La Sociologue et l’Ourson

C’est par le plus pur hasard que j’ai été amené à prendre connaissance de ce documentaire. J’ai recruté la petite amie d’un des deux auteurs, et elle m’a demandé il y a quelques semaines si j’acceptais de prêter une photo de mon mariage pour ce documentaire. Je savais qu’il s’agissait d’un projet autour du mariage pour tous, et cela me suffisait pour accepter l’usage d’une photo. J’avoue que je pensais à un documentaire de deux potes qui sortaient d’école, et j’ai super honte d’avoir pensé cela après avoir regardé l’oeuvre en question (privilège des fameuses personnes qui ont donné de leur mariage pour tous pour conclusion du documentaire). Arf arf arf, encore une belle leçon d’humilité, et tant mieux j’adore ça. En fait, j’ai d’abord regardé la bande-annonce par curiosité.

Quand j’ai réalisé que Mathias Théry était le fils d’Irène Théry, et et qu’avec Étienne Chaillou ils l’avaient suivie pendant toute l’aventure du mariage pour tous, ma curiosité a plus qu’été piquée ! Quand en plus, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas tant d’un docu sur le mariage mais également d’une oeuvre mère-fils mâtinée de sociologie, de souvenirs et des expériences d’Irène, en dialogue avec un fils qui s’interroge, j’ai carrément eu envie d’en voir plus. Et quand j’ai réalisé que les auteurs avaient utilisé les conversations téléphoniques à bâtons rompues avec la sociologue, et mont(r)é tout cela avec des peluches animées à la studio Aardman, je jubilais à l’avance du résultat.

Les débats du mariage pour tous ont été terribles, vous ne le savez que trop bien, et il me manque aujourd’hui, même avec le peu de recul que nous avons, de ne pas avoir des documentaires qui analysent ce qui s’est passé. Mathias Théry et son acolyte Etienne Chaillou sont partis je crois d’une volonté de remettre en perspective cette gigantesque engueulade française, « à la française » c’est-à-dire bien désordonnée et parfois violente. Apparemment quand ils ont commencé à filmer, ils n’avaient aucune idée de l’ampleur de la tâche, ni des événements qui allaient suivre. Cette oeuvre est précieuse et brillante à bien des égards, tant par sa narration originale des faits (et le fond comme la forme), que par son prisme plus que singulier dans la personne d’Irène Théry.

Quand j’ai vu la bande-annonce, j’ai tout de suite pensé à un podcast de Radiolab que j’avais écouté quelques semaines auparavant à propos une émission culte américaine « Candid Camera » (ce qui a donné notre non moins célèbre « Caméra cachée »). On y découvre comment le créateur, Allen Funt, a démarré en faisant des interviews à la radio. Il avait constaté que ses invités étaient parfaitement détendus et diserts lors de la préparation de l’émission, mais que ça devenait une catastrophe une fois devant le micro à cause du trac, et d’une trop grande intellectualisation des propos. Il avait ainsi eu l’idée de faire venir ses invités, de leur faire croire à une préparation alors qu’il enregistrait tout. Et à la fin, il leur révélait le subterfuge et proposait d’utiliser ce bien meilleur matériau. Cela s’est ensuite mué en canular radio puis télé bien connu, avec des séquences à la fin desquelles la révélation du complot était scandée par un « Smile, you’re on candid camera!! ».

Et c’est ce qui fonctionne terriblement bien dans le documentaire. Irène Théry est une intellectuelle, mais les auteurs voulaient de la spontanéité et voulaient aussi, je pense, rendre leurs propos les plus accessibles et compréhensibles. Mathias joue donc les « candides » avec sa maman, et fait exprès de lui demander (au téléphone) des exemples et des métaphores parlantes pour expliquer ses dires parfois un peu « intellos ». Cela permet également cette très belle incursion sur la vie privée de la sociologue, ce qui est très surprenant au premier abord, mais se révèle un grand atout pour le film et son « âme ». Ainsi elle parle de son arrière-grand-mère et fait des comparaisons génération par génération pour expliquer à quel point les notions de mariage et de filiation ont évolué avec le temps. Au vu également de certaines « controverses » à son propos, on comprend mieux son fonctionnement et ses crédos, mais aussi sa capacité à se remettre en question et elle-même à évoluer dans ses idées.

Il s’agit donc d’un documentaire, mais pour raconter des faits et illustrer ces conversations téléphoniques, les deux auteurs utilisent une technique qui rend le tout très drôle et terriblement efficace. On a l’impression de regarder les Fraggle Rocks !!! Ainsi les personnages sont tous représentés par des peluches ou des poupées, sur fond de décors de bric et de broc, et les enregistrements téléphoniques ou de journal télévisé ou encore des discours militants (extraordinaire Christiane Taubira en tigresse noire et blanche) servent de voix pour des animations totalement bluffantes (synchronisation et mimiques assez dingues !). C’est entrecoupé (avec le bon dosage, ce qui n’est pas évident, et met aussi un exergue un chouette talent de montage) de séquences en réel où l’on peut voir les moments en studio télé, radio, ou encore les manifs ainsi qu’un déjeuner à l’Elysée.

Sur le fond on suit de manière chronologique les débats, de l’annonce de la préparation de la loi à son fameux vote ultime, en passant par la « manif pour tous » et toutes les étapes également vécues par Irène Théry. Et les échanges avec Mathias sont tour à tour étonnants, émouvants, drôles ou simplement éclairants. Evidemment la spontanéité des dialogues et la proximité familiale sont un formidable prisme pour cette période étrange où la politique nous a fait voir le pire comme le meilleur. Le film présente un résumé assez efficace des débats et de ses évolutions, sans se la jouer ou donner des leçons, mais avec cette sociologue qui a été un fil conducteur que l’on pourra plus ignorer une fois le documentaire connu.

Le film sera projeté en avant-première au Forum des Images dans le cadre du Festival des étoiles de la SCAM, et vous pouvez le voir donc, en clôture, le dimanche 8 novembre à 19h30. C’est gratuit, dans la limite des places disponibles (réservations en ligne).

Je vous conseille aussi cette interview de Mathias et Irène Théry sur France Culture.

L’inconnu du lac

Le film avait fait couler beaucoup d’encre à Cannes, unanimement salué par la critique, et largement conspué par les homophobes lorsqu’il est sorti. Je suis très partagé dessus parce que ça ne me paraît pas un très bon film, même si je n’ai pas non plus trouvé cela mauvais. Il s’agit d’un scénario assez classique mais plutôt original qui a lieu sur les bords d’un lac principalement fréquenté par des gays qui en ont fait un lieu de drague estivale. On suit un jeune gars mignon, Franck, qui s’amourache de Michel qui accumule les conquêtes. Mais peu à peu le film tourne au thriller quand Franck est persuadé que Michel a noyé un des types avec qui il convolait. Étrangement et pris d’un désir un peu morbide, il n’en reste pas moins très attiré par le grand brun viril.

Je suis surtout globalement gêné par les scènes de cul plus qu’explicites. Mais c’est quelque chose qui m’est arrivé avec d’autres films récemment, j’en avais déjà parlé pour Shame ou Keep the lights on. Donc je ne vois pas ce que les scènes de cul « full frontal » apportent par rapport à des scènes suggérées, et moi ça m’excite et ça me distrait du sujet principal du film, du coup ça me dérange parce que je me sens comme un mateur et que je trouve que ce n’est pas le « sujet ». J’oppose à cela le fabuleux Weekend qui pourtant montre aussi quelques scènes avec subrepticement un sexe ou un acte sexuel, mais qui je trouve souligne l’action et la relation qui est dépeinte. Là dans l’inconnu du lac, une bonne partie du film ne fait que montrer ces relations sexuelles qui ont sans doute une certaine utilité documentaire ou pédagogique (laule), mais qui selon moi n’apporte vraiment rien au scénario (en tout cas de manière aussi répétitive). On voit même un tas de plans qui sont décalés pour se concentrer sur le sexe d’un homme, et on ne voit pas du coup le visage du personnage. Ce n’était pas difficile la plupart des fois de suggérer plus que montrer, et je ne comprends vraiment pas l’intérêt… Evidemment il y a ce côté cinéma-réalité, mais ça ne m’intéresse pas, ni la version hétéro ni la version homo (et rien ne me choque hein, ce n’est pas la question…).

Après j’ai aimé l’aspect sociologique de la drague gay, ainsi que le lien entre le jeune gars et un type un peu plus âgé qui traîne isolé sur la berge, et avec lequel il discute tous les jours. La relation qui s’instaure à travers leurs brefs dialogues est très touchante et pleine de non-dits délicats. Le film distille aussi un mélange intéressant entre pulsion sexuelle et meurtre, sans aller dans l’explication freudienne, qui crée un suspense et tient plutôt bien en haleine le spectateur. Mais je suis un peu déçu car le film reste superficiel alors qu’il aurait pu vraiment m’intéresser dans une peinture de moeurs un peu plus fouillée (par exemple).

Malgré tout, je me dis que le film est relativement une première et en tant que tel je me demande comment il vieillira, s’il marquera ou pas son époque. En tout cas, ce n’est pas mauvais c’est certain, mais selon moi pas aussi « passionnant » que ce que j’ai pu en lire ou entendre.

L'inconnu du lac

Man of Steel

Mein gott, cette daube… Et pourtant ça pouvait être pas mal, et puis c’est un chouette boulevard que de pondre un Superman. Mais là absolument toutes les erreurs ont été faites, toutes les maladresses et tant de conneries accumulées en si peu de temps !! Arf. Le seul truc que j’ai bien aimé c’est que le S de Superman est en réalité un symbole alien qui n’a rien à voir avec un S. Bon sinon le reste est à chier, allez, si, tout de même Henry Cavill est évidemment joli comme un coeur.

J’ai du mal à comprendre ce qui a pris à Zack Snyder pour avoir complètement adopté la DA et les éléments visuels des Chroniques de Riddick, de Matrix et de plein d’autres films de SF plus ou moins nazes, dont les inspirations sont aujourd’hui extrêmement datées voire éculées. Ça fait surtout très très proche de Riddick qui n’est pas la saga la plus qualitative de l’histoire de la SF (même si j’adore !)…

Bon bah c’est simple, tout est mauvais. Mal joué, mal monté, pas intéressant, histoire à la con, surenchères d’effets inutiles confinant au ridicule etc. C’est dingue que les critiques ne soient pas plus mauvaises que ce que j’ai lu…

Man of Steel

I Want Your Love

Le film avait plutôt bonne réputation, en tout cas ça m’avait intrigué. On le présentait comme un film indépendant qui flirtait avec le porno mais proposait un bon scénario.

Bah en fait, l’histoire est d’une vacuité assez déplorable, et les scènes de cul ne sont même pas de l’ordre du porno. On est dans un entre-deux plutôt médiocre et parfois même lamentable. Ça patauge dans des dialogues hipster-indé-sibyllins et quelques bites qui se dressent difficilement dans des étreintes qui ne sont pas des plus affolantes. Pfff.

Décevant. :)

I Want Your Love

Le Monde fantastique d’Oz

J’ai vu ce film en me disant que ce serait une merde, mais j’ai eu tort et j’ai été étonné de plutôt apprécier. Ce n’est certes pas un chef d’oeuvre, mais c’est un film de bonne facture avec quelques bonnes surprises côté comédien, et un une adaptation de l’archi-connu magicien d’Oz qui tient relativement la route. Il y a certes un petit côté « Alice » de Burton qui m’a fait très peur pour la direction artistique parfois un peu trop fantaisiste, mais force est de constater que les effets spéciaux sont là un peu mieux travaillés.

Heureusement James Franco est toujours aussi chouette, et encore une fois irrésistible. J’étais plus méfiant de Mila Kunis ou Rachel Weisz, mais j’ai eu tort, car j’ai trouvé ces deux dernières excellentes dans leurs rôles des frangines sorcières qui tournent mal. Et du coup ce « Wicked » non chanté ne fonctionne pas trop mal… Il y a bien quelques fonds verts un peu trop visibles, ou bien des effets qui souffrent de l’omniprésence de trucages (on ne peut pas tout avoir au même prix !!), mais globalement ce n’est pas mal.

Un petit film du dimanche soir sans prétention…

Le Monde fantastique d'Oz

Star Trek Into Darkness

Le scénario tient sur un timbre-poste mais j’ai trouvé que c’était un blockbuster bien sympathique et efficace. Exactement dans la lignée du premier opus, ce second Star trek « nouvelle nouvelle génération » nous redonne encore une bonne occasion d’aller au cinéma. C’est de la chouette SF qui tient la route, des effets spéciaux assez dingues, et ce qui manquait pas mal au premier : un putain de super excellent méchant !!! Aaaaah y’a pas à dire, un bon méchant comme un Heath Ledger en Joker dans « The Dark Knight », ça redonne toujours pas mal de peps et de saveur à un « film à héros ». Là c’est Benedict Cumberbatch, connu aujourd’hui pour son rôle de Sherlock Holmes dans la série éponyme UK, qui s’y colle avec sa froideur incarnée, et il est absolument parfait.

Au final tout le sel du scénario repose sur la perfidie, le machiavélisme et les plans diaboliques du méchant qui se joue terriblement bien des adorables Chris Pine (James T. Kirk) et Zachary Quinto (Spock) pendant la plus grande partie du film. Après vous ajoutez quelques blagounettes à la Kirk, des mouvements sourcils à la Spock, quelques autres gimmicks (un peu agaçants peut-être au final) directement tirés de la série des sixties, et le film est dans la boite. Les effets spéciaux superbes viennent donner un peu de brillant et de polish tout en justifiant d’aller le voir au cinéma.

Il y a tellement de merdes à gros budgets que je salue ce film divertissant sans être débile, et plutôt bien foutu.

Star Trek  Into Darkness

Stoker

J’ai bien aimé ce film, même si ce n’est pas un chef d’œuvre, et si on voit un peu trop le patchwork d’influences d’Hitchcock à Lynch en passant par De Palma. Mais il est très bien fait et a un vrai charme. Les comédiens en plus sont excellents avec Matthew Goode, Mia Wasikowska et Nicole Kidman vraiment parfaits dans leur genre. Et il y a une étrangeté mêlée à des attirances à moitié incestueuses, des douleurs adolescentes… Bref c’est un peu un « Twilight » réaliste et gothique qui serait né dans l’esprit du scénariste qui n’est autre que Wentworth Miller.

India (Mia Wasikowska) est une jeune fille qui vient de perdre son père, et qui en souffre énormément, d’autant plus qu’elle n’est pas très proche de sa mère (Nicole Kidman). L’oncle Charlie, Matthew Goode, que Mia ne connaissait pas débarque quelques jours après, et s’installe presque chez eux. Une ambiance très bizarre s’instaure entre eux, alors que la mère et la fille se supportent à peine, que la mère flirte éhontément avec l’oncle, et que ce dernier joue de son charme orphique sur sa nièce qui y cède peu à peu en passant par toute une gamme d’émotions plus ou moins violentes. Et puis il y a plein de trucs bizarres, et c’est un peu le problème du film, c’est que l’intrigue ne mène pas à grand-chose de concret ou assez décevant du coup.

Cela reste un film d’ambiance et d’atmosphère, indéniablement hitchcockien et lynchien à d’autres égards. J’ai trouvé aussi que c’était plutôt bien filmé, et que les comédiens se répondent admirablement. Du coup la sauce prend pas mal, mais l’histoire patauge et a eu du mal à me faire tenir jusqu’au bout sans me lasser. Donc pas mal, mais pas assez achevé… y’a un truc qui cloche.

Stoker

L’écume des jours

Tous les français ont lu ce bouquin mythique de Boris Vian, et son adaptation ne paraissait pouvoir être correctement faite que par Michel Gondry. Il a les ressources créatives, l’imagination, le grain de folie et l’univers onirique et surréaliste qui peut seul seoir à l’écriture de Vian. En plus quand j’ai vu le casting, j’ai trouvé que ça collait très bien. Tautou en Chloé et Duris en Colin ça pouvait carrément le faire.

Le résultat est bon, ou même très bon en termes d’adaptation cinématographique. Mais si ce film m’a prouvé une chose, c’est que l’Ecume des jours est un bouquin inadaptable. En revanche, Gondry sera celui qui l’aura sans doute fait le mieux. Je ne peux pas critiquer ses choix visuels ou de mise en scène, et le tout fonctionne très bien. Mais il y avait trop à montrer dans ce film, et trop à décrire, à faire ressentir. En coupant trop, l’oeuvre est dénaturée, mais en montrant trop Gondry a créé un film trop complexe, trop indigeste et maniéré. Malgré la beauté des plans et la magie des deus-ex-machinas en cartons et autres effets spéciaux, le film est syncopé, parasité, obstrué, et je trouve qu’on avance avec peine dans la narration.

Sinon c’est très bien joué, idem pour Gad Elmaleh ou Omar Sy, et les quelques clins d’oeil comme Alan Chabat dans la porte du four. L’histoire est triste à souhait, et le fait que le film aille de la couleur au noir et blanc est un moyen simple mais d’une redoutable efficacité pour illustrer la déliquescence du monde de Colin. J’imagine que pour des lecteurs du bouquin tout cela passe plutôt bien, en revanche pour des béotiens ça ne doit vraiment pas être facile ni de suivre, de bien comprendre l’histoire ou saisir les références poétiques en même temps.

L'écume des jours

Iron Man 3

Oh là là, quelle cata ce film, on est allé carrément de Charybde en Scylla, et là ce dernier film est du domaine du « raté ». Ce n’est pas encore un navet parce que les effets spéciaux sont très bons, et qu’il y a deux trois trucs sympatoches, mais pfff quel gâchis.

Alors que le premier film suivait assez bien le comic et bénéficiait d’un Robert Downey Jr presque parfait pour le rôle, ce dernier opus est une caricature d’Iron Man mâtiné avec le pire d’Hollywood. Ça donne un scénario complètement convenu et banal, confinant au neuneu même, et surtout les pires sentiments dégoulinant et les clichés les plus éculés du cinéma made in LA. Iron Man n’est plus cynique ou irrévérencieux, l’essence même du comic est totalement absente, et l’action a beau être soutenue, la narration est tellement mauvaise que ça ne prend pas.

Le truc bien ce sont les effets spéciaux qui sont nombreux et bien gaulés. Et le personnage de Ben Kingsley qui est très drôle et qui ajoute une petite touche pas trop mal au film. Sinon pfff nan c’est vraiment naze.

Iron Man 3

La cage dorée

Le film a bien marché avec le bouche à oreille et c’est grandement mérité. J’ai passé un moment excellent, et c’est une comédie vraiment drôle et attendrissante dans le genre « communautaire ». Là c’est à propos des immigrés portugais et à peu près tous les clichés sur le sujet. Mais quand on connait un peu cette communauté, on sait bien que pas mal de ces clichés ne sont pas si éculés (comme pour toutes les communautés). Le réalisateur, Ruben Alves, arrive à montrer et traiter tout cela avec pas mal de talent, ce serait-ce que pour correctement doser les blagues et les caricatures.

Et vas-y le cliché, mais j’ai connu juste 42 564 couples comme ça, avec Maria et José Ribeiro, elle est gardienne dans une loge parisienne (d’un immeuble bourge) et lui chef de chantier pour un petit promoteur. Ce sont des gens adorables, des bosseurs qui ne rechignent jamais à la tâche et à rendre service, et qui ne reçoivent pas spécialement de considérations des autres. Bien intégrés dans leur communauté portugaise locale, leurs enfants sont bien français et trouvent que le Portugal c’est cool pour les vacances. D’un côté toute l’organisation de l’immeuble repose sur le travail consciencieux de Maria, notamment avec la revêche et relou propriétaire Nicole Croisille (qui a apparemment eu le même chirurgien que Mickey Rourke O_O), et José est essentiel aux chantiers de Roland Giraud (et son épouse Chantal Lauby complètement folle et hilarante). Mais voilà que José hérite de manière complètement inattendue d’un vignoble au pays et donc d’une possibilité de se retirer rapidement au Portugal. Tandis qu’ils y réfléchissent, l’info se répand par indiscrétion dans leur famille et leurs employeurs. Ces derniers sont catastrophés à l’idée de les perdre et vont tout mettre en place pour les retenir dans cette cage dorée.

La comédie est d’un classique finie, mais vraiment ça fonctionne génialement à certains moments. Roland Giraud et Chantal Lauby forment le couple bourge franchement tordants, et Lauby surtout est égale à elle-même. La confrontation des deux couples pour un dîner dans la loge est un moment particulier avec les portugais endimanchés et leur canapé sous plastique, tandis que les autres sont en jeans baskets. Et même en abordant ces différences de valeur et des sujets un peu moins légers, Ruben Alves arrive à s’en tirer avec humour et une finesse qui n’était pas évidente de prime abord.

Le film reste aussi un monument de tendresse et de respect de la communauté portugaise, tout en montrant bien les petits travers des uns et des autres.

La cage dorée