On nous l’a tellement annoncé comme un film événement celui-là qu’il devait vraiment ne pas décevoir. Or, il plait énormément à ce que j’en lis à droite et à gauche, mais à moi moyen-moyen-bof en fait. Et pourtant dieu sait que j’ai adoré Cameron en son temps, avec ses Terminators, Alien 2 ou Abyss (qui est un chef d’œuvre pour moi). C’était pour moi le faiseur de blockbuster vraiment doué pour pondre des films à la fois divertissants, dotés de bons effets spéciaux et pas trop cons. Là il arrive avec ses gros sabots, et non seulement on en attend beaucoup de lui, mais en outre il nous avait fait mijoter avec des idées de « révolution numérique 3D » et de film qui décoifferait sérieusement.
Le résultat n’est pas mauvais, mais certainement médiocre en comparaison de ce qui est vendu, et qui pouvait être escompté d’un type pareil. Le premier aspect positif du film c’est en tout cas le divertissement qui fonctionne bien. C’est un bel univers, avec de bons comédiens, une production qui tient la route, et des moyens gigantesques. Le film est onirique à souhait dans ses décors, propose une morale toute proprette, et n’est vraiment pas compliqué à comprendre. Les fans de Cameron retrouveront aussi avec plaisir certains de ses gimmicks, comme ses vaisseaux spatiaux, ses capsules d’hibernation, ses exosquelettes etc. Et puis, on a Sigourney Weaver qui est, il faut avouer, toujours impeccable (I love you Sigourney !!!).
La 3D en termes d’image de synthèse est époustouflante (j’essaie de mettre le paquet là parce que je suis moins dithyrambique par la suite) et Cameron n’a pas lésiné sur les moyens. En revanche, le cinéma relief ne me convient pas personnellement. Je trouve la fatigue visuelle vraiment importante, et je retire les lunettes une minute toutes les vingt ou trente minutes. A ce moment, là je réalise comme l’effet 3D rend l’image sombre, et que j’adorerais voir le film en 2D pour mieux profiter de la qualité du rendu. J’aime aussi regarder les détails de décor dans ce genre de film et pas toujours les personnages centraux. Or j’ai l’impression que la 3D focalise le regard sur les personnages, et ne rend pas hommage à la qualité intrinsèque des images. Bref, la technologie même ne me convainc pas. Évidemment pour les quelques scènes où l’on se retrouve dans la peau d’un autochtones sur son dragon volant, c’est vrai que ça fait un effet bœuf…
Outre cela, faire tout un film en images de synthèse (ce qui est quasiment le cas pour Avatar) nécessite d’immenses moyens, mais aussi certainement quelques recherches d’économies… Du coup, les bestioles en 3D glossy, shiny et tout le toutim sont évidemment plus « faciles » à modéliser et rendre que des bêtes à poils ou à plumes. De même, les scènes nocturnes à grands renforts d’effets fluorescents et très « Rencontre du Troisième Type » ont aussi permis à mon avis quelques coupes budgétaires (et du coup un aspect assez facile pour un film avec cette ambition). Il était évidemment très difficile d’être au top à chaque plan, et certains films récents font beaucoup mieux en intégrant des scènes 3D dans des prises réelles. Globalement la vision de cet Eden de la planète Pandora m’a troublé dans sa ressemblance, et dans la faune et dans la flore, avec les paysages et décors imaginés pour Nausicaä et d’autres films de Miyazaki. C’est certes très beau, mais rien de vraiment supra-original, et plus fanstasy que SF ce qui ne me plait pas de la part de Cameron (mais c’est un avis très personnel, j’en conviens).
Pandora est donc cette mystérieuse planète qui est convoité par les (méchants) hommes qui veulent en soutirer un métal précieux. La planète est habitée par les (gentils et proches de la nature) Na’vis qui refusent de quitter leur habitat, alors qu’ils ont le cul posé sur un gigantesque gisement (les nuls). Pour les arnaquer bien profond, on crée des avatars : des hybrides homme/na’vis qui sont animés à distance par l’esprit des hommes et femmes qui ont servi de base aux avatars. Manque de pot l’un des avatars devait être conduit par le frère de Jake Scully (le supra bandant Sam Worthington, qui jouait déjà dans Terminator 4), un marine en fauteuil roulant, meurt et on demande donc à son frère jumeau de prendre sa place (ce qui est génétiquement compatible). Mais voilà que lors d’une vadrouille dans son corps de na’vi, Jake se retrouve aux prises avec une tribu indigène. Finalement, les na’vis acceptent de se lier avec les humains en adoptant Jake et en lui enseignant leurs coutumes, mais ce dernier n’est là que pour les trahir…
Bon le scénario ce n’est pas compliqué, et c’est bien le problème, il se résume en une ligne : « Pocahontas » rencontre « Danse avec les loups ». Voilà c’est tout. Jake rencontre la Pocahontas locale, elle lui montre le secret des fleurs et des graines locales, elle parle à l’oreille des iguanes volants, et lui explique comme c’est beau Pandora vu du ciel. Et lui il danse avec les na’vis, et il aime ça, et il aime bien sa copine Poca. Bon bah ça Cameron : c’est de la meeeeerde !! DE LA MERDE !!! Quand est-ce que les scénaristes et auteurs de tout poil se décideront à affronter l’anthropomorphisme (et à prendre son contre-pied) qui est la tentation de base pour expliquer l’inexplicable, ou pour trouver un sens là où nous ne pouvons en trouver facilement.
Le truc vraiment dommage c’est qu’il y a un potentiel de fou !! De fou je vous dis !!! Notamment sur un des aspects du scénario qui n’est pas trop creusé alors qu’il me paraît fondamental, et la véritable originalité du film. En effet, il y a tout un pataquès sur le fait que les na’vis et tous les êtres vivants de Pandora sont connectés les uns aux autres, ils partagent une mémoire commune, mais possèdent aussi concrètement des périphériques de communication. Ce truc de connexion par les nattes des na’vis est assez ridicule, mais l’idée (encore une fois très anthropomorphique) même de ces arbres en réseau, et de toute la planète interconnectée m’a touchée (bon ok, c’est mon côté cyberaddict qui parle). Je pense qu’il y avait des éléments intéressants à tirer de cette partie du scénario (SF à souhait), mais qui a été étouffée dans l’œuf à peine ébauchée par Sigourney.
Bon bah voilà hein ! Donc les images sont belles, mais les rendus, animations et modélisations 3D ne sont pas si extraordinaires que cela, l’histoire est cacaboudin, la réalisation se tient ainsi que les comédiens et comédiennes, et selon moi ce n’est pas une révolution cinématographique, juste un chouette divertissement bon teint et bon pied bon œil, tout à fait dans le politiquement correct actuel.
L’avis des copines : Maxime, Lâm, Nicolinux, Jarod_, Tambour Major, Pouxi, Zefrog, [elle].