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  • Boukinage
Les courants de l’espace

Publié le Mardi 14 Mars 2006 - 14:47
Catégorie: Boukinage

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de SF, et ça commençait à me manquer. Mon problème dans ce domaine c’est que j’en suis féru, mais d’une frange bien particulière. En effet, je n’aime pas les récits modernes avec de l’informatique ou des histoires de web, et je n’aime pas non plus la « Fantasy », non ce qui me correspond le plus, ce sont les auteurs américains des années 50 à 70. Donc en figure de proue : Asimov, K. Dick, D. Simak, Silverberg, Herbert etc. J’aime les récits de voyages dans l’espace mais surtout d’histoires dans des mondes extraterrestres qui ne sont que des prétextes à des critiques sociales « actuelles ». « Actuelles » car souvent il s’agit d’une actualité des années où le livre a été écrit (évidemment), et il est extraordinaire de lire entre les lignes la peur de la bombe atomique des années 50 dans des récits qui sont censés se passer dans des milliers d’années ou sur d’autres planètes.

Asimov est mon chouchou car j’ai dévoré toutes ses histoires de Robots, et j’ai un penchant particulier pour la Psychohistoire (et le cycle Fondation, même si ça devient trop chiant à la fin à mon goût). Donc je fouillais la keufna à la recherche d’un p’tit roman que je n’avais pas encore lu, et je suis tombé sur celui-ci : Les courants de l’espace. Quelle heureuse surprise, je l’ai lu en quelques heures, et comme d’habitude Asimov a pondu là une petite merveille.

La planète Florina est un des joyaux de la galaxie. En effet c’est l’unique planète sur laquelle on peut cultiver le Kyrt. Cette cellulose a de remarquables propriétés quand elle est correctement travaillée, et peut autant servir pour le textile, que pour remplacer des métaux ou du verre dans d’autres usages. Le Kyrt est une ressource qui est rare et donc très chère et courue, essentielle à l’économie galactique. Du coup Florina est tombée il y a des centaines d’années sous le joug de la planète Sark. Les Sarkites exploitent donc le Kyrt et ont réduit les floriniens à l’état de travailleurs soumis et respectueux, en les élevant dans la peur et la servilité, comme des citoyens de basses castes. Il y a beaucoup de manoeuvres politiques pour tenter de s’emparer de cette planète, et Trantor notamment qui possède un empire qui fait la moitié de la galaxie est très intéressé…

Un jour un spatio-analyste découvre que Florina risque un grand danger, mais ce dernier se fait mystérieusement psychosonder et perd la mémoire. Il est abandonné sur Florina et ère comme un demeuré. Il est appelé Rik, et est recueilli par une jeune paysanne, Lona, et le Prud’homme du village (le chef). Mais au bout d’un an, tandis que l’univers est toujours à sa recherche, il recouvre peu à peu la mémoire.

Ce roman ferait un remarquable film, de par ses personnages, sa construction et sa puissance narrative. Asimov est reconnaissable tant dans la structure de son récit que dans ce qu’il raconte. L’intrigue est passionnante et il est difficile de refermer le bouquin (pour aller au boulot, trop dur !) comme ça. Surtout, on lit clairement entre les lignes sa dénonciation du racisme (la complexion des indigènes est en question) mais aussi plus largement de la colonisation et de l’exploitation des ressources d’autrui… En plus des tractations politiques et machinations diplomatiques à l’échelle galactique qui ressemblent à s’y méprendre à nos propres défenses d’intérêt et machiavélismes économiques internationaux. (Putain, j’ai fait une sacrée phrase là !) Quand on réalise que c’est un bouquin de 1952…

Mais surtout ce qui m’a frappé c’est la ressemblance entre l’univers décrit par Asimov, avec notamment la dépendance économique de Florina, et celui de Dune et de l’Epice dans le roman de Frank Herbert. Même si l’usage n’est pas le même, et que le roman d’Herbert a une portée bien plus importante (une drogue qui ouvre à la prescience, et au final permet à ses junkies de voyager sans se déplacer… ça de la trouvaille !), on retrouve de frappantes similitudes. Et rajoutez à cela un petit côté « Total Recall » avec cette histoire de psychosonde qui efface la mémoire, mémoire qui revient peu à peu.

J’ai pensé que je n’étais pas le seul à avoir pensé à cela, et en cherchant un peu (kyrt+spice) je n’ai finalement trouvé qu’une occurrence à ce passionnant sujet ! (Honteuuuuuux ! Et par contre, je suis le premier français !) Mais c’est assez drôle, car on en dit finalement la même chose.

Kyrt, seemingly a very special kind of cotton, is important because it can replace anything, glass, metal plastic, given proper processing. Sounds much like Frank Herbert’s “Dune”, the difference being that “Kyrt” is not needed for space travel, unlike the “Spice”. Still, everyone wants to have it for its versatility.

Et un type lui répond :

Sounds like a cross between Dune and Total Recall.

Et le premier précise, ce qui m’intéresse aussi, que :

Yeah, it does. Let’s see which one’s older.
“The Currents of Space” (Isaac Asimov) – 1952
“Dune” (Frank Herbert) – 1963
“Total Recall” (Philipp K. Dick) – 1966
(the original story is “We can remember it for you wholesale”)

Conclusion : Isaac t’as trop déchiré ta mère sur ce coup là encore.

En tout cas, plonger dans ce roman, et la tête dans les étoiles, m’a donné envie de relire de la SF. Il ne s’agit vraiment pas d’une littérature mineure pour moi, mais alors vraiment pas.

Isaac Asimov - Les courants de l'espace

  • Boukinage
Les hommes jaunes

Publié le Samedi 11 Mars 2006 - 17:20
Catégorie: Boukinage

Je pense que c’est la première fois que je lis un auteur suisse, et plus encore un auteur suisse-allemand, Urs Widmer. Il s’agit d’un petit livre qui date de 1976 et qui m’a laissé une très bonne impression. Un mélange entre fantastique et mises en abîmes successives qui embrouillent le lecteur dans un premier temps. Puis peu à peu les choses se mettent en place, avant des rebondissements qui remettent en question les axiomes même du début ! Au final, j’ai souvent eu l’impression de lire un roman de K. Dick, l’auteur en a la manière de raconter, et les subtilités narratives, avec aussi cette douce(-dingue) tendance à la paranoïa.

On ne sait pas vraiment si le bouquin est fantastique ou s’il décrit la folie d’un homme, ou si c’est le monde qui est fou, et le narrateur sain. Ou alors est-ce le lecteur aussi qui a fini par sombrer ? Bref, ce bouquin vous fait délicieusement et vertigineusement glisser dans un autre monde, et c’est à mon avis parmi les sentiments les plus agréables de la lecture.

A la base, nous suivons deux auteurs de SF, le narrateur et son pote Karl. Ce dernier a publié toute une série de romans sur le thème de l’invasion de la Terre par des peuples d’Andromède. Les deux compères quittent l’Allemagne et se rendent dans la région de Bâle, dans une vieille baraque vide, perdue dans un coin perdu, alors qu’il neige et que les intempéries sont particulièrement inamicales. De temps en temps, quelques chapitres s’intercalent et ils différent complètement. Le narrateur est en couple avec une certaine Anna, et ils devisent sur le même Karl, comme si les événements du début étaient passés.

A mesure que les deux amis prennent possession de la maison, ils découvrent que l’étage du dessus est habité par un garçon et son père inventeur. Et encore plus mystérieusement, le sous-sol de la maison est occupé par de curieux personnages aux moeurs encore plus étranges. Une troisième couche vient encore s’ajouter quand le narrateur raconte certaines intrigues des romans de SF de Karl. On y parle d’andromédiens qui fomentent pour envahir la Terre. Il s’agit notamment de fabriquer des robots humanoïdes pour infiltrer peu à peu la société, et la préparer à sa colonisation. Et comme les japonais sont les plus simples à reproduire et imiter en androïdes, les robots ont l’air de japonais.

Le récit avance à tâtons avec des indices semés ça et là dans ces trois histoires parallèles, et on comprend peu à peu la situation. Tous les doutes sont alors permis… s’agit-il d’une invasion, de la vision paranoïaque d’un homme ou bien d’une situation banale sublimée par une imagination un peu trop vagabonde ?

Ce bouquin tranche franchement avec ce que j’ai lu précédemment, et ça m’a fait du bien de renouer un peu avec une littérature européenne un peu plus « riche » et moins facile à ingérer. En outre, je suis assez féru de ces ambiances à la K. Dick où l’on perd pied, et où les repères se troublent même pour le lecteur qui pense tenir les rênes. Ce n’est pas une grande révélation pour moi, mais une découverte sympathique.

Les hommes jaunes - Urs Widmer

  • Boukinage
Le livre de Joe

Publié le Mercredi 22 Février 2006 - 16:39
Catégorie: Boukinage

J’ai beaucoup de mal à juger ce bouquin, car je l’ai dévoré, je l’ai lu avec une grande avidité, et au final énormément de plaisir. Une histoire fine et intelligente, des personnages attachants, des intrigues palpitantes et haletantes, des dialogues qui font mouche, de l’amour, de l’amitié, des dysfonctionnements familiaux et un happy-end nourri d’un déluge de bons sentiments où la mort d’un proche augmente encore la charge « sensible ». Donc tous les ingrédients pour en faire un excellent roman (américain), mais ce n’est pas tant la recette d’un bon roman que celle d’un film hollywoodien dans la mouvance blockbuster indépendant.

Et là c’est trop ! Jonathan Tropper écrit très bien, et il livre là un récit à l’ineffable efficacité. Mais son bouquin est écrit pour le cinéma, et il transpire trop la compromission hollywoodienne pour que j’encense complètement l’oeuvre littéraire. J’aime aussi lire des bouquins dans ce qu’ils procurent des sensations qui sont uniques et qui ne sont qu’imparfaitement reproduites à l’écran. Or on a là un scripte ou un scénario qui a été adapté pour une sortie en librairie.

Mais insistons plus sur ce qui est drôlement bien dans ce roman.

Joe Goffman est un écrivain à succès new-yorkais. Son premier roman (largement autobiographique) vient d’être adapté en un blockbuster interprété par Leonardo DiCaprio et Kirsten Dunst. Son best-seller évoque son adolescence dans sa ville natale, « Bush Falls », et il y raconte son amour d’ado en la personne de Carly, son fantasme sur la mère d’un copain, ses amitiés avec Wayne et Sammy, ses problèmes de communication avec son père, et globalement une galerie de personnages pas toujours sympathiquement mis en scène.

Le père de Joe est gravement malade, et son frère l’appelle pour qu’il se rende au chevet de leur père dans le coma. Joe est un peu obligé de revenir dans sa ville natale, où à peu près tous les habitants rêvent de le brûler en place publique. Il va peu à peu se retrouver face à ses fantômes, ses anciens potes, ennemis et responsabilités. On devine rapidement qu’il s’est passé quelque chose de grave avec ses deux meilleurs potes de l’époque, Sammy et Wayne. Et alors que Joe débarque à « Bush Falls », l’auteur introduit en alternance des chapitres du fameux livre incriminé, sorte de flash-back qui permet de mieux comprendre la situation actuelle.

Wayne est un des cracks de l’équipe de basket de la ville, qui est une institution au pouvoir surréaliste. Il est donc l’archétype du mec sportif, conformiste et populaire. Sammy c’est tout le contraire, et Joe est encore un autre type. Et malgré tout ces trois là forment un trio inséparable. Joe ferme les yeux sur une relation qui se révèle beaucoup plus intime entre ses deux meilleurs potes.

On retrouve 17 ans après, un « Bush Falls » qui n’a guère changé, et Joe va essayer de retrouver ses marques dans cet environnement aussi hostile que familier ou attachant.

Extrait du bouquin que j’ai posté.

Comme je l’ai dit au début, le bouquin est captivant et enthousiasmant. En outre, les rapports homos sont plutôt bien rendus et crédibles. J’ai dévoré cela avec une sincère délectation, malgré mes petites remarques perfides. Disons que l’auteur a vraiment les outils pour écrire un roman génial, et qu’il a assuré ses arrières (en plus de décrocher la timbale) avec une adaptation cinématographique déjà prête.

Le livre de Joe - Jonathan Tropper

  • Boukinage
  • Outside
Exorcisme

Publié le Mardi 21 Février 2006 - 0:01
Catégorie: Boukinage, Outside

Extrait d’un bouquin que je suis en train de terminer (très bien même si un peu trop calibré pour le cinéma). Pour situer le contexte : Joe est un écrivain qui vient de publier un best-seller où il évoque un épisode funeste de son adolescence tout en égratignant un nombre important de personnalités de sa ville natale. Il y revient, malgré sa réputation délétère dans toute la ville, car son père est mal en point à l’hôpital. Il y retrouve son ami d’enfance Wayne, qui est en train de mourir du Sida, et dont la mère est une grenouille de bénitier. Les deux amis se retrouvent, se bourrent la gueule, et Joe ramène Wayne chez sa mère, il le couche sur son lit…

Elle baisse les yeux vers Wayne, qui n’a as bougé d’un pouce depuis que je l’ai déposé sur son lit, et paraît sur le point de s’avancer pour arranger son édredon lorsqu’elle s’arrête net, comme si elle venait de se raviser, et reste plantée là, bras croisés contre sa poitrine.
« Il n’a rien à faire dehors à traîner comme ça, dit-elle en fronçant les sourcils.
- Il voulait juste prendre un peu l’air.
- Prendre l’air, répète-t-elle avec mépris. (Elle remarque le livre que je tiens à la main.) Alors comme ça, vous êtes un écrivain célèbre, maintenant, ajoute-t-elle sur le même ton que si elle avait déclaré : Alors comme ça, vous êtes un pédophile notoire.
- Il faut croire.
- En tout cas, crache-t-elle avec dédain, vous ne me ferez jamais lire un torchon pareil.
- Comment pouvez-vous savoir que c’est un torchon si vous ne l’avez pas lu ?
- J’en ai entendu parler, répond-elle d’un ton solennel. Et croyez-moi, c’est déjà bien assez.
- Bien conclus-je en reposant le livre à sa place et en me dirigeant vers la porte. Je ne vais pas vous déranger plus longtemps. »

Je descends l’escalier, notant au passage les crucifix et autres bondieuseries assorties qui recouvrent la moindre parcelle de mur. La mère de Wayne m’emboîte le pas en marmonnant dans sa barbe. Arrivé à la porte d’entrée, je l’entends qui appelle mon nom à voix basse.

« Oui ? dis-je.
- Je prie pour votre père, me glisse-t-elle.
- Et pour votre fils ? »
Son visage s’assombrit, elle lève les yeux vers le ciel.
« Je prie pour le salut de son âme.
- Il n’est pas encore mort, répliqué-je. Il aurait peut-être besoin d’un peu moins de prières et d’un peu plus de compassion.
- Il a offensé le Seigneur. Il en paie le prix.
- Et je suis sûr que la Bible applaudit à deux mains la femme qui prive son enfant mourrant de l’amour d’une mère. »
Elle me foudroie du regard, avec cette lueur de défiance et de droiture des dévots à la piété dogmatique.
« Quand avez-vous lu la Bible pour la dernière fois, Joe ?
- Vous ne me ferez jamais lire un torchon pareil, dis-je. J’en ai entendu parler, et croyez-moi, c’est déjà bien assez. »

« Le livre de Joe », Jonathan Tropper.

  • Boukinage
Châteaux de la colère

Publié le Dimanche 12 Février 2006 - 23:39
Catégorie: Boukinage

Je viens de remarquer que ce roman d’Allessandro Baricco a au le prix Médicis étranger en 1995, et je me rends compte que j’ai aimé beaucoup de bouquins qui avaient reçu cette même récompense. Et à chaque fois, je réalise cela à posteriori !

Ce livre est fascinant et brillant à bien des égards, ce n’est pourtant pas le genre de roman auquel je suis habitué et dont je suis normalement féru. Il s’agit d’un auteur italien qui raconte une histoire avec un style fantasque, des personnages baroques et des intrigues encore plus fantaisistes. Mais au-delà de cette forme, l’écrivain véhicule des émotions superbes et permet d’examiner l’esprit humain avec une singulière et cavalière acuité.

Nous sommes en Europe mais dans un pays plutôt inconnu, et dans une ville au curieux nom de « Quinnipak ». Cette bourgade vit au rythme d’une entreprise qui fait travailler toutes les familles du coin : une verrerie. Son charismatique patron, Monsieur Reihl, est aussi connu pour sa superbe femme, Jun. On découvre ainsi les us et coutumes de cette petite ville avec ses habitants à l’excentricité plus ou moins développée, comme le jeune Pehnt affublé d’une veste immense qui appartenait à un père qu’il n’a jamais connu, ou bien Pekish qui invente (et compose pour) son « humanophone », un concept qui consiste à faire chanter une seule note à une personne, et ensuite à jouer avec les gens comme d’une touche d’un piano.

Chapitre après chapitre, le lecteur découvre cette étrange et attendrissante communauté, dont les fêlures ne tardent pas à fragiliser l’harmonie. Il y a Monsieur Reihl qui ramène un enfant, fruit d’une relation adultérine, et dont Jun gère plus ou moins bien la présence. Et puis cette idée folle de construire une voie de chemin de fer pour une superbe locomotive prénommée « Elisabeth » qui entraîne des frais énormes. Monsieur Reihl pense trouver la solution grâce à un architecte Français, Hector Horeau, qui veut construire un palais en verre qui nécessitera des milliers de plaques de verre de Quinnipak.

Les personnages sont tout à fait imaginaires et improbables, mais rapidement on est pris dans cette fable dont le souffle authentique et profondément humain ne peut laisser insensible. C’est un très beau roman, avec une écriture qui n’est pas classique et banale, vraiment quelque chose d’original et de stimulant.

Châteaux de la colère - Alessandro Baricco

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Les saisons de la nuit

Publié le Dimanche 5 Février 2006 - 23:30
Catégorie: Boukinage

J’ai découvert Colum McCann il y a quelques mois dans cet extraordinaire livre qu’est « Danseur ». Un livre qui est directement entré dans mon panthéon personnel, et qui m’a donné envie de mieux découvrir cet auteur à la plume si délicate et talentueuse. Et voilà qu’en essayant d’en lire un second, je suis plus que conquis.

« Les saisons de la nuit » est un roman fabuleux qui m’a beaucoup fait penser à un autre de mes livres fétiches : « De chair et de sang » de Michael Cunningham. On retrouve dans le présent bouquin de Colum McCann un sujet familial brûlant qui s’étend sur plusieurs générations, et vient complètement emporter le lecteur dans son récit.

Le bouquin alterne de chapitres en chapitres entre deux histoires dont on finit par comprendre qu’elle se « rejoigne ». D’un côté ça commence en 1916, Nathan Walker, un black de Géorgie, travaille en tant que tunnelier à New York. C’est un peu le récit de cette vie ouvrière extrêmement difficile qui m’a fait penser à mon arrière-grand-père. Avec là en plus un racisme encore bien ancrée dans la société, qui blesse plus encore Nathan. Malgré tout ce dernier construit une amitié sincère avec plusieurs camarades d’infortune, camarades de beuverie aussi, immigrés italiens ou irlandais avec lesquels il se lie. Un incident fatal à l’un d’eux amène Nathan à faire une rencontre, une rencontre qui infléchit le cours de son existence.

D’un autre côté, nous sommes en 1991, toujours à New York. Un hiver glacial. C’est l’histoire de Treefrog, un clodo qui vit dans le dédale de poutrelles métalliques d’un tunnel de métro, et qui fait partie de ces populations paumées et indigentes qui habitent les souterrains new-yorkais. Pourquoi est-il là ? D’où vient-il ? Il est un peu fou, mais on sent une terrible humanité qui se dégage de ses tocs, des rites compulsifs qui l’aliènent autant qu’ils le gardent en vie.

Peu à peu, quelques indices sont semés, et un faisceau de présomptions vient lier les deux narrations.

Ce roman est remarquablement écrit. Vraiment Colum McCann est un écrivain talentueux qui sait déclencher des torrents d’émotions, qui émeut autant dans ses dialogues, dans ses descriptions quand dans sa structure narrative. En outre, il se dégage de ce livre une authenticité troublante et presque dérangeante qui frappe en plein coeur et en pleine « raison ». J’ai été happé par le livre dès les premières pages, et je ne peux m’empêcher de m’identifier à ces histoires dont la psychologie transgénérationnelle en filigrane m’est familière. Une oeuvre qui ne peut laisser indifférente…

Les saisons de la nuit - Colum McCann

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Brooklyn Follies

Publié le Mardi 31 Janvier 2006 - 23:23
Catégorie: Boukinage

C’est extrêmement difficile pour les lecteurs habituels de Paul Auster de parler de ses récents bouquins. Je lis le même genre de critique que celle que je m’apprête à faire sur des sites web où des lecteurs assidus laissent leurs opinions. Ce roman est certes marqué de l’empreinte géniale de cet écrivain que j’aime tant, mais il n’a pas la saveur des livres du début, et non plus de certaines autres oeuvres qui avaient produit des ruptures notables dans son univers littéraire. Depuis le dernier bouquin, on peut lire de bons romans, juste dans la veine austérienne, avec ses personnages alambiqués, son dédale d’intrigues, ses mises en abîmes, son écriture ciselée et sa sensibilité éthérée, mais rien d’aussi brillant qu’avant.

Même si « Tombouctou » ou « Le livre des illusions » apportaient leurs touches originales majeures (et très différentes), « La nuit de l’oracle » et « Brooklyn Follies » en manquent sérieusement. Par contre, je devine que de nouveaux lecteurs de Paul Auster n’y trouveront évidemment rien à redire. « Brooklyn Follies » possède malgré tout son charme, et surtout un dénouement (dans les toutes dernières lignes) qui replace tout le bouquin dans un contexte qui transcende un peu le pur récit.

Nathan est un assureur à la retraite qui décide de se lancer dans l’écriture d’un roman. Il s’agit d’un roman constitué de ses petites histoires personnelles, d’anecdotes qui rassemblent certains lapsus ou autres péripéties singulières de sa vie. Alors qu’il s’installe à Brooklyn et commence à s’acclimater à cette nouvelle vie (il est divorcé et fâché avec sa fille), il rencontre par hasard son neveu, Tom, qu’il avait perdu de vue. Ces deux-là ne se quittent plus, et tentent de reprendre goût à la vie. S’en suivent quelques intrigues amoureuses, amicales, des quêtes utopiques et des pérégrinations typiques de l’auteur. Les deux larrons se retrouvent notamment à s’occuper de la nièce de Tom de 9 ans, dont la mère embrigadée dans une secte l’a envoyée seule pour rejoindre son oncle à New York.

Des histoires dont il semble qu’elles ne puissent avoir lieu qu’à Brooklyn. Et on connaît l’amour sincère que Paul Auster voue à son quartier. On y retrouve la galerie de personnages baroques, les saynètes de voisinage et ces rencontres inopinées qui changent la vie. On entre ainsi avec un plaisir fou dans cette histoire, mais passée cette première agréable impression, le récit peine à décoller pour finalement ne s’envoler pas très haut. Ce n’est pas mauvais, c’est même encore très bien écrit, et les personnages sont attachants, les anecdotes sont charmantes et les rebondissements… rebondissent. Mais c’est si convenu pour lui…

Peut-être en ai-je simplement trop lu, ou alors je suis trop difficile ? A part ces ultimes lignes qui remettent les pendules à l’heure, je n’ai pas été convaincu par ce roman pourtant bourré de qualités. Du coup, j’en veux encore plus à l’éditeur pour son matraquage métropolitain.

Brooklyn Follies - Paul Auster

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La petite fille de Monsieur Linh

Publié le Lundi 23 Janvier 2006 - 19:09
Catégorie: Boukinage

Ce roman est un drôle de challenge pour son auteur : Philippe Claudel. En effet, il s’agit de l’après « Les âmes grises », un bouquin qui a raflé maints prix et est un grand succès de librairie (en plus d’un film). Comme je n’ai lu ni ce bouquin, ni vu le film, au moins je pars vierge de toute comparaison. Et j’ai certainement bien fait, car ce livre n’est rattaché en rien à ce qui lui a précédé.

Monsieur Linh vient d’arriver sur une terre étrangère, certainement la France. Il arrive d’un long voyage en bateau de son pays d’origine, peut-être le Vietnam. Il est si vieux qu’il ne connaît même pas son âge ou son année de naissance. Tout ce qu’il a, et la raison pour laquelle il est là, c’est sa petite-fille d’une dizaine de mois, Sang Diû (« Matin doux »), dont les parents sont morts. Tout le monde est mort, donc il est parti avec elle.

Il est recueilli dans une espèce de centre pour réfugiés, il est collé là avec deux familles du même pays que lui. Il ne parle pas. Il est très taciturne et pense avant tout à sa petite fille. Il ne comprend pas la langue et le pays dans lequel il vient de débarquer. Les odeurs, le décor, les gens, les manières, tout lui est étranger. Il a très peur qu’on lui vole son enfant, ou qu’on le sépare de sa petite fille, donc il la veille constamment. Peu à peu, il sort du centre, et s’assoie dans un parc. Là il rencontre un veuf qui est un peu dépressif. Les deux hommes ne parlent pas la même langue, mais ils communiquent. Ils échangent beaucoup de choses non verbales. Les seuls mots qu’ils connaissent dans la langue de l’autre sont « bonjour », donc ils utilisent ce vocable unique pour tout.

Ce livre est très singulier, dans le fond comme dans la forme. Il est écrit de manière très simple et candide. Il pourrait presque raconter un conte pour gamins ou bien une fable. Et dans le sujet aussi, il prend pour héros un homme dont l’âge et la situation font qu’il ne se passe finalement pas grand-chose. Et pourtant, un charme fou se dégage de ces pages. Il arrive à suggérer mille évocations en fouillant dans la mémoire de ses personnages, il raconte peu de choses mais dont les échos et les conséquences ont de multiples retentissements dans l’esprit du lecteur.

L’auteur raconte donc les affres de la guerre et de la séparation forcée des peuples, de l’émigration vécue comme une sourde déchirure pour les personnes les plus âgées et fragilisées. Il fait comprendre avec beaucoup de talent la difficulté de l’incommunicabilité, non seulement linguistique mais aussi culturelle. Et du coup, il rappelle aussi par quelques scènes bouleversantes, l’universalité de certains sentiments, de la chaleur d’une main sur une épaule ou d’un sourire sincère. On ressent donc avec encore plus de force et d’émotion la manière dont Monsieur Linh tente de rétablir la communication avec ce Monsieur Bark, le seul être qui paraît « humain » dans cette jungle sans âme.

Un livre dont la simplicité des phrases a le tranchant d’un couteau bien aiguisé, et touche ainsi avec beaucoup de sincérité. Une écriture limpide qui sert à merveille cette fable des temps modernes dont la morale est le reflet d’une dure mais ineffable réalité.

Philippe Claudel - La petite fille de Monsieur Linh

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Les loups-garous dans leur jeunesse

Publié le Lundi 23 Janvier 2006 - 19:06
Catégorie: Boukinage

Quand j’avais lu « Les extraordinaires aventures de Kavalier & Clay », je m’étais dit qu’il fallait que je lise d’autres oeuvres de Michael Chabon. Voilà qui est fait avec ce recueil de nouvelles, et qui confirme la ressemblance entre cet auteur et Michael Cunningham (dont « De chair et de sang » est un de mes romans fétiches). Ils ont un style très proche, et une manière de mettre en place leurs histoires qui ont une résonance similaire en moi.

Ce recueil contient neuf nouvelles d’une qualité assez bluffante, et notables par le fait que chacune pourrait aisément être l’embryon d’un roman. Michael Chabon a cette incroyable capacité de faire naître en quelques pages une intrigue qui vous emporte aussi loin que sa plume le désire. Ainsi, il esquisse ses personnages en quelques lignes bien senties, met en place un décor, initie une action, et sans même s’en rendre compte, le récit vous a déjà happé dans son sillage. Il est presque désolant de voir se refermer si rapidement des intrigues qu’on aimerait lire se développer sur des centaines de pages, des personnages prendre place dans votre imaginaire et des portraits psychologiques prendre un peu plus de densité. Car comme Cunningham, on sent dans les histoires de Chabon cette volonté d’autopsier (auto-psy-er) les âmes de ses protagonistes à travers des péripéties et des « perturbations » de leurs existences.

Il n’y a pas de ligne claire dans le recueil, pas de thème qui offrirait une lecture unique à ces nouvelles. Mais il s’agit toujours d’une Amérique désabusée où des familles se détraquent un peu plus, où des ruptures sociales, affectives et psychologiques viennent troubler un équilibre, déjà précaire. Michael Chabon m’a définitivement conquis après cette lecture.

Michael Chabon - Les loups-garous dans leur jeunesse

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« Souvenirs retrouvés » de Kiki de Montparnasse

Publié le Dimanche 15 Janvier 2006 - 14:19
Catégorie: Boukinage

Kiki de Montparnasse, est-ce que ce nom vous dit quelque chose ? Une fille née en 1901 et dont voilà un bref exposé biographique :

Durant les années folles, tous se retrouvaient autour d’expositions et de soirées folles : celles de la baronne d’Oettingen, du bal nègre avec Youki et surtout avec Kiki, reine de ces soirées.
Cette jolie brune volcanique, au sourire éclatant s’appelait en réalité Alice Prin. Sa beauté et sa gentillesse en firent la coqueluche des artistes désargentés. Elle avait débuté en chantant à la terrasse de la Rotonde et dans une boîte à la mode, le Jockey.

De nombreux peintres la prirent comme modèle : Modigliani, Soutine, Picasso, Foujita, Derain….. Parmi tous ses amants, Man Ray, le photographe-cinéaste américain l’immortalisa sur pellicule dans un court métrage de 1928, appelé « l’étoile de mer » d’après un poème de Robert Desnos.

On venait de loin pour la voir et l’entendre, sa photo faisait la une des magazines, elle avait tout : argent, bijoux, fourrures, voitures. Quand survint la Seconde Guerre mondiale, Kiki de Montparnasse vit la fin de sa gloire, puis la tragédie de la décrépitude. Elle bascula dans la misère, allant d’un café à l’autre, de table en table, pour faire les lignes de la main. Alcoolique et droguée, elle mourut en 1953, emportant avec elle le souvenir d’une immense richesse et de la gloire passée de Montparnasse. Seul Foujita, assista à son enterrement au cimetière de Thiais.

[Source]

Imaginez que cette incroyable femme avait écrit, poussée par tous ses potes artistes, ses mémoires en 1929, et puis les avait complétées en 1938. Et pendant 65 ans le tapuscrit a été purement et simplement perdu ! On les a retrouvées parmi des cartons avec une étiquette où était mentionné : « Infiniment précieux ». Et voilà l’oeuvre que j’ai eu le plaisir aussi infini de découvrir.

Cette jeune femme, d’un milieu extrêmement modeste, a fait la rencontre de gens aussi paumés qu’elle dans le Montparnasse de l’entre-deux guerres. Elle a connu les artistes qui sont aujourd’hui de grands maîtres qu’on admire dans les expositions et les musées, et qui, à l’époque, échangeaient des tableaux contre « un bon repas chaud ». Mais cette fois, ce n’est même pas une histoire « que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », et c’est bien ce qui m’a épaté. En effet, là il ne s’agit pas de l’époque de mes parents, ni même celle de mes grands-parents mais encore avant ! Du coup, il est logique que nous n’ayons aucun contact avec cette génération, à la fois trop lointaine pour nous avoir directement communiqué des choses, mais assez proche pour en ressentir encore certaines réminiscences familières.

Le livre est un objet superbe qui reprend donc ces mémoires en les agrémentant des illustrations de Kiki elle-même, mais aussi des photographies de Man Ray et d’autres artistes. Il s’agit d’un texte très court et très simple, pas de chichis (d’autant plus qu’elle ne devait pas avoir une énorme instruction), mais une femme qui écrit avec beaucoup de candeur et d’audace sur ce qu’a été sa flamboyante vie. Et comme dans une chanson réaliste de l’époque, on ressent avec une acuité inouïe ces vies d’une cruelle âpreté mais aussi traversée de morceaux de joie et de bonheur véritables.

Elle est l’enfant non désiré d’une relation adultérine, et elle a été élevée par sa grand-mère. Elle allait même à l’école avec une petite fille qui était l’enfant légitime de son père. Et elle avait déjà du caractère…

Nous ne pouvions évidemment pas nous rencontrer sans avoir envie de nous dévorer et, quand nous nous battions, elle disait :
« j’vas le dire à mon père.
- J’m'en fous, que j’y répondais, c’est le mien aussi. »

Vers 12 ans, elle débarque à Paris et loge avec sa mère et d’autres personnes dans un minuscule appartement. Elle est rapidement placée comme bonne, ce qui ne l’enchante guère. Mais avant, elle travaille aussi dans une imprimerie où on remarque déjà son côté mutin.

Après un ou deux mois de livraisons, on m’essaye à l’atelier de brochage ! Mon premier boulot m’a tout de suite emballée. C’est la reliure du Kama-sutra.

Il y avait là-dedans de quoi m’échauffer les oreilles et donner à mes entre-cuisses des mouvements d’ailes d’oiseau qui n’arrive pas à s’envoler !

J’avais l’impression d’avoir en permanence une chaufferie dégageant une douce chaleur qui part des cuisses, monte doucement et se répand à mon ventre !

Tout au long du livre, en filigrane, on ressent son manque d’affection qui remonte manifestement à sa relation (inexistante) avec sa mère.

Quand j’entendais dire : « maman chérie », il me semblait que mon coeur allait craquer : j’étais gêné, rougissante, j’avais l’air coupable et je n’osais pas regarder ma mère. Pourtant, parfois, je ne la sentais pas indifférente.

Peut-être aurais-je dû joindre le geste à la pensée, au désir que j’avais de monter sur ses genoux, de l’embrasser !

Mais je ne pouvais pas. Elle me glaçait tout de suite par une réflexion ironique, sans se douter que j’avais si mal et qu’un seul regard humain m’aurait fait exploser !

J’aurais tout laissé couler, ma peine et mon désir de pouvoir dire : « maman », puisque le mot « papa » ne m’a jamais été permis non plus.

Elle subit pendant quelques temps le métier de bonne, et puis décide d’arrêter ces boulots ingrats. Surtout, elle découvre qu’on peut gagner beaucoup plus d’argent en bien moins de temps et de fatigue en posant nue pour des artistes. Voilà donc ce qu’elle fait, tout en conservant sa virginité, ce qui parait être un sacré challenge pour l’époque ! Elle fait alors la connaissance des artistes sans le sou de Montparnasse, et s’impose rapidement comme un élément indispensable du décor. Les artistes la connaissent et l’utilisent comme modèle, les cafetiers et les restaurateurs lui offrent des verres, et apprécient sa bonne humeur ainsi que son entrain dans les fêtes de l’époque.

J’ai beaucoup aimé cette anecdote d’un soir où Kiki se retrouve sans toit par un froid glacial, et sans un sou. Elle rencontre le peintre Soutine…

« Soutine, je suis dehors avec une amie : tu ne peux pas nous coucher ? »

Sans s’arrêter il me répond :
« Venez jusque chez moi, si vous voulez ! »

Ma copine est déjà sur mes talons et nous marchons l’une derrière l’autre. Soutine ne parle pas. Il a l’air lui aussi de ne pas avoir fait des excès de nourriture.

On rentre dans son atelier, d’un geste il nous montre son lit et comme nous grelottons de froid, toujours dans dire un mot, il commence avec une frénésie qui ne nous rassure guère à casser le peu de meubles qui lui restent.

Il fait un bon feu, mais nous ne le remercions pas ! Nous sentons que ça l’ennuierait.

On se contente de le regarder avec des yeux reconnaissants, car on comprend la beauté de ce geste.

Voilà, le livre est ponctué d’exemples comme cela, qui illustrent l’esprit qui régnait à l’époque avec son lot d’injustices et de cruautés, mais aussi son pendant avec des gens généreux et altruistes. Kiki rend hommage à certains patrons de café qui ont été des mécènes sans le savoir ou le vouloir, mais par simple générosité, amour de l’art et respect des artistes. Ce n’est certes pas de la grande littérature (ça se dévore en quelques heures), mais un témoignage qui m’a énormément charmé, et une personnalité qui mérite d’être mieux connue. Cette écriture respire la gouaille du Paris de l’époque, Kiki se met à danser et chanter, et on imagine terriblement bien l’ambiance.

Il y a matière à réaliser un beau film sur cette femme émancipée et affranchie. Une femme à la vie passionnée, aux amours tumultueuses, à l’existence qui a connu les sommets (coqueluche du tout Paris, célébrité, argent) et les gouffres (drogue, prostitution, misère), et qui représente tellement ce Paris des années folles.

Souvenirs retrouvés - Kiki de Montparnasse

PS : A quand les mémoires de Galia, retrouvées en 2065 dans un vieux disque dur, caché dans une malle sous des perruques, des chaussures compensées et des chuppa-chups !!!

PPS : Kiki c’est aussi le modèle de cette célébrissime photographie de Man Ray.

Violon d\'Ingres - Man Ray