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Les carnets blancs (Mathieu Simonet)

Publié le Vendredi 30 Avril 2010 - 15:12
Catégorie: Boukinage

Ah c’est toujours un exercice difficile que de parler du bouquin d’une personne que l’on connaît. Et Mathieu cela fait près de dix ans je pense que nous nous fréquentons de près ou de loin, souvent par le plus grand des hasards. J’avais déjà évoqué ce curieux phénomène (merde le post en question date de 2004 !!!) qui consiste à ce que nous nous croisions sans arrêt pendant quelques semaines, puis plus du tout, puis par des connaissances communes lointaines… Bref, c’est très imprévu et agréable car toujours inopiné. Il y a eu cette première rencontre à l’anniversaire d’un pote de pote, puis l’anniversaire suivant de cette même personne, après quelques rencontres par hasard dans la rue, puis son blog sur GayAttitude, et puis le net qui nous a forcément rapproché car mis dans une sphère plus « communicante ». Et les trois dernières années, j’ai eu l’honneur d’être chroniqueur de l’émission de radio qu’il animait, et où je parlais de blog (il faut d’ailleurs que je remette ce truc en ligne).

Depuis que je le connais, Mathieu écrit, il tente de publier, et se fait rembarrer. Il persiste. Il fait ses jeux littéraires, il « joue » avec ses carnets. Ironie du sort, son premier roman que voici est le récit circonstancié des carnets dont il s’est débarrassé !! Et ces journaux intimes, il a commencé à les écrire dans les années 80 (préadolescent), et il est arrivé avec une centaine de carnets dans les années 2000. Pour une raison assez floue pour moi, il a fallu qu’il s’en sépare, mais pour bien marquer la chose, et surtout, je pense, avec un truc un peu narcissique et flamboyant, il a organisé une véritable démarche artistique. Les carnets ont été transformés en œuvre plastique, en robe, cachés dans des vêtements, sur des gens, détruits de façons diverses et variés, sublimés en parfum ou utilisés comme palimpsestes et encore bien d’autres idées plus fantasques et farfelues les unes que les autres.

Le roman suit ce triple cheminement, il y a les extraits de carnets, la vie et « post-vie » de ces journaux, et le parcours même de l’écrivain qui mène à l’édition du présent ouvrage. J’ai beaucoup aimé le bouquin aussi parce que tout cet univers m’était familier, et je ne sais pas comment ça peut être perçu par autrui. Du coup c’est bien de l’autofiction, mais qui ne rentre vraiment pas dans les standards du genre.

Et puis, il y a le contenu, et là on retrouve tout l’univers de Mathieu Simonet. On y lit donc des relations familiales aussi importantes que dysfonctionnelles, une affirmation flagrante de son orientation sexuelle, des projets artistiques qui naissent tous les quarts d’heure, et surtout une passion dévorante et sincère pour l’écriture. Il y a parfois des choses assez énormes et qui paraissent gênantes pour le lecteur, car nous lisons des journaux intimes, et l’auteur s’y livre donc avec authenticité et (sa) vérité. Mais l’écrivain traite tout cela avec une certaine distance, parfois comme un étalage de faits, et une simplicité de ton qui fait passer les anecdotes les plus troublantes. Mathieu n’est pas du genre à rougir de ses attitudes ou des péripéties de son existence, et en tout cas ses écrits témoignent d’une saine et rafraîchissante liberté de ton.

Roman, parcours initiatique, lutte pour écrire, journal intime, démarches artistiques, on trouve de tout dans ce bouquin polymorphe et assez unique en son genre.

En revanche, le ton un peu chirurgical et factuel des récits finit un peu par lasser, c’est le seul bémol que je noterais. Évidemment le fait d’être son propre héros limite un peu l’imagination et les scénarios un peu plus piquants, même si l’auteur a une vie bien assez tumultueuse pour au moins susciter de la curiosité et accrocher le lecteur. Mais parfois j’aurais aimé un peu plus de retour sur les faits et les actes qui sont plus consignés qu’utilisés pour parler au lecteur, ou jouer avec. Il y a au final un petit goût d’inachevé, une impression de “bon d’accord et maintenant ?” qui ne gâche pas l’ensemble, mais m’a désappointé.

Maintenant j’attends surtout avec impatience le prochain bouquin car j’aimerais bien lire du Mathieu Simonet avec son style et tous ces machins qu’il a dans la tête.

Les Carnets Blancs (Mathieu Simonet)

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Pierre de scandale (Nicolas Buri)

Publié le Jeudi 8 Avril 2010 - 23:58
Catégorie: Boukinage

Curieux bouquin qui m’a alpagué dès les premières pages et que j’ai dévoré, dont le rythme et l’entrain sont autant de surprises, surtout quand on le compare aux clichés de l’homme dont il est le centre d’intérêt. Car ce livre est un formidable roman qui évoque l’existence et les incroyables péripéties de la vie Jean Calvin.

Nicolas Buri démarre donc son aventure vers 1515 alors que ce jeune français de Noyon, bien évidemment élevé dans la foi catholique, commence déjà à nourrir quelques griefs contre sa religion. Il faut dire que son père faisait un business terrible avec les curés du coin, et que ces derniers lui ont bien fait comprendre qu’il ne fallait pas les blouser. Bref Jean Calvin a été rapidement sous le charme de la Réforme, et le roman déroule sa vie comme un thriller épatant et haletant. On suit donc les épisodes enflammés de ce prédicateur d’une nouvelle manière de penser et vivre la religion chrétienne, et surtout d’une manière différente de la toute puissante Eglise Catholique et Romaine.

L’écrivain se base sur des faits réels mais brode aussi une toile romanesque, qui rend son bouquin particulièrement digeste et fluide. Cela se lit très facilement, tout en faisant profiter d’une chouette plume et de références culturelles (et religieuses) vraiment passionnantes. On suit donc Calvin à Orléans ou à Bourges pour ses études, à Angoulême pour trouver refuge auprès des autres huguenots, à Strasbourg, Bâle et puis Genève. A chacune de ses étapes, il se fait un peu plus prêcheur et prosélyte, et surtout il construit sa propre doctrine et tente de trouver un peuple qui voudra de son aide.

Il est à Genève en 1536, et il en sera banni une fois avant d’y revenir jusqu’à la fin de ses jours. Genève est déjà une ville protestante, et ce que j’ai lu de cette ville m’a vraiment fait énormément sourire. En effet, aujourd’hui je la vois beaucoup plus comme l’archétype de la ville suisse, avec comme champs lexical associé plutôt des trucs comme : rigueur, stricte, coincé, propre, traditionnel, etc. Mais ce qui est décrit dans le bouquin c’est tout le contraire !! Genève était l’endroit du monde où les gens faisaient la fête, étaient délurés et ne s’embarrassaient pas de la religion. Justement ils avaient viré les catholiques pour ne plus avoir à subir leurs brimades, et pour plus de liberté. Il y a des dizaines de pages qui décrivent la ville et ses plaisirs, et elles valent leur pesant de cacahouètes. Je pense qu’on s’y amusait certes plus à l’époque…

Et si Jean Calvin arrive avec sa propre notion de liberté, il s’est tout de même fait virer en 1538, et a dû retourner à Strasbourg. Mais en 1541, il est rappelé à Genève pour remettre de l’ordre dans la ville, et il devient alors l’homme le plus important de la cité. Pour s’imposer il finit par instaurer une politique assez dure et avec une main de fer il imprègne la ville de ses « nouvelles » idées. Les joyeux drilles de l’époque ne s’en remettront pas, et il y a quelques scènes très cruelles qui l’illustrent. Les épisodes liés à la peste sont aussi parmi les plus marquants, et m’ont fait penser au roman « 1666 » que j’avais tant aimé.

Je vous conseille ce premier ouvrage de Nicolas Buri qui arrive avec un talent fou à mêler une belle plume, une kyrielle de rebondissements hollywoodiens et une trame historique intéressante et majeure dans notre civilisation.

Pierre de scandale (Nicolas Buri)

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Les Extrêmes (Christopher Priest)

Publié le Mercredi 17 Mars 2010 - 0:20
Catégorie: Boukinage

Christopher Priest m’avait scotché avec « Le monde inverti », mais globalement je suis à chaque fois interdit par la qualité de son écriture. Là encore pour « Les Extrêmes » c’est ce que je retiens du roman, en plus d’un vrai talent pour rendre schizophrène son lecteur le plus terre-à-terre.

Teresa a perdu son mari Andy, alors que ce dernier tentait d’appréhender un serial killer. Le couple faisait partie du FBI, et en tant que tel ils ont été formés aux « Expériences Extrèmes », ou ExEx dans le jargon du FBI. Ces logiciels de simulation permettent, grâce à une interface homme-machine à base d’injection de nanopuces, de vivre des situations dans la peau d’un protagoniste de la manière la plus réaliste qui soit. Ainsi Teresa se met dans la peau de serial killer, de victimes ou de flics pour mieux prévoir les situations à venir. Il se trouve que le même jour où Andy a été tué, il y a eu un autre drame mais en Angleterre, à Bulverton, où un homme a réalisé un vrai carnage. Teresa se rend là-bas pour enquêter et se faire sa propre idée des événements, en complément des insupportables séances d’ExEx qu’elle s’impose, elle pense qu’il y a une véritable connexion entre ces deux événements.

Vraiment je suis entré dans ce roman avec une facilité déconcertante, et j’ai rapidement eu du mal à ne pas continuer à lire en marchant tant l’histoire m’a accroché. On retrouve en revanche énormément de résonances avec des sujets connus, donc ce n’est pas non plus d’une folle originalité. Il y a résolument du « ExistenZ » dans cette imbrication des mondes virtuels, et aussi du « Total Recall » avec ces thématiques de perte de réalité, et de dualité de vision et de vécu. Christopher Priest décrit finalement un univers dans lequel Philip K. Dick se serait senti plutôt à l’aise à mon avis. On pense aussi à « Hypérion » et Fedmahn Kassad qui rencontre l’amour de sa vie dans une simulation des plus belliqueuses.

Ce mélange entre enquête policière et implication émotionnelle de Teresa à Bulverton fonctionne vraiment bien. En revanche, j’ai plutôt été déçu par le dénouement du roman, et par l’impression finale de rester sur ma faim. J’attendais certainement un retournement de situation plus tonitruant, ou encore une conclusion vraiment originale et qui balayerait tout ce que j’aurais pu connaître du même genre. Mais non, au trois quarts du roman, ça pédale un peu dans la choucroute, et la fin arrive plutôt comme un soulagement.

Bref, une opinion en demi-teinte donc, malgré une sacrée belle plume, pour ce Christopher Priest qui mérite bien d’être aussi célébré dans le monde de la SF.

Les Extrêmes (Christopher Priest)

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Zola Jackson (Gilles Leroy)

Publié le Mardi 23 Février 2010 - 0:02
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Cela n’a pas dû être facile pour Gilles Leroy de se remettre au boulot après un prix Goncourt. C’était marrant parce que je le suivais déjà depuis quelques années (depuis Grandir en 2005), mais depuis Zelda (le titre est Alabama Song mais il est cocasse de constater que tous ses lecteurs l’appellent aujourd’hui « Zelda », et que c’était le titre d’origine qui était voulu par Gilles Leroy), j’en ai entendu parler par beaucoup de gens (dont ma mère !!). J’avais beaucoup aimé Alabama Song pour son histoire mais aussi pour son écriture résolument américaine, même si ce n’était pas mon préféré de l’auteur.

« Zola Jackson » me réconcilie totalement avec ce que j’aime de Gilles Leroy, car le roman est tout aussi « américain » mais il renoue avec les thématiques et les sujets fétiches de l’auteur (évidemment dans le cadre d’une bio il est beaucoup moins libre que là). Il incarne de nouveau une femme, il le fait avec grand talent, et il nous fait partager ses pensées pendant tout le bouquin. Zola Jackson est une femme noire de la Nouvelle-Orléans. Elle habite un des quartiers les plus populaires, et elle fait partie des gens qui sont restés durant l’ouragan Katrina (qui a notamment inondé et dévasté tout ce quartier). Alors qu’elle tente de survivre dans la tourmente, et frôle la mort à maintes reprises, elle repense à sa vie, et par flash-backs elle explore son passé.

Le livre égraine chapitre après chapitre l’arrivée et la catastrophe de Katrina, mais les épisodes du passé ne sont pas vraiment chronologiques, ce sont des réminiscences de la narratrice quant à son fils, Caryl, le petit ami de ce dernier, Troy, ou son mari Aaron. Elle est accompagnée de sa chienne Lady qui tient un rôle très important dans le livre, et dans la vie de Zola Jackson.

Ce qui m’a le plus étonné c’est de me retrouver si rapidement happé dans le bouquin, alors qu’en fait l’auteur ne raconte rien de profondément original. C’est plus une somme de petits riens qui nous rapprochent de plus en plus de Zola Jackson, nous font comprendre sa vie de femme noire de la Nouvelle-Orléans, avec ses valeurs, ses vicissitudes et son caractère haut en couleur. Et de ces minces aperçus de son passé, s’élabore un personnage absolument passionnant, émouvant et fascinant. En plus d’un style à la fois simple et très riche, dont Gilles Leroy a vraiment le talentueux secret, et du rythme syncopé des bayous, j’ai dévoré le roman qui à maintes reprises m’a fait penser à un de mes livres fétiches : « De chair et de sang » de Michael Cunningham.

On y retrouve ces parcours banals en apparence mais qui recouvrent des non-dits et des imbroglios familiaux bien complexes et apporteurs de bien des turpitudes existentielles. Avant tout, il y a l’amour démesuré et total d’une mère pour son fils, et la relation difficile mais attendrissante de Zola avec le petit-ami de son fils Troy, antithèse sociale et raciale du monde de Zola (un intellectuel blanc et rouquin à lunettes). Mais on apprend que le père de Caryl était un blanc (roux aussi…) et les sentiments contradictoires de Zola Jackson envers son fils ou son mari, sa considération pour l’éducation etc. Toutes ces imprécations psychologiques ne sont pas anodines mais sont les clefs qui permettent de rentrer un peu plus dans cet univers d’amour, de haine, de peur et de frustration mêlé.

Il y a donc ces plongées dans le passé de Zola qui sont des parenthèses dans la narration plus linéaire qui décrit Katrina et ses ravages. Gilles Leroy fait très fort en décrivant avec une certaine économie de mots, mais une impressionnante précision, les différentes étapes pour Zola… L’inondation, le refuge dans les étages supérieurs jusqu’au grenier, la chaleur suffocante, les alligators qui rodent, le vent, la pluie et les hélicoptères qui n’arrivent pas. Finalement le seul personnage qui est à la fois dans les souvenirs et la réalité, c’est Lady, la chienne de Zola. La relation entre l’animal et sa maîtresse est très forte et remarquablement illustrée, j’y pressens beaucoup des rapports de l’écrivain avec son propre animal. Il en fait quelque-chose de très beau, jamais ridicule ou insensé, mais bien au contraire une saine évidence.

J’avais été assez frustré par le fait que Zelda était trop court, et qu’on aurait voulu passer plus de temps avec. C’est encore avec « Zola Jackson » un roman assez court, mais l’histoire est tellement bien cadrée et dosée que je n’ai pas vécu de frustration à la fin. C’était une aventure intense, tant dans le voyage intérieur des souvenirs de Zola, que dans sa lutte pour sa survie bien prosaïque, et cette fin arrive aussi comme un message d’apaisement. La conclusion est un peu happy-end, mais elle m’a fait du bien, elle m’a soulagé, et j’ai aimé que ces personnages se retrouvent ainsi. Ils ont assez souffert, il est temps de trouver un peu de sérénité…

Zelda a eu le prix Goncourt, mais Zola Jackson est pour moi un prolongement “logique” du précédent en ce qu’il en exploite le même talent pour l’introspection féminine, et la double narration intérieure/extérieure. Mais ce roman-ci va plus loin dans la quête de soi, il propose une histoire qui m’a plus touché, et dont la verve romanesque tout GillesLeroyesque a le chic pour faire mouche (me concernant évidemment). En tout cas, la thématique « sud des USA » fonctionne diablement bien, je me demande d’ailleurs si ces bouquins seront traduits en langue anglaise et s’ils pourraient trouver lecteurs outre-atlantique…

Zola Jackson (Gilles Leroy)

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La fille qui marchait sur l'eau (Siddharth Dhanvant Shanghvi)

Publié le Vendredi 12 Février 2010 - 23:55
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Ce bouquin qu’on vendait comme un pur concentré de bollywood en roman possède en effet cette veine des films indiens un peu kitsch et aux histoires emberlificotées. On y retrouve les intrigues longues, très longues, et complexes, les thématiques familiales, de mariage, de raisons et de sentiments, et puis de la musique et des chants, etc. Mais au global, j’ai compris que je préfère largement le bollywood à l’écran que sur le papier.

J’ai beaucoup aimé le début du roman, avec cette Inde des années 20 assez libérée et avec des poussées aussi « folles » qu’en occident à la même époque. L’écriture de Siddharth Dhanvant Shanghvi est en effet assez enlevée et fleurie pour bien retranscrire à la fois l’époque, le pays et ses coutumes. J’ai ainsi suivi les pérégrinations d’Anuradha Gandharva et Vardhmaan et leur émouvant mariage d’amour, suivi par la naissance du petit Mohan qui est un don du ciel pour ses parents. Il y a aussi une méchante belle-mère, une nièce un peu bizarre et une drôle de mythologie concernant la maison (elle aurait été le lieu des amours d’un garçon anglais avec un prince indien…). Bref, la sauce prenait bien pour moi, et puis il arrive tout un tas de tuiles à ce couple adorable, et tout part à vau-l’eau avec la mort accidentelle de l’enfant.

Ensuite le roman se concentre sur la nièce qui est « la fille qui marchait sur l’eau », Nandini. Et là j’ai commencé à décrocher, car l’histoire continue avec cette gamine un peu folle qui couche avec un peintre connu, et sa copine lesbienne, et qui a des pouvoirs un peu étranges. S’ajoutent intrigues sur intrigues, et personnages secondaires assez bigarrés, mais je n’ai pas trouvé un grand discernement à cela. Et je me suis lassé… En fait, j’aurais préféré rester en compagnie d’Anuradha et Vardhmaan !!

La fin du roman m’a encore convaincu, car je n’ai trouvé cela très transcendant… Il reste une belle plume, et une narration qui tient bien en haleine, sauf que ces histoires qui ne s’arrêtent jamais m’ont saoulé, et m’ont fait me demandé pourquoi même l’auteur nous racontait tout cela. Quelle finalité à cette peinture familiale et sociale ? Mouai… j’en ressors donc un chouïa déçu, alors que je pensais vraiment que j’allais adorer et dévorer l’ouvrage.

La fille qui marchait sur l'eau (Siddharth Dhanvant Shanghvi)

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Dans la dèche au Royaume Enchanté (Cory Doctorow)

Publié le Dimanche 13 Décembre 2009 - 1:28
Catégorie: Boukinage

Cory Doctorow est un des créateurs de Boing-Boing, donc un blogueur des premières heures s’il en est, et il a écrit ce premier bouquin sous licence Creative Commons. On peut donc le lire gratuitement sur le net, et l’exploration des alternatives aux droits d’auteur actuels est une des préoccupations majeures de cet écrivain canadien. Ce livre surfe sur des thèmes assez inhabituels en comparaison de mes lectures deSF habituelles, mais je l’ai malgré tout beaucoup aimé. C’est surtout le fait qu’il ait écrit cela en 2003 qui m’a épaté…

Le bouquin tire son titre d’un roman de Georges Orwell : « Dans la dèche à Paris et à Londres ». Ce dernier y racontait son errance (réelle) dans ces deux villes où il a vécu dans la misère la plus terrible. « Dans la dèche du Royaume Enchanté » raconte aussi le parcours initiatique d’un homme dans une société dont le modèle est particulier, la Société Bitchun. Nous sommes dans un futur très proche et l’avènement des réseaux de communication (du web quoi !) mais aussi les progrès en médecine et biotechnologie a affranchi notre monde de la mort telle que nous la connaissons aujourd’hui. Ainsi un nouveau principe de société a vu le jour, avec de nouvelles valeurs et des paradigmes assez géniaux. Géniaux car à la fois étranges et bien science-fictionesque mais pourtant familiers, comme si je comprenais bien où l’auteur voulait en venir, mais à demi-mot, comme en filigrane de son intrigue romanesque.

Le héros de l’histoire, Julius, a 150 ans et c’est un jeune. En effet, les gens ont la possibilité de scanner et d’enregistrer leur mémoire afin de l’implanter dans un clone lorsqu’ils ont un problème de santé. Aussi les âges ne veulent plus dire grand chose, et il s’agit plus de différence de générations et de mentalités. Les gens meurent quand ils en ont assez de vivre en somme. En outre, à cette époque tout le monde est équipé d’un implant qui connecte directement au réseau. Cela permet de communiquer, mais aussi d’obtenir des informations diverses et variées, et notamment concernant le whuffie. Cette dernière notion est capitale dans le bouquin et super intéressante. Le whuffie est une sorte de monnaie moderne, mais comme les valeurs ont changé, il ne s’agit pas vraiment d’argent. Le whuffie serait plutôt une côte de popularité. Lorsque vous agissez “bien” envers des gens, votre whuffie augmente, et réciproquement il diminue si on pense du mal de vous. Tout cela fait diablement penser à une mesure de l’influence desblogueurs d’aujourd’hui par exemple…

Julius est en couple avec une jeune femme, Lil, qui travaille dans un des endroits les plus importants de la Société Bitchun. En effet, dans un monde sans mort et où le travail n’a pas de valeur de notre point de vue capitaliste, les gens cherchent à se divertir et à gagner en whuffie. Les parents de Lil avaient donc investi Disney World, et Julius et Lil à leur suite, avec d’autre personnels ad-hoc, passent leur temps à fignoler, améliorer et rendre plus distrayant l’attraction « Haunted Mansion ». Mais voilà, les choses ne sont pas aussi simples et on n’est loin d’être dans le monde des bisounours. Le manque de whuffie peut gâcher une existence, et il y a un tas de gens qui voudraient alpaguer cette populaire attraction. C’est ainsi qu’un groupe dissident et opportuniste réussit à récupérer le « Hallof presidents », et il réforme les vieux automates par des visions synthétiques suggérées par les implants des visiteurs. Ce groupe a des vues sur la «Haunted Mansion », mais Julius tient au respect des traditions Disney, et ne l’entend pas de cette oreille.

Il y a aussi Dan qui revient de loin, et d’un niveau de whuffie catastrophique qui va aider Julius dans sa lutte. Mais ce dernier va passer de difficiles épreuves et mettre en péril sa vie, son whuffie et au final son appartenance même à la Société Bitchun.

Le bouquin est vraiment passionnant pour sa peinture d’une société cyberpunk qui aujourd’hui apparaît comme un débouché tout à fait envisageable de notre propre société. Et ce qui m’a étonné c’est bien queCory Doctorow ait écrit cela en 2003, alors que les blogs étaient balbutiants et qu’on commençait tout juste à présager des évolutions sociales etsociétales qui allaient être engendrées par le web (que nous ne mesurons pas encore aujourd’hui d’ailleurs). Il y ajoute cette dimension Walt Disney et l’importance du divertissement, mais surtout cette note de popularité dont le calcul se fait en prenant en compte l’avis de chaque connecté au réseau (vraiment de manière analogue à la manière dont les blogs sont “classés” en prenant en compte les liens vers eux par exemple). Du coup, aujourd’hui, alors que je vois à quelle point ma génération tient aux attractions Disney (c’est con mais c’est incroyablement vrai) ou bien les prémices très clairs et concrets de la notion de whuffie sur le web, je me dis que ce bouquin est d’une clairvoyance assez troublante, voire légèrement flippante.

En revanche, l’histoire en elle-même, l’intrigue amoureuse ou la narration autour de Julius, ne m’a pas tout à fait convaincu d’un point de vue littéraire. Ce personnage de Dan notamment m’a laissé perplexe, et je n’en saisi toujours pas nettement l’importance (mais peut-être le sens m’en a-t-il échappé). Malgré tout je ne boude pas mon plaisir, et pour un premier roman c’est une sacrée entrée en matière !!

Dans la dèche au Royaume Enchanté (Cory Doctorow)

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L'ogre de l'espace (Gregory Benford)

Publié le Vendredi 11 Décembre 2009 - 0:02
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J’avais envie d’un bon roman de SF bien roots et très scientifique. En fouillant un peu, j’ai trouvé ce livre et cela correspondait parfaitement à mes attentes. Je n’ai pas pour autant pris un pied extraordinaire, mais il a eu le mérite de me mettre un peu en orbite pour quelques temps.

Ce roman se déroule dans quelques années, mais pas si loin que cela dans le futur. Un jour un scientifique détecte une drôle de singularité dans la classique signature électromagnétique de l’espace. Benjamin réalise bientôt qu’il s’agit d’un signal « intelligent », et ce qu’on prend pour une sorte de trou noir en mouvement est une de ces singularités qu’on ne rencontre que dans les bons bouquins de SF, un artefact d’une civilisation disparu, un « ogre de l’espace » qui ravage tout sur son passage. Benjamin va participer à une gigantesque entreprise mondiale pour entrer en contact avec cette dangereuse et dévoreuse intelligence électromagnétique. C’est sa femme qui sera d’ailleurs la plus douée, elle est ancienne astronaute, pour comprendre et appréhender la chose. Elle vit aussi ses derniers moments car atteinte d’un cancer en phase terminale… Car la bestiole, un trou noir qui se déplace en fait et se nourrit des éléments qu’il annihile, va communiquer avec l’humanité et requièrent même qu’on lui envoie des données. Il veut qu’on lui cartographie les cerveaux de quelques millions de personne afin de conserver une trace de l’humanité, comme un naturaliste en balade dans la brousse.

Le bouquin m’a fait sourire car j’ai trouvé que Benford était doué pour deux choses : écrire à propos de sciences, et écrire sur une histoire d’amour. Or c’est marrant car cela semble deux talents plutôt en contraste, et sur les autres sujets j’ai trouvé qu’il péchait un peu. En effet, l’action n’est pas terrible, et même l’histoire a fini par me lasser. En revanche, ses explications astrophysiques ou même la manière dont il décrit le disque d’acrétion de la chose et les diverses interactions qu’ils ont avec elle sont brillantes. Outre cela, l’histoire d’amour entre les deux principaux protagonistes est super fouillée, délicate, émouvante et m’a profondément touché.

Après l’intrigue SF en elle-même m’a fait penser à « Contact » pour le mode de communication avec une intelligence extraterrestre, le décodage du signal, ainsi que les infos envoyées pour aider les hommes à communiquer, et aussi pour la facette émotionnelle et sentimentale mise en exergue. J’ai aussi pas mal pensé à « Rendez-vous avec Rama » pour cette bestiole qui passe par là un peu par hasard et qui finalement n’en a plutôt rien à taper des humains, ou alors c’est juste pour sa collection personnelle !

C’était une bonne surprise en fin de compte, et cela m’a donné envie de lire d’autres bouquins de cet écrivain, qui n’est pas dans mes habitudes de SF puisque je suis pas mal versé dans l’écriture des années 50 à 70. Mais finalement la Hard SF serait peut-être un domaine qui me plairait…

L'ogre de l'espace (Gregory Benford)

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La momie de la Butte-aux-Cailles (Claude Izner)

Publié le Samedi 5 Décembre 2009 - 17:57
Catégorie: Boukinage

On ne dirait pas comme ça mais je suis avec une réelle assiduité l’oeuvre de ces frangines-auteures depuis le premier opus des aventures de Victor Legris, et tout est blogué depuis 2003 !! Apparemment j’ai fait l’impasse sur celui de 2006 (Le lalisman de La Villette), sinon tout est là.

Néanmoins ce dernier bouquin sera, je pense, mon ultime lecture de cette série à succès. En effet, je ne peux pas dire que l’écriture s’est usée ou est moins bonne, ni que les personnages ne me plaisent plus, mais c’est juste que l’effet de surprise a plus que disparu. Je connais par coeur les différents protagonistes et on a l’impression, comme souvent dans les séries télé, qu’elles ne peuvent pas les malmener tant elles sont, elles aussi, attachées à leurs créations. Outre cela, même si les ficelles historiques sont toujours délicieusement précises et plein d’érudition, cela ne compense pas, à mon goût, une intrigue policière qui ne décolle pas.

Victor Legris doit se mettre de plus en plus en retrait de ces affaires criminelles, car sa femme ou son associé ne veulent vraiment plus de cela. Mais c’est une de ses connaissances qui se suicide dans des conditions très étranges. Victor comprend rapidement que c’est un crime, et ses investigations reprennent de plus belle, avec l’aide de son employé (et beau-frère) Joseph. Dans ce livre, nous découvrons le quartier de la Butte-aux-Cailles de cette toute fin de 19ème siècle, et ce n’est rien de dire à quel point c’est un endroit malfamé, en proie à la misère et un repaire idéal des pires malfrats de la capitale. Cette époque est aussi marquée par une forte égyptomanie, et en particuliers par le commerce de ces momies antiques qui peuvent rapporter beaucoup à ses négociants. D’où le titre du bouquin, vous vous en doutez…

Le bouquin est très intéressant (autant que les autres) concernant les repères historiques et la peinture d’un Paris très proche dans le temps (une centaine d’années), mais si loin dans l’urbanisme, les moeurs et les comportements. Il démarre comme souvent par un meurtre, mais jusqu’au bout j’ai trouvé l’intrigue poussive et confuse. Victor Legris ne s’implique jamais tout à fait, et lorsqu’il le fait j’ai l’impression que c’est déjà trop tard, le roman se termine, et la fin doit arriver dare-dare. Entre temps, même les personnages habituels n’arrivent pas à m’émouvoir ou m’interpeler plus que ça… Bref, j’ai pas accroché.

La momie de la Butte-aux-Cailles (Claude Izner)

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Les pièges du crépuscules (Frank Tallis)

Publié le Mercredi 2 Décembre 2009 - 0:10
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Ce bouquin avait à la base pas mal de qualités pour me plaire, il s’agissait bien d’un de ces romans 10/18 de la collection “Grands Détectives” qui se déroule à une époque donnée. Dans cette série, nous sommes à Vienne au tout début du 20ème siècle, et deux amis, un policier, l’inspecteur Rheinhardt, et un psychiatre, Max Liebermann, enquêtent sur un crime sanglant et particulièrement mystérieux.

En effet, un moine, antisémite notoire, est assassiné et son corps est déposé devant une colonne, juste à côté d’une église, qui célèbre la fin de la peste de 1679. Dans une ambiance déjà fortement teintée d’antisémitisme politique, on craint que la situation s’aggrave, et les deux hommes doivent agir rapidement. En outre, il y a cette boue argileuse laissée sur les lieux du crime qui font de plus en plus penser à la légende du Golem, de quoi bien agiter les esprits les plus fantasques et superstitieux !!

Le personnage majeur du roman est ce Max Liebermann qui est un explorateur de la psychanalyse dans la ville même de Freud, et dont les élucubrations sont autant de mise en valeur de cette science balbutiante. Il y a aussi cette peinture du Vienne du début du 20ème siècle qui est intéressante, bien documentée, et qui insiste sur cette atmosphère politique et sociale dont j’ignorais à peu près tout.

Mais en dehors de ces quelques qualités, je n’ai pas accroché au roman. En fait, j’ai l’impression que beaucoup de thèmes sont effleurés et sans vraiment insister sur l’un ou l’autre. Du coup, c’est une enquête un peu chiante et peu intrigante, des personnages trop effacés, une tension politique pas vraiment creusée etc. Bof bof quoi, je suis complètement resté sur ma faim. J’ai termine le bouquin et je me suis dit : « Mein gott, tout ça pour ça ! ».

Les pièges du crépuscule (Frank Tallis)

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Insurrections ! en territoire sexuel (Wendy Delorme)

Publié le Lundi 12 Octobre 2009 - 23:55
Catégorie: Boukinage

Prologue :
Tout a commencé il y a quelques mois, alors que je changeais d’appartement et cherchais donc un hypothétique repreneur de mon ancien logis. J’avais informé mon « réseau » de cette opportunité en touitant tout simplement l’info. J’ai eu suite à cela des contacts avec des personnes qui étaient en recherche d’un appartement. Parmi ces gens se trouvait une connaissance de Baptiste, à qui il avait transmis ce plan, une certaine Stéphanie.

Cette dernière m’a contacté pour visiter l’appartement, elle m’avait aussi dit qu’elle était thésarde et prof de fac. La meuf semblait super sérieuse, et venant de Baptiste, je me suis dit que ça devait être le cas (Bah oui de la part d’un éminent sociologue spécialiste des sexshops… Carrambaaa j’aurais dû m’en douter !!!). Nous prenons donc rendez-vous à mon ancien appartement, et je découvre une très belle jeune femme blonde et souriante. Nous papotons et je la trouve vraiment sympathique et agréable. Elle a en outre un petit côté iconoclaste qui me plait énormément. Je pousse le bouchon un peu trop loin (Maurice), et je lui explique dans la conversation les divers obstacles surmontés pour trouver l’appartement magique et la proprio gayfriendly.

Ayant fait mon coming-out, voilà t-y pas qu’elle s’y met à son tour !!!! Et là je suis sur le cul, elle ne fait pas du tout cliché lesbien ! Autant elle a dû griller en deux secondes la grosse tapette que je suis, autant elle est l’alter ego de mon meilleur ami pédé qui ressemble à s’y méprendre à un hétéro (à part son assuétude pour Madonna et les crèmes de beauté). Bref, nous continuons à tailler le bout de gras, et elle m’explique un peu plus qui elle est. Elle a l’air tellement sérieuse avec ses études, son job d’enseignante et son air de femme des années 80, femmes jusqu’au bout des seins, que j’hallucine encore sur sa lesbianité, mais en apprécie d’autant plus le discours militant.

Elle me demande comment je connais Baptiste et je lui explique alors que je ne l’ai jamais rencontré, mais que je le « connais » de blog uniquement. Elle me dit qu’elle tient elle-même un blog, me lance un curieux sourire, narquois et espiègle à la fois, et me souffle qu’elle m’en enverra l’url.

Nous avons échangé quelques emails concernant la location, et elle m’envoie l’adresse de son myspace alors que je suis au boulot. Clic clic, je suis trop curieux pour attendre, et découvre son carnet… Je lis quelques lignes et je manque de m’étouffer en déchiffrant rapidement le récit d’un week-end à Berlin où la jeune fille dit avoir pris son pied dans un show mêlant fist et domination et où je comprends qu’un poing dans la chatte et un autre dans le cul sont les plus bonnes choses au monde. Alors lààààààà, ça colle encore moins avec la jolie blonde, mais je jubile encore plus. Non seulement elle est lesbienne, activiste et barrée, mais aussi performeuse, artiste de burlesque, écrivaine et totalement made in Musardine. Huhuhu. J’adoooooooore !

Suite à cela, nous avons dîné ensemble à deux reprises, et il me semble qu’elle me découvre à chaque fois une couche supplémentaire qui me fait tomber de ma chaise. Et avec tout cela, elle est aussi cette belle femme prof et lettrée, elle est tout autant cette militante lesbienne avec ses attirances pour des FTM, ses envies d’irrévérence et d’insurrection qu’elle mène à bien tout en étant « elle ».

Donc vous l’aurez deviné, j’avais fait la rencontre de Wendy Delorme, et j’ai été marqué par le personnage, et par la nana qui est juste derrière. Donc j’ai lu son bouquin !!!

Fin du prologue (Oui je sais, c’était long.).

Difficile d’appeler cet ouvrage un roman, il s’agit plus d’un essai, ou d’un fourre-tout littéraire qui flirte entre biographie, pamphlet militant, élan romanesque et pure jubilation. Wendy y dissèque sa vision des femmes, et surtout y explique son propre modèle. On comprend son mode de vie, ses désirs et ses principes, ses trips et ses amours. Elle ne badine pas sur la crudité, mais cela donne au livre un souffle de liberté et de vérité qui est très agréable.

Elle commence doucement par une partie assez biographique et intime, pour vélocement nous conduire à cette destinée de femme, ou même à cette reconquête de la femme intérieure, la femme pure et désincarnée, débarrassée de toutes les contingences masculines, qui assume sa sexualité et ses désirs. Elle explicite alors ses jeux, de très innocents à assurément (et assumément) pervers, avec de la domination, des gang-bangs en veux-tu en voilà, et cet éloge de la main qui vous fait voir ensuite une bite comme un bien pauvre et peu efficace outil à jouir !

Et ce qui est profondément touchant chez Wendy Delorme, c’est sans aucun doute la manière dont elle exprime ses sentiments et son amour pour sa moitié. La suite du bouquin est consacré aux « Amours », mais on y trouve autant cette émotion amoureuse que la jalousie ou même la haine. Ce sont d’ailleurs à mon avis les passages les mieux écrits du bouquin, et ceux qui m’ont vraiment plu (Elle livre d’ailleurs un chapitre sur les « bisounours » qui est saisissant !).

On démarre par la petite fille, on débarque du côté du sexe sans tabou, et on termine par un libelle bien politique et sociétal. La fin du bouquin renoue avec la militante et la féministe qui a quelques vérités (les siennes) à nous balancer à la gueule. Et là encore, ça fonctionne plutôt bien !

Je ne peux pas dire que ce soit de la littérature de haute-voltige, ni un bouquin de chevet pour vos mamans, mais il y a un intérêt dans le bouquin, à la fois son existence, et le fait de le lire. C’est une expérience certainement palpitante et excitante pour une lesbienne (je me demande bien quel effet il pourrait avoir sur une femme hétéro), pour un garçon j’ai trouvé cela épatant. En effet, Wendy vous transporte dans ses mots, son univers et ses trips avec une facilité et une fluidité déconcertantes, on se retrouve donc en moins de mots qu’il n’en faut pour le lire dans la peau d’une lesbienne enragée et insurgée.

Après ça se lit très rapidement en quelques heures, et n’a pas une portée supraluminique. Néanmoins, dans le genre de bouquin militant lesbien, je ne doute pas qu’il y trouve une place de choix.

(C’est Wendy Delorme qui est elle-même en couverture.)

Insurrections ! en territoire sexuel (Wendy Delorme)