467 articles pour la catégorie “Cinéphage”

  • Cinéphage
Shame

Publié le Mardi 21 Février 2012 - 1:03
Catégorie: Cinéphage

Je vais en choquer plus d’un mais je n’ai pas aimé ce film. Oh évidemment, formellement et même esthétiquement c’est très réussi, et je reconnais le talent de Michael Fassbender et Carey Mulligan. Mais ce scénario m’a laissé de marbre, et la représentation de scènes “sexuées” à outrance m’a simplement paru lassante et gratuite. J’aime vraiment plus le cinéma pour la suggestion et des narrations qui explorent les personnalités des comédiens. Là j’ai l’impression qu’on est resté en surface, que le film est une sorte d’émission de “Strip Tease” avec une belle photo, un joli montage, mais peu de réflexion ou d’intérêt au final.

Michael Fassbender est un yuppie new-yorkais qui bosse dans la pub et est complètement sex-addict. Sa soeur, qui a d’autres genres de soucis, vient lui rendre visite, et squatte chez lui. Sa présence va lui renvoyer une terrible image faite de misère sexuelle et d’une assuétude de plus en plus difficile à vivre.

Résultat : bah des tas d’images et de passages de Michael Fassbender à poil, les couilles et la bite à l’air, le truc bien affriolant, et une peinture bien glauque de sa dépendance au sexe. Ok on comprend rapidement… Ok aussi pour cette image à la fois léchée et morbide, et cette splendide photo. La frangine est tout aussi déboussolée, et on réalise que les deux souffrent à l’identique en l’exprimant différemment. Mais… c’est tout. Le film ne va pas plus loin. Ou alors, je n’ai rien compris (ce qui est fort possible) et la simple contemplation de saynètes de plus en plus “cul” suffit à en faire un bon film.

J’ai été frustré de ne pas bénéficier de plus de clefs de lecture et de compréhension des personnages, d’une histoire plus étoffée et éclairante qui permette d’aller plus loin que les simples faits. Ou alors c’était vraiment cela, il s’agissait peut-être simplement de décrire une situation de mal-être et de laisser les spectateurs en imaginer la raison… En tout cas, je trouve que ça manque d’une perspective de cinéaste, malgré un talent manifeste pour diriger des comédiens et les filmer.

C’est dommage car le film fait son effet, et imprime une vraie émotion par sa forme même. On ressent la solitude, la perte de soi, la spirale vers la mort (ou une certaine morbidité) et finalement aucun plaisir dans ces rapports sexuels mécaniques et sans amour. Mais où est le film une fois passé cet exercice de style qui ressemble à un effet de manche (en attendant on se rince l’oeil mais ce n’est pas suffisant) !!!? J’ai compris que le garçon avait un problème, la fille aussi, maintenant je voudrais qu’on s’en occupe !!!

Shame

  • Cinéphage
Les neiges du Kilimandjaro

Publié le Samedi 18 Février 2012 - 22:06
Catégorie: Cinéphage

Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu un bon film français, et ça fait du bien !! Pourtant j’ai eu très peur en allant le voir, je redoutais le film cégétiste sans nuance, mais j’ai bien fait de faire confiance à Robert Guédiguian qui a plus d’un tour dans son sac. Tout est surtout dans l’écriture pour ce film, et elle est particulièrement ciselée et sagace. L’oeuvre en fin de compte est tout en finesse, à la fois intelligente et sensible, politique et donnant à réfléchir.

On retrouve bien évidemment le contexte cher à Guediguian avec Marseille et ses docks, mais aussi la merveilleuse Ariane Ascaride. C’est une comédienne que j’aime vraiment beaucoup, et il se trouve qu’elle est radieuse et incroyable dans ce film. Son mari, Jean-Pierre Darroussin, est syndicaliste et transige avec la direction pour éviter que la boite coule. En gros, on tire au sort les ouvriers qui seront licenciés. Finalement Jean-Pierre Darroussin et quelques autres, dont Grégoire Leprince-Ringuet, sont virés. Un soir que le couple Darroussin-Ascaride jouent aux cartes avec leurs amis, Gérard Meylan et Marilyne Canto, ils se font sauvagement agresser par des jeunes cagoulés qui volent l’argent du cadeau d’anniversaire de mariage. Le plus choquant c’est quand Darroussin réalise que le vol a été orchestré par un des jeunes licenciés avec lui : Grégoire Leprince-Ringuet. Du coup ce dernier se retrouve en taule, mais Darroussin et Ascaride voulant comprendre pourquoi il a fait cela vont découvrir des choses qui vont bouleverser leurs repères.

Le film est passionnant et je comprends (et accepte) qu’on le rapproche d’un Ken Loach à la française, car c’est exactement cela. Non seulement Guédiguian dépeint une veine syndicale au plus juste dans ses combats mais aussi dans ses faiblesses et mesquineries, mais en plus il nous montre ce couple qui apparaît honnête et droits dans leurs bottes. Et ils découvrent et réalisent qu’ils sont devenus quelque part aussi de petits bourgeois. Là où le film est particulièrement brillant, émouvant et cinglant c’est dans sa justesse et sa perspicacité, et au final on parvient à comprendre les motivations de chacun. Tout n’est pas tout blanc, tout n’est pas tout noir, et chacun ressort avec son honneur, sa droiture morale mais aussi ses torts et son individuelle cruauté. Pour la petite touche romanesque et optimiste, le couple continue dans leur altruisme et véritable amour de leur prochain, ce qui est salutaire après un film qui est bien assez socialement remuant.

C’est fou d’avoir réussi à écrire un scénario et des dialogues, et de donner à voir une oeuvre aussi riche et composée, aussi intelligente et éclairante sur notre société. Si j’y ai été autant sensible c’est évidemment lié à mon histoire personnelle, et j’ai été rassuré de constater que ma vision des choses est au moins là clairement et explicitement représentée. Je pense que je devrais m’en procurer le DVD et faire le tour de ma famille (surtout) et amis avec !! J’imagine que cela ne parlera pas autant à des gens qui sont loin de ces milieux ouvriers, syndicaux et plus globalement modestes, mais pour moi c’est pile ce qui m’a parlé et touché (et ce que je connais).

Les neiges du Kilimandjaro

  • Cinéphage
The Artist

Publié le Samedi 18 Février 2012 - 1:48
Catégorie: Cinéphage

J’ai vu le film avant les Golden Globes et la folie The Artist outre-Atlantique, même si depuis Cannes le film est aussi sur le devant de la scène chez nous. Globalement j’ai passé un bon moment et je ne me suis pas (trop) ennuyé, j’ai surtout beaucoup aimé les clins d’oeil et références à de vieux films muets, et j’ai vraiment accroché à Bérénice Béjo.

On ne peut pas dire que Michel Hazanavicius était reconnu comme le meilleur cinéaste de l’univers avec OSS 117 qui figurait déjà un sémillant Jean Dujardin, mais le film avait un certain charme. Là le réalisateur assure le fond comme la forme. Enfin, disons que j’ai aimé son noir et blanc, ainsi que le talent manifeste à créer un film muet aujourd’hui. Il dirige aussi fort bien les quelques comédiens qui sont assez doués dans leur genre. J’ai beaucoup aimé Jean Dujardin, mais je ne trouve pas sa prestation dingue, j’ai préféré Bérénice Béjo qui illumine le film du début à la fin, et dont l’énergie et les expressions m’ont enchanté. Je n’oublie pas non plus John Goodman et Penelope-Ann Miller qui sont des acteurs que j’aime beaucoup, et qui participent aussi à la bonne tenue du film. Evidemment il ne faut pas oublier le chien qui est sans doute, le meilleur comédien EVER.

En revanche, le scénario est terriblement cousu de fil blanc et un peu longuet du coup sur la fin. C’est peut-être le lot des films muets d’être ultra-explicite, assez linéaire et à l’intrigue simpliste pour que l’absence de dialogue n’empêche pas la compréhension, mais je trouve tout de même que quelques efforts auraient donné un peu plus de piment et de saveur à cette histoire éculée. Cela participe aussi j’imagine à l’aspect désuet et en phase avec son temps cinématographique de ce film hors-norme (actuelle). En deux mots, Jean Dujardin est un Douglas Fairbanks dont la popularité s’évanouit avec l’arrivée du parlant, tandis qu’une petite comédienne qu’il a remarqué monte peu à peu les échelons d’Hollywood. On suit leur histoire et chassés-croisés sur fond de dépression, et d’amour évidemment.

Il faut vraiment saluer la forme avec un muet des plus expressifs et un magnifique noir et blanc, tandis que les références pullulent. On pensera aux maîtres expressionnistes comme Murnau ou Fritz Lang, mais aussi à un Buster Keaton ou un Chaplin pour les moments plus comiques. Le film ne mérite peut-être pas tant d’éloges, mais c’est un bon film. Rien de plus, mais c’est déjà bien !

The Artist

  • Cinéphage
Contagion

Publié le Jeudi 16 Février 2012 - 0:56
Catégorie: Cinéphage

J’ai lu pas mal de critiques partagées sur le sujet, du très pour et du très contre. Habituellement je suis un peu sévère avec Steven Soderbergh, mais là j’ai vraiment beaucoup beaucoup aimé. Son film utilise tous les ressorts du documentaire pour rendre l’oeuvre en question aussi plausible qu’horrifiante.

On se retrouve avec une histoire classique à la “Alerte !”, mais sur un fond moins hollywoodien et plus sur le thème “Et si H1N1 avait été un virus ultra violent et mortel, comment ça se serait passé ?”. Ajoutons à cela une brochette de comédiens et comédiennes complètement dingues avec entre autre Jude Law, Marion Cotillard, Matt Damon, Laurence Fishburne, Kate Winslet, Gwyneth Paltrow etc. Et le tout est un déroulement ultra énergique et syncopé, au rythme effréné correspondant à celui de la maladie et de l’épidémie, et une caméra qui vous rend paranoïaque en moins de deux. D’ailleurs j’étais malade et je toussais, et j’ai bien cru que mes voisins allaient m’euthanasier avant la fin du film.

Donc c’est un peu un film d’horreur mais qui joue avec le spectateur en lui renvoyant l’exact et sombre portrait de ce qu’il deviendrait, lui et sa “grande civilisation”, si une telle maladie devait nous tomber dessus. Oh on trouverait bien un antidote, mais il faudrait du temps, et les premiers à en bénéficier seraient des officiels et des nantis… Le film est d’un cynisme absolu, mais il frappe par la crudité et la justesse apparente de son propos.

Steven Soderbergh est très bon sur ce coup à beaucoup de niveaux… Impeccable mise en scène, très bon montage, une histoire sur les chapeaux de roue, et un talent dingue pour nous faire rentrer dans ce cauchemar éveillé. Là où cela fonctionne aussi très bien c’est dans la capacité à tuer des stars en cinq minutes. Et il n’y a pas à dire c’est d’une redoutable efficacité. Le film commence par cette chère Gwyneth que j’adore, et cinq petites minutes plus tard, elle meurt dans d’atroces souffrances. Et là ça vous fait quelque chose parce que merde c’est Gwyneth !!! Vous la “connaissez” c’te meuf, et ça vous touche de la voir mourir ainsi ébola staïle !! Il y en a quelques autres aussi qui clamsent de manière similaire et vraiment le fait que ce soit des héros hollywoodiens qui normalement live happily ever after contribue à vous sensibiliser et vous rapprocher encore plus des victimes VIP de l’épidémie.

Les comédiens sont tous aussi plutôt bons, et on se retrouve vite happé par le film, à la fois pour savoir comment ça va se terminer, mais aussi pour en savoir plus sur cette galerie de personnages secondaires (notamment Jude Law en blogueur représentatif des nouveaux “leviers d’influence”), et comment ils sont liés les uns aux autres. Enfin on veut savoir qui est le patient zéro, mais on en saura encore plus en étant les témoins de l’émergence même de la souche virale (moment assez extraordinaire).

Le côté documentaire a quelques aspects arides, et le fil de l’histoire est somme toute classique, sans des rebondissements d’ailleurs tonitruants dans son intrigue. Mais ce qui est montré est tellement “fort” que cela suffit à faire un bon film de genre.

Contagion

  • Cinéphage
Polisse

Publié le Mardi 14 Février 2012 - 0:42
Catégorie: Cinéphage

J’ai vraiment découvert Maïwenn en 2006 pour “Pardonnez-moi“, et je pensais avant cela qu’elle avait vraiment tout pour que je l’exècre, et son cinéma avec. Mais non, et c’est tout le contraire qui est arrivé. Avec “Polisse”, elle a même l’audace de commettre un chef d’oeuvre, tout en étant dans la continuité de son travail et avec ses mêmes qualités et défauts. Toujours aussi “borderline”, toujours autant sur le fil du rasoir, je me disais comme pour son premier film “ooooh là elle va se péter la gueule, elle fonce dans le cliché, dans la caricature made in bobo etc.” et pareillement, elle reste du bon côté. Et putain ce que ça fonctionne bien !!

Le film ressemble à un documentaire par sa forme, mais un documentaire dont on aurait laissé les caméras tourner pour nous montrer l’intimité des protagonistes, donc plutôt une téléréalité. Une téléréalité à la Brigade de Protection des Mineurs, autant dire que ce n’est pas spécialement synonyme de récits de conte de fées, mais plutôt viols, incestes, violences, délinquances et tutti quanti. Maïwenn joue le rôle d’une photographe, copine du commissaire, qui suit la brigade pour faire un reportage photo. On découvre ainsi les existences de ce groupe de gens un peu doux-dingues dont Karin Viard, Marina Foïs, Joey Starr, Nicolas Duvauchelle, Frédéric Pierrot, Jérémy Elkaïm et j’en passe tant la brochette de comédiens est impressionnante.

Rapidement j’ai pensé que les récits de gamins battus, violés, abusés et autres machins sordides dont des ados à la sexualité qui a perdu tout sens commun, allaient vite tourner au pathos ou à la morale, mais tout au contraire ces “faits divers” accompagnent une trame globale bien plus intelligente et sensible. Le film est une vraie mosaïque, un patchwork, parfois un brin décousu, qui nous offre une vue kaléidoscopique mais assez juste de ces existences et du métier. Aussi c’est souvent triste, mais on rit ou sourit aussi beaucoup, on se révolte et on se met à croire et espérer avec ces protagonistes d’un cruel ordinaire. Cette crudité est bien dosée avec quelques bribes de vie plus “cinématographiques” et là on ne peut qu’être de nouveau épaté par le duo Viard/Foïs qui fait des étincelles. La grande surprise pour moi c’est Joey Starr que j’ai trouvé excellent et tout en nuance, ce dont je ne le savais pas capable en tant que comédien. Je l’ai trouvé brillant et en capacité de dégager des émotions qui subliment son rôle.

Et pendant tout le film j’ai tremblé, en me disant “là c’est bon elle va se planter”, et non. Juste avant de sombrer dans la connerie ou l’emporte-pièce, elle prouve d’une pirouette et d’une main de maître qu’elle nous a bien mené où elle voulait. Et c’est fait avec une finesse et un talent qui imprègnent toute l’oeuvre. Pourtant le sujet n’est pas évident, la forme est bancale au premier abord, et pourrait avoir du mal à convaincre, cette chorale de comédiens et comédiennes n’est pas évidente à gérer et orchestrer. Mais indéniablement c’est une harmonie et une magie qui s’en dégagent immédiatement et vous touchent droit au coeur, autant qu’à l’esprit.

Polisse

  • Cinéphage
Drive

Publié le Jeudi 1 Décembre 2011 - 0:16
Catégorie: Cinéphage

Drive était la bonne surprise dont on parlait depuis Cannes, et qui a rapidement recueilli les suffrages en salles. En effet, ça a bien fonctionné pour moi aussi ! Le film ne brille pas par une extraordinaire originalité pour son scénario, mais tout le reste m’a énormément plu, laissant l’histoire un peu au second plan, mais la mise en scène, le rythme et l’esthétique sont absolument réussis selon moi.

Le héros est donc un homme seul et taciturne, Ryan Gosling, dont on entendra que quelques mots durant tout le film, et dont on ne connaît même pas le nom ou le prénom. Tout ce qu’on voit dans les premiers plans c’est qu’il sert de temps de temps de chauffeurs à des malfrats qui en ont besoin pour les conduire en lieux sûrs après leur larcin. Sinon Ryan Gosling travaille dans un garage, et son boss compte surtout l’avoir comme chauffeur pour une bagnole de course. Et puis y’a comme un petit micmac avec la rencontre d’une jolie voisine, Irene, dont le mari est en prison. Le driver se rapproche d’elle, et le mari finit par revenir de prison mais il doit de l’argent, et pour rembourser va commettre un braquage. Ryan Gosling pour l’aider fait le chauffeur, mais les choses tournent très mal, et grosso modo y’a du mafieux qui cherche son pognon, d’autres qui se font doubler, certains qui louchent sur le grisbi, et la situation qui s’envenime…

L’histoire vraiment tient sur quelques lignes, et on comprend à peu près dès le début comment le film va évoluer, et se terminer. Mais ce qui aurait pu être un énième Fast & Furious ou une daube hollywoodienne dans ce genre est une oeuvre noire avec quelques étranges éclairs de lumière, très polar seventies dans l’ambiance mais comme remis à neuf. Les comédiens sont vraiment très bons, autant Ryan Gosling que Carey Mulligan, et je pense plutôt bien dirigés. Il y a aussi une touche presque maniériste dans la manière de filmer, et dans la photographie globale. Les images sont d’une beauté sépulcrale et servent particulièrement bien l’atmosphère. Avec cela, la bande son est très présente (un peu trop pour moi même) et modernise aussi beaucoup le film, tout en permettant de redonner un peu de rythme. Car c’est assez lent mais je ne me suis pas ennuyé une seconde. Et j’ai adoré le rythme syncopé que le réalisateur donne à son film, avec des moments hyper calmes suivi par quelques scènes, instants fugaces parfois, comme suspendues dans le temps et l’action. Il s’agit soit de moments horribles et meurtriers, soit, je pense à la scène de l’ascenseur, à d’improbables scènes qui mélangent tuerie et romantisme échevelé !!! Oxymoron cinématographique quand tu nous tiens !

Ce n’est pas un chef d’oeuvre immortel, mais ça fait du bien de voir un film d’action un peu sombre comme cela, une bonne vieille histoire de gangsters qui se truandent et de magot qui disparaît, tout en étant un truc qu’on avait pas vu avant. Avec cela on ajoute une belle photo, une bande son chiadée, quelques moments marquants, et globalement une réalisation qui tient bien la route.

Drive

  • Cinéphage
Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne

Publié le Mercredi 30 Novembre 2011 - 1:03
Catégorie: Cinéphage

L’immense fan de Tintin que je suis attendait cela depuis les premiers teasers, il y a bien longtemps, car on ne peut pas dire que les adaptations cinématographiques du journaliste belge ont marqué les esprits. Moi c’est toute mon enfance ces bédés, lues et relues des centaines de fois, et j’avais un affect particulier pour le duo Le Secret de la Licorne / Le Trésor de Rackham le Rouge. Je savais bien qu’il s’agissait d’une adaptation et d’un mélange assez libre de plusieurs albums, mais en général j’arrive assez bien à me distancier de mes “visions” de lecteur.

J’ai été un peu surpris du rythme imposé par Spielberg mais lui reconnaît une redoutable efficacité. Au risque de le faire passer pour un véritable Indiana Jones, Tintin ne nous laisse pas une seconde de répit, et enchaîne aventures sur cascades et fusillades. Il s’agit sans doute d’une manière plus moderne et hollywoodienne de traduire Hergé, mais ça fonctionne bien donc je n’ai pas boudé mon plaisir. J’étais assez anxieux de juger du procédé de capture motion dans ce cadre, et là je dois avouer que j’ai été emballé. Les images de synthèse et le style globale de rendu 3D sont absolument bluffants, à la fois d’un point de vue esthétique, mais aussi pour la fluidité et l’authenticité des mouvements. J’ai vu le film en 2D (ouf) donc je parle bien du rendu “à plat”, et c’est dingue comme c’est beau, et comme le rendu photoréaliste est parfois d’une saisissante “réalité”. Avec cela, Spielberg s’autorise toutes les fantaisies et d’incroyables cascades ou points de vue. On profite donc bien aussi des talents de cinéaste du grand réalisateur.

Pour l’histoire… je suis moins dithyrambique. On retrouve la trame du Secret de la Licorne mâtinée avec quelques autres albums, et je n’ai rien contre cette réinvention ou improvisation, mais c’est plus que j’ai ressenti une frustration par rapport à ce que j’attendais. Dans ma tête, c’était vraiment le Secret de la Licorne et soit cela devait se terminer par les prémices de l’album suivant, soit j’imaginais que le film comprenait aussi l’histoire du Trésor de Rackham le Rouge, donc j’attendais Tournesol et son super mini-submersible en forme de requin. Au lieu de cela, ce n’est ni la fin de l’un, ni de l’autre, mais une sorte d’étonnant entre deux puisque le trésor n’est finalement pas à Moulinsart, et qu’il faut aller le chercher dans les fonds (c’est le contraire dans les albums, le trésor est censé être sous les mers, mais à la fin du second livre, on découvre qu’il était en fait à Moulinsart). Encore une fois, je ne suis pas embêté par une histoire différente, mais comme j’attendais certains dénouements, je suis resté sur ma faim, et tout cela m’a décontenancé.

En tout cas pour le style, le rythme et l’adaptation, ce n’est vraiment pas mal du tout. Il y a le mérite d’avoir aussi un humour assez proche de celui de Tintin, ainsi que des clins d’oeil plutôt chouette, et comme d’habitude un super Milou !!

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne

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Super 8

Publié le Dimanche 21 Août 2011 - 21:58
Catégorie: Cinéphage

Cela fait déjà quelques années que je suis conquis par J.J. Abrams à qui l’on doit Lost, Fringe, Star Trek ou Cloverfield. Il a ce talent extraordinaire pour créer du blockbuster intelligent, oxymore cinématographique s’il en est… En cela et pour les thèmes abordés, on le compare souvent à Steven Spielberg, et voilà que Super 8 vient rapprocher les deux ! Eh bien, cette alliance est plutôt réussie sans donner lieu non plus au chef d’oeuvre du siècle.

Super 8 est un film qui mise avant tout sur la nostalgie et sur le détail qui fait mouche, ainsi on est plongé dans les USA de 1979 et on peut saluer un travail de reconstitution tout à fait pointilleux et impressionnant. L’hommage principal réside dans le titre même du film, car l’auteur a voulu ces caméras Super 8 comme élément central. Et on se retrouve en cette fin d’années 70, avec un groupe de gamins qui jouent à produire un film grâce à leur caméra et films Super 8. Charles joue les réalisateurs exigeants tandis que Joe maquille et s’occupe des effets spéciaux, et l’arrivée d’Alice en tant que jeune première rend Joe assez nerveux (premiers émois…). Ils sont 6 à participer, et décident d’aller un soir en secret près d’une gare pour filmer avec plus de réalisme pendant d’un train passe à côté d’eux. Mais manque de pot, une voiture vient barrer le chemin du train, et le déraillement provoque un véritable cataclysme. La caméra continue de filmer, et on aperçoit un “truc” inhabituel en un instant fugace. L’armée débarque, et les gamins retournent vite en ville sans se faire prendre. Dès le lendemain, les militaires sont sur le pied de guerre, et le père de Joe, policier municipal, essaie de comprendre ce que contenait cet étrange chargement qui intéresse tant l’armée. Les gamins eux essaient de finir leur film, mais ce n’est pas facile, surtout quand Alice est punie par son père…

On pense tout de suite aux “Goonies” (1985) qui était déjà un film de préados à qui il arrivait des tas d’aventures, mais là on est dans une oeuvre un peu mieux construite et ficelée. J’ai aussi pensé au “Géant de fer” pour la bestiole qui vient de l’espace et qui est crainte pour de mauvaises raisons, et puis comment ne pas penser directement à “E.T.”… Il y a globalement une kyrielle de références qui fait que l’on percute sur beaucoup de plans ou de situations. J’ai été épaté par l’excellent jeu des gamins, vraiment ils sont particulièrement bons et convaincants. D’ailleurs je trouve que les enfants comédiens sont de plus en plus crédibles, c’est assez dingue.

Les effets spéciaux sont vraiment très bons, mais surtout utilisés à bon escient, il n’y a rien de show-off ou tape à l’oeil. On est au contraire dans toute la première partie du film avec des jeux d’ombres ou des passages musicaux qui évoquent plus qu’ils ne montrent, et cela ne donne qu’un suspense grandissant et parfois des moments où l’on flippe sincèrement. On ne sait jamais trop d’ailleurs dans quel film nous sommes entre comédie familiale ou fantastique, et on a la chance d’avoir toutes ces facettes plutôt bien traitées et écrites.

Ce n’est pas un film indépendant ou qui brille par son originalité, mais plutôt une oeuvre de très bonne facture et qui assure un très bon moment de ciné. Le parfait divertissement qui faire sourire, doucement rigoler, rappelle quelques souvenirs et surprend légèrement avec quelques twists sympatoches. Rien de plus, mais tellement mieux faits que la plupart des blockbusters hollywoodiens que l’on a sur nos écrans à longueur d’année.

Super 8

  • Cinéphage
Melancholia

Publié le Samedi 20 Août 2011 - 1:25
Catégorie: Cinéphage

Voilà un film qui avait eu très bonne presse à Cannes, et on lisait même qu’il aurait eu la Palme s’il n’y avait pas eu le tristement célèbre dérapage de Lars Von Triers. Je n’ai pas vu le film qui avait eu la Palme, Tree of life, mais apparemment on peut vraiment connecter les deux oeuvres, même si j’ai globalement eu de mes proches des échos semblables : Melancholia serait la version über-moins chiante et regardable de Tree of life. Moi du coup, je n’ai pas pu faire de lien, et j’ai déjà trouvé quelques longueurs entêtantes dans Melancholia donc je n’ose imaginer l’autre film… En revanche, j’ai beaucoup aimé, et c’est un des rares films d’auteur, de prime abord plutôt intimiste et introspectif, dont les qualités photographiques et visuelles formelles font qu’il est particulièrement appréciable de le découvrir sur grand écran.

Le film se focalise sur deux soeurs et est séparé en deux parties bien distinctes, selon qu’on évoque plus l’une ou l’autre. Le premier chapitre nous parle de Justine/Kirsten Dunst, qui se marie dans la somptueuse bâtisse de sa soeur Claire/Charlotte Gainsbourg (qui doit tenir avec son mari une sorte de château pour les séminaires). Il s’agit d’un mariage au faste énorme avec tout le décorum imaginable, une kyrielle d’invités… Bref c’est le mariage de princesse avec une Kirsten Dunst qu’on voit rapidement se révéler instable. Dépressive ou bipolaire ou juste chiante, Justine pique une crise de nerf tous les quarts d’heure et rend chèvre sa frangine qui a tout organisé. On découvre par la même l’opposition très manichéenne entre la blonde Justine délurée, cyclothymique, créative (pub c’est son job), sur le fil, et la brune Claire qui est sérieuse, réfléchie, posée et control-freak. Le second et ultime chapitre est à propos de cette dernière, la seule différence entre les deux moments c’est qu’on a appris qu’une planète (appelée Melancholia) allait croiser la Terre de très près, mais sans aucun danger de collision. Claire est complètement bouleversée et flippée par cette nouvelle, malgré son mari (Kiefer Sutherland) qui tente de la rassurer à l’aide de ses connaissances en astronomie. Les soeurs s’opposent encore puisque Justine est au contraire parfaitement stoïque et calme…

Sur l’ensemble du film, je salue vraiment l’aspect formel car j’ai trouvé que c’était hyper bien filmé du début à la fin, et il faut dire que Lars Von Triers a bien ce talent là. Mais là en plus, les aspects fantastiques sont traités avec une certaine fantaisie qui ne grèvent pas du tout ni le récit ni son effet sur le spectateur. L’autre chose ce sont les comédiens qui sont géniaux. J’ai adoré les deux actrices, Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg, mais Kiefer Sutherland et Alexander Skarsgård (Eric Northman de True Blood prouve qu’il est un vrai comédien) ne sont pas en reste non plus. On retrouve aussi le père de ce dernier (Stellan Skarsgård) qui était une des figures centrales de Breaking the waves, ainsi qu’une excellente et drôlissime Charlotte Rampling (mais elle est rarement mauvaise).

Justine et Claire sont impeccablement jouées, mais on peut comparer comme cela les jeux de Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg. Même si elles interprètent des femmes aux tempéraments différents, il est très marrant de les voir s’échanger les “humeurs” entre les deux parties. Et du coup on se rend bien compte que Kirsten Dunst joue terriblement à l’américaine, avec une manière très Actors studio, et que parfois son jeu frise un peu l’Expressionnisme. Charlotte Gainsbourg est beaucoup plus “française” en comparaison, et j’ai trouvé qu’elle était plus crédible et plus “fine”. Même quand elle pète les plombs, bah j’y croyais plus et le ton était beaucoup moins hollywoodien. Finalement ces détails servent bien le film puisqu’elles restent dans des registres adaptés à leurs rôles (Justine plus haute en couleur, et Claire plus réservée).

La première partie est vraiment plus faible par rapport à la seconde, mais c’est sans doute parce qu’elle dure un peu longtemps, et qu’elle se situe avant l’arrivée de Melancholia. On voit le temps passer car on comprend vite les différents personnages, la situation et les enjeux, mais finalement la seconde partie efface tout cela d’un geste, et on se demande un peu la raison de s’appesantir autant sur ce mariage raté. La seconde au contraire est tout en finesse, en non-dits et en métaphores, et j’imagine qu’à ce niveau ce film peut faire couler beaucoup beaucoup d’encre. J’ai aussi trouvé qu’il y avait quelques longueurs pour ce chapitre, mais le style fantomatique des plans à l’arrivée de la planète et les attitudes des protagonistes rattrapent bien une action au ralenti.

On retrouve pas mal des gimmicks de Lars Von Triers mais aussi, j’ai l’impression, de nouvelles choses. Au final, le film dépouillé de ses artifices propose une narration assez simple, et j’ai bien aimé le fait que cette perturbation énorme (on parle tout de même d’une planète qui croise la Terre !!) viennent ainsi autant nourrir une intrigue relativement aride. Le film mérite d’être découvert au cinéma pour ses belles images, une fin notamment impressionnante et “vibrante”, mais aussi pour chercher en soi la signification de cette histoire, et de la métaphore distillée par cette curieuse et ordinaire (oxymore) sororité.

Melancholia

  • Cinéphage
Green Lantern

Publié le Vendredi 19 Août 2011 - 0:16
Catégorie: Cinéphage

Ce personnage DC Comics est important dans mon panthéon personnel des super-héros, d’ailleurs quand il y a quelques années j’avais réalisé un avatar de super-héros on pouvait à quel point j’étais influencé par Green Lantern. J’ai d’ailleurs découvert avec stupéfaction il y a quelques années qu’un des Green Lantern s’appelait Matoo !!! Matoo Pree et sa femme sont parmi les rares couples du Corps. Donc j’attendais avec une relative impatience ce film…

Je ne peux pas m’avouer complètement déçu mais pas non plus totalement emballé par le film. Disons que ça se tient, avec quelques points positifs qui sont : la description de l’univers et du Corps des Green Lantern, les effets spéciaux (à part quelques ratés), Ryan Reynolds (j’y peux rien je le trouve bandant A MORT depuis le navet La Proposition) en jogging gris débraillé, les scènes d’action et de combat… Ouai nan c’est tout hein. Allez c’est tout de même beaucoup moins mauvais que les 4 Fantastiques par exemple (oui oui j’ai vu les deux !!!) !!

Mais en négatif, on peut aussi largement citer l’inutilité des personnages secondaires dont le montage fait penser qu’ils ne servent vraiment à rien du tout. Et en plus, des gros cachets ont été certainement dépensés en vain… Angela Bassett par exemple ou Peter Sarsgaard qui est tout de même le méchant du film. Les deux meurent de la manière la plus anecdotique et qui frise l’imbécillité scénaristique. Ensuite, le film a été construit comme un patchwork des trucs qui ont marché dans les précédentes oeuvres ciné du même genre, donc on retrouve des passages entier de Spiderman, Superman ou Iron Man (notamment avec Blake Lively en MJ, Lois Lane ou Pepper). Globalement toutes les séquences en dehors de l’univers Green Lantern ou de l’action sont à chier. Dialogues nuls voire drôles (contre leur gré), intrigue inconsistante ou inintéressante et longueurs rendent toute la matière cinématographique proche de la nullité.

Bon l’histoire en une ligne, c’est une méchante entité qui avale tout sur son passage et qui se dirige vers la Terre. Elle avait été capturée par un Green Lantern, qui sont des gardiens de l’univers qui surveillent des secteurs bien délimités. Le Green Lantern est finalement vaincu par l’entité et il atterrit par hasard sur la Terre. C’est son anneau qui doit rechercher son successeur, et ça tombe sur Ryan Reynolds qui n’a évidemment pas l’étoffe pour ce rôle de prime abord. Je passe le moment où il pense à son père mort dans un accident d’avion alors qu’il était enfant… (Le truc filmé en plus comme Top Gun pour bien rendre le tout carrément drôle de ridicule !) Ryan Reynolds est formé sur la planète des Green Lantern, et doit sauver la Terre d’une annihilation pure et simple.

Il faut saluer là-dedans Ryan Reynolds qui est très bon dans son rôle et qui joue avec un second degré qui fait souvent mouche. Malheureusement cette facette de son personnage n’est pas assez exposée et fouillée. Il reste les nombreuses scènes où son physique avantageux permet d’oublier les répliques maladroites ou bien plates. Et tout de même comme je l’ai dit plus haut, les passages sur la planète Oa et la présentation de l’univers de la bédé ne sont pas mauvais…

Donc ça aurait pu être bien si, comme d’habitude, on avait mis un peu plus de thune dans le scénario j’imagine. N’est pas Bryan Singer qui veut…

Green Lantern

  • Cinéphage
Harry Potter et les reliques de la mort – partie 2

Publié le Dimanche 14 Août 2011 - 3:04
Catégorie: Cinéphage

Après l’épisode précédent qui exploitait plutôt bien son côté sombre genre l’Empire Contre-Attaque, il fallait bien conclure cette saga de dix ans !! On reste dans une ambiance un peu dark et beaucoup moins puérile que celle des premiers épisodes, mais il manque pas mal de “petits quelque-choses” pour donner un bon film. On est juste dans une oeuvre de bonne facture, un truc raisonnable qui fait bien son boulot, et je ne peux pas reprocher de mauvais comédiens (mais pas en célébrer de bons non plus) ou des effets spéciaux au rabais, mais disons qu’on trouve pas mal de petits défauts qui rendent l’ensemble correct mais sans plus.

Au moins, je l’ai vu en 2D ce qui semblait particulièrement judicieux si j’en crois les échos. Et j’ai plutôt passé un bon moment, d’autant plus que n’ayant pas lu les bouquins, je n’ai au moins pas de déception quant aux choix d’adaptation. J’ai juste été un peu frustré que la bataille finale soit aussi écourtée, mais il fallait bien faire des coupes, et j’ai beaucoup aimé les moments où on prend un peu plus son temps comme le passage chez les Gobelins. Mais on sent que les personnages n’ont pas de temps de se poser, de rentrer vraiment dans leurs rôles, en plus d’un rythme assez bizarre, parfois très soutenu puis ensuite carrément distendu. Et hop, c’est fini. C’est un peu l’effet que ça m’a fait. Huhuhu.

Harry Potter et les reliques de la mort - partie 2

  • Cinéphage
Une séparation

Publié le Samedi 2 Juillet 2011 - 2:21
Catégorie: Cinéphage

Ce film est en train de vivre une belle histoire grâce à un fantastique bouche à oreille sur Paris, et c’est grandement mérité. Ce qui est étonnant c’est que j’entends à son propos déjà toutes les bonnes choses que j’avais colportées à l’époque de cet autre film de Asghar Farhadi : A propos d’Elly. Mais il est vrai que ce dernier effleurait quelques thèmes, tandis qu’Une séparation a l’incroyable faculté d’offrir un éventail d’intrigues, de portraits et de “filigranes narratifs” qui dépassent l’entendement. Et le tout est monté et construit avec grâce, intelligence, subtilité ; donnant en cela un film à l’étonnante universalité (pour un film iranien quoi !!).

Asghar Farhadi avait déjà obtenu l’Ours d’Argent à Berlin pour A propos d’Elly, mais là c’est une belle consécration avec l’Ours d’Or ! Là où le film précédent évoquait déjà la classe moyenne iranienne avec une certaine mixité sociale et des femmes relativement émancipées, et où on avait une rupture extraordinaire de ton, passant d’une comédie à un presque thriller, le réalisateur a usé des mêmes ficelles mais en allant plus loin, et en rajoutant encore plus de richesse à son histoire, et d’épaisseur psychologique à ses personnages.

Cela commence par un incursion dans l’intrigue principale, c’est même le titre du film : une séparation. Nous sommes dans la classe moyenne supérieure iranienne, à Téhéran, et un couple se déchire, la femme (indépendante, forte tête et décidée, jouée par Leila Hatami) quitte son mari (Peyman Moadi) et retourne chez ses parents, leur fille indécise (et triste) reste pour le moment chez son père. Le mari s’occupe de son père qui a la maladie d’Alzheimer, qui habite avec eux, et qui doit être surveillé de près. Pour que son père soit gardé la journée, et sur les conseils d’une amie de sa femme, il emploie une jeune femme plutôt traditionnelle et discrète (Sareh Bayat). Elle est très pieuse (elle appelle un conseiller spirituel pour vérifier qu’il n’y a pas de péché dans le moindre de ses agissements) et vient avec sa petite fille en faisant pour cela une très longue distance en bus. Peyman Moadi ignore qu’elle est enceinte, et surtout que son mari (Shahab Hosseini) ignore tout de ce petit job. Ce dernier est assez colérique et frustré par sa condition de chômeur qui ne peut proprement subvenir aux besoins de sa famille. Un jour que Sareh Bayat est censée s’occupe du père malade, Peyman Moadi rentre et trouve son père seul et attaché au lit, il entre alors dans une colère folle lorsque Sareh Bayat rentre quelques minutes plus tard. Il décide de la congédier, et comme elle refuse, il la jette de chez lui manu militari. S’en suit une série d’évènement tous plus inattendus les uns que les autres, et un retournement de situation digne d’un film américain !!

Le film bénéficie déjà d’une sublime manière de filmer, d’un excellent montage et de très bons comédiens (surtout les trois Sareh Bayat, Peyman Moadi et Leila Hatami), mais surtout d’une écriture d’une rare efficacité. Et comme pour A propos d’Elly, on se surprend à ne pas s’emmerder une seconde pendant ce film, à s’identifier sans problème aux personnages, et à trouver d’incroyables mais évidentes résonances avec nos propres problèmes de société !! Je sais que l’Iran est (très très) loin d’être un pays parfait, mais au moins le film évite les clichés de base, et a le mérite de nous ôter une vision trop sombre et uniformément négative. En effet, le personnage de la femme qui se sépare n’est pas incriminée pour son geste, et son mari non plus pour les siens, chacun en prend plutôt pour son grade, et on finit par compatir et en vouloir également aux deux !!

Alors que la séparation ne devient qu’une toute mince intrigue, le film nous parle plutôt du rapport à la religion et l’émancipation des femmes, des statuts des nantis et des indigents de la société iranienne, d’un fils qui a pris son père chez lui pour s’en occuper, du système judiciaire et légal, de la vérité, du mensonge, de la fin et des moyens (!!), etc. Bref le film se révèle d’une densité insoupçonnée, et d’une richesse qui fait qu’on ne s’embête pas une minute. On trouve également une modernité dans le cinéma de Asghar Farhadi qui aide je pense (ses films ont une facture malgré tout très occidentale). En filigrane c’est aussi la culture persane (en contraste à une culture purement arabisante) qui est mise en exergue.

Ce film va permettre de mieux faire connaître de cinéma de cet auteur, et donner certainement un peu plus d’aura au cinéma iranien. En tout cas, ce petit chef d’oeuvre est à découvrir et apprécier sans modération !!

L’avis des copines : Julien, Nicolinux, Neil, Ananas Biloba.

Une séparation