Céline Sciamma m’avait bien agréablement surpris, il y a de cela 3 ans, avec la Naissance des Pieuvres (filmé dans mon Cergy natal, cette jeune femme étant née comme moi à Pontoise). Le film posait déjà un peu la question de l’identité sexuelle à travers l’adolescence balbutiante de jeunes nageuses. Mais là, on a un bel essai transformé avec Tomboy qui m’a aussi beaucoup surpris, d’abord parce que je ne m’attendais pas à un film dont les enfants étaient centraux dans le sujet et la narration.
Quand on lit un peu le sujet, il faut avouer que l’on peut difficilement voir plus casse-gueule que de raconter l’histoire de cette gamine de 10 ans, qui en arrivant dans une nouvelle ville avant la rentrée avec ses parents et sa petite soeur, va se faire passer pour un garçon pendant quelques temps. Ajoutons à cela que les parents et adultes sont tout à fait accessoires, et que tout se passe avant tout dans des scènes uniquement avec des enfants, et des dialogues quasiment entre eux. Waouuuh, on se dit que ça peut déraper d’une minute à l’autre, être très contestable sur la vision que cela donne, sur un message psychologisant peut-être bancal, des gamins qui jouent mal ou paraissent des chiens savants s’ils jouent “trop” bien.
Les choix de Céline Sciamma, autant formels que dans sa direction de comédiens ou son scénario, rendent le tout particulièrement simple et digeste. Elle a décidé d’être dans l’anecdote et le factuel plutôt que dans l’intello ou dans une quelconque idéologie. Ainsi au lieu d’en faire des tonnes ou de marcher sur des oeufs, on assiste à quelques moments entre enfants d’une petite dizaine d’années (moins que cela même avec la fantastique Malonn Lévana qui joue la petite soeur fantasque), et cette parenthèse, avant la rentrée pendant les grandes vacances avec une maman enceinte qui se repose, est idéale pour Laure qui répond alors qu’on lui demande son prénom en bas de son immeuble : Mickaël. Comme elle a les cheveux courts et une silhouette garçonne, personne ne se pose de question, et Mickaël est naturellement adopté comme un petit mec parmi ses congénères du quartier. Une des gamine le trouve d’ailleurs assez mignon… Evidemment, très rapidement il devient difficile de le cacher, et il faudra bien révéler le pot-aux-roses d’une manière ou d’une autre.
Le film est sympathique à bien des égards, mais surtout notable pour la qualité des enfants comédiens (avec Laure/Mickaël, jouée par Zoé Héran, en figure de proue) et la manière dont Céline Sciamma les a filmé. On est vraiment à leur hauteur, plongé dans leurs codes et leur univers. Et en tant qu’adulte, on est d’abord un peu gêné par cette petite fille qui se fait passer pour un garçon, et puis plus du tout en fait. L’anecdote reste un épisode, on ne sait pas, et on ne cherche pas à savoir, ce qui va se passer plus tard, et même les conséquences actuelles de ses actes. Et cette approche si directe, simple et évidente, si peu psychanalytique ou “pathogène”, est particulièrement salutaire et reposante.
Après ce n’est pas une oeuvre parfaite, et elle souffre encore de quelques maladresses, mais on sent que la maturité de la réalisatrice est en train de croître, et elle signe là un vrai premier film avec une patte et une signature qui augurent beaucoup de bien pour la suite. On trouve aussi dans ce film des moments drôles, cocasses, tendres aussi que ce soit dans les rapports filiaux ou entre petits jeunes (enfin parfois aussi avec la violence de ce même âge…). On perçoit aussi avec limpidité la difficulté de vivre une différence, quelle qu’elle soit. Mais ça, ce n’est pas une découverte…



















