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  • Boukinage
Le dieu venu du Centaure

Publié le Vendredi 14 Novembre 2003 - 13:12
Catégorie: Boukinage

Je continue sur ma lancée, et viens de finir ce Philip K. Dick qui m’a encore beaucoup plu, mais surtout fait voyager. Si je dois une sensibilisation littéraire à mon pôpa, c’est bien celle qu’il m’a transmis de son amour de la SF, autant en bouquin qu’en ciné. Je comprends qu’on puisse le considérer comme un style mineur en terme de « littérature » avec un grand L, mais les émotions, les sensations et les notions scientifiques, sociologiques, psychologiques véhiculées n’ont pas de concurrence selon moi.

Avec K. Dick, comme pour la plupart des auteurs, du moins ceux que j’ai assidûment lu (Isaac Asimov et Clifford D. Simak notamment), on retrouve rapidement des obsessions et un univers communs. Ainsi, ce livre évoque l’usage des drogues et surtout la modification de perception que provoque une certaine drogue (le D-Liss) pour ses consommateurs. Or, une nouvelle drogue arrive sur le marché, elle vient d’un terrien de retour de Proxima du Centaure qui assure que « Dieu promet la vie éternelle, lui la dispense ». K. Dick nous plonge dans des mises en abîme (NDB* – expression utilisée à bon escient) successives de protagonistes dont on ne sait plus vraiment s’ils vivent la réalité ou un des nombreux niveaux de plongée virtuelle déclenchée par cette substance, le K-Priss.

L’usage majeur de la drogue pour les terriens est en fait pour les émigrants de la planète Mars (peuplée par un système de désignation obligatoire organisé par l’ONU) qui vivent dans des conditions très difficiles. Ils habitent dans des clapiers et le D-Liss est absorbé pour ses fonctions hallucinatoires qui leur donnent l’impression d’être dans un univers bien précis, comme une maison de poupée, et dans la peau de Barbie et Ken. C’est ainsi que cette drogue a fait la fortune de Léo Bulero, président l’entreprise chargée de la vente des accessoires (qui n’est pas prohibée du coup, un peu comme en France on vend du papier à rouler les clopes… arf). L’arrivée du K-Priss déclenche donc une levée de bouclier de Léo qui décide de lutter contre ce mystérieux importateur de Proxima, aidé d’un de ses meilleurs précognitifs, Barney.

Bien sur, le fin mot de l’histoire est absolument inattendu et remet en question toutes les preuves glanées au fil de la lecture. Philip K. Dick en profite surtout pour remettre en perspective la foi en Dieu et la notion de divinité. J’adore cette manière qu’il a de poser quelques touches de notre réalité dans ses romans. Ainsi, il nous raccroche au wagon et rend plus crédible son scénario, tout en narrant une histoire des plus fantastiques et décalées. Par exemple, il évoque le fait que les personnes en translation (c’est-à-dire ayant consommé du K-Priss) se crée un univers onirique propre, mais elles finissent par avoir une influence sur une réalité future sous forme de fantasme pour les gens. C’est ainsi qu’il décrit des gens shootés qui se retrouvent sous forme de fantôme dans une réalité future… Aaaaah ! Génial !

Le dieu venu du Centaure - Philip K. Dick

*NDB = Note du Blogueur ;)

  • Boukinage
L'homme qui tomba amoureux de la lune

Publié le Dimanche 9 Novembre 2003 - 14:54
Catégorie: Boukinage

« C’est une coutume indienne, et voici comment ça se passe: on couche le bébé sur le ventre. D’un côté du bébé, on met un arc et une plume, de l’autre une gourde et un panier. Si le bébé est un garçon et qu’il essaie de prendre l’arc et la plume – alors c’est un garçon selon l’idée que les tybos s’en font, dont l’histoire-sexe d’humain sera pareille à celle de tout garçon, et y a intérêt.

Mais si le garçon veut prendre la gourde et le panier, ou la fille l’arc et la plume, alors, en tybo, ça vous donne un garçon ou une fille dont l’histoire-sexe d’humaine est une chose sur laquelle il faut faire silence.

En langue indienne, il y a des mots pour vous si vous choisissez d’une autre façon que la plupart des bébés. Je ne sais pas comment on dit, mais je sais que ces mots ne sont pas du tout comme ceux des tybos. En langue indienne, ils signifient « homme-panier » ou bien « fille-arc ». Et puis il y a le mot bardache. »

Cette histoire est arrivée au narrateur de ce bouquin extraordinaire, qui rentre dans mon panthéon des bouquins favoris, mais la scène se passe en 1880 dans un hôtel-saloon-bordel et il est entouré de sa mère, de toutes les prostituées et de la tenancière affublée de son boa de plumes. Le bébé en question fait un choix encore plus prophétique et ironique : il prend le boa de plumes ! « L’homme qui tomba amoureux de la lune » de Tom Spanbauer raconte l’histoire de ce garçon métisse indien qui est un bardache.

« Dans la plupart des tribus, si tu es un bardache, les gens se disent que, puisque tu n’es pas comme la majorité des hommes, ni comme la majorité des femmes, c’est que tu es quelque chose de complètement différent, c’est-à-dire quelqu’un de spécial, pas tant dans un mauvais sens. Les bardaches étaient considérés comme des guides spirituels et des guérisseurs. Même s’ils vivaient généralement seuls, ils n’étaient pas réprouvés. Ils s’occupaient des enfants, faisaient cuire le pain, cueillaient des baies, allaient à la chasse, tannaient des peaux ; bref, ils faisaient tout ce que faisaient les femmes, et parfois même ils devenaient deuxièmes épouse d’un homme, si le bardache jugeait que l’homme en était digne.

Selon le genre de personne – le genre de bardache – que tu étais, si tu voulais t’habiller en femme et rester avec les enfants, eh bien, tu suivais ta nature. Si tu vivais seul dans ton tipi à l’écart des autres et que tu sois un bardache assez puissant pour faire venir tous les soirs un homme différent dans ton lit, eh bien tu suivais ta nature. Certains bardaches étaient des guerriers redoutés, tant leur médecine était puissante.

Une des premières choses que les missionnaires chrétiens firent aux indiens à leur arrivée, fut de tuer les bardaches au nom de leur dieu, car ils savaient qu’en éliminant les bardaches, ils éliminaient beaucoup de ce qui était vraiment indien. »

Le garçon indien en question s’appelle Duivichi-un-Dua mais il est appelé « cabane » ou « dans-la-cabane » parce qu’il vit et se prostitue à la suite de sa mère, assassinée par l’homme qui l’a ensuite violé, dans une cabane à côté du saloon. Cela paraît, littéralement, un peu glauque mais en fait il faut se resituer dans le contexte historique, puis social et psychologique du récit. Cabane est protégé par Ida, la tenancière du bordel, une femme charismatique et madrée, et à cette époque, la prostitution est un débouché presque normal pour des femmes sans le sou et sans famille. Cabane est donc un jeune homme plutôt heureux et à l’aise dans son rôle et son environnement même s’il se donne à des hommes et des femmes « dans la cabane ». Comme dans ces récit du Far West, ce n’est que violence, trahison, hommes vils et lâches, loi du plus fort comme seul rempart et puis un savant mélange de morale religieuse (mormone en l’occurrence) et de licence sexuelle. On est donc face à une kyrielle de personnages tous plus truculents, pittoresques et attachants les uns que les autres.

C’est un bouquin qui m’a remué les tripes, qui m’a choqué, amusé, transporté, déboussolé, fait me sentir tantôt mal à l’aise, tantôt serein, affecté ou réjoui. Le fait d’avoir une histoire à cette époque et dans cet environnement donne une grande liberté de ton à l’auteur. En effet, même le scénario le plus incroyable est crédible dans cet univers sans foi, ni loi où tout fut possible, et tous les abus furent commis dans l’impunité la plus flagrante. On retrouve donc le violeur, l’assassin, les indiens réduits à néants dans des réserves misérables, le shérif pourri, le cow-boy raciste, la pute de saloon, le débile du village, etc. Et le déroulement de l’histoire est aussi des plus onirique et singulier puisqu’on suit le parcours de Cabane avec ses yeux et sa spiritualité teintée de croyance indienne. On voit et ressent donc cette incompatibilité et cette incompréhension dans un syncrétisme blanc-indien. Cabane est le reflet de ce monde déliquescent, entre un peuple en désuétude, et une culture dominante éviscérée et nauséabonde… et finalement il trouve amitié, amour, loyauté et guide dans les personnes les plus inopinées et fabuleuses… un fou du village, un homme qui parle à la lune, un sorcier indien, un apothicaire chinois ou des prostituées. Le bouquin alterne ainsi entre des moments de narration pure et des rencontres qui plongent le héros dans des univers oscillant entre rêves, révélations et réalité. Cabane part à la recherche de son identité, et ce faisant, il va quitter son environnement rassurant pour se confronter à une difficile réalité, mais au bout du compte trouver les réponses à ce qui est son essence même.

Tout ce que j’aime est donc dans ce bouquin, c’est à la fois un roman passionnant avec une intrigue forte et beaucoup de rebondissements dont le final donne toutes les clefs de la compréhension tout en laissant au lecteur une interprétation personnelle, mais aussi un livre qui fait vibrer et méditer sur des conditions de vie, sur des épisodes peu glorieux de l’histoire, sur la tolérance et qui, sur un mode narratif proche de la poésie nous entraîne dans une histoire d’amour furieuse et désincarnée.

L homme qui tomba amoureux de la lune - Tom Spanbauer

  • Boukinage
Le maître du haut-château

Publié le Vendredi 24 Octobre 2003 - 18:36
Catégorie: Boukinage

Encore un K. Dick de plus dans mon escarcelle, et je suis complètement accroc. Dans celui-ci toutefois, on sombre dans un scripte qui me fait incroyablement penser à David Lynch. C’est-à-dire qu’on démarre sur des bases plutôt concrètes et familières, avec un déroulement complètement logique et rationnel, mais à un moment précis on passe de l’autre côté du miroir, et l’auteur nous fait passer vers ses dénouements les plus tortueux. On retrouve alors des métaphores récurrentes à ses bouquins avec une réalité qui se fond de manière hétérogène avec un monde onirique et fantasmagorique.

Le scénario de base est extraordinaire, et c’est la lecture du quatrième de couverture qui m’a poussé à m’acheter le bouquin. Nous sommes dans les années 60 seulement le monde a un visage bien étranger, en effet, en 1947 les alliés ont perdu la guerre. Le Japon et l’Allemagne se sont partagés le monde et le dirige selon leurs thèses plus ou moins adoptées par l’humanité. En gros, l’est du monde est sous domination allemande, tandis que l’ouest (avec les USA) est régenté par les japonais.

A partir de ce postulat, K. Dick imagine le monde tel qu’il serait avec une hallucinante précision (qui fait froid dans le dos) à coup de mélange entre événements réels et conséquences différentes de celles que nous connaissons. Toute cette mise en scène m’a plongé dans une stupeur où je me régalais de l’intelligence et de la sagacité de l’auteur, tout en étant bien immergé dans le récit qui se construit peu à peu. La société américaine a été complètement remodelée selon les critères et la philosophie nipponne, changeant fondamentalement les rapports sociaux et nous plongeant dans une nouvelle Amérique de l’après-guerre.

Dans ce contexte singulier, un auteur de SF a sorti un bouquin (interdit en Allemagne) qui a un succès fou malgré la censure. En effet, ce bouquin décrit l’histoire du monde en postulant que les alliés aient bien gagné la guerre en 1945.

C’est difficile de décrire plus le contenu du livre sans trop en dire. Une galerie de personnages plus ou moins liés les uns aux autres font partis de la narration et permettent de mettre en place le décor et la nouvelle donne historique. On y voit des juifs qui changent leurs noms et se font modifier chirurgicalement pour changer certains attributs physiques considérés comme trahissant une appartenance (l’horreur !). Une bonne partie du bouquin tourne autour du Yi-King, le livre des Transformations. Ce livre chinois sacré et millénaire sert d’oracle à une grande partie de la population, et est un des apports les plus importants du Japon aux Etats-Unis. C’est l’usage de ce livre qui va amener des personnages à enquêter sur ce mystérieux écrivains et à peut-être percer le secret de sa clairvoyance (pour nous) concernant la seconde guerre mondiale.

Le maitre du haut chateau - Philip K Dick

  • Boukinage
Drôle de bazar

Publié le Vendredi 17 Octobre 2003 - 21:12
Catégorie: Boukinage

C’est le troisième bouquin de Jospeh Connolly que je lis, et finalement je suis plutôt déçu par celui-ci et par l’auteur. Il s’agissait pour moi de vérifier ce que j’avais pressenti lors de la lecture du second opus. En fait, j’ai découvert cet auteur il y a trois ans pour « Vacances anglaises », qui est plus connu à présent en France vu qu’il a inspiré à Michel Blanc son « Embrassez qui vous voudrez ». Le film m’avait déjà alors relativement déçu en comparaison de la truculence du bouquin, mais surtout je m’étais terriblement fait au caractère « so british » des personnages, et je n’ai pas réussi à transposer cela dans un environnement gaulois. Il y a quelque chose dans le flegme britannique et dans une notion de trashitude qui ne passe pas du tout à mon avis de notre côté de la manche. J’avais aimé ce bouquin donc, même si la fin m’avait un peu lassé avec des retournements de situation de moins en moins crédibles et surtout de plus en plus rudimentaires. Mais rien que pour cette galerie de personnages mise dans des situations si excentriques et abracadabrantes, ça valait la peine d’être découvert. Aussi l’année suivante, j’ai lu la suite, « N’oublie pas mes petits souliers », qui reprend les mêmes protagonistes et leur fait subir de nouvelles humiliations et vicissitudes. Et là, ça m’a plus ou moins rapidement saoulé, c’était vraiment la même trame, et je ne trouvais pas beaucoup d’originalité à ce qui était narré.

« Drôle de bazar » est décevant en cela même, la trame et le mode de narration sont absolument identiques aux deux autres. En conséquence, je n’ai pas encore été dépaysé et même tellement versé dans son style et ses ficelles de roman, que j’ai facilement prévu les revirements de l’histoire et autres situations vaudevillesques. Je me suis dit qu’il ne devait vraiment rédiger que des bouquins de ce style et avec cette plume. De ce genre il peut en effet en écrire un par an, il ne change qu’imperceptiblement les lieux, personnages et interactions et hop.

Mais sinon, le livre conserve les qualités intrinsèques aux autres, c’est-à-dire que c’est plutôt plaisant à lire, bien rythmé et pas mal ficelé même si cela finit de manière tellement extravagante, qu’on se dit qu’il pourrait faire faire à ses personnages à peu près n’importe quoi pour retomber sur ses pattes. Et les thèmes restent vraiment analogues, la femme bourgeoise adultérine et castratrice (elle pète littéralement la gueule de son mari), le mari faible et veule, le fils obsédé, la fille qui essaie de se faire sauter pour se tirer de chez ses parents. Et avec cette famille, on fait interagir une autre famille aussi déstructurée, qui se compose d’un père (ami du mari, et amant de la femme de la première famille, mais qui finit par sauter la fille debout dans le salon) à la ruine, une mère complètement aliénée avec sa mère à elle qui ne l’est pas moins, un fils (petit-ami de la fille de la première famille mais avec qui il ne peut pas bander) qui se fait chopper par un de ses collègues de bureau etc. Et bien sûr, ajoutons à cela des quiproquos, une conjoncture un peu chaotique, et tous les faux-semblants feignent de voler en éclats, avec ce sempiternel masque de flegme britannique pareillement à un vernis intact sur le plus vermoulu des parquets victoriens.

Donc, je ne crois pas que je renouvellerai l’expérience de lire cet auteur !

Drole de bazar - Joseph Connolly

  • Boukinage
La fin de l’éternité

Publié le Lundi 13 Octobre 2003 - 19:25
Catégorie: Boukinage

J’aime beaucoup Isaac Asimov, et surtout ses bouquins sur les robots… ah le cerveau positronique et les lois de la robotiques, c’est vraiment génial. J’avais aussi à l’époque été très impressionné par l’idée de base de sa saga « Fondation ». Il créait ainsi une science, la psychohistoire, qui a l’aide d’ordinateurs très puissants et de lois statistiques basées sur des études sociologiques, permettaient de prévoir l’évolution des sociétés selon des probabilités connues. Cette connaissance presque divinatoire avait alors permis à l’humanité de contrôler un peu mieux sa destinée, et ainsi éviter le chaos. Dans ce bouquin, Asimov a écrit finalement le prologue de Fondation. Il s’agit d’un roman basé sur une nouvelle que j’ai lu, il y a quelques années, et qui m’avait beaucoup plu. La structure du roman en fait un ouvrage beaucoup plus conséquent mais surtout doté d’une intrigue plus riche et alambiquée (mais incroyablement plaisante à lire).

L’histoire repose sur le fait que l’homme dès le 27ème siècle a découvert le moyen de voyager dans le temps, au moyen de champs temporels qui lui permettent de se soustraire aux époques et de créer des couloirs qui relient les périodes historiques aux autres. Cette zone de communication entre les âges, c’est l’Eternité. Dès lors, les hommes ont utilisé ce moyen pour faire du commerce entre les époques. Faire venir des denrées, des minerais, des technologies etc. L’Eternité est dirigée par les éternels qui sont des hommes soustraits de toutes les époques et formés à une fonction dédiée. L’Eternité en étudiant le fonctionnement du temps a commencé à agir en étudiant les probabilités et en remarquant que les changements effectués en amont avaient des répercussions sur le futur, et qu’ainsi la réalité était altérée. De ce fait, les éternels ont commencé à changer la réalité pour apporter un bonheur optimum à l’humanité. Statistiquement une modification à l’instant t a un effet qui s’estompe avec le temps, comme si la réalité tendait à revenir à son état initial. Les éternels agissent donc parfois de manières complètement infimes (changer un objet de place) mais dont les conséquences (une personne ne retrouve pas un objet ou bien trop tard par rapport à ce qui aurait du arriver) changent le devenir du monde et évite une période de chaos.

Voilà la trame de fond, et ensuite le bouquin expose une intrigue géniale où il est question de l’origine de la trouvaille des mécanismes de l’Eternité, d’un technicien (celui qui va dans le temps pour changer des choses précises) et d’une galerie de personnages très bien sentie. Asimov a ce talent à la fois, pour décrire les situations sociales, mais aussi pour ne pas se perdre dans des conjectures scientifiques ineptes. L’intrigue amoureuse est aussi bien traitée et écrite que les explications scientifiques et l’aventure en elle-même. En outre, je lui trouve un style excellent, très SF américaine des années 50/60 (donc je me délecte particulièrement). Je me suis régalé en lisant ce bouquin qui nous emporte dans une histoire fantastique mais dont les racines sont contemporaines. Asimov utilise souvent ce genre de ficelles qui permet de donner plus d’authenticité à ses récits. Le tout est une version vraiment complète et aboutie de la nouvelle, c’est brillamment écrit et surtout, le voyage onirique est assuré !

La fin de l'eternite - Isaac Asimov

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Ainsi va le jeune loup au sang

Publié le Lundi 6 Octobre 2003 - 17:42
Catégorie: Boukinage

On ne se refait pas, un de mes auteurs favoris est homo et c’est Christophe Donner. Il signe ce bouquin que je viens de finir, et qui m’a encore énormément plu. A la base, c’est drôle mais j’ai seulement découvert ce type par le coloc de M. qui le connaissait personnellement. J’avais alors acheté un bouquin par curiosité : « L’empire de la morale », et je suis resté scotché par cet opus qui est une petite merveille de littérature. Je me suis senti extrêmement proche du narrateur de ce bouquin en particulier.

On retrouve dans ce livre-ci la superbe plume de Donner. Loin du maniérisme ou de la complexion des auteurs français traditionnels, il manie le verbe avec une précision et une virtuosité hallucinante, et pourtant je ne pense pas qu’il fasse cet effet à tous, non je crois plutôt que j’ai un vrai coup de coeur pour cet écrivain dont les phrases me prennent directement aux tripes. Par contre, j’y ai aussi trouvé le défaut que j’avais remarqué dans ses autres ouvrages, je n’aime pas la manière dont les bouquins se finissent. C’est presque bâclé, on se demande s’il n’a pas manqué d’imagination pour finir ses intrigues. Ses bouquins se terminent souvent très abruptement et sans discernement, du moins c’est ce que j’en perçois (pas, justement). On est pris dans une histoire et hop en une page et demi c’est fini, ou bien l’auteur se perd en conjectures fumeuses et digressions purement littéraires qui me gonflent un peu. C’est dommage car je suis un fan intégral du reste ! Il décrit à chaque fois des personnages passionnants et à la psyché intense et complexe, des personnages qui pataugent dans la vie, aussi bien avec leurs proches que leur environnement. Il met assez souvent en scène des personnages homos dont on sent la proximité avec l’auteur et auxquels je m’identifie plus ou moins.

Le personnage central est un garçon déchiré par la mort de son père et qui, pas vraiment pris en charge par sa mère qui finit internée, trouve refuge dans la résistance qui anime son quartier devant les travaux de la Tour Montparnasse en pleine construction, et le risque grandissant d’expropriation. C’est un roman d’initiation d’un jeune complètement paumé qui finit par essayer de dynamiter la tour et par aller en prison (où il se fait violer par des taulards immondes). Il se drogue avec des héroïnomanes qu’il héberge dans sa maison aux fenêtres murées devenue squat à défoncés. Il oscille entre l’abandon de lui-même et la quête de sens dans les bras d’un couple, alternativement la femme et l’homme. Enfin c’est une histoire complètement ouf, mais narrée avec un talent incroyable, beaucoup de poésie et d’authenticité.

Ce passage qui décrit l’effet de la drogue est sordide et sublime, j’adore :

Après, quand ça monte, ça devient autre chose, ce n’est pas du bien-être, même l’histoire du planer c’est très exagéré, publicitaire, l’héroïne ferait plutôt l’effet d’une gomme, le passage d’une gomme sur les pensées douloureuses, sur l’ennui, la fatigue, la haine, tout ce qu’il y a de lourd, de chiant, ça disparaît, et au réveil, il n’y a aucun souvenir, juste le passage de la gomme, les heures en poudre, desquamation d’une existence à effacer. Cette sensation d’effacement, c’est ça que j’aime et que je cherche. Je ne ramène de ces trips aucun mot, ni quoi que ce soit d’artistique ou des conneries comme ça, le passage de la gomme est ineffable, et celui qui prétend que ce n’est pas merveilleux est un escroc, ce qui est déjà trop en dire, mieux vaut se taire et en reprendre.

Ainsi va le jeune loup au sang - Christophe Donner

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Le chemin de l’espace (Robert Silverberg)

Publié le Mercredi 1 Octobre 2003 - 17:35
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Je viens de finir pour la dix ou douzième fois ce bouquin de Robert Silverberg (grand nom de la SF s’il en est). C’est un putain de bon bouquin de Science-Fiction. Dans ce domaine, je suis vraiment bloqué sur les romans qui ont été écrit des années 50 à la fin des années 70. Celui-ci est paru aux US en 1967. Je crois que ce que j’aime dans la SF de cette période c’est un certain décalage avec ce qu’on peut imaginer du futur aujourd’hui. Or en 67, on n’imagine pas des mondes peuplés d’informatique ou de réseaux alors qu’aujourd’hui ce serait une hérésie d’en faire l’impasse. On trouve bien quelques robots et gros calculateurs, mais ces auteurs mettent surtout l’accent sur des situations et des intrigues dans des contextes sociologiques et psychologiques fascinants. C’est pourquoi je suis fan d’Asimov, Simak, Herbert ou K. Dick, des auteurs qui avant tout pensent le futur en terme de rapports humains, de structures de sociétés, de rapports de l’homme à la science ou bien comme de simples prétextes pour dénoncer les vilenies de leurs époques.

Ce livre en particulier traite du rapport à la religion dans des temps relativement proches (mais les dates en SF, on s’en fout un peu je trouve, enfin là c’est dans les années 2065). En effet, on est dans un monde un peu paumé dont les anciennes valeurs sont déliquescentes, jusqu’à l’apparition d’une religion basée sur des principes bien terre-à-terre, une religion fondée sur la science et surtout sur la médecine qui doit apporter l’immortalité à l’homme. Cette religion est assez surprenante d’un point de vue contemporain, puisque c’est une approche complètement syncrétique de la science et de la spiritualité qui est totalement inimaginable aujourd’hui. Or ce mouvement est dans le bouquin un succès incroyable, et dont le culte repose sur une lueur fantomatique bleue produite par un mini-réacteur nucléaire dans chaque chapelle. En effet, des particules ayant une vitesse supérieure à celle de la lumière sont localement produites qui génèrent une lumière bleue appelée lumière de Cerenkov. Finalement l’intrigue réside dans la manière dont ce culte va s’imposer et notamment l’influence de son fondateur Noël Vorst, doté de curieux pouvoirs précognitifs et dont les plans sont aussi tortueux que décisifs pour l’avenir de l’humanité.

J’adore ce genre de trucs dans les bouquins de SF, là c’est le « Notre Père » du futur. Une litanie tout particulièrement adaptée aux sciences mais qui ne jure pas, je trouve, en comparaison des psaumes actuels…

Litanie Electromagnétique – Stations du spectre

Et voici la lumière, autour de nous et par-delà notre vision.
Louée soit-elle.
Et voici la chaleur, devant laquelle nous sommes humbles.
Et voici l’énergie, par laquelle nous sommes bénis.
Béni soit Palmer, qui nous donna les longueurs d’ondes.
Béni soit Bohr, qui nous donna la compréhension.
Béni soit Lyman, qui put voir au-delà du regard.

Récitons maintenant les stations du spectre

Bénies soient les ondes radio et loué soit Hertz.
Bénies soient les ondes courtes, lien de l’humanité.
Bénies soient les ondes ultra-courtes.
Bénies soit l’infrarouge, porteur de la chaleur nourrissante.
Bénie soit la lumière visible, aux magnifiques angströms.

Pour les fêtes seulement : béni soit le rouge, sacré par Doppler. Béni soit l’orange. Béni soit le jaune, révélé par Faunhofer. Béni soit le vert. Béni soit le bleu pour la raie de l’hydrogène. Béni soit l’indigo. Béni soit le violet, riche d’énergie.

Bénis soient l’ultraviolet et la richesse du soleil.
Bénis soient les rayons X, sacrés par Roentgen.
Bénis soient rayonnement gamma et sa puissance.

Béni soit la plus haute des fréquences.

Loué soit Planck.

Loué soit Einstein.

Loué entre tous soit Maxwell.

Par la puissance du spectre, du quantum et du Saint Angström

PAIX

Le chemin de lespace - Robert Silverberg

  • Boukinage
Frictions

Publié le Mardi 23 Septembre 2003 - 10:51
Catégorie: Boukinage

Quand M. m’a filé ce bouquin, je me suis dit que le nom de l’auteur m’était très familier. Et je ne sais pas pourquoi je n’avais jamais lu de bouquin de Philippe Djian, célèbre auteur de “37°2 le matin”, il y a des écrivains comme ça, que « tout le monde a lu » et qui par hasard échappe à mon escarcelle.

Le livre a une forme un peu spéciale, à l’origine, il s’agit d’une nouvelle parue dans le Monde en juillet 2002. Un jeune garçon de 11 ans en est le narrateur. Djian livre dans cet ouvrage la suite des pérégrinations de ce garçon en jetant sur le papier cinq moments, comme cinq flashs de la vie du narrateur à des époques différentes et charnières de son existence. Ces cinq parties pourraient être considérées comme des nouvelles distinctes tant elles en possèdent l’unité et l’autosuffisance et c’est bien les frictions produites par cette juxtaposition qui génèrent toute la magie de l’ouvrage.

Dans la première partie, le narrateur est un gamin qui se retrouve pris en étau entre une mère charismatique et castratrice, et un père prodigue qui a du mal à s’affirmer. C’est un pur récit d’enfance qui pose les jalons d’une histoire d’amour unique et ambiguë entre une mère, à la démonstration affective complexe, et un fils, qui en subit déjà les conséquences. C’est certainement le chapitre qui donne la vision la plus psy du bouquin puisque exposant la relation mère-fils à l’enfance.

La seconde partie se passe quand le narrateur est au début de la vingtaine, il a quitté le domicile familial et fait des photos homos (mais il est hétéro) pour gagner sa vie.
Ce passage m’a bien fait rire :

Je pense à elle [sa mère]. A tout ce que nous avons foiré ensemble au cours de ces dix dernières années – pour considérer les choses d’un point de vue général. Je pense à elle. J’essaye de me mettre à sa place. Elle me fait penser à un animal enragé. Alors un gars se met tout à coup à m’engueuler parce que je n’ai pas un regard assez humide ou une moue à tailler des pipes. Je lui souris en humectant mes lèvres pendant qu’il envoie des coups de flash au plafond.

Sa mère lui en veut, et ils conservent une relation complexe et énigmatique. Le garçon, notamment, va régulièrement récupérer sa mère, ivre morte, après qu’elle ait passé des nuits avec des hommes dont il ne sait rien. Sa mère rencontre un homme dont elle s’amourache, le narrateur intervient alors dans cette relation de manière aussi intrusive et malsaine qu’elle intervient dans celle de son fils.

Dans la troisième partie, le narrateur est marié à un mannequin et a l’air d’avoir tout pour être heureux. Sa mère est toujours dans ses pattes, et les relations avec la belle-fille vont s’envenimant jusqu’à un dénouement inattendu. Ensuite, dans un quatrième temps, il est seul et élève sa petite fille. Sa mère tombe amoureuse d’un sosie de son père, alcoolique et déliquescent. A son tour, le fils intervient dans la relation… Et enfin, dans la dernière partie, sa fille à 18 ans et on voit que la nature de la relation père-fille a de quoi tenir de celle du narrateur avec sa propre mère.

Le style de ce bouquin est superbe, c’est une écriture simple, limpide et directe, une écriture laconique qui touche directement. Et cette manière claire de s’exprimer et d’exprimer les sentiments est mise en abîme avec des non-dits et la description des éléments d’incommunicabilité qui lie tous les personnages. Aussi l’auteur donne les clefs pour comprendre l’épaisseur psychologique des personnages sans décrire directement un profil, mais plutôt en laissant cela à l’appréciation et la sensibilité des lecteurs. Au fur et à mesure de la lecture et donc de l’avancée chronologique dans la vie du narrateur, on est de plus en plus plongé dans cet imbroglio, mais avec une acuité nouvelle grâce aux preuves accumulées au long des chapitres/nouvelles. J’ai beaucoup aimé cette manière de procéder et l’atmosphère résultante qui se dégage de l’ouvrage.

Cette écriture rectiligne et concise ressemble pour moi énormément à une traduction d’un auteur anglo-saxons, aussi je me suis surpris à m’imaginer pendant ma lecture, toutes les scènes aux US. C’est dans la deuxième partie que j’ai réagi au fait que quand je visualisais ce que je lisais, je ne pouvais imaginer que des personnages et une intrigue américaine, et pas du tout française. Et singulièrement, cela est du autant à la forme (style donc que j’ai décrit comme très anglo-saxon) qu’au fond, puisque l’auteur décrit des gens qui pratiquent l’échangisme dans un milieu de mannequin et de mode sur fond de consommation de drogue etc. Ainsi qu’une « mise en scène » qui pour moi est très américaine (dans les rapports des personnages entre eux). Outre cela, à aucun moment il n’y a un élément qui indique que cela se passe en France (ni une marque de voiture ou une ville ou un aéroport…).

J’ai vraiment beaucoup aimé ce bouquin, j’ai hâte de m’en procurer un autre. En effet, j’ai envie de me faire une idée plus précise et ample sur cet auteur qui m’a vraiment intrigué par cette première lecture « découverte ».

Frictions - Philippe Djian

  • Boukinage
A mon fils

Publié le Vendredi 12 Septembre 2003 - 17:33
Catégorie: Boukinage

Cet ouvrage de Gilbert Sinoué, dont j’avais lu un bon post chez le non moins excellent blog d’aquoibon, est un tout petit bouquin (je l’ai lu en trois voyages, oui oui je mesure la taille des bouquins aux nombres de voyages en RER que je dois effectuer pour les lire). Il s’agit d’une ode à son fils qui établit un état des lieux de la Terre et détaille avec beaucoup d’acuité,d’accablement et de consternation les graves dégâts et injustices (sociales, écologiques) qui émaillent la planète. Autant dire qu’il y a de quoi faire !

Il part donc dans un voyage imaginaire avec son fils et grâce à un tapis magique chinois, survole les 5 continents et racontant ce qui s’y passe… pollution, déforestation, surpopulation, maladie, injustices, eugénisme, etc. Il est assez précis dans ses dénonciations et surtout met des chiffres pour parfois montrer la véritable ampleur des phénomènes et mettre en relief le caractère catastrophique, car irrémédiable, de la destruction de notre environnement (notre propre destruction bien sûr).

Putain que c’est pessimiste, mais le pire c’est qu’il a l’air si réaliste, que ça colle encore plus le bourdon. Alors ce bouquin est hautement déconseillé aux déprimés ou autre flippé de la vie un peu parano. Et c’est aussi un peu ce qui m’a dérangé, son récit est tellement négatif et donne une vue si critique et déliquescente de notre monde pourri, qu’on se demande quel est son objectif. Mais l’auteur s’en tire grâce à une écriture hallucinante, en vérité une écriture merveilleuse, pleine de poésie et de perspicacité. Et c’est bien cette singulière faculté qui lui permet de nous enchanter et de le suivre dans ce voyage initiatique où on mange ses mots même s’ils nous donnent une bonne gastrite. J’ai donc eu un double effet à la lecture du bouquin, un peu comme si c’était une bonne introduction à l’apocalypse selon St Jean, et d’un autre côté un récit qui alterne conseils à son enfant, légendes et mythes lointains ainsi qu’une philosophie profondément noble et humaniste. Et son style magistral contribue vraiment à encore plus prendre au sérieux les informations brutales qu’il nous livre.

Son impact est ainsi renforcé, mais malgré le dénouement je ne sais toujours pas quel est le but véritable de ce bouquin. A-t-il voulu prévenir ? Pas vraiment, puisque les informations qu’il délivre sont relativement connues. Est-ce pour faire un recueil des malheurs de ce monde ? Non plus, en fait, une revue de presse aurait presque suffit… Peut-être est-ce plus simplement, le regard d’un homme qui décide de livrer son savoir et sa philosophie à son fils comme à tous les enfants, il instruit donc, mais aussi prévient et donne des conseils pour éviter le cataclysme (mais ce n’est pas très clair car peut-être est-ce vraiment trop tard).
Donc c’est une chose qui reste assez mystérieuse pour moi, et qui m’interpelle. Mais c’est aussi peut-être parce que j’ai éprouvé un certain malaise à cette lecture et que j’ai besoin d’en connaître la genèse et ses raisons d’être pour démystifier son approche. Je crois que finalement, il vaut mieux ne pas trop se poser de questions… Je reste charmé et désillusionné par cet ouvrage qui m’a foutu le moral à zéro, mais cette manière de s’expliquer à son fils, de voyager dans des contrées, de renouer un peu avec une certaine idée de la sagesse universelle m’a vraiment fasciné.

A mon fils - Gilbert Sinoue

  • Boukinage
Ma vie d’Edgar

Publié le Jeudi 11 Septembre 2003 - 14:34
Catégorie: Boukinage

Ce bouquin de Dominique Fabre est une sorte d’OVNI plutôt charmant, qui se lit rapidement et n’est pas mal écrit. L’histoire est carrément space, c’est un petit garçon dont on suit l’enfance, avec sa maman, ensuite en nourrice et enfin en pension. Ce garçon, Edgar, est un peu bizarre, on ne sait pas trop si vraiment il lui manque une case (et dieu sait qu’il en parle de sa case manquante !) ou bien si son comportement singulier est plus le reflet de ses rapports à autrui, et surtout à sa mère.

Le livre est écrit à la première personne et avec la voix d’Edgar, donc sur un mode narratif plutôt naïf et enfantin, avec des passages relativement incompréhensibles, et parfois très drôles. Mais surtout, cette candeur de l’enfance rend le discours de l’enfant plus sincère et émouvant dans l’expression de ses bonheurs, mais aussi troublant et triste dans le récit circonstancié de ses douleurs.

Je ne peux pas dire que je l’ai dévoré ou qu’il me marquera à jamais, en effet je n’ai pas accroché jusqu’au bout à l’histoire, et surtout je n’ai pas compris tous les événements (en effet le gamin se mélange un peu les pinceaux et le lecteur avec) et leur enchaînements chronologiques. Mais le personnage est vraiment attachant et attendrissant, on aurait donc envie d’en savoir plus, peut-être sur un mode plus réaliste. Ses rapports entre amour et indifférence avec sa maman sont les passages qui m’ont le plus marqué, et qui ont l’air d’être un reflet assez fidèle de ce que peut ressentir un enfant de 8 ans dans les mêmes conditions. Il y a aussi les notions d’incertitude de l’enfant qui sont très bien rendues, et font comprendre la peur que peut ressentir un individu, à qui il arrive un tas de choses mais sur lesquelles il n’a aucune prise. On comprends bien la frayeur qui anime Edgar à aller dans des endroits, fréquenter des gens, et ne jamais savoir quand on va lui faire faire autre chose, puisqu’il est comme un paquet encombrant et embarrassant qu’on essaie de gérer au mieux. L’auteur rend vraiment bien cette émotion et arrive parfois à saisir aux tripes de manière assez ahurissante.

Ma vie d Edgar - Dominique Fabre