est vrai que je n’avais pas vu ce putain d’escargot complètement incongru qui a des proportions surréalistes, et dont la représentation est assez unique dans l’histoire picturale (des Annonciations). Et là, les possibles significations fusent et c’est jouissif. Si vous voulez en savoir plus sur l’escargot et Daniel Arasse, voilà un site qui en dévoile la teneur.

Ce bouquin est très agréable à lire, et on a la sensation découvrir beaucoup de choses tout en apprenant un peu à aiguiser son regard, et à libérer son imagination quand on regarde une toile au musée. En plus de cela, le ton de l’auteur, à la fois drôle, ironique et grinçant, et aussi un brin provocateur et supérieur, apporte beaucoup de distance et de détachement à une activité plutôt élitiste et dont on se sent souvent trop béotien pour même songer avoir une opinion propre.

On n'y voit rien - Descriptions (Daniel Arasse)

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Le coeur régulier (Olivier Adam)

Publié le Samedi 5 Février 2011 - 19:39
Catégorie: Boukinage

Je commence à bien connaître Olivier Adam (enfin ce n’est que le quatrième roman que je lis), et c’est un de ces auteurs avec une patte, un univers et un style bien reconnaissables. C’est aussi un de ces auteurs à succès, vraiment populaires et “bankables”, sans faire partie non plus du haut du panier avec les Gavalda, Nothomb ou Lévy (Alléluia !). Et c’est sans doute l’auteur que je cite quand on me demande des auteurs que j’aime, et que je veux sortir un truc un peu connu et qui me parle sincèrement.

Là encore avec “Le coeur régulier” pas de surprise, c’est un roman de bonne facture, avec tous les gimmicks de l’écrivain plus ou moins disséminés, une histoire touchante, et un soupçon d’exotisme. C’est malgré pour ce dernier point que j’émettrais un bémol, car là où le bât blesse à mon avis c’est dans des descriptions un peu alambiquées et précieuses pour décrire un Japon de carte postale (même si j’ai pu constater que ces émotions existent bel et bien).

Le roman a pour héroïne centrale Sarah, femme à la petite quarantaine, mère de famille, avec un bon job, un mari carriériste, et une vie planplan de banlieue réglée comme du papier à musique, qui ne vient pas de ce milieu petit bourgeois à la base. La mort accidentelle de son frère, Nathan, la laisse dans un horrible traumatisme dont elle ne se sort pas. Ils étaient très proches, mais lui un peu bohème et fragile, loseur et dépressif, a fini par s’éloigner de sa soeur rangée et alpaguée par son nouveau milieu. Nathan est parti au Japon, a essayé de se suicider et a été sauvé in extremis par un type, Natsume, dont c’est l’activité de retraité (les falaises sont réputées pour leur potentiel d’attraction des suicidés). Il est ensuite revenu et a mené une vie plus saine et presque équilibré. Sarah veut comprendre ce qui s’est passé, et elle part au Japon pour tenter de retrouver ce Natsume.

Le livre n’est pas tant sur cette aventure au Japon que sur une compréhension plus globale des rapports fraternels. En cela, il mixe plusieurs niveaux narratifs avec la seule voix de Sarah. Il y a sa propre vie et ses travers, son expérience au Japon, et aussi le récit de la relation frère-soeur. Tout cela s’entremêle harmonieusement, et Olivier Adam brode une histoire assez conforme à ses thématiques. En effet, de nouveau on voit le spectre du conformisme petit-bourgeois banlieusard de droite, et tous ces prolos qui s’extraient de leur milieu par le même procédé. Mais on retrouve aussi le frère perdu et les liens affectifs familiaux qui sont là très bien imagés, mis en exergue même si parfois un peu emphatiques.

Je reproche donc un petit peu des descriptions qui frôlent l’amphigouri, quand il s’agit de parler de ces falaises nippones, de la couleur du ciel ou de la mer. Olivier Adam va un peu trop loin, à mon avis, dans la métaphore poétique, malgré quelques très bons choix de mots et de figures oniriques. En revanche, ce que j’ai aimé c’est que la fin est relativement inattendue. Cela ne se termine pas en résolution magique comme dans un thriller, ou en une apothéose lyrique et romanesque, on est plus dans le vrai, le concret et le tristement réaliste. Sans déflorer le plus important, disons que ce retour à la réalité m’a rendu le bouquin entier comme un voyage initiatique et cathartique qui a enfin ouvert les yeux de Sarah. Le personnage n’en devient que plus touchant et riche parce qu’il a lui aussi sa fragilité, ses imperfections, et que lorsqu’elle réalise qu’elle ne voyait pas si bien les choses que cela, alors un autre pan de son existence peut se révéler.

Comme toujours, c’est assez “banal” dans les faits et les mécanismes en jeu, mais l’auteur est incroyablement bon pour ciseler les personnalités, distiller les émotions et être particulièrement saillant et perspicace dans sa dissection de nos psychés. Encore une fois, il évoque des sentiments de base, mais il réussit à mettre des mots et à illustrer des concepts qui nous dépassent et qu’on a souvent du mal à appréhender, dans lesquels on est englué et embourbé. Et à la fin, les choses paraissent plus claires, plus nettes, et on se sent délivré d’une gangue qui empêchait d’avancer.

Le coeur régulier (Olivier Adam)

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Douze Cordes

Publié le Samedi 5 Février 2011 - 1:03
Catégorie: Boukinage

Encore un petit bouquin de cette maison d’édition aNTIDATA que j’ai lu avec plaisir. Exactement comme pour CapharnaHome, et on y retrouve d’ailleurs beaucoup des auteurs, il s’agit d’un recueil de nouvelles, mais cette fois sur le thème (manifeste) de la musique. J’y ai retrouvé la plume de Gilles Marchand dont j’avais beaucoup aimé le “Dans l’attente d’une réponse favorable“, mais aussi Bertrand Redonnet que j’ai cité, et que j’avais déjà cité auparavant.

Ce ne sont pas des auteurs de ouf, mais ce n’est pas non plus une sélection au rabais, et j’aime bien cette démarche. On sent derrière cela un vrai amour des bouquins et des auteurs. Certains sont des auteurs publiés, mais on sent que d’autres sont des écrivains plus amateurs, des gens qui écrivent pour des e-zines, qui bloguent, qui s’autoéditent… La thématique est plus ou moins visible en filigrane de ces nouvelles, et j’ai été agréablement porté par ces récits.

Comme souvent pour ce genre de bouquin, j’ai beaucoup accroché avec certains textes, et beaucoup moins avec d’autres. Je trouve, et c’est assez logique, beaucoup de qualités aux nouvelles rédigés par les deux auteurs que j’ai cité plus avant, et je citerais aussi Amandine Bellet pour son histoire d’ascenseur désopilante, Scarlett Allainguillaume dont le texte m’a beaucoup fait penser à Murakami, et Charlotte Monégier avec sa courte histoire tragicomique de musicos ouvriers…

Ce qui est drôle c’est que le thème majeur étant celui de la musique, ce sont des histoires très “sonores”. Certaines bruyantes, harmonieuses ou cacophoniques, d’autres toniques, rythmées ou poétiques, en tout cas on se prend à beaucoup imaginer les ambiances sonores décrites puisqu’elles prennent une part non négligeable dans le livre. Et de nouvelle en nouvelle, cette dimension n’est pas anodine, et pourrait presque devenir entêtante. Marrant !

Douze Cordes - aNTIDATA

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Un loup à ma table (Augusten Burroughs)

Publié le Mercredi 2 Février 2011 - 23:07
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Depuis le début, je redoute et me rends compte que les romans d’Augusten Burroughs se suivent et sont un peu moins bons. Là j’ai au moins aimé le fait que ce soit un véritable roman, avec une intrigue et une narration posée, tandis que j’avais eu du mal avec son dernier bouquin qui prenait plus la forme d’un recueil. Le premier, Courir avec des ciseaux, est une merveille qui reste dans mes bouquins fétiches forever (mes BFF à moi).

Augusten Burroughs est un auteur qui use de l’autofiction pour (s’)écrire, on peut ainsi suivre divers épisodes de son existence, et c’est vrai qu’il a bien de la matière. On avait suivi son enfance extraordinaire chez le psy de sa mère, puis son émancipation dans la pub et l’alcool, dernièrement plutôt ses déboires (homo)sexuels et sentimentaux. Il manquait un des personnages importants et étrangement absents des romans : son père. C’est ce bouquin qui comble cette lacune, et l’auteur raconte ainsi son enfance alors qu’ils habitaient encore ensemble avec son père. Ce dernier est un prof de fac qui n’est pas très net, notamment dépressif et qu’on devine rapidement schizophrène, bipolaire ou borderline

Le petit Augusten adore son père, mais a du mal à comprendre son fonctionnement, a peur de ses réactions, et reste pendant toute son enfance marqué par cette relation haine-amour étrange. Le père change parfois du tout au tout et révèle des facettes carrément flippantes. Même plus âgé l’écrivain souffre encore des jeux sadiques que son père est encore capable de lui faire endurer. Avec une mère conforme aux autres bouquins, on comprend bien encore une fois comment le petit Augusten a pu autant péter des boulons dans sa vie.

J’ai bien aimé le fait de découvrir ce nouveau personnage de la vie de l’auteur. Mais ça s’arrête à peu près là… En effet, même si j’aime toujours autant l’écriture de Burroughs, et son opiniâtreté face à son passé, ce roman-ci tourne un peu à vide. Il ne se passe pas grand chose, et quand on a compris les tenants et aboutissants de la relation père-fils, on n’assiste qu’à une répétition assez monotone de saynètes semblables. Le bouquin n’est pas gros, mais cela a suffi à entamer ma bonne volonté et mon admiration du procédé comme de l’auteur.

Donc un peu de “bon” pour les connaisseurs d’Augusten Burroughs, et beaucoup de bémols pour les autres…

Un loup à ma table (Augusten Burroughs)

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Le noyé du Grand Canal (Jean-François Parot)

Publié le Mercredi 26 Janvier 2011 - 23:35
Catégorie: Boukinage

Cahin-caha nous voici arrivés au 8ème bouquin de la série Nicolas Le Floch. Au final, c’est assez frustrant car je pourrais écrire exactement la même chose que pour l’opus précédent, “Le cadavre anglais“. En effet, je pourrais continuer à en lire comme cela des dizaines, et le niveau global de ces bouquins est exceptionnel dans la documentation, l’écriture 18ème siècle et sa verve historique, mais tout de même les intrigues sont de moins en moins passionnantes.

En effet, il ne se passe plus grand-chose dans la vie de notre Marquis de Ranreuil. Comme je le disais déjà dans mes précédents articles, on souffre là du phénomène “tout le monde il est gentil”, et donc le bouquin dans son fil conducteur transverse n’est qu’une succession de gentilles petites figures bien en avance sur leur temps (ça c’est le phénomène Rahan, fils des âges farouches…). Le vieux notaire, les servantes, la cuisinière, même les animaux de compagnie, le chirurgien, l’amante, le fiston et j’en passe, ils sont tous gentils tout plein, et le roman en perd autant en saveur. Comme si ce n’était pas suffisant, voilà que le Nicolas s’amourache d’animaux en plus, un cheval et un chien qu’il adopte dans toute sa mansuétude…

Les intrigues depuis quelques bouquins ont aussi tendance à se standardiser, et à manquer de sel. Bref, même avec une qualité constante, je subis un effet d’étiolement, peut-être dû à l’accoutumance, et je pense qu’il va être temps pour moi de renoncer à la suite. Mais il est fortiche tout de même ce Jean-François Parot, car je meurs d’envie malgré tout de retrouver mon petit commissaire du Châtelet ! A chaque sortie des bouquins en poche, je les achète et je m’en délecte pendant ces quelques jours de voyage dans le temps. Et même si c’est répétitif, et si je trouve la galerie de personnages un peu niais, il n’en reste pas moins que la reconstitution est toujours aussi minutieuse et efficace.

C’est bien là où je ne me lasse pas, et où l’auteur continue à briller, car le fond historique est toujours aussi bien ficelé et tramé dans la fiction. On n’y voit que du feu, et il arrive à rendre tout cela diablement crédible. D’abord par la connaissance impeccable des faits historiques, autant les grandes dates que les faits divers, mais aussi l’actualité culturelle ou culinaire, la géographie urbaine parisienne, les découvertes scientifiques du moment etc. Et Jean-François Parot compose avec bonheur une narration fluide, et au langage si docte et fleuri, où on accepte sans ciller les malversations liées à Marie-Antoinette, sur fond de guerre avec les Anglais, où rodent d’étranges castrats qui sont passés de mode, ou bien un peintre (Gabriel de Saint-Aubin) qui n’a pas son pareil pour croquer Paris.

Rhaaaaa, je vais encore me faire avoir pour le prochain…

Le noyé du Grand Canal (Jean-François Parot)

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Nos étoiles ont filé (Anne-Marie Revol)

Publié le Lundi 24 Janvier 2011 - 0:49
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Ce bouquin, je ne peux pas vraiment en parler comme je le fais habituellement. Déjà parce que ce n’est pas un sujet de fiction, mais un de ces faits-divers sordides dont on reste épouvanté la journée quand on le lit dans le journal le matin. L’auteur, Anne-Marie Revol, raconte comment en août 2008, elle a perdu ses deux petites filles, Pénélope et Paloma, dans l’incendie de la maison de ses parents. Ensuite, l’écrivain est “Marie” pour moi. Marie de “Marie et Luc”. Luc qui est le meilleur ami de mon ex amoureux à qui j’ai consacré assez de billets ici : M.

Nous venions de passer une semaine de vacances ensemble en Bretagne, et quand M. (qui est cité plusieurs fois dans le bouquin) m’a appelé pour m’apprendre la nouvelle, j’étais comme beaucoup de monde estomaqué, et lui-même avait du mal à digérer la chose. Il s’est ensuite rendu rapidement auprès de Luc et Marie pour les aider. Je n’ai jamais su comment réagir, et si je devais ou pouvais réagir. Cela faisait quelques années que je ne les avais pas vu, depuis la rupture, à part deux ou trois fois dans le coin de République par hasard. Je me souviens à l’époque avoir voulu envoyer un mot, et puis j’y avais renoncé. Il me semblait que c’était déplacé, et que ça faisait trop “scoop” et en décalage avec notre relation. En revanche, je m’étais dit que la meilleure chose à faire était de soutenir M. et de l’aider à être assez fort pour à son tour aider ses amis. J’appliquais une sorte de règle de transitivité amicale, dont j’ignore si elle a vraiment porté ses fruits.

En réalité, j’avais écrit un mot un mois plus tard, mais je ne l’ai pas envoyé. Autant pour les raisons indiquées plus haut (décalage, indécence), mais aussi parce que j’étais comme je suis toujours, un peu trop terre-à-terre, un peu trop stoïcien, et je sais que les gens ne sont pas toujours prêts à entendre cela.

J’ai lu avec bonheur ce livre, malgré son funeste sujet, parce qu’il traite de la manière dont ils se sont relevés de ce drame. En cela, il est plein d’espoir et de perspectives de joies à venir. Marie y écrit des lettres à ses deux gamines, et elle fait cahin-caha son deuil, et elle dit l’indicible, et elle explique comment ils se remettent peu à peu à rire et à vivre. Il y a évidemment des hauts et des bas, des recours aussi (que ce soit la religion ou le psy), beaucoup d’amis et surtout beaucoup d’amour entre les deux parents (elle évoque aussi d’ailleurs cette inextricable et insoluble perte du “statut” de parent).

J’ai lu différemment l’ouvrage puisqu’il me semblait l’avoir en face de moi à chaque paragraphe, et je suis admiratif du ton et du procédé. C’est bien elle, c’est bien lui aussi. Ils ont certainement été sérieux quand ils se sont demandés s’il ne valait mieux pas se suicider, mais finalement ils ont surmonté l’insurmontable, et un enfant est venu confirmer leur choix, et le bien-fondé de ce dernier. Le bouquin est un incroyable exercice de catharsis, et j’ai été rassuré quelque-part de constater qu’ils partageaient finalement un peu de mon stoïcisme.

Nos étoiles ont filé (Anne-Marie Revol)

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Naissance d’un pont (Maylis de Kerangal)

Publié le Vendredi 21 Janvier 2011 - 19:43
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C’est bien simple, je n’ai entendu que des louanges de ce bouquin. D’abord à la radio et puis dans tous les médias, et Maylis de Kerangal en a récolté le prix Médicis (qui n’est pas du pipi de chat tout de même). On a parlé de l’écriture, du style très “américain”, de cette originale localisation dans une ville imaginaire du sud des USA, et de ce thème tout à fait singulier : la construction d’un pont. “Naissance d’un pont” est bien tout cela, et plus encore, mais je n’ai pas vraiment aimé, malgré les diverses qualités que je reconnais au roman et sa romancière.

L”intrigue se déroule donc à Coca, ville factice de Californie, et son maire, John Johnson alias le Boa, décide que la construction d’un immense pont au-delà du fleuve va permettre à sa modeste municipalité d’accéder à la popularité et la grandeur qu’elle mérite. A partir de là, l’auteur nous accompagne dans tout ce complexe processus de construction du pont, autant d’un point de vue financier, politique et mafieux, que dans le cœur même de l’ingénierie, jusqu’aux grutiers et ouvriers les moins qualifiés, aux indiens autochtones dont la terre sera désormais accessible par la route. On y trouve donc une histoire ample, riche, dense et vertigineuse parfois, qui mêle tous les milieux sociaux, et fait entrevoir du plus stratégique et politique au plus terre à terre et humain. Le récit prendre la forme concrète d’une immense fresque de personnages. Tous ces acteurs qui vont contribuer à la naissance du pont, sont les protagonistes, et leurs vies sont égrenées chapitre après chapitre.

On y trouve à la tête du chantier, le personnage central du roman, Diderot, un français donc, qui va tenir d’une main de fer les équipes, les financiers et les éléments qui jouent parfois contre les hommes. Sinon c’est aussi Katherine Thoreau qui s’impose sur le chantier et dont la vie personnel n’a rien à envier aux pires intrigues de Zola, et aussi un mineur chinois, Mo Yun, Sache Cameron le grutier, Diamontis qui est une femme ultraspécialisée dans le béton, et d’autres américains, indiens, russes etc. On retrouve donc l’ambiance de ces projets de BTP titanesques qui requièrent des compétences et des équipes internationales. Ce qui est très étonnant dans ce roman de Maylis de Kerangal, c’est qu’elle mélange avec une fluidité dans pareille, les histoires mafieuse du Boa, aux problèmes de construction très “Ponts et Chaussée”, aux histoires personnelles et trajets initiatiques des uns et des autres, à une réflexion de fond assez philosophique, sociologique et éthique.

Et le tout est servi par une langue, j’insiste là-dessus, admirable. Ah oui là il faut avouer qu’elle écrit diablement bien, et que l’on boit ses mots. Son style est aussi précis que fleuri, avec énormément de métaphores poétiques et lyriques ou au contraire des descriptions très prosaïques et sombres.

Bon là, on a l’impression que je n’ai que de bonnes choses à dire sur ce bouquin. Mais non… Parce que je n’ai eu aucune difficulté à rentrer dedans, et j’y ai nagé avec une certaine aisance et plaisir, mais je me suis noyé avant la fin. Il se passe à la fois énormément de chose dans le livre, et à la fois rien du tout. L’auteur développe mille intrigues et histoires secondaires, mais rien ne se conclut vraiment ou proprement, et le style “américain” qu’on m’avait fait miroiter ne m’a pas du tout convaincu. Elle en use de quelques ressorts et gimmicks, mais recouvre le tout d’une littérature française complètement en décalage avec ses propos. Du coup, au bout d’un moment, j’avais l’impression de trop voir les ficelles du roman, d’en trop deviner la mécanique, et certaines superpositions ou juxtapositions ne me paraissaient juste pas “coller”. Le propos social et la dénonciation politicarde, avec les envolées lyriques et descriptions de la nature, les indications techniques (au demeurant fort intéressantes, puisque j’ai découvert beaucoup de choses sur les techniques de construction d’un pont) qui ne riment pas vraiment avec les histoires personnelles des employés, et moins encore avec les métaphores filées ultra-françaises, et presque empreintes d’une préciosité décalée.

Donc pris bout par bout, il y a d’indéniables qualités d’écriture (vraiment vraiment), de documentation, de peinture sociale, de réflexion philosophique même, et d’une belle fibre romanesque. Mais l’ensemble ne m’a pas convaincu… Bon il faut dire que je suis bien le seul à la lecture de la palanquée d’articles qui professent tout le contraire. Alors c’est peut-être moi qui manque un brin de culture ou de jugeote sur le coup…

Naissance d'un pont (Maylis de Kerangal)