352 articles pour la catégorie “Boukinage”

  • Boukinage
Pensée magique

Publié le Jeudi 29 Mai 2008 - 22:48
Catégorie: Boukinage

A la fin du dernier épisode, heu non je veux dire roman, d’Augusten Burroughs je me demandais « si l’on n’atteint pas là les limites de cette fiction biographique » (ouai je me cite moi-même). En effet, toutes ses oeuvres sont autant de démonstrations d’une brillante autofiction, mais même si j’avais adoré le premier bouquin, le second m’avait paru un peu moins génial. Et celui-ci baisse encore d’un cran dans mon estime… Zut, zut.

Augusten Burroughs a un destin de ouf : une enfance totalement atypique, élevé par le psy de sa mère, et amant du fils aîné de cette famille de dingues, et une suite vertigineuse en tant que créa pub alcoolique et totalement gay !! Rien que ça. Le premier bouquin racontait son enfance et adolescence, tandis que le second se focalisait sur sa carrière (éthylique) dans la publicité. Ce bouquin là, « pensée magique », apparaît un peu comme un fourre-tout qui contient toutes les anecdotes qu’il avait du consigner dans sa mémoire.

Le côté positif c’est que c’est toujours aussi bien écrit, aussi intéressant et foncièrement décalé. Mais le pendant moins rutilant c’est qu’il s’agit d’une sorte de recueil de nouvelles qui finissent par lasser. Un peu comme si on lisait le florilège d’un blog d’un gay de New York dans un roman… Je me suis demandé si ce n’était vraiment pas les fonds de tiroirs, et s’il n’avait pas tiré là sa toute dernière cartouche. Ce n’est pas que c’est chiant, mais disons un peu répétitif dans la forme, même s’il ne se répète pas.

On y lit des passages cocasses et des histoires qui émeuvent, et peuvent nous faire passer par tous les sentiments. Augusten Burroughs est toujours aussi bon pour raconter sa vie, avec une auto-dérision plus que fabuleuse, et un humour queer déjanté qui est une première pour ce bouquin. Du coup, cela en fait un roman vraiment très « gay », ce qui n’était avant qu’une facette finalement assez mineure du personnage.

Bref, c’est sympa, mais moins bien, et dans l’absolu j’ai beaucoup de mal à savoir ce que j’en aurais pensé si je n’avais pas lu les autres… Mais bon, tout de même, c’est une putain de chouette écriture et un écrivain qui mérite qu’on lui laisse encore des chances. En outre ses talents de conteur sont indiscutables, maintenant il va falloir qu’il cherche ailleurs ce qu’il va raconter. Challenge, challenge…

Pensée magique - Augusten Burroughs

  • Boukinage
Rappelle-toi (roman mélancolique)

Publié le Mardi 27 Mai 2008 - 22:05
Catégorie: Boukinage

J’avais lu de François Reynaert : « Nos amis les hétéros », il y a déjà quatre ans. Et ce bouquin là vient clore une série de trois romans qui mettent en scène le journaliste Basile Polson (une sorte de Bridget Jones pédé et parisien). Mais ce livre là tranche avec le précédent, auquel j’avais reproché une intrigue très mince et mal fagotée, de par son atmosphère nostalgique assez particulière (il préfère parler de « mélancolie », mais j’ai cru sentir poindre un peu plus) et attachante. Et puis surtout, il débarque avec presque une histoire prenante et qui tient la route. Presque…

Basile est donc un journaliste pédé parisien relativement comblé. Il a son petit copain adorable et parfait, son boulot avec ses hauts et ses bas mais somme toute satisfaisant, et sa meilleure amie Christine FAP à mort qui le soutient depuis la fac. Il reçoit un jour un mail à la « copains d’avant » qui lui propose de participer à une grande sauterie pour célébrer ses étés d’ados (fin années 70, début 80) au camping de Juniac, où il passait tous les ans ses vacances. Ce serait une excellente idée, s’il se souvenait du mec qui l’invite. Or, il n’en a aucune idée… Mais après quelques péripéties, il débarque avec Christine à Juniac, et retrouve ce lieu de ses vertes années. Ce sont des retrouvailles extraordinaires qui ont lieu, mais aussi de troublantes réminiscences qui le rongent.

Je critiquais François Reynaert pour avoir écrit comme une somme de chroniques pour son précédent roman, et là ce n’est pas le cas. Mais il y a encore une sensation étrange de perte de repère et de fil rouge. Entre la description de l’ambiance « mélancolique » de ce retour aux racines, la poursuite de l’intrigue majeure, les saynètes rigolotes, les bons mots (il me fait vraiment rire de temps en temps avec sa gaudriole), et cette intrigue secondaire qui réoriente complètement le roman, je me suis encore perdu en route. Pourtant ce sont des choses classiques en littérature, mais c’était assez maladroit pour que je m’en rende compte, et surtout que je me demande bien où il voulait (encore) en venir.

Malgré cela, j’ai passé un moment génial en lisant cet ouvrage, car il parlera à énormément de monde, et il m’a parlé à moi en particulier. En effet, beaucoup de gens ont certainement passé des années de suite des vacances d’été en camping avec leurs parents. On revient au même endroit, tous les ans, à la même période, et on retrouve les même estivants. Dans mon cas, dans un camp EDF en Corse, et il m’en reste quelques souvenirs dont certains sont ici narrés. Ces moments adolescents sont certainement parmi les plus vifs et les plus passionnels de l’existence. Ces moments aussi agréables et positifs lorsqu’ils reviennent en mémoire, à l’âge adulte, qu’ils étaient parfois douloureux ou doux-amers à l’adolescence.

François Reynaert met tout son talent et toute sa plume (qu’il a bien agile et habile) à nous faire revivre quelques uns des épisodes de jeunesse de Basile (ou François ?). Et cela fonctionne avec une redoutable efficacité, même avec quelques 10 ans d’écart (il parle d’un été 83-84 avec son amie, et moi j’évoque 1992, hé hé hé). On se retrouve dans le tout début des années 80, où les seventies se faisaient encore bien entendre et voir dans les accoutrements et coiffures des uns et des autres. Et surtout il évoque des sentiments et des comportements tellement universels, qu’il n’est pas étonnant que je m’y reconnaisse, et qu’aujourd’hui encore des jeunes de 16 ans puissent y adhérer.

La claque est aussi assez terrible lorsque Basile revoit ses « amis » et que tout le monde a vieilli, a subi des épreuves (maladie, divorce, etc.). Malgré tout, le ton n’est jamais pessimiste ou noir, mais simplement « mélancolique » comme le souligne le titre. C’est la vie quoi… Et on sent bien que Basile a autre chose en lui, et qu’il fouille du regard les gens et les lieux, pour trouver la personne qu’il recherche en réalité, et qui n’est pas (encore) là.

Je n’ai pas lâché le bouquin avant de l’avoir fini, et il m’a vraiment accroché. Mais il reste encore quelques maladresses qui ont gâché le plaisir, et je n’arrive pas à être dithyrambique. Par contre, cela me donne vraiment envie de suivre les prochaines oeuvres de l’auteur…

Rappelle-toi (roman mélancolique)

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Pluie

Publié le Mercredi 21 Mai 2008 - 23:13
Catégorie: Boukinage

Bon là c’est certain à présent, ce genre de bouquin n’est vraiment pas pour moi. XIII me l’avait envoyé pour savoir ce que j’en pensais, et j’ai dit que j’en expliquerais précisément mon ressenti. Mais le truc c’est qu’il s’agit d’un bouquin très « vert » à beaucoup d’égards, à trop d’égards… Nicolas Valera a 24 ans, et c’est son premier roman. Et il évoque les tribulations d’un jeune gay de 20 ans, particulièrement bécasse et dépressif. Ah oui c’est peut-être ça…

Du coup, je n’ai pas pu accrocher, c’était juste trop jeune, trop maladroit, trop « Mylène » aussi parfois, trop de clichés et de facilités dans les tournures ou bien même le déroulé de histoire. Et les phrases comme : « J’ai soif d’ailleurs. N’importe où sauf ici. Avec n’importe qui mais pas avec eux. Je veux me brûler les ailes. Je suis à la recherche de quelque chose mais je ne sais pas quoi. Un peu d’air, un peu d’amour, d’eau fraîche. Une belle averse. Je ne sais pas ce que je fous là. Avec ou sans eux. Tout ce que je sais c’est qu’il pleut et que rien ne sera plus jamais comme avant. » Aïe, aïe, aïe.

En fait, Bastien, qui a 20 ans, s’engueule une fois de plus avec sa mère, et se taille de chez lui. Il va effectuer un petit périple initiatique en province, et essayer de faire le point, pas toujours de la meilleure manière. On suit en parallèle une jolie brochette de personnages, et peu à peu des liens s’établissent entre eux, et on comprend mieux la situation… délicate.

Alors, c’est aussi parce que je ne suis pas dans la cible, et je suppose que le bouquin peut plaire à des plus jeunes, à des plus inexpérimentés, et simplement à des petits homos en herbe qui ont besoin de s’identifier, et qui peuvent là lire noir sur blanc le récit circonstancié de leurs états d’âme. Car le bouquin n’est pas non plus dénué de qualités ou de mérites.

Il est même à la base construit de manière assez intelligente et habile. Mais le boulot n’est pas assez poussé, pas assez bien ficelé pour ne pas se voir, et l’intrigue apparaît cousue de fil blanc, alors qu’elle aurait du se dissimuler jusqu’au bout. De même, j’ai trouvé énormément de choses très bien écrites dans le livre, et indéniablement l’auteur a une plume, il a un truc. Mais ce truc n’est pas encore bien mature, pas encore bien posé, et ça se voit terriblement. Et comme là dessus, il rajoute des préoccupations de Mylène en puissance qui en a marre des mecs, qui sont tous des salauds, et qui veut l’amour, le vrai, le fort, le seul, et donc décide de se faire sauter par des inconnus (en gros…). Bref…

Oh et puis qu’est-ce qu’ils ont à coller des couvertures pareilles… Quel intérêt de foutre un mec à poil, tout ça parce que c’est un roman gay ?! Je dois avouer que cela n’a pas contribué à me rasséréner..

En tout cas, je retiens de cette lecture que l’auteur n’est pas mauvais, et que son bouquin plaira sans doute à un public ado et « sexually confused ». Mais le texte n’est simplement pas assez travaillé, pas assez mature, et n’aurait pas encore du trouver sa place dans un bouquin (à mon avis). C’est plutôt le genre de manuscrit de jeunesse qui reste dans les tiroir, ou qui s’affiche sur un blog, et puis plus tard, on en ressort une version transcendée qui prend toute sa valeur et son « relief ». Mais bon, c’est mon opinion à moi que j’ai tout seul personnellement, et si vous pensez le contraire, tant mieux !!

Pluie - Nicolas Valera

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Cosmofobia

Publié le Dimanche 18 Mai 2008 - 21:04
Catégorie: Boukinage

Ah un roman de Lucía Etxebarría, ce n’est pas rien ! Depuis « Amour, Prozac et autres curiosités » (qui fait partie de mon « panthéon »), je suis fasciné par cette auteure, que je révère carrément. Je n’encense pas pour autant tout ce qu’elle écrit, même si j’ai beaucoup aimé ses bouquins, mais je suis toujours curieux de lire ce qu’elle a écrit de nouveau, et je prends un plaisir indicible à faire connaissance avec ses nouveaux héros et héroïnes. Lire cette nana, c’est comme regarder un film d’Almodovar, elle y met le même piquant, la même Espagne et la même passion. Elle raconte comme personne les relations amoureuses, les réminiscences psychologiques familiales, les cultures qui se mêlent et s’entremêlent, et surtout met en exergue les femmes avec un talent que je n’ai jamais lu ailleurs.

« Cosmofobia » est un bouquin étrange, un bouquin qui ressemble d’abord à une concaténation d’anecdotes, puis à un recueil de nouvelles, puis à une saga labyrinthique, ensuite à un roman à tiroirs, ou bien un enchevêtrement d’intrigues dont on se demande quelle est la plus importante. Or le bouquin a une base, un point commun à toutes ces histoires et ces personnages, et ce point commun c’est « Lavapiés ». Ce quartier populaire de Madrid est ce qui lie tous les personnages et qui donne au roman une teinte si particulière. C’est un quartier spécial car il est très métissé, avec beaucoup d’immigrés maghrébins notamment, et très mélangé aussi socialement. On y trouve donc autant de gens plutôt modestes que des bobos ou des « gens connus ».

Lucía Etxebarría dresse des portraits de personnes qui se croisent à Lavapiés, qui y vivent, qui y sortent, qui s’y aiment, qui y travaillent, qui y exposent, etc. Elle nous parle d’une actrice, d’un peintre, d’un éducateur, d’une téléopératrice etc. Et peu à peu, anecdotes après anecdotes, les liens se dessinent entre les différents protagonistes. A la manière d’un « Short Cuts » ou d’un « Magnolia », les gens sont forcément liés les uns aux autres, et de connaissance en connaissance, on reconstitue la vie, les joies et les drames de tout un quartier. Mais ce qu’elle dessine surtout c’est l’Espagne d’aujourd’hui, et c’est avant-tout le destin de quelques femmes qui symbolisent bien son combat féministe (toujours avec beaucoup de justesse et d’intelligence).

Je suis assez fan de son écriture, même traduite, et j’avais d’ailleurs rapporté ici quelques citations du roman. On se demande donc d’abord où on a mis les pieds, et lorsqu’on réalise a construction du roman, il est impossible de le lâcher, même si cela devient parfois un peu compliqué de se retrouver dans ce pullulement de personnages. Quel bonheur de retrouver la plume acérée, passionnée et virtuose de cette écrivain qui arrive en quelques paragraphes à nous faire partager les quotidiens et les pensées de gens très différents. D’ailleurs, j’ai été très sensible à la manière dont l’écriture exprimait aussi l’essence des personnages. Ainsi lorsqu’elle se met dans la peau d’une téléopératrice pas vraiment fortunée, ou d’un peintre maghrébin hautain, ou d’un homo refoulé, ou encore d’une grande actrice aisée, on y croit sans faillir tant elle arrive à adapter ses propos et sa narration.

Bref, encore un roman qui déchire les chats. Lucía, je t’aime !

Cosmofobia - Lucía Etxebarría

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Bonheur, marque déposée

Publié le Vendredi 25 Avril 2008 - 23:53
Catégorie: Boukinage

Ce bouquin avait très très bien commencé pour moi. Un de ces romans comme je les aime : une plume américaine (canadienne en fait) ironique et grinçante, qui crache des portraits au vitriol, et nous fait rencontrer des personnages hauts en couleur. Mais rapidement, le récit s’est essoufflé, et je n’ai pas réussi à bien accrocher… Je me suis perdu en chemin. Pourtant Will Ferguson a l’air d’être un écrivain avec beaucoup de talent et d’imagination.

Le héros est un éditeur d’une maison somme toute classique, avec son patron tyrannique, et son lot de businessmen et businesswomen de la littérature. Pour Edwin de Valu son domaine c’est le développement personnel, et un jour, pris dans un étau professionnel, il décide de publier le premier truc qui est sur son bureau, un manuscrit qu’il avait d’ailleurs noté de mettre à la poubelle. Après quelques péripéties, il publie finalement ce livre qui se trouve être une sorte de « manuel du bonheur » d’un certain Vitthal Chakjur. Alors qu’Edwin reste complètement insensible aux conseils prodigués dans le bouquin, c’est une véritable révolution qui est en marche, et pas une petite…

Il y a un côté « Thursday Next » dans ce roman, avec son monde un peu particulier, un peu du nôtre avec quelques années de plus, et un système de valeurs légèrement différents. Bref entre anticipation et fable moderne, Will Ferguson dessine à la fois un portrait du monde impitoyable de l’industrie littéraire, et « industrie » porte là tout son sens, mais aussi de toute la planète dont la quête ultime reste bien celle du bonheur. L’auteur monte alors une gigantesque supercherie qui atteint des sommets d’originalité, d’irrévérence et provoque quelques sourires non simulés.

Mais malheureusement, au bout de quelques temps, il ne se passe plus grand-chose, ou alors rien de bien « significatif ». Je me suis alors peu à peu désintéressé d’une histoire qui stagne, ou s’attarde sur des détails qui ne m’ont pas aiguillonné et remis dans la narration. Je m’attendais aussi à des révélations un peu plus piquantes et à l’humour aussi décalé que le début du bouquin pouvait le laisser présager, mais ce n’est pas arrivé. Donc le bouquin se termine, et je me suis dit « Ah oui ok, y’a plus de pages là, c’est donc la fin. » Et c’est dommage, car l’auteur écrit vraiment bien, et il a l’air d’avoir assez d’idées pour bien ficeler son histoire. Mais j’ai peut-être tout simplement raté le coche.

Bonheur, marque déposée - Will Ferguson

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Michael Tolliver est vivant

Publié le Jeudi 24 Avril 2008 - 1:55
Catégorie: Boukinage

Ah là là, que c’est difficile de parler d’un tel bouquin… En effet, j’ai découvert les chroniques il y a une dizaine d’années, avec la merveilleuse série des bouquins au « Passage du Marais » dont les couvertures étaient superbes. Et comme tout le monde, j’ai dévoré et adoré ces bouquins d’Armistead Maupin. Jamais on avait écrit une littérature à la fois si légère, drôle, pétillante, et sexuelle, dérangeante, sulfureuse, mais aussi facile à lire et accessible, sans verser dans le roman à deux sous. Bref un mélange extraordinaire qui s’était étalé sur 6 bouquins, et nous avait fait traverser les joies et les misères du 28 Barbary Lane des années 70 aux années 80.

Et figure de proue de cette série mythique : le gay Michael alias Mouse, mais aussi son ancienne logeuse transsexuelle Madame Madrigal qui est devenue comme une mère « logique » pour le héros. On les retrouve donc dans ce roman mais de nos jours… Anna Madrigal est donc une femme de plus de 80 ans, et Michael accuse une bonne cinquantaine. Bref, on n’est plus que jamais dans une certaine réalité de l’écrivain, qui disait qu’il y avait beaucoup de lui dans Mouse.

Il a finalement trouvé l’amour dans la personne de Ben, un fringant jeune-homme d’une trentaine d’années qui aime son « Daddy ». Mais les seventies sont passées, et depuis tout ce temps, la jeunesse s’est envolée, ainsi que beaucoup de ses amis morts du Sida. Lorsque la mère de Mouse, homophobe de base et grande manipulatrice, est sur le point de passer l’arme à gauche, il se rend à son chevet. Mais sa véritable famille c’est bien celle du coeur, celle de San Francisco…

A la base, je me doutais que ce serait un exercice incroyablement périlleux pour Armistead Maupin que de finir la série, et surtout en se plaçant aujourd’hui. Car s’il avait complètement suivi l’esprit des Chroniques, cela pouvait décevoir, et s’il avait complètement innové, cela pouvait aussi sûrement décevoir. Eh bien au final, le résultat n’est pas mauvais du tout.

Disons que c’est un bouquin qui est indispensable aux aficionados comme moi, qui retrouveront avec plaisir leurs personnages fétiches et l’humour intact de l’auteur, son talent de conteur et son esprit fantasque. Par contre, pour ceux qui ne connaîtraient pas la série, ça n’a pas grand intérêt à mon avis…

En effet, il ne se passe pas grand-chose, sinon la confirmation de la célébration de la famille réelle selon Armistead Maupin, c’est-à-dire celle qu’on se compose soi-même avec ses ami(e)s. Et évidemment c’est toujours plaisant de voir ce que sont devenus certains protagonistes, comme Mary Ann. Mais ça ne casse pas plus de briques que cela… D’autant plus que le côté « Daddy » et tous les aspects sexuels qui sont mis en exergue m’ont relativement agacé plus qu’autre-chose. On sent une constante justification de l’auteur pour sa relation avec un mec plus jeune. Et toutes les mises-en-scène prouvant sa vigueur sexuelle n’apporte vraiment pas beaucoup de sens à la narration.

Mais j’ai tout de même eu mes petites émotions, et celles-ci aussi tangibles et à fleur de peau que lors de la lecture des premiers tomes. Et rien que pour cela, je suis content de l’avoir lu.

Comme pour son précédent bouquin (Une voix dans la nuit), je me le suis fait dédicacer par l’auteur aux « Mots à la bouche ». Oh yeah!! ;-)

Michael Tolliver est vivant - Armistead Maupin - Dédicace

Michael Tolliver est vivant - Armistead Maupin

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Le théorème d'Almodovar

Publié le Lundi 14 Avril 2008 - 0:31
Catégorie: Boukinage

J’ai acheté ce bouquin pour son titre seulement, lorsque je l’ai vu sur un étal de ma librairie, et c’est en le googlant il y a quelques minutes, que j’ai appris qu’il marchait bien. J’ai aussi du coup eu vent des articles à son sujet, et surtout à propos de son auteur, Antoni Casas Ros. Il faut savoir que l’auteur et le narrateur sont une même personne, un homme qui est défiguré depuis qu’il a réchappé d’un terrible accident de voiture alors qu’il avait 20 ans (sa petite amie de l’époque n’y a pas survécu). L’auteur ne s’est jamais montré aux éditeurs ou journalistes, on peut donc croire beaucoup de choses, de JT Leroy à Brad-Pitt Deuchfalh en quelque sorte…

Antoni Casas Ros parle donc de lui, un garçon moitié espagnol par son père (un franquiste repenti) et italien par sa mère (prof de maths de gauche), qui vit à Gênes (pour le narrateur, car l’auteur vit à Rome selon le dos du bouquin) et qui donne des cours de maths par internet. Son visage l’empêche de sortir de chez lui, et il vit relativement reclus. Le bouquin est structuré par chapitres qui commencent tous par une citation de Newton, et le ton de l’écrivain est malgré tout éminemment littéraire, et il possède une plume qui m’a beaucoup charmée.

Le héros passe du temps seul, et il nous raconte comment il en est arrivé là. Et puis, au fur et à mesure où l’on entre dans son esprit et ses digressions intellectuelles, on ne sait plus trop si on est dans la réalité ou son imagination débordante. Mais ce n’est pas si grave, car la fibre romanesque est bien là, et le tout est ficelé avec intelligence et sensibilité. Donc j’ai rapidement cessé de me demander si tout cela était un récit concret ou une simple métaphore (et puis c’est souvent les deux…). Si en plus on rajoute le doute sur la personnalité même de l’auteur, il vaut mieux désamorcer tout cela, et revenir à la pure qualité littéraire du bouquin.

Et le bouquin est vraiment pas mal. Car l’auteur se met à penser que seul Pedro Almodóvar pourrait rendre correctement son histoire, et voilà que ce dernier, en effet, décide de faire un film à partir du scénario d’Antoni Casas Ros (le bouquin qu’on est en train de lire en fait… mise en abîme vertigineuse). Et voilà qu’une transsexuelle, Lisa, entre dans son existence, et les deux entament une relation assez particulière. Ajoutons à cela, un cerf, celui de l’accident apparemment, qui arrive chez l’auteur et qui est tout de suite adopté par le couple.

En effet, Almodóvar pourrait tout à fait s’emparer d’une histoire pareille !! Mais l’intérêt, outre ces aspects surréalistes, réside vraiment dans les qualités d’écriture de l’auteur, et dans toutes les ressources qui lui ont permis de transcender sa douleur, voire de lui faire refuser une opération de chirurgie car il s’est habituer à ne pas être « normal » et en a fait l’un des piliers de son existence.

Il faudrait voir ce que donnera un prochain roman de l’écrivain, pour vraiment se rendre compte de son talent, car on est là dans un exercice très particulier. Mais pour un premier opus, il faut reconnaître une originalité assez extraordinaire, et comme je le soulignais, d’indéniables qualités littéraires.

Le théorème d

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L'assassin et le prophète

Publié le Samedi 12 Avril 2008 - 23:43
Catégorie: Boukinage

Je craque toujours pour cette collection « Grands détectives » de 10/18, et en particulier les enquêtes qui ont lieu dans des époques lointaines, avec souvent l’incursion de personnages originaux dans de véritables faits historiques. Un petit meurtre là-dedans et hop, le polar historique prend tout son sens, et parfois est de grande qualité.

C’est le cas de ce bouquin de Guillaume Prévost qui m’a conquis de son intrigue, ses références et son captivant dénouement. Du coup, je ne peux pas en dire tant que ça sinon je déflorerais trop ce qui fait la grande qualité de l’ouvrage. Nous sommes en tout cas en 6 après Jésus-Christ, à Jérusalem, dans une Palestine qui est conquise par les romains. Les communautés juives voient d’un très mauvais oeil cette occupation, mais certaines confréries sont plus permissives que d’autres, notamment celles qui sont impliquées dans le business du Temple comme les saducéens. A l’opposé, les pharisiens ou les esséniens sont beaucoup plus retors à la domination romaine. Judas le Galiléen, notamment, mène une résistance armée farouche contre l’ordre de l’Empire. A noter : en 6 après JC, Jésus a en fait 12 ans, si l’on prend en compte l’erreur du moine Denys le Petit lorsqu’il a aidé à la refonte du calendrier grégorien.

Voilà en peu de phrases le contexte historique fascinant et passionnant dans lequel Guillaume Prévost nous plonge. On apprend une kyrielle d’autres choses concernant le judaïsme et l’ambiance électrique de la vie au Temple à Jérusalem. C’est dans ce contexte politique tendu que débarque Philon d’Alexandrie pour célébrer la Pâque. Ce dernier est le héros du bouquin, et à peine met-il le pied dans la ville, on apprend que le chef des pharisiens a été assassiné. Rapidement Philon commence à enquêter, et à découvrir des indices. Il y a d’abord un étrange morceau de prophétie qu’il retrouve dans la bouche du cadavre, et qui indique une singulière relation avec la secte des esséniens.

Bon, je n’en dis pas plus, mais sachez que tout cela nous remet en plein dans les manuscrits de la mer morte, dans l’avènement de Jésus en tant que Messie, dans les diverses sectes juives qui se disputent le pouvoir, et en plus, il y a cette série de crimes crapuleux qui déstabilisent encore plus la situation explosive avec les romains.

Ah là là, quel roman génial ! En effet, Guillaume Prévost a réussi le challenge d’écrire un ouvrage à l’étonnante et foisonnante érudition tout en étant très simple, et très agréable à lire. L’action est à toutes les pages en même temps que les implications politiques et historiques viennent donner un piment incroyable à l’intrigue. Du coup, j’ai lu la fin du roman avec une fébrilité toute particulière, et la manière dont il a lié l’intrigue policière aux faits historiques et archéologiques, et aux récits bibliques en fait un livre vraiment précieux.

En outre, le héros, Philon d’Alexandrie, est un véritable personnage historique qui correspond tout à fait au rôle endossé dans le bouquin. Je vous le conseille, c’est un excellent moment de lecture.

L

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King Kong Théorie

Publié le Lundi 31 Mars 2008 - 23:31
Catégorie: Boukinage

Le 24 octobre 2006 je disais “Je vais le lire”, et Juju répondait “Je suis impatient de lire ta critique.”. Ouai bon, okééééé, on est juste un an et demi plus tard. Mais quand je retiens que je dois lire un bouquin, il finit toujours par tomber dans mon escarcelle.

J’ai toujours eu un faible pour Virginie Despentes, et ce bouquin me rend carrément amoureux d’elle. J’aimais son ton si libre et émancipé, même si ses oeuvres ne sont pas forcément ma tasse de thé, mais j’y ai toujours reconnu beaucoup de talent. Et j’aimais son mythique blog évidemment !! Et puis Virginie Despentes c’est aussi la traductrice de Poppy Z. Brite ou bien l’auteure d’une des plus belles chansons de Placebo : « Protège-moi ».


Protège-moi – Placebo

Ce livre est une gigantesque claque dans la gueule, et ça fait du bien de lire autant de choses si vraies et bien écrites, ce point de vue tranché et argumenté, ce cri punk qui est en fait d’une finesse redoutable. Et quels sujets… Virginie Despentes y parle de la prostitution, de la pornographie et globalement du féminisme. Elle se sert de ses propres expériences, de jeunesse qui ont vu le viol ou bien les galères qui iront jusqu’à la prostitution occasionnelle, ou même lorsqu’elle est auteure ou bien réalisatrice et qu’elle doit faire face à d’autres embûches et préjugés.

Chaque anecdote est mise en abîme avec une réflexion bien élaborée et étayée, avec son style bien virago qu’elle assume, et en même temps une sensibilité qu’on sent à fleur de peau, puisqu’elle ne s’est finalement jamais autant dévoilée. Ce bouquin fait énormément de bien par sa clairvoyance, et l’évidence de certaines idées, et il déprime aussi allègrement par l’étendue de la tâche qui nous attend, et surtout les femmes… L’auteure descend une à une les idées reçues et les injustices qu’elle dénote sur la prostitution et la pornographie, deux univers où les femmes ne sont pas les mieux loties.

On ne peut pas toujours être d’accord avec elle, mais elle a le mérite de s’exprimer avec son vécu, ses tripes et, encore une fois, un ton criant de vérité et de sincérité. Je crois que ce bouquin mérite vraiment d’être découvert, et je vais m’en faire un prosélyte.

L’avis des copines : Juju, Lionel Labosse, Le chevalier Enguerrand (et 2).

King Kong Théorie - Virginie Despentes

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La route

Publié le Lundi 24 Mars 2008 - 23:08
Catégorie: Boukinage

Les choix d’un bouquin à l’aéroport, c’est toujours assez casse-gueule, donc je me dirige souvent sur les manchettes familières genre « Prix Médicis » ou bien « Pulitzer », histoire d’éviter les Marc Lévy et consorts… Et là je suis assez ravi de mon choix, « la route » de Cormac McCarthy a obtenu le Pulitzer 2007, et l’auteur, qui n’en est pas à son coup d’essai, a selon moi bien mérité ce couronnement.

Je ne m’attendais pas vraiment à un tel récit d’anticipation, qui décrit la quête et la survie d’un homme et de son jeune fils (8-10 ans je pense) dans un monde qui a subi l’apocalypse. On ne sait pas vraiment où on est, ni quand, mais il est arrivé un grand malheur… un gigantesque incendie qui a réduit à néant la quasi-intégralité de la faune, la flore et le monde tel qu’on le connaît. Ce dénuement complet laisse les survivants se débattre sur une terre stérile et couverte de cendres, et chercher une nourriture presque inexistante, se défendre contre des bandes dangereuses et parfois anthropophages.

C’est dans cet univers de fin du monde, menant un caddie contenant quelques biens et denrées, que l’homme et son fils (dont on ne connaîtra pas les patronymes, de toute façon ça ne sert pas à grand-chose) tentent de rejoindre l’océan. Il faut éviter les « méchants », trouver à tout prix de quoi manger, et essayer de ne pas perdre la raison.

Imaginez donc un décor et une ambiance à la « Mad Max », mais dont l’histoire et la quête ont pu me faire penser à « Ravage » de Barjavel, et les personnages, les réflexions, les « accents » avaient plutôt une résonance avec « Le voyage d’Anna Blume » de Paul Auster. Néanmoins Cormac McCarthy y apporte sa plume efficace et même parfois redoutable. Car il est à la fois excellent pour la manière dont il tient en haleine son lecteur avec des péripéties et une aventure constamment en ébullition, mais il élabore aussi l’univers intérieur des deux personnages avec beaucoup de talent et d’émotion.

J’ai été très très sensible au ton du roman et à son sujet, car il est très rare d’avoir une situation pareille. En effet, il s’agit avant-tout d’un père qui survit et se bat pour que son fils vive, pour que son fils survive dans cette vision apocalyptique d’une authenticité qui fait froid dans le dos à maintes reprises. Et le bouquin est le cri d’amour désespéré et sans limite de ce père pour son fils. Ce n’est pas si courant de voir traiter ainsi l’amour paternel, et surtout avec une telle force, et au final une telle évidence. On n’a pas trop l’habitude d’être ému pour le dévouement et le sacrifice d’un père pour son fils, et réciproquement de ressentir l’amour filial en retour. Mais le livre est assez bien écrit et originalement fagoté pour que cela tombe sous le sens. Du coup l’émotion est d’autant plus palpable, et est naturellement véhiculée au lecteur (enfin moi, en tout cas !).

On voit aussi le gamin évoluer à mesure que le récit se poursuit. Le père tente d’inculquer à son fils le minimum pour qu’il puisse se débrouiller, mais aussi certaines valeurs. Et réciproquement, le fils maintient le père dans une certaine humanité, et fait tout pour qu’ils restent « les gentils ». J’ai beaucoup aimé cette image de l’enfant qui n’est pas qu’une réplique miniature de l’adulte, mais un être à part entière, qui même s’il se « construit » possède une personnalité et des crédos.

Concernant l’écriture, on n’est dans une littérature américaine comme j’aime… Tranchante, efficace, agréable à lire et plutôt « simple », qui sans user d’artifice et de chichis ne verse pas non plus dans l’aridité ou « l’emporte-pièce ». Cormac McCarthy a le mot juste et l’expression qui fait mouche. Son style reflète incroyablement bien l’univers qu’il décrit, gris et violent, inhumain et imprégné des dernières notes d’espoir portées par les deux protagonistes.

La route - Cormac McCarthy

  • Boukinage
La nuit vient

Publié le Samedi 22 Mars 2008 - 22:22
Catégorie: Boukinage

L’auteur de ce livre, John Rechy, a été connu aux US pour avoir écrit en 1963 « City of lights », un bouquin dans lequel il évoquait directement sa vie de prostitué gay. Il est un auteur « queer » assez emblématique, et ce roman précis, publié en 1999 (2001 en France), a la particularité de se dérouler pendant l’été 1981, soit quelques mois avant l’épidémie de Sida. C’est donc en cette curieuse période de « relapse », de sortie des années noires de l’épidémie, qu’il sort un bouquin qui narre par le menu la sexualité des gays de Los Angeles « avant ». Et c’était d’autant plus marquant pour moi, que ce bouquin avait été édité par « Le Rayon/Balland », la fameuse collection dirigée par Guillaume Dustan.

Je vais encore jouer les vieilles tatas, mais il se trouve que ces années 1996-2002 correspondent en gros à ma vingtaine, et à mon entrée dans la vie gay parisienne. Je me souviens de ces temps étranges où l’homosexualité a été sur le devant de la scène, comme une énième libération sexuelle, entre les plateaux de Mireille Dumas, la publicité de la Gay Pride et des Drag Queens, ou bien d’un Guillaume Dustan qui choquait à sa manière. Ce dernier avait de quoi choquer avec son attitude si outrancière, mais surtout son goût prononcé pour le barebacking. Je dois avouer que j’avais une grand fascination pour le personnage, et même si j’étais loin d’adhérer à ses idées et ses propos (au contraire même), j’ai suivi de près ses bouquins et son influence dans la littérature et la fameuse « autofiction ».

C’est ainsi que j’ai acheté pas mal des romans « gay » de Balland, mais globalement ce n’était pas terrible… J’avais tout de même beaucoup aimé « Je mange un oeuf » de Nicolas Pages, et « Nicolas Pages » de Dustan, et justement « La nuit vient » de John Rechy. (Il y avait aussi l’étonnante bio de Joey Stefano par Charles Isherwood, chez Balland/Modernes.) Mais revenons à nos moutons !

« La nuit vient » est donc un roman qui se passe juste avant le Sida à Los Angeles. John Rechy y raconte une journée de l’été 1981, en dix chapitres qui s’étalent du matin au soir. Chaque tête de chapitre marque un lieu emblématique de LA qui est un lieu de drague gay de la ville. L’auteur explique comment on s’y rend, et ce qu’il s’y passe… Cette journée est marquée par l’influence du Sant’Ana, ce vent brûlant qui rend fou et qui fait bouillonner les appétits sexuels. Chaque chapitre est construit de la même manière, il s’agit d’une succession de points de vue de personnages identifiés. Ils vivent chacun leur journée, et peu à peu, ils se croisent ou interagissent discrètement les uns avec les autres, jusqu’à l’ultime chapitre qui marque leur rencontre inopinée.

On croise donc les destinées de n personnes, dont Jesse qui est le parfait petit minet qui compte bien célébrer ses 22 ans d’une manière bien spéciale. Il veut s’économiser jusqu’au soir, où là il se fera baiser par un maximum de mec. Buzz, Toro et Linda sont trois hétéros, racailles homophobes du coin, qui traînent dans les quartiers et cassent occasionnellement du pédé. Le père Norris est ce matin même chargé d’une mission particulière par une mère désespérée. Il doit retrouver un « Angel » qui se prostitue sur Hollywood, et qui a un Christ géant et nu tatoué dans le dos. On suit aussi Za-Za (on reconnaît aisément Chi-Chi Larue) et ses comédiens qui sont en train de tourner un film porno en plein air pour un richissime producteur voyeur et ses amis. D’un autre côté, Thomas Watkins est le gay quadragénaire, intello, fan d’opéra par excellence, il recherche l’amour avec un grand A, et va de désillusion en désillusion. Orville est un gay black qui assume son côté bourgeois, tout en voulant éviter les petits blancs qui ne fantasment que sur sa couleur de peau. Paul et Stanley sont en couple depuis quelques années. Mais Paul est fidèle, et il endure un petit ami qui vit ouvertement son libertinage sexuel. Nick est hétéro, mais il tapine pour quelques dollars sur les boulevards de LA. Clint est un quadra sexy et à tendance SM qui est dans son hôtel, et se remémore ses nuits chaudes et cuirs à New York. Ernie est une gym queen qui ne vit que pour la beauté de son corps body-buildée, et a un sérieux problème avec la taille de son sexe… Mitch et Heater sont deux hétéros en couple, mais bon elle regarde un peu trop les nanas, et lui les mecs. Dave, enfin, est l’archétype du gay viril et dominateur qui cherche la proie de son futur fantasme.

Dave croise Jesse, la boucle est blouclée. Les personnages commencent à se rencontrer, se frôler, se bousculer, dans un véritable « Short-Cuts » gay, et tous les chapitres se composent de ces 12 points de vue qui font évoluer le récit. Tout est clairement structuré et expliqué, donc on est jamais perdu, et les moments où les protagonistes sont en contact sont très plaisants pour le lecteur, qui a eut le temps de faire connaissance de chacun d’eux.

La première remarque sur ce roman est déjà qu’il est incroyablement bandant. Je dois vraiment donner cette qualité à John Rechy, il sait faire bander son lecteur dans le métro le matin en allant au boulot. Car les récits tournent tous autour de personnages qui sont tous affolés par cette journée de chaleur, et surtout dans une culture gay qui est basée sur la sexualité et son exercice débridée.

Au-delà de l’histoire et de son caractère sympathiquement érotique, tout l’intérêt tient dans les multiples portraits de gays qu’il dépeint ici. On a vraiment un éventail incroyablement complet et assez authentique des « typologies de gays » qu’on pourrait encore aujourd’hui trouver dans le Marais à Paris. Evidemment, l’auteur se sert pour cela de toutes les caricatures qu’il connaît, mais en en servant autant, il arrive finalement à nous faire voir une galerie assez représentative. Ce que j’apprécie dans cela, c’est qu’il ne juge pas ses personnages. Ok, ce n’est pas le portrait le plus reluisant qui soit, mais au moins on en a une description de toutes ses facettes, autant dans le minet qui veut se faire défoncer, que le quadra SM, celui qui est dépressif et malheureux, la gym-queen à petite bite, l’hétéro refoulé, le prostitué ou bien encore l’acteur porno.

Grâce à tous ces points de vue, John Rechy peut aussi jouer sur tous les sentiments, et nous servir d’un côté une histoire d’amour, de l’autre un plan cul, ou encore une bouffonnerie lors du tournage avec Za-Za, ou une improbable quête mystique du curé, etc. Du coup, ce qu’on peut prendre au premier abord pour un roman assez basique et « simpliste » revêt, à mon sens, des qualités bien plus saillantes.

Je ne sais pas pourquoi John Rechy a écrit un bouquin pareil à cette période… Voulait-il marquer une similitude aux moeurs de l’époque, et à ceux de maintenant ? Ou bien dénoncer des dérives qui ont été en grande partie normaliser par notre époque plus puritaine ? Ou au contraire exprime-t-il un regret de cet âge d’or du sexe libre et débridé ? La conclusion du roman ouvre sur encore plus de questionnements, voire de remises en question…

Malheureusement, je vois que le bouquin n’est disponible qu’en occasion… Pourtant, il me paraît être un « must read » pour tous les homos, et au moins une bonne occasion de lire d’excellents passages de cul bien meilleurs que ceux de la littérature spécialisée. Et encore une fois, je vois dans ce roman une finesse bien plus intellectuelle et sociologique, que ce qu’il peut faire croire au premier abord.

La nuit vient - John Rechy

  • Boukinage
Un sale boulot

Publié le Dimanche 9 Mars 2008 - 21:01
Catégorie: Boukinage

Ah là là, je ne suis vraiment pas un fanatique des bouquins de fantasy… Et la lecture de ce roman de Christopher Moore le confirme encore. Il m’a pourtant bien plu, et je l’ai lu avec plaisir, mais je n’ai pas accroché tant que cela, je n’ai pas été pris dans le récit, ni hilare de l’humour qui s’en dégage.

J’y ai bien retrouvé, à la fois dans la thématique, l’écriture, et l’humour, ce que j’avais découvert, et dont on m’avait parlé, dans le seul bouquin de Neil Gaiman que j’ai lu : « De bons présages ». Et similairement, j’ai trouvé ça… sympa ? Bref, ça se lit bien, c’est divertissant et original, mais ça ne me fait pas triper. Le plus saillant pour moi est cette manière de modifier notre relation avec la mort et les mythes religieux judéo-chrétiens, qui ne sont pas très « modernes », pour en faire quelque-chose de plus drôle et en prise avec notre réalité, un peu plus comme on pourrait trouver dans la culture nippone (de la mort).

Charlie Asher habite à San Francisco, il est proprio d’un magasin d’articles d’occasion, un vieux local avec plein de vieilleries. C’est un type un peu banal et commun, mais dont l’existence bascule quand il perd sa femme, alors qu’elle vient d’accoucher de leur petite fille : Sophie. C’est en voyant un type étrange près du lit de sa femme, et quand il réalise que les gens tombent comme des mouches à son contact, que son agenda se remplit de noms et de dates, qu’il voit les objets qui l’entourent auréolés de rouge, qu’il réalise : il est devenu l’un des employés de la Mort. Il est chargé de prendre les âmes des gens, et de les refourguer à d’autres, et surtout pas aux démons qui s’en nourrissent.

Mais les choses sont compliquées… Une de ses employés lui pique son manuel de marchand de mort, sa fille tue les gens en disant le mot « miaou », des succubes étranges des égouts lui veulent du mal, et il vit très mal sa nouvelle vocation. Et puis tout se précipite, la fin du monde est peut-être proche…

On y retrouve vraiment tous les ingrédients du bouquin de Gaiman, avec des gens blasés par la mort, et dans une ville comme San Francisco, où de toute façon les excentricités ne troublent personne. On y voit des démons égrillards et au langage très actuel, des marchands de morts qui vivent presque comme tout le monde, et notre Charlie qui essaie de faire son deuil, tout en élevant sa petite fille seul. Heureusement il a l’aide de sa soeur, un personnage lesbien très drôle, et de deux voisines, une russe et une chinoise, qui ânonnent quelques mots d’anglais.

Le bouquin présente toute une galerie de personnages dont on sent parfaitement le potentiel comique, et qui prêtent régulièrement à sourire. Mais globalement, je ne trouve pas cela très bien ficelé. Je n’arrive vraiment pas à me mettre dans ce mélange entre fantastique et aujourd’hui, et puis les démons, les sorcières, les cerbères et la Mort, nan ça ne me parle pas… Vraiment je ne suis pas amateur de fantasy, là c’est clair. En outre, j’ai deviné toute l’intrigue et subodoré le déroulé du bouquin une centaine de pages après l’avoir commencé (or, je suis normalement très mauvais à cela). Du coup, je n’ai eu aucune surprise du début à la fin…

Il reste juste quelques traits humoristiques qui sont en effet bien sentis et qui peuvent faire mouche. L’histoire qui est originale et enlevée a aussi son intérêt, même si elle ne m’a pas super convaincu. Je n’arrive pas à jubiler comme certains de mes amis avec ces bouquins, et ça m’énerve de ne pas réussir à avoir aussi ça en commun avec eux. Mais bon, on ne se refait pas.

Un sale boulot - Christopher Moore